Info

Nouvelle adresse Seriatim
@seriatimfr
jeanvin22@gmail.com



Affichage des articles dont le libellé est Thaïlande. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Thaïlande. Afficher tous les articles

lundi 6 février 2023

Ukraine: Pékin ballon et conflictualité mondiale N°5624 17e année

 

La semaine dernière la Chine a envoyé deux messages en direction des États-Unis. D’abord par la voix du ministère des Affaires Étrangères rendant responsable de la guerre en Ukraine la présidence Biden, d’autre part par l’envoi du fameux ballon, forcément destiné à être détruit qui indique que nul ciel aérien n’est sécurisé en totalité. Dans toute action chinoise, il a y  une correspondance taïwanaise.

Si nous ne sommes pas dans une « troisième guerre mondiale » comme le dit Emmanuel Todd, aucune déclaration de guerre n’étant intervenue, cependant, nous nous enfonçons dans la conflictualité mondiale. Il en va de la guerre en Ukraine comme de l’état des « marchés » où jusqu’à présent tout le monde est d’accord pour que rien ne se fracasse, aucune puissance ne voulant pas assumer les dommages collatéraux et peut-être ne sachant pas mesurer précisément les ondes de choc.

A la vérité chacune recule la ligne rouge, chacune fait preuve d’une résilience mais jusqu’à quand ? L’Union européenne vient de décider un dixième paquet de sanctions, les neufs précédents ayant eu peu de succès, un peu comme si l’on versait dans un tonneau des Danaïdes de l’Ukraine, elle-même, secouée par deux vagues anti-corruption qui chacune se rapproche de son dirigeant et de son entourage. Les Ukrainiens attendent les chars à la façon du film Le désert des Tartares car l’on sait bien que l’acheminement des engins blindés, Léopard, Leclerc, Abraham, suppose des formations, des logistiques et des approvisionnements spécifiques. Nous sommes donc dans une phase de communication avec en toile de fond, « l’offensive du printemps » où aurait lieu une grande bataille de chars, Berlin rêvant, qui sait, de venger Koursk ? Le congrès américain vient à peine de débuter sa législature, le Pentagone affiche son scepticisme sur la fuite en avant armée. Les événements intérieurs américains seront à surveiller de près.

Dans un monde globalisé et interdépendant, se développent des alternatives qui souhaiteraient être à la fois protectionnistes et « mondialisantes ». Ainsi avec, les BRICS qui forment une ligne intercontinental (Asie, Afrique, Amérique du Sud) avec à la clés une monnaie et un espace mercantile parallèlement au dollar, de son côté l’Organisation de Shanghai voudrait être structure harmonieuse asiatique où la Chine jouerait un rôle stabilisant. On remarquera que l’Asie ne songe pas encore à définir une alliance militaire commune, seuls les États-Unis veulent étendre leur Otan.

Hier, je regardais le sommet de l’APEC, tenu récemment en Thaïlande. L’Asie n’est vraiment pas l’aire Atlantique et quand arrivent un canadien, un australien ou un américain, on se dit « cherchez l’intrus ? » n’empêchant pas un Emmanuel Macron de dire à l’Asie indopacifique qu’il n’y aura qu’un ordre mondial, pas deux !  

La fin de l’histoire si chère à Fukuyama a sa vérité pour l’aire Atlantique, l’Europe se glissant dans le lit nord-américain, son Union ne voulant pas de souveraineté  et s’installe dans un avenir tibétain quand l’Asie semble, au contraire, se met sur orbite, à sa manière et avec des codes et des histoires qui sont les leurs…. Quand j’entends dire qu’en Ukraine nous nous battons pour nos valeurs dans le cadre d’une obéissance absolue aux États-Unis prédestinés à être le monde, en réalité nous reprenons nos certitudes coloniales puisqu’alors, nous allions y répandre nos valeurs. Dans ce conflit en Ukraine, il y a comme un parfum d’ancien régime du côté Atlantique, une sorte de charge de cavalerie face « aux armements nouveaux ».

L’Ukraine prenant pratiquement le chemin de la Pologne du XVIIIe siècle, se voit dans un conflit local, avec un défi régional européen mais sous tempo américain qui chercherait la bonne partition pour avaler la Chine puis l’Inde. La Russie étant eurasiatique, elle combat localement pour ne pas perdre sa puissance régionale en ayant clairement conscience du vrai champ de bataille : qui l’emportera demain de l’Asie ou des USA, quel modèle économique s’imposera, celui d’Asie, celui de l’aire Atlantique…etc…etc.

Parfois on regrette que nous vivions dans un monde clos sans perspective, aujourd’hui, d’aller vers de nouvelles terres/planètes « galaxiales » qui dégonfleraient les conflictualités. Pour l’heure, la Chine et les États-Unis se mettent face à face…. Atlantique contre Pacifique, raz-de-marée contre tsunami ?

 

Jean Vinatier

Seriatim 2023

mardi 26 novembre 2013

Thaïlande : carton rouge pour les jaunes ? N°1530 6e année

Ce dimanche, au Champ de Mars, des Thaïlandais priaient pour le repos de leur souverain : je ne me doutais pas que leur pays renouait, alors, avec une énième crise politique. Celle qui se déroule sous nos yeux qui met en scène « les jaunes » soutenus par la Cour et les royalistes les plus traditionnels ne se sont guère satisfaits de la politique de la Première ministre, Yingluck Shinawatra qui essaie, malgré le sénat, de obtenir une amnistie pour son frère, l’ex- Premier ministre populiste, Thaksin, chassé en 2006. Etincelle qui  enflamme Bangkok : les ministères tombant l’un après l’autre entre les mains des manifestants. La question qui se pose : comment vont réagir, les « rouges », soutiens ruraux de Thaksin ?

Ci-dessous 3 Seriatim sur ce royaume (le dernier concerne un litige frontalier avec le Cambodge):

22 avril 2010 :
http://www.seriatim.fr/2010/04/thailande-un-royaume-qui-doute-n680-3e.html

4 décembre 2008 :
http://www.seriatim.fr/2008/12/edito-thalande-retour-la-case-dpart.html

16 octobre 2008
http://www.seriatim.fr/2008/10/thalandecambodge-et-les-temples.html

Jean Vinatier
Copyright©SERIATIM 2013

Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Angola, Arabie Saoudite, Argentine, Arménie, Australie, Bahamas, Bangladesh, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzégovine, Brésil, Burkina Faso, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Costa-Rica, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Equateur, Ethiopie, Ghana, Gabon, Gambie, Géorgie, Guatemala, Guinée, Guinée, Haïti, Honduras, Inde, Indonésie, Irak, Iran, Islande, Israël, Jamaïque, Jordanie, Kazakhstan, Kenya, Laos, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Malawi, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Niger, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Philippines, Qatar, République Centrafricaine, République Dominicaine, Russie, Rwanda, San Salvador, Saint-Marin, Sénégal, Serbie, Singapour, Slovénie, Somalie, Suisse, Syrie, Taiwan, Thaïlande, Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM, Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Saint-Pierre–et-Miquelon), Ukraine, Uruguay, Vatican, Venezuela, Vietnam, Yémen

 

jeudi 22 avril 2010

Thaïlande : un royaume qui doute ? N°680 3e année

Le royaume thaï connaît des convulsions très fortes : un vieux roi hospitalisé depuis le mois de septembre 2009, une vie politique agitée, violente qui oppose d’un côté les chemises rouges, partisans de l’ancien Premier ministre Thaksin Shimawatra regroupant les couches sociales les moins favorisées face aux chemises jaunes, soutenues par les familles nobles et la haute bourgeoisie. A ces groupes s’ajoutent, maintenant des chemises, roses (ex-jaunes), et noires, aile dure des jaunes. Le royaume entre-t-il dans une spirale dangereuse ou bien assistons-nous à une énième crise politique dont le pays est sujet depuis les années 1930 qui avaient vu s’effondrer la monarchie absolue sous l’action des généraux ?
Il convient de ne pas négliger un face-à-face religieux entre les bouddhistes (les 4/5e des Thaïs) et les musulmans sunnites patani qui représentent modo grosso 10% de la population qui s’affirment comme les sino-thaïs (10% de la population) de plus en plus dans Bangkok.
Citons Michel Gilquin, spécialiste des sociétés musulmanes et chercheur au Centre d'Etudes en Sciences Sociales et Humaines Jacques Berque de Rabat
: « Longtemps, l'islam thaïlandais a été perçu principalement comme un phénomène local du grand sud où les fidèles du Prophète étaient d'ethnie malaise. Aujourd'hui, les transformations sociologiques ne permettent plus de l'envisager sous la seule dimension d'un particularisme ethnico-confessionnel : à Bangkok, entre 1/2 et un million de musulmans sont établis et dans certaines banlieues, les mosquées sont désormais plus visibles que les wats bouddhistes ! »¹
Nous sommes devant une situation nouvelle : d’abord par la personnalité de Thaksin Shimawatra désireux de reconquérir le pouvoir et, dit-on, d’abolir la monarchie ; ensuite par l’agitation musulmane dans tout le sud thaïlandais composé de quatre territoires malais jusqu’en 1909 (Kala, Patani, Narathiwat, Satun) date à laquelle les Anglais imposèrent le partage du royaume de Patani alors qu’ils « construisaient » une Malaisie, aujourd’hui, une fédération plus que fragile.
Enfin, se greffe la question de l’armée : pilier de la vie politique thaïlandaise, elle se contentait d’arbitrer les conflits intervenants entre les partis politiques quitte à faire pencher la balance : ainsi en décembre 2008, les militaires appuyèrent-ils les chemises jaunes contre les chemises rouges. Mais aujourd’hui, l’apparition de chemises noires au comportement plus radical (ne sont-ils pas les responsables des 25 morts du 10 avril dernier ?) ne confortent-ils pas ceux qui appréhendent une guerre civile ?
Âgé de 82 ans, le roi Bhumibol Adulyadej (Rama IX) continue à recevoir l’amour de ses sujets, le prince héritier Wachiralongkorn, lui, ne recueille la sympathie de personne à l’inverse de sa sœur la francophile Sirindhorn Thepha Rattana Suda : sera-t-elle la prochaine reine ?
Sur fond de revendications sociales affirmées par les chemises rouges, d’une armée moins unie et la montée en puissance de la minorité musulmane (notamment au sein de l’état-major), qu’il faut resituer dans le contexte sud-asiatique pourrait rendre plus incertain le lendemain thaïlandais.


Jean Vinatier

Médias français en Thaïlande :
http://www.gavroche-thailande.com/
http://www.echo-isan.com/journal/categorie/transports

In Seriatim
http://www.seriatimonline.com/2008/12/edito-thalande-retour-la-case-dpart.html

Source:
1-Gilquin (Michel): Musulmans de Thaïlande, L’Harmatan, Paris, 2002

Copyright©SERIATIM 2010

Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Arabie Saoudite, Argentine, Arménie, Australie, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzégovine, Brésil, Burkina Faso, Burundi, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Gabon, Géorgie, Guatemala, Guinée, Guinée, Haïti, Honduras, Inde, Irak, Iran, Islande, Israël, Jamaïque, Kenya, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Malawi, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Mongolie, Népal, Niger, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Qatar, République Centrafricaine, République Dominicaine, Russie, Rwanda, Sénégal, Serbie, Singapour, Slovénie, Somalie, Suisse, Thaïlande, Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM & Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Saint-Pierre–Et-Miquelon), Ukraine, Uruguay, Venezuela, Vietnam, Yémen

jeudi 4 décembre 2008

Edito : Thaïlande : Retour à la case départ N°352 - 2eme année

Le 2 décembre, la Cour suprême de Thaïlande a destitué le gouvernement Somchai Wungsawat, le parti alors au pouvoir, le PPP et interdit au premier ministre toute activité politique pendant cinq ans.. L’opposition conduite par Sondhi Limthongkul, dirigeant du PAD (People Alliance for Democracy) a ordonné la fin des blocages des aéroports et des principales voies d’accès à la capitale, Bangkok.
La vie politique du royaume nouera-t-elle avec le calme ? Le doute subsiste. Le PPP (People Power Party) va renaître de ses cendres sous une autre dénomination et ses adhérents comptent bien continuer à diriger le pays puisque l’assemblée n’a pas été dissoute. L’opposition habillée du jaune royal restera-t-elle tranquille ? Au-delà des controverses sur la personnalité du fondateur du PPP, Thaksin Shinawatra, il faut bien voir que la véritable raison des manifestations tourne autour de la démocratisation thaïlandaise.
L’ex-PPP a le soutien des paysans et d’une partie de la petite bourgeoisie à l’inverse du PAD, plus urbain, proche de la Cour et de l’armée, prône une démocratie censitaire. Dernier détail le PAD est un mouvement sans élus.
Le Roi Bhumibol Adulyadej (Rama IX) et l’armée restent les arbitres de la tranquillité thaïlandaise : au souverain le respect quasi divin par ses sujets, à l’armée le soin d’éviter que le pays ne sombre dans le chaos en cas de querelles politiques. C’est un équilibre fragile. La succession royale est problématique, le prince hériter est impopulaire à l’inverse de sa sœur, Sirindhorn Thepha Rattana Suda qui pourrait être désignée pour lui succéder.
Bien que Thaskin soit en exil au Royaume-Uni et sous le coup d’un mandat d’arrêt, son parti populiste a recueilli par deux fois les faveurs d’une majorité de Thaïlandais dont les plus démunis parce qu’il leur a donné la parole. Opportunisme ou pas, les jaunes semblent bien avoir remporté une victoire à la Pyrrhus.

Jean Vinatier

©SERIATIM 2008

Commentaires : Si vous n’avez pas de compte Gmail, et pour éviter le noreply-comment veuillez envoyer vos commentaires à :
jv3@free.fr

jeudi 16 octobre 2008

Thaïlande/Cambodge et les temples frontières : Prah Vihar, Sdok Kok Thom N°312 - 2eme année

On est bien loin de toute aventure d’Indiana Jones !
Des heurts ont eu lieu entre les soldats, thaï et cambodgiens¹, il y a eu des blessés et des prisonniers autour du site splendide de Prah Vihar (Preah Vihear), temple khmer bâti au XIe siècle². Le conseil de sécurité de l’ONU et l’ASEAN sont saisis ! L’affaire prendrait-elle une tournure inquiétante ? Une guerre pour un temple ?
Retour vers l’Histoire. L’empire Khmer (Cambodge) a rayonné sur l’ensemble de la péninsule indochinoise entre le IXe et le XVe siècle. Chaque souverain devait bâtir un temple-montagne qui lui servirait de mausolée à l’instar des pyramides des pharaons. D’où ces temples magnifiques (Prah Vihar, Sdok Kok Thom, Angkor…etc) au sein d’un ensemble architectural unique au monde à la différence d’Angkor qui était, en plus, une capitale. Progressivement les Siamois* (Thaï), les Laotiens et les Vietnamiens s’émancipèrent de la suzeraineté de l’empire Khmer au point de devenir, au XIXe siècle, qu’un simple « condominium » siamo-vietnamien. Le protectorat français débuté en 1863 évita au Cambodge de disparaître. Il restait à régler le problème de la frontière jamais définie jusqu’alors. En 1893, 1904 et 1907 trois traités entre la France et le Siam fixèrent les frontières par un échange de provinces. En 1941, la France quoique victorieuse de l’armée thaïlandaise* dut, sous la pression du Japon rendre deux provinces. Et les temples ? Angkor ne soulevait pas de problème, à la différence de ceux de Prah Vihar et Sdok Kok Thom situés tout proche de la frontière. La cour internationale de La Haye, par un jugement rendu le 15 juin 1962 attribua le temple de Prah Vihar au Cambodge au grand dam de la Thaïlande qui ne reconnut pas cette décision³. La décision de l’UNESCO de classer au patrimoine mondial le site de Prah Vihar en juillet 2008 à fait monter la tension d’un cran. Pour compliquer le tout, Phnom Penh demande que le temple Sdok Kok Thom situé à 34 kilomètres à l’intérieur du territoire thaïlandais lui soit rendu sous le prétexte qu’il a servi de camp aux Khmers pendant leur lutte !
Les temples-montagnes khmers, Prah Vihar (Preah Vihear) et Sdok Kok Thom sont-ils devenus entre les deux royaumes de Thaïlande et du Cambodge des lieux d’affrontement pour régler chacun de leur côté des difficultés intérieures ? Il semblerait que oui. Et c’est plus la situation intérieure thaïlandaise qui retient l’attention. Depuis le coup d’état militaire en septembre 2006 du général Sonthi Boonyaratglin** (musulman) qui a chassé l’énigmatique, Thaksin Shinawatra, leader du People’s Power Party (PPP), la société thaïlandaise se divise sous l’œil de son souverain âgé de 81 ans. Les militaires se retirèrent, après les législatives de décembre 2007 qui virent, à la surprise générale, la victoire du People’s Power Party. Ce parti ne pouvant choisir l’ex-Premier ministre, sous le coup d’un mandat d’arrêt, c’est l’un de ses proches Samak Sundaravej(janvier-septembre 2008) qui le remplaça avant d’être contraint à la démission pour faute (il continuait à toucher de l’argent comme animateur d’une émission culinaire) et devant la colère montante de la population soutenue par le People’s Alliance for Democracy (PDA) qui regroupe plusieurs organisations politiques dont leurs chefs sont ultra nationalistes, issus de l’armée et soutenus par des familles aristocratiques. C’est pourquoi les manifestants sont appelés des royalistes. Ce sont eux qui ont protesté contre le fait que le premier ministre thaïlandais, entre-temps remplacé par Somchai Wongsawat***, reconnaisse définitivement la souveraineté cambodgienne sur le territoire de 4,6 km2 autour de Prah Vihar !
En octobre, on a vu une accélération des événements militaires entre les deux royaumes. Hun Sen promettant même aux Thaï de transformer le territoire disputé en « zone de mort ». On voit que Hun Sen qui dirige d’une main de fer le Cambodge depuis 1985 est un pur et dur : n’oublions pas qu’il fut un Khmer rouge rallié au moment opportun aux Vietnamiens !
Mais le fond de l’affaire, comme on le devine, tient à la situation politique thaïlandaise. Les coups d’états militaires ne sont plus rares depuis 1932 et les souverains, s’ils sont vénérés comme des dieux, doivent avoir une habileté remarquable pour naviguer entre les écueils. L’actuel monarque Rama IX (Bhumibol Adulyadej) est adoré. Le prince héritier, Wachiralongkorn, ne jouit pas de la faveur du peuple à l’inverse de sa sœur cadette, Sirindhorn Thepha Rattana Suda (francophone). Le roi l’aurait désigné pour lui succéder.
La Thaïlande, politiquement et dynastiquement, traverse une période agitée qui pourrait aboutir à une déstabilisation du royaume. Les leaders du PAD (royalistes) jouent avec le feu en créant de facto une situation de guerre avec le Cambodge. Les Américains très présents par leurs bases en Thaïlande depuis 1949 se devraient, alors, d’intervenir au risque de mécontenter les géants continentaux que sont l’Inde et la Chine sans oublier le voisin immédiat, le Myanmar.
La question des temples frontières met en lumière les calculs intérieurs des politiciens thaïlandais. La prospérité de ce pays est réelle mais les tensions venues dans le sud, l’ex-sultanat de Pat(t)ani, où l’activisme des musulmans sunnites**** grandit, inquiète les autorités. Il serait alors imprudent de réactiver des anciens contentieux frontaliers avec le Cambodge et le Laos réglés pendant le protectorat français. Si la Thaïlande (« Pays des Hommes libres ») est fière de n’avoir jamais été sous le joug d’une puissance occidentale, elle n’en nourrit pas moins des rancœurs qui pourraient, à terme, bouleverser son équilibre intérieur.

Jean Vinatier


©SERIATIM 2008

Commentaires : Si vous n’avez pas de compte Gmail, et pour éviter le noreply-comment veuillez envoyer vos commentaires à :
jv3@free.fr

Notes :

*Le Siam a pris le nom de Thaïlande en 1939 après la prise du pouvoir par le général Plaek Phibunsongkhram
** sur proposition du général, le roi a nommé Surayud Chulanont qui fera office de « Premier ministre » entre octobre 2006 et janvier 2008.
*** : il est le beau-frère de Thaksin Shinawatra.
**** : la crainte est de voir les musulmans de cet ancien sultanat demander leur rattachement à la Malaisie. Ajoutons que dans le cadre de négociations avec les anglo-hollandais dans la seconde moitié du XIXe siècle, la Thaïlande a renoncé à sa suzeraineté sur la Malaisie à l’exception du sultanat de Pat(t)ani qu’elle annexa en 1909.

Sources :

1-
http://actualite.portail.free.fr//monde/15-10-2008/combats-a-la-frontiere-entre-la-thailande-et-le-cambodge/

2-
http://whc.unesco.org/fr/list/1224

3-
http://www.icj-cij.org/docket/index.php?sum=284&code=ct&p1=3&p2=3&case=45&k=46&p3=5

Cartes :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Image:Thailand.gif
http://www.monoroom.info/uploads/newbb/92_48987f505569d.jpg

Site de l’EFEO :
http://www.efeo.fr

http://angkor.wat.online.fr/conservation-sauvegarde-sommaire.htm