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vendredi 31 octobre 2008

Bueil de Racan : « Le bien de la fortune est un bien périssable…. » N°323 - 2eme année

Le week-end de la Toussaint arrive : c’est le moment propice pour la retraite, le receuillement, l’intime.
Honorat de Bueil, marquis de Racan (1589-1670)est un poète gentilhomme de Touraine, soldat, courtisan et réclamé par les premiers salons parisiens chez Mmes de Rambouillet et de Sablé. Le cardinal de Richelieu tiendra à le placer parmi les quarante premiers académiciens ou Immortels.
Racan est donc salué par les plus beaux esprits de l’époque : Malherbe (le maître sévère), Boileau, Charles Perrault («
ses écrits superbes »), La Fontaine lui vouant une passion :

« Malherbe avec Racan, parmi le cœur des anges,
Là-haut de l’Eternel célébrant les louanges,
Ont emporté leur lyre ; et j’espère qu’un jour
J’entendrai leurs concerts au céleste séjour. »¹

Racan écrivit en 1618 les Stances* sur la retraite, alors qu’il approche de la trentaine. Loin de ses inclinations qui font la part belle aux bergeries et aux rêveries, les stances font l’éloge de la vie rustique et énoncent une certaine morale. Ecrire si jeune sur la vie était-ce un trait du XVIIe siècle ?On a l’exemple de Bossuet rédigeant à 21 ans, en 1648, ses superbes Méditations sur la briéveté de la vie.
Ces Stances sur la retraite ne surgissent donc pas du néant, elles invitent à la méditation, à la philosophie.
Ci-dessous un extrait :

« Tircis**, il faut penser à faire la retraite,
La course de nos jours est plus qu’à demi-faite ;
L’âge insensiblement nous conduit à la mort.
Nous avons assez vu sur la mer de ce monde
Errer au gré des flots notre nef vagabonde,
Il est temps de jouir des délices du port.

Le bien de la fortune est un bien périssable,
Quand on bâtit sur elle, on bâtit sur le sable ;
Plus on est élevé, plus on court de dangers ;
Les grands pins sont en butte aux coups de la tempête,
Et la rage des vents brise plutôt le faite
Des maisons de nos rois, que des toits des bergers.

Ô bienheureux celui qui peut de sa mémoire
Effacer pour jamais ce vain espoir de gloire,
Dont l’inutile soin traverse nos plaisirs,
E qui, loin retiré de la foule importune,
Vivant dans sa maison content de sa fortune,
A selon son pouvoir mesuré ses désirs.

Il laboure le champ que labourait son père,
Il ne s’informe point de ce qu’on délibère
Dans ces graves conseils d’affaires accablés ;
Il voit sans intérêt la mer grosse d’orages,
Et n’observe des vents les sinistres présages
Que pour le soin qu’il a du salut de ses blés.

Roi de ses passions, il a ce qu’il désire ;
Son fertile domaine est son petit empire,
Sa cabane est son Louvre et son Fontainebleau ;
Ses champs et ses jardins sont autant de provinces ;
Et, sans porter envie à la pompe des princes,
Se contente chez lui de les voir en tableau.

[….]

Crois-moi, retirons-nous hors de la multitude,
Et vivons désormais loin de la servitude
De ces palais dorés où tout le monde accourt,
Sous un chêne élevé les arbrisseaux s’ennuient,
Et devant le soleil tous les astres s’enfuient,
De peur d’être obligés de lui faire la cour.

Après qu’on a suivi sans aucune assurance
Cette vaine faveur qui nous paît d’espérance,
L’envie en un moment tous nos desseins détruit ;
Ce n’est qu’une fumée, il n’est rien de si frêle,
Sa plus belle moisson est sujette à la grêle,
Et souvent elle n’a que des fleurs pour du fruit.

Agréables déserts, séjour de l’innocence,
Où loin des vanités, de la magnificence,
Commence mon repos et finit mon tourment,
Vallons, fleuves, rochers, plaisante solitude,
Si vous fûtes témoins de mon inquiétude,
Soyez-le désormais de mon contentement.

Racan »²

Jean Vinatier

©SERIATIM 2008

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Note
:

* La stance de l’italien stanza qui signifie demeure, apparaît en France à la cour d’Henri III vers 1580. La stance en poésie est un nombre défini de vers comprenant un sens parfait et arrangé d’une manière précise qui s’observe tout au long du poème.
***Tircis est un nom littéraire donné aux bergers, pour les bergères c’est Amarante : voir dans La Fontaine, Tircis et Amarante, Livre VIII, fable 13)


Sources :

1-in Marc Fumaroli, La Querelle des Anciens et des Modernes, Paris, Gallimard, 2001 :
p. 263 : Charles Perrault, Le Siècle de Louis le Grand (1687),
p.278 : La Fontaine, A Monseigneur l’évêque de Soissons -Pierre-Daniel Huet- (1687)

-in Jean-Pierre Chauveau in Dictionnaire du Grand Siècle, Paris, Fayard, 1990, pp. 1292-1293

2- Oeuvres complètes de Racan nouvelle édition revue et annotée par M. Tenant de Latour Paris : P. Jannet, 1857

Voir également le site des amis de Racan :
http://www.racan.org/

jeudi 30 octobre 2008

Sarkozy : produit dérivé et chef d’Etat….. N°322 - 2eme année

L’affaire des poupées vaudous aux effigies de Nicolas Sarkozy et de Ségolène Royal a pris une nouvelle ampleur depuis que la justice a débouté en première instance l’avocat du Président de la République.
Ce qu’il y a d’incroyable dans le cas de Sarkozy c’est la même énergie qu’il déploie pour une crise financière et une caricature : pas de distinction. Nicolas Sarkozy est-il sensible aux cartomanciennes, aux jeteurs de sorts? Il rappelle un peu la sensibilité qu’avaient des souverains de l’Antiquité jusqu’au siècle des Lumières pour les divinations et les esprits.
Nicolas Sarkozy est un homme qui se veut sévère, rancunier et même méprisant avec celles et ceux qui se trouvent sur son chemin surtout avec les plus faibles que lui. L’homme n’est donc pas aimable, ni drôle et a moins encore le sens de l’humour. Jaloux de son autorité, envieux d’autrui, doté d’un ego incroyable, il ne ménage pas sa peine pour être le seul sur la scène : c’est une star qui capte toute la lumière et ne la redistribue qu’à quelques cercles.
Nicolas Sarkozy en saisissant de nombreuses fois la justice depuis le début de son mandat rompt avec une règle établie depuis François Mitterrand et renouvelée par Jacques Chirac.
N’a-t-il pas commencé son mandat en disant haut et fort qu’il n’userait plus du droit de grâce? N’a-t-il pas fait édicter les règles les plus sévères sur le plan pénal dont la conséquence a été de remplir odieusement les prisons? Est-il intervenu en faveur de cet homme arrêté et condamné à 1000 euros d’amende pour avoir écrit sur un panneau lors du passage du cortège présidentiel : « Casse-toi pauvre con! », expression qui reprenait mot pour mot celle utilisée par Nicolas Sarkozy au salon de l’Agriculture : non! Si les galères existaient encore, le malheureux ramerait déjà!
Il ne faut donc pas s’étonner qu’avec un tel tempérament, Nicolas Sarkozy ne goûte pas du tout cette poupée vaudou.

Les juges rappellent fort justement que " brocarder des idées et prises de positions politiques, comme des propos et comportements publics, en guise de protestation ludique et d'exutoire humoristique que la caricature et la satire, même délibérément provocantes ou grossières, participent de la liberté d'expression et de communication des pensées et des opinions [….] en guise de protestation ludique et d'exutoire humoristique"¹
Pour Me Thierry Herzog, l’avocat du Chef de l’Etat, la poupée n'est pas une caricature "Le droit à l'humour existe en matière de diffamation mais pas en matière de droit à l'image". Daumier était donc bien en avance sur son époque en parodiant par l’image Louis –Philippe Ier et les notables de la monarchie de Juillet ? De même les caricaturistes qui montraient, à l'aide de marionnettes dans les rues de Paris, la reine Marie-Antoinette dans des positions douteuses avec son beau-frère le comte d’Artois : combien de fois la reine a-t-elle fait poursuivre les pornographes ? Zéro !
Depuis que l’homme sait dessiner, l’image est un message. Elle est une façon et une manière d’informer, d’illustrer, de caractériser des situations politiques, des puissants. Combien de peuples n’ont-il pas brûlé les effigies de leurs maîtres ? Certes l’image fait mal mais l’homme politique qu’est Nicolas Sarkozy devrait disposer d’une carapace pour lui permettre de passer outre. Si un Chef de l’Etat se met à poursuivre quiconque le dessine ou le croque d’une manière qu’il n’approuve pas, quelle idée donnera-t-il de la Présidence de la République ? Quand on pense à la violence des caricatures sous la IIIe République, on est, aujourd’hui, bien en-deça.
Avec cette poupée vaudou, assiste-t-on à une diabolisation de Nicolas Sarkozy ? Non. Entrerait-on dans l’outrage permanent au Chef de l’Etat ? Il y a un risque. Pourquoi l’Elysée ne poursuit-il pas
Les Guignols qui le brocardent et le piquent à leur manière parfois, sans aucun ménagement ?
Nicolas Sarkozy se plaindrait-il de cette poupée parce qu’elle ne serait pas un produit dérivé non homologué par l’Elysée ? Ne prête-t-il pas le flanc à ce genre quand il a lui-même montré dés le début de la présidence un comportement douteux (Latran, yacht de Bolloré…etc).
Il est dommage que le Chef de l’Etat qui a eu des réactions bienvenues depuis l’été dernier, s’abaisse à devenir un principicule.



Jean Vinatier

©SERIATIM 2008

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Source :

1-
http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/10/30/poupee-vaudou-premier-echec-judiciaire-pour-sarkozy_1112685_823448.html#ens_id=1110156

mercredi 29 octobre 2008

France : vers un krach social ? N°321 - 2eme année

Nicolas Sarkozy a lancé son plan pour l’emploi depuis Rethel qui fut le siège du duché éponyme parmi les plus puissants et les plus riches de France, connu aussi sous le nom de duché de Mazarin lequel passa, un moment, par mariage dans la famille de Monaco: faut-il y voir un signe d’une bonne fortune à venir ?
Pour l’heure loin de toute référence historique et alors que Wall Street vient de clore avec une hausse de plus de 10%, le plan emploi présidentiel a soulevé presque autant de critiques à l’UMP qu’à gauche !
Quelle que soit l’importance du chômage dans les semaines à venir, le Président de la République monte au front et aligne des propositions dont le but n’est pas de guérir mais de donner quelques doses de morphine. A l’instar de la crise financière mondiale, qui fait faire des mouvements de yo-yo aux bourses, et où personne n’est en mesure de regarder au-delà de 6 mois, l’entourage présidentiel ne dispose pas de la possibilité à anticiper à moyen terme sur le plan social les conséquences de la récession économique. C’est là le premier obstacle auquel se heurte Sarkozy. Le Président a en face de lui une opposition éparpillée et des syndicats hébétés ; il compte également sur le repli sur soi des Français pour que ceux-ci n’en viennent pas à manifester en masse en cas de dégradation soudaine et brutale de leur situation.
L’annonce de la fermeture des usines Peugeot et Renault pendant une à deux semaines donne le ton de ce que pourrait devenir la question sociale : rien n’est plus emblématique que l’état de santé de la production automobile. C’est l’activité la plus observée par les Français avec celle de l’immobilier. Or, voilà ces deux secteurs considérablement atteints. Carlos Ghosn, PDG de Renault, craint qu’en cas de non-résolution de la crise financière, l’industrie automobile n’entre dans une période sinistre et le PDG de Nexity a déjà tiré la sonnette d’alarme.
Les milliards d’aides proposés aux banques et demain, peut-être, aux compagnies d’assurance, ont montré la capacité de l’Etat à octroyer avec des caisses vides un soutien à la place financière parisienne. Les patrons de PME/PMI et les salariés attendent, en toute logique, un même intérêt de l’Etat pour supporter le moins mal possible la dégradation de l’activité économique. Il semble, qu’aujourd’hui, l’Elysée, peine à rouvrir le robinet monétaire. Après tout que seraient 100 ou 200 milliards de plus dans un déficit dés l’instant où le Parlement approuverait le plan de relance économique et de soutien aux emplois ?
Jusqu’à présent, sur la scène internationale depuis août 2008, la politique française s’est montrée à la hauteur de tous les enjeux immédiats et a su donner un coup de fouet salutaire pour secouer les uns et les autres. Cette politique a été critiquée abondamment pour son côté « effet d’annonce » ou de flash info permanent. Il convenait d’agir et dans cet exercice Nicolas Sarkozy qui n’est pas un homme de pensée mais d’action était l’homme qu’il fallait. La question aujourd’hui serait de savoir s’il peut avoir un dynamisme similaire pour les salariés français ? L’histoire présente des cas de régimes qui réussissent dans la politique extérieure et qui échouent jusqu’à chuter sur le plan intérieur.
Il est encore trop tôt pour dire ce que fera in fine l’Elysée. Mais nous entrons dans une période cahotique, difficile. Un grand nombre de nos compatriotes sont atteints dans leur vie quotidienne ( pouvoir d’achat, santé, éducation, précarité…). Jusqu’à présent aucune grande société (bancaire, industrielle, assurance) n’a mis la clef sous la porte comme aux Etats-Unis. Si les Français reconnaissent qu’il y a une crise, ils ne l’identifient pas à la faillite d’une grande boîte métropolitaine comme les Américains l’ont éprouvé et que l’on sous-estime ici.
Nous sommes tous, à des degrés divers, à la fois dans le doute et dans l’assurance que jamais l’Etat ne permettra un dépôt de bilan d’une entreprise comme la Société Générale, Axa ou Renault. Ce contrat de fait entre les citoyens et le plus haut personnage de l’Etat engage les premiers et le second dans un face à face qui façonnera le reste du quinquennat.
On observera que crise ou pas Nicolas Sarkozy ne recule ni ne modifie aucune réforme, il poursuit sa route, les œillères bien placées. Les Français montrent souvent une patience infinie. Faute d’une opposition véritable et de syndicats puissants, la marge de manœuvre entre le Président et les Français est grande. On sait son habileté à négocier, à diviser, à désorganiser: pour l’heure il dispose de tous les leviers, il est en CDD. Sa seule crainte serait de voir soudainement se former un front populaire. Mais est-ce possible quand le pouvoir parvient à assurer une capacité à consommer: pain, jeux, vacances et crédits ?

Jean Vinatier

©SERIATIM 2008

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mardi 28 octobre 2008

D.H Lawrence : « Quand apprendras-tu aux gens? » N°320 - 2eme année

David Herbert Lawrence (1885-1930) est l’auteur de l’Amant de lady Chatterley souvent dénoncé comme un pornographe. C’est là faire un résumé injuste de l’œuvre riche, abondante de cet anglais qui s’intéressa aux effets déshumanisants de la société moderne et de l’industrialisation (« dark satanic mills »). Il se souvenait de son père mineur.
Il se passionnera, également, pour la psychanalyse via les travaux de Freud et Jung (voir Psychanalyse et inconscient- 1921). Il choquera l’opinion par ses écrits sur la démocratie, les femmes, les races, la virilité…Elle se placera à l’index!
Ne dénonce-t-il pas dans sa Prière moderne, le culte de Mammon toujours actuel
:

« Tout-puissant Mammon, rends-moi riche!
Rends-moi riche, très vite et sans problème
dans ma belle prospérité! Et pousse dans le trou
Mammon, puissant fils de pute, ceux qui me gênent! »

Aldous Huxley (Le meilleur des mondes, La philosophie éternelle), parmi d’autres, prendra sa défense en le décrivant comme l’un des écrivains les plus imaginatifs de son temps. Il est à redécouvrir ainsi que sa poésie, longtemps ignorée. Et pourtant elle possède une force redoutable dont le poème cité ci-dessous n’est qu’un faible aperçu :


« Quand apprendras-tu aux gens,
dieu de justice, à se sauver eux-mêmes-?
Ils ont été sauvés si souvent
et vendus.

Ô Dieu de justice, n’envoie plus de sauveurs
au genre humain!

Quand un sauveur a sauvé un peuple
les hommes décovurent qu’ils ont été vendus à son père.
Ils disent : Nous sommes sauvés mais nous sommes affamés.
Il dit : D’autant plus tôt vous mangerez du gâteau imaginaire dans la maison de mon père.
Ils disent : Ne pouvons-nous avoir une miche de pain ordinaire?
Il dit : Non, vous devez aller au ciel et manger me merveilleux
gâteau.

Ou Napoléon dit : Depuis que je vous ai sauvés des ci-devant,
vous m’appartenez, soyez prêts à mourir pour moi et à travailler pour moi.
Et puis les Républicains disent : Vous êtes sauvés,
et donc vous êtes notre épargne, notre capital
avec lequel nous allons faire du business.

Ou Lénine dit : Vous êtes sauvés, mais sauvés en gros.
Vous n’êtes plus des hommes, c’est bourgeois;
vous êtes des « items » dans l’Etat des soviéts,
Et chacun de vous aura sa ration,
mais c’est le soviet seul qui compte
mes « items » sont de peu d’importance,
puisque l’Etat les a tous sauvés.

Et ainsi va le salut des gens.
Dieu de justice, quand leur apprendras-tu à se sauver eux-mêmes?

D.H Lawrence »


Jean Vinatier

©SERIATIM 2008

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Source :

D.H Lawrence, Poèmes, Paris, Gallimard, 2007, pp. 165& 167

lundi 27 octobre 2008

G20 : caravansérail à Washington le 15 novembre? N°319 - 2eme année

Le sommet de l’ASEM (Asia-Europe Meeting) les 24 et 25 octobre à Pékin a revêtu une importance plus grande qu’à l’ordinaire : la semaine noire sur les principales places boursières et la prochaine tenue d’un G20 à Washington le 15 novembre pour exposer les conditions ou pas d’un nouveau Bretton Woods étaient de toutes les discussions.
Le Président français qui représente l’Union européenne entendait parler d’une voix forte en parlant d’une union Asie-Europe à propos d’une nouvelle architecture monétaire mondiale.
Le Premier ministre chinois, Wen Jiabao, a répondu à cet appel en évoquant le pragmatisme comme d’un principe. Est-ce une douche froide ?
Devant la crise générale, le monde ne présente pas encore une unité de vue rappelée par Eric Le Boucher :

« Mais la difficulté vient de ce que tout le monde est d'accord aussi pour dire que personne n'est d'accord sur les problèmes fondamentaux : ni sur le commerce, comme le prouve l'échec de Doha, ni sur ce qu'il faut faire pour tenter de ralentir un peu le réchauffement de la planète, ni sur l'énergie, ni sur l'avenir de l'alimentation et de l'agriculture, ni bien entendu sur la fermeté de la « régulation » qui doit être appliquée aux banques et consœurs. Toutes les tentatives politiques risquent dans ce cadre de rester lettres mortes. »¹
L’Asie ne saurait pallier une Europe bancale, étant, elle-aussi en quête d’équilibre ou d’harmonie. Si le Japon, la Chine, l’Inde, la Russie tâchent de se doter de vues complémentaires, chacune d’entre elles veille à ne pas être prisonnière des autres. Prenons l’exemple du tout récent accord de partenariat stratégique signé entre le Japon et l’Inde². De l’aveu même du Premier ministre indien, Manmohan, cet accord ne devrait pas courroucer Pékin mais bien qu’il s’agisse d’une question de forme la Chine froncera le sourcil. En juin dernier New Delhi et Pékin se félicitaient de partager des vues communes sur le plan stratégique ! On le voit bien, toute puissance asiatique cherche à occuper une place sans irriter (de trop) les voisins. L’Asie est loin encore de toute idée d’union monétaire. Seule exception, les monarchies pétrolières du Golfe auront leur monnaie unique en 2010 ou en 2011.
Au début de son mandat présidentiel, Nicolas Sarkozy s’était empressé de louer une relation plus profonde avec le
Royaume-Uni en tapant sur les doigts de la chancelière ! Or, l’Union européenne ne peut rien faire de fort et d’énergique si Berlin et Paris n’agissent pas de concert, dans la confiance la plus absolue. Actuellement, l’Union européenne pâtit de la mauvaise relation entre les dirigeants allemands et français :
« Angela Merkel et Nicolas Sarkozy : deux tempéraments diamétralement opposés, deux animaux politiques antithétiques, on le savait depuis longtemps. A mesure qu'apparaissait la gravité de la crise financière, les frictions entre la chancelière allemande et le président français ont toutefois gagné en intensité. Et pris la forme d'un jeu inquiétant, probablement à somme négative pour les deux pays et l'Europe, où la provocation appelle l'arrogance et vice versa. »³
L’énergie déployée par Nicolas Sarkozy n’est pas mauvaise, elle souffre, cependant, d’une vue unilatérale et d’une absence de concertation préalable. Aujourd’hui les 27 Etats font mine d’une solidarité avec la France mais elle est de pure convenance. C’est regrettable : Barroso, le patron évanescent de la Commission européenne, n’est pas encore invité à la conférence de Washington le 15 novembre ! C’est dire le discrédit qui s’abat sur les institutions européennes ! L’annonce par le chef de l’Etat français de son souhait de
présider la zone euro jusqu’en 2010, si elle tombe sous le bon sens, a le défaut de placer nos partenaires devant le fait accompli. La Présidence française souffre de la solitude et d’une jalousie de la publicité que possède la France sur la scène internationale. Angela et Nicolas doivent qu’ils le veuillent ou non se « pacser », faire fi qui des erreurs, qui de son agacement : est-il convenable que la chancelière parlant des propositions françaises pour sauver les banques et les assurances répondent par un « chacun sa merde » ?
Le Royaume-Uni, quoique puissance européenne, se réserve un chemin particulier, le sien.
Est-il surprenant dans cette atmosphère que le sommet de l’ASEM se termine sur un « on verra à Washington » ?
Les
Etats-Unis sont décrits par de nombreux observateurs comme l’hyperpuissance déclinante. Le dollar est l’arme politique par excellence de Washington. Bush et Obama ou Mc Cain seront unis pour maintenir le leadership américain. Aucun d’entre eux ne songera à se délester d’un pan de leur manteau de pourpre. En face d’eux, leur chance est d’voir sous leurs yeux toutes les divisions et les zizanies du « rest of the world ». Le rapport de force est encore en faveur des Américains pour quelques années.
Ni l’Asie, ni l’Union européenne n’ont une plateforme commune, l’émergence de quelques personnalités (
Nicolas Sarkozy, Gordon Brown, Angela Merkel, Wen Jiabao, Manmohan, Kevin Rudd) ne suffit pas pour établir un rapport de force qui amènerait Washington à concéder sur la gouvernance du dollar. N’est-ce pas le point inquiétant face à un triple tsunami, financier, bancaire, économique auquel s’ajoutent les crises, alimentaire et environnementale, nous avons tous les ingrédients d’une catastrophe et le désordre mènerait la danse ?
Il faudra regarder avec intérêt si dans les jours à venir
les conférences bilatérales se faisaient entre l’Union européenne et l’Asie et à l’intérieur de chacun des deux, il y aurait un espoir pour que la conférence de Washington ne soit pas un vain moment.


Jean Vinatier

©SERIATIM 2008

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Sources :

1-Eric Le Boucher in :
http://www.lesechos.fr/info/analyses/4788928-capitalisme-dur-et-regulation-souple.htm

2- Purnendra Jain «Tokyo's nexus with India deepens » in :
http://www.atimes.com/atimes/Japan/JJ25Dh01.html

3- Karl de Meyer in :

http://www.lesechos.fr/info/analyses/4788921-sarkozy-face-a-la-chanceliere-qui-dit-nein-.htm

vendredi 24 octobre 2008

Bossuet : « Quand l'histoire serait inutile aux autres hommes… » N°318 - 2eme année

On ne présente plus « l’aigle de Meaux », Jacques-Benigme Bossuet (1627-1704) évêque de Meaux (1681), théologien, illustre prédicateur et le précepteur (1670-1681) du fils de Louis XIV, Louis dit le Grand Dauphin (1661-1711). C’est en 1681 que parait son fameux « Discours sur l’histoire universelle » ouvrage faisant partie des nombreux autres écrits pour son élève et dont je vous propose les pages introductives.
Sa conception de l’histoire organisée autour de l’idée maîtresse de la Providence ne semble plus nous toucher en 2008. Mais les lignes ci-dessous montrent très clairement, outre le talent de pédagogue de Bossuet, l’importance de l’histoire source ou matière à bien des réflexions.

« à monseigneur le dauphin.

Quand l'histoire serait inutile aux autres hommes, il faudrait la faire lire aux princes. Il n' y a pas de meilleur moyen de leur découvrir ce que peuvent les passions et les intérêts, les temps et les conjonctures, les bons et les mauvais conseils. Les histoires ne sont composées que des actions qui les occupent, et tout semble y être fait pour leur usage. Si l'expérience leur est nécessaire pour acquérir cette prudence qui fait bien régner, il n'est rien de plus utile à leur instruction que de joindre aux exemples des siècles passez les expériences qu'ils font tous les jours. Au lieu qu’ordinairement ils n'apprennent qu'aux dépens de leurs sujets et de leur propre gloire, à juger des affaires dangereuses qui leur arrivent : par le secours de l'histoire, ils forment leur jugement, sans rien hasarder, sur les évènements passés. Lorsqu'ils voient jusqu’aux vices les plus cachés des princes, malgré les fausses louanges qu’on leur donne pendant leur vie, exposez aux yeux de tous les hommes, ils ont honte de la vaine joie que leur cause la flatterie, et ils connaissent que la vraie gloire ne peut s’accorder qu’avec le mérite.
D'ailleurs il serait honteux, je ne dis pas à un prince, mais en général à tout honnête homme, d’ignorer le genre humain, et les changements mémorables que la suite des temps a faits dans le monde. Si on n'apprend de l'histoire à distinguer les temps, on représentera les hommes sous la loi de nature, ou sous la loi écrite, tels qu'ils sont sous la loi évangélique ; on parlera des perses vaincus sous Alexandre, comme on parle des perses victorieux sous Cyrus ; on fera la Grèce aussi libre du temps de Philippe que du temps de Thémistocle, ou de Miltiade ; le peuple romain aussi fier sous les empereurs que sous les consuls ; l'église aussi tranquille sous Dioclétien que sous Constantin ; et la France agitée de guerres civiles du temps de Charles IX et d’Henri III aussi puissante que du temps de Louis XIV où réunie sous un si grand roi, seule elle triomphe de toute l’Europe.
C’est, monseigneur, pour éviter ces inconvénients que vous avez lu tant d’histoires anciennes et modernes. Il a fallu avant toutes choses vous faire lire dans l’écriture l’histoire du peuple de Dieu, qui fait le fondement de la religion. On ne vous a pas laissé ignorer l’histoire grecque ni la romaine ; et, ce qui vous était plus important, on vous a montré avec soin l’histoire de ce grand royaume, que vous êtes obligé de rendre heureux. Mais de peur que ces histoires et celles que vous avez encore à apprendre ne se confondent dans votre esprit, il n’y a rien de plus nécessaire que de vous représenter distinctement, mais en raccourci, toute la suite des siècles.Cette manière d’histoire universelle est à l’égard des histoires de chaque pays et de chaque peuple, ce qu’est une carte générale à l’égard des cartes particulières. Dans les cartes particulières vous voyez tout le détail d’un royaume, ou d’une province en elle-même : dans les cartes universelles vous apprenez à situer ces parties du monde dans leur tout ; vous voyez ce que Paris ou l’Isle De France est dans le royaume, ce que le royaume est dans l’Europe, et ce que l’Europe est dans l’univers.
Ainsi les histoires particulières représentent la suite des choses qui sont arrivées à un peuple dans tout leur détail : mais afin de tout entendre, il faut savoir le rapport que chaque histoire peut avoir avec les autres, ce qui se fait par un abrégé où l’on voit comme d’un coup d’oeil tout l’ordre des temps. Un tel abrégé, monseigneur, vous propose un grand spectacle. Vous voyez tous les siècles précédents se développer, pour ainsi dire, en peu d'heures devant vous : vous voyez comme les empires se succèdent les uns aux autres, et comme la religion dans ses differents états se soutient également depuis le commencement du monde jusqu'à notre temps.
C'est la suite de ces deux choses, je veux dire celle de la religion et celle des empires, que vous devez imprimer dans votre mémoire ; et comme la religion et le gouvernement politique sont les deux points sur lesquels roulent les choses humaines, voir ce quiregarde ces choses renfermés dans un abrégé, et en découvrir par ce moyen tout l’ordre et toute la suite, c’est comprendre dans sa pensée tout ce qu’il y a de grand parmi les hommes, et tenir, pour ainsi dire, le fil de toutes les affaires de l’univers.
Comme donc en considérant une carte universelle, vous sortez du pays où vous êtes né, et du lieu qui vous renferme, pour parcourir toute la terre habitable que vous embrassez par la pensée avec toutes ses mers et tous ses pays : ainsi en considérant l’abrégé chronologique, vous sortez des bornes étroites de votre âge, et vous vous étendez dans tous les siècles. Mais de même que pour aider sa mémoire dans la connaissance des lieux, on retient certaines villes principales, autour desquelles on place les autres, chacune selon sa distance : ainsi dans l'ordre des siècles il faut avoir certains temps marqués par quelque grand évènement auquel on rapporte tout le reste.
C'est ce qui s'appelle époque, d’un mot grec qui signifie s’arrêter, parce qu’on s’arrête là pour considérer comme d’un lieu de repos tout ce qui est arrivé devant ou après, et éviter par ce moyen les anachronismes, c’est à dire, cette sorte d’erreur qui fait confondre les temps.Il faut d'abord s'attacher à un petit nombre d’époques, telles que sont dans les temps del'histoire ancienne, Adam, ou la création ; Noé, ou le déluge ; la vocation d’Abraham, ou lecommencement de l’alliance de Dieu avec les hommes ;Moïse, ou la loi écrite ; la prise de Troie ; Salomon, ou la fondation du temple ; Romulus, ou Rome bâtie ; Cyrus, ou le peuple de Dieu délivré de la captivité de Babylone ; Scipion, ou Carthage vaincue ; la naissance de Jésus-Christ ; Constantin, ou la paix de l'église ; Charlemagne, ou l'établissement du nouvel empire.
Je vous donne cet établissement du nouvel empire sous Charlemagne, comme la fin de l’histoire ancienne, parce que c’est là que vous verrez finir tout à fait l’ancien empire romain. C'est pourquoi je vous arrête à un point si considérable de l'histoire universelle. La suite vous en sera proposée dans une seconde partie, qui vous mènera jusqu'au siècle que nous voyons illustré par les actions immortelles du roi votre père, et auquel l’ardeur que vous témoignez à suivre un si grand exemple, fait encore espérer un nouveau lustre.
……………………..
Bossuet »


Jean Vinatier

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Source :

Jacques-Begnigne Bossuet, Discours sur l'histoire universelle à Monseigneur le Dauphin pour expliquer la suite de la religion et les changemens des empires. Première partie, depuis le commencement du monde jusqu'à l'empire de Charlemagne, S. Mabre-Cramoisy (éd), Paris, 1681, pp. 2-6 ou l’édition scientifique établie par Jacques Truchet, Paris, Flammarion, GL, 1966.

jeudi 23 octobre 2008

Jean Tardieu : Le témoin invisible (1943) N°317 - 2eme année

Voilà un grand homme! Jean Tardieu (1903-1995) qui a presque traversé tout le siècle. Poète, éditeur, auteur de pièces de théâtre (La cité sans sommeil), ami avec celles et ceux qui faisaient les belles lettres : Max Ernst Martin du Gard, Ponge, Queneau, Follain, Jaccottet, Char, Félicien Marceau, Schiffrin père… . Et, excuser du peu, Jean Paulhan le fait publier dés 1927 !
Jean Tardieu aimait apporter sa touche de saugrenu, un humour. Il le fit dans ses poèmes narquois ainsi dans
" Môme néant" :
« Quoi qu’a dit ?
–A dit rin
Quoi qu’a fait ?
-A fait rin,…etc »
Cette façon familière de conter masquait, naturellement, une certaine angoisse qu’il connut dés 17 ans, âge de sa crise « névrotique ». Le poète contemporain, Christian Cottet-Emard interviewant Jean Tardieu en 1991 s’attirait cette réponse fort instructive à propos de la poésie :
« un retour à des origines ou la possibilité de reconstituer, forcément à l'aide d'artifices, des origines tribales en retrouvant les paroles et les gestes qui correspondaient à un besoin d'explication du monde que tout être humain a dû connaître dès l'âge le plus préhistorique. La poésie, alors, n'était pas loin de la magie, de la sorcellerie ou même de la religion, bref, de tout ce qui échappe à une définition scientifique. »¹
Le poème proposé ci-dessous est tiré de ceux écrits pendant la guerre, alors qu’il collabore aux publications clandestines de la Résistance, le définit assez bien comme pourrait le suggérer sa biographe belge, Emilie Noulet en 1964 : « Silence plein, sens étouffé, ce sont peut-être les deux pôles de l’œuvre de Jean Tardieu. »²
En 2003, à l’occasion du centenaire de sa naissance, Gallimard a publié l’ensemble de son œuvre : lisez-la !

« Le Temoin invisible

Les yeux bandés les mains tremblantes
trompé par le bruit de mes pas
qui porte partout mon silence
perdant la trace de mes jours
si je m’attends ou me dépasse
toujours je me retrouve là
comme la pierre sous le ciel.

Par la nuit et par le soleil
Condamné sans preuve et sans tort
Aux murs de mon étroit espace
Je tourne au fond de mon sommeil
Désolé comme l’espérance
Innocent comme le remords

Un homme qui feint de vieillir
Emprisonné dans son enfance,
L’avenir brille au même point,
Nous nous en souvenons encore,
Le sol tremble à la même place,

Le temps monte comme la mer. »

in Jean Tardieu Le Fleuve caché,: Poésies 1938-1961. Accents. Le Témoin invisible. Jours pétrifiés. Monsieur, Monsieur. Une Voix sans personne. Histoires obscures, Préf G.E Clancier, Paris Gallimard, 1968

Jean Vinatier

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Sources:

1-
http://www.orage-lagune-express.com/jt.htm

2- Jean Tardieu, coll. Poètes d’aujourd’hui, Paris, Seghers, 1964.

Association Jean Tardieu
http://www.amis-auteurs-nicaise.gallimard.fr/html/autgall/02505.htm

mercredi 22 octobre 2008

Strasbourg : Sarkozy prône un gouvernement "Euro"-européen N°316 - 2eme année

Aujourd’hui Nicolas Sarkozy a fait un discours devant le Parlement européen puis il a échangé en toute logique avec les députés présents pendant deux heures. Le thème principal de son intervention était un constat : « Nous n'avons aucun gouvernement économique digne du nom. Nous ne pouvons pas continuer ainsi »
Le projet de constitution d’un gouvernement économique des pays membres de la zone euro, soit 15 des 27 Etats qui composent l’Union européenne place d’emblée notre continent devant un choix politique. Venaient ensuite logiquement la coordination des politiques industrielles des uns avec les autres, puis la proposition de fonder des fonds souverains. Pourquoi ? Parce que dixit le
Spiegel « Je ne veux pas que les citoyens européens se réveillent dans quelques mois et découvrent que des entreprises européennes sont maintenant possédées par des capitales en dehors de l'Europe. »
Pour un peu le discours français aurait été nationaliste ! Un député a même parlé de socialisme (marxisme ?), un mot maintenant très en vogue des deux côtés de l’Atlantique ! Le Président a-t-il eu tort de placer l’accent à ce niveau ? Il le devait car le moment est singulier et fort. Tout le monde voit bien que cette crise financière, en cours, est la goutte d’eau qui fait déborder le vase : l’organisation internationale telle qu’elle fut conçue par un vainqueur, les Etats-Unis, en 1944 ne tient plus la route. Officiellement en 2008, Washington n’est pas une puissance contrainte à une reddition mais c’est « the rest of the world » qui décide de poser les jalons d’une nouvelle structure monétaire mondiale.
Le discours de Nicolas Sarkozy fait suite à son entrevue avec le Premier ministre canadien puis avec Georges Bush dont il obtint, du bout des lèvres, une réponse positive pour un sommet à la fin de novembre. Si tout le monde convient de mettre sur pied des conférences internationales pour établir de nouvelles règles du système monétaire, il est bien évident que l’aboutissement n’interviendra qu’au terme d’une décennie. Pour l’heure Nicolas Sarkozy veut occuper la scène jusqu’au terme de sa présidence de l’Union le 31 décembre, et la perspective de la mise en place de ces sommets l’excite énormément. Cependant, son propos d’aujourd’hui a une originalité : il met en avant les pays de la zone euro et leur propose de constituer un gouvernement économique. S’il s’agissait de réunir régulièrement les ministres des finances des 15 cela n’aurait strictement aucune conséquence novatrice, s’il s’agissait, au contraire, de placer tous les 15 pays de l’Euro sous l’égide d’une structure commune de gouvernement économique, notre continent franchirait un pas intéressant. De facto ce gouvernement "Euro " serait le noyau dur de l’Union européenne lequel pourrait envisager des règles de gouvernement précises, éviter que l’arrivée d’un nouveau membre entraîne ou un affaiblissement ou une division.

Gordon Brown devait avoir un sens prémonitoire quand il a suggéré que le Royaume-Uni puisse adopter l’Euro. Le renard d’outre-manche aimerait donc s’éclater dans le poulailler continental !
Pour l’heure, le Président français ramasse à la pelle les dividendes de son dynamisme grâce au poids historique de la France : un président Tchèque aurait-il pu en ayant une activité similaire engranger autant d’opinions positives ? Rien n’est moins sûr et ce n’est pas faire insulte à un dirigeant d’un pays ami que de l’écrire, mais l’histoire est là, incontestable. Point n’est besoin d’être un monarque républicain hors norme, il suffit seulement, selon Philippe Grasset dans son dernier
article , d’être un « excellent animateur de la politique naturelle de la France parce que cette politique a aujourd'hui le vent en poupe. C'est ce qu'on attend de lui. » Certes mais il faut bien admettre qu’en dépit des réserves que l’on peut avoir sur la personne de Sarkozy, il secoue singulièrement le cocotier mais que tout le monde ignore ce qu’il en tombera.


Jean Vinatier

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mardi 21 octobre 2008

Sœur Emmanuelle : la Dame de Moqattam N°315 - 2eme année

Sœur Emmanuelle (Madeleine Cinquin est née dans une riche famille belge) s’est dévouée pendant plus de trente années aux démunis du Caire : elle a vécu parmi les zabbalins ou chiffonniers. Sa disparition, à la veille de son entrée dans sa centième année, est presque une fausse note dans le monde contemporain où chaque jour un flash info annonce des aides par dizaines de milliards pour venir au secours d’une banque, d’un assureur victime de ses errements et, pour certains, de leur soif inextinguible de profits quant il est si pénible d’obtenir des Etats et des milliardaires une aide pécuniaire.
Entrée à Notre-Dame de Sion, elle enseigna en Turquie, en Tunisie puis en Egypte juqu’à sa retraite où elle mesura l’étendue de la pauvreté qui y régnait et décida en 1970 d’y demeurer :
« Au Caire, lorsque la tête dans les étoiles et les pieds dans les ordures, je priais mon chapelet, je me sentais entourée d'un monde presque harmonieux... »¹
Les zabbalins vivent au Caire dans trois endroits, au Nord, à Mohandessin et dans un ancien cimetière au pied de la colline de Moqattam située à l’est de l’ancienne citadelle. La police ne s’y rendait jamais avant la médiatisation de sœur Emmanuelle.
Qui sont les zabbelins ? Pour la très grande majorité des chrétiens-coptes autrefois fermiers dans la Haute-Egypte ; voilà ce qu’étaient devenus les descendants des pharaons dans l’Egypte contemporaine, après la chute de la monarchie en 1952 ! Tous les coptes ne sont pas dans la misère loin de là (Boutros Boutros-Ghali) mais ils occupent une place particulière dans la société égyptienne post- nassérienne.
Les zabbalins ont deux églises, Al-Moallaqa ou l’Eglise suspendue qui date du Ve siècle construite sur les fondations de la forteresse de Babylone et, la seconde, plus récente, bâtie en 1974, dédiée à Saint-Samaan qui réussit, dit la légende, le prodige de soulever la colline de Moqattam en 975 APJC.²
Il fallait une bonne dose de courage à ce petit bout de femme pour accepter l’immensité de la tâche («
ils se nourrissaient de détritus. », « ils vivaient des poubelles ») non seulement pour aider cette population mais y vivre comme eux, avec eux. Combattive, douée d’un caractère bien trempé, ouverte aux différences (elle écrivit à Jean-Paul II pour faire autoriser la pilule à Moqattam) et peu encline à admettre une hiérarchie souvent pesante, elle disait très simplement :
« Je crois en Dieu, mais ça ne suffit pas. Je crois aussi en l’homme[…] Ce qui compte, c’est le cœur, l’action. “Tu veux aider les autres, viens avec nous, ça va être passionnant !” Champagne ! On a envie de chanter, de danser parce que Dieu veut que l’homme soit heureux. Si on ne s’intéresse pas aux autres, la vie devient monotone. »³
Nul risque avec elle que la vie tombe dans le train-train. Elle n’avait pas comme le disait, aujourd’hui, Bernard Kouchner, dans une phrase à la Jack Lang, « la permanence de la révolte »; bien au contraire, sage, mesurée, attentive mais déterminée, serrant les poings et solide dans sa conduite, elle veillait à n’être pas cette révoltée mais une cabocharde. Son association ASMAE a pris son relais ainsi que l’Etat égyptien mais la population cairote accueille chaque année tellement de ruraux que les bidonvilles loin de décroître s’étalent.
Pourquoi de tels bidonvilles ? Un exode rural, une urbanisation trop rapide et la corruption qui fausse encore les programmes et les chantiers. Tout est donc compliqué ! Leïla Iskander Kamel, fondatrice de la société de consultation, Développement Communautaire et Institutionnel (C.I.D ) et membre de l’Association pour la Protection de l’Environnement (A.P.E) écrivait en 1997 dans un rapport adressé à l’ambassade de France :
« Les tensions demeurent vives s’agissant de l’éloignement de ces communautés du centre du Caire, même si des plans sont en cours en vue de changer complètement les comportements des cairotes concernant les déchets. Ces efforts sont initiés par l’Association pour la Protection de l’Environnement et visent l’entière responsabilisation des quartiers: une véritable campagne de sensibilisation pour la séparation des ordures à la source par les habitants du Caire de sorte que la nourriture soit ramassée et dirigée vers les centres de compostage à la source et que les communautés de ramasseurs d’ordures cessent d’être des sous-hommes ‘insupportables au regard’ et deviennent des voisinages physiquement acceptables où la vie peut être vécue pleinement.»4
Sœur Emmanuelle savait que la colline des déchets avait, hélas, son équivalent, à Manille et dans combien d’autres endroits sur cette planète. Mère Teresa et elle, du Gange au Nil se donnaient la main : deux mères aux sourires uniques !
« Tous les bidonvilles du monde sont des concentrés de misère. Mais au Caire, chez les chiffonniers, c'était pis, puisqu'ils ramenaient de la ville des montagnes d'ordures, fumantes, puantes. Ma cabane donnait sur une cour où mon voisin, Habib, élevait des cochons. Dès la première nuit, les rats m'ont réveillée. Ce qui m'a étonnée, ce fut de me retrouver ainsi, la soixantaine passée, dans un monde que j'avais ignoré, dont je ne parlais pas très bien la langue, plongée dans cette misère matérielle, et d'éprouver malgré tout un sentiment de joie comme je n'en avais jamais connu. J'avais atteint mon but. »
[….]
Je sens maintenant ma barque s'éloigner peu à peu du rivage. Et je ne crains pas pour moi, je l'ai déjà dit. Mais pour la suite de cette action. L'association, qui a été un peu mon âme, a en charge 70 000 enfants dans le monde, dans les pays les plus pauvres. Si bien que, lorsqu'on me demande si je regrette de ne pas avoir eu d'enfants à moi, je réponds que j'en ai 70 000. Mais cela signifie d'énormes besoins. Et il faudra continuer, bien sûr, parce que le monde n'en a pas fini avec la pauvreté et la misère. [...] Je suis comme une mère qui va quitter ce monde et qui laisse ses enfants. Ce sentiment de continuité, de prolongement me rassure. Je me dis, comme tous les gens je l'espère, au terme d'une vie pleine et heureuse : je passe la main, la cordée est solide [...].5
La Dame de Moqattam est partie. Elle laisse éclairé son chemin parcouru dans l’amour du Christ, et invite les hommes à écouter Dieu par la méditation et l’action.

Jean Vinatier

©SERIATIM 2008

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Sources :


1-
http://lesmadeleines.free.fr/celebrites/cinquin.htm

2-
http://pietonnecairote.wordpress.com/2008/04/13/zaballin-et-moqattam/

3-Le Pèlerin, novembre 2004 :
http://www.pelerin.info/article/index.jsp?docId=2166960&rubId=9196
Vidéo CFRT/ France 2006 :
http://www.jds.tv/html/main.php?page=visualiser&directtodocument=3&id_video=248

4-
http://www.ambafrance-ma.org/archives/marocweb/projet02/calendr.htm

5- Son interview dans l’Express édition spéciale :
http://www.lexpress.fr/actualite/societe/religion/le-siecle-de-soeur-emmanuelle_552741.html?p=3

Autres sources :
http://www.lesoir.be/actualite/monde/le-bidonville-du-caire-en-2008-09-07-635940.shtml
http://ema.revues.org/index191.html

Question copte :
http://www.medea.be/index.html?doc=1531

lundi 20 octobre 2008

Stade de France : bientôt comme en janvier 532 à Constantinople ? N°314 - 2eme année

Depuis le Circus maximus romain (300 000 spectateurs) jusqu’à nos jours en passant par l’hippodrome de Constantinople, le stade a été une arène avec son lot de joies, de violences. On a oublié, également, que le théâtre (pièces et opéras) a été longtemps un endroit d’expression politique et sociale jusqu’au XXe siècle. Le théâtre du Prince de Galles dans le premier quart du XVIIIe siècle était le centre de ralliement de tous les opposants à une partie des adversaires des whigs. Souvenons-nous de la dispute d’Hernani ou de la révolte belge qui débuta depuis un théâtre en 1830 !
Dés lors pourquoi s’offusquer que le public d’un stade siffle un hymne ? Ne devrait-on pas respirer que cette colère ne se répande pas dans les rues ? Mais le pouvoir sarkozien, d’après ce qu’en a rapporté Le Post, savait parfaitement ce qui se passerait au moment du match amical France-Tunisie et avait reparti les rôles des ministres même s’il n’imaginait pas la bêtise d’un Laporte (Madrange) !
Si le pouvoir craint la foule, il en a une fascination dans un étrange rapport amour-haine d’où la tentation de la manipuler.
En janvier 532, la population byzantine râle contre le poids des impôts, la baisse du pouvoir d’achat, le luxe du Palais du Basileus. Les courses de chevaux étaient le prétexte à des manifestations politiques, sociales contre le pouvoir ou un favori de l’empereur. Justinien Ier (483-527-565), son épouse Théodora (500-548) et le « Premier ministre », Jean de Cappadoce (v490-548) comptent bien sur la faction des Bleus ou Vénètes (riches marchands et leurs fournisseurs, armateurs, banquiers) pour combattre les Prasiniens ou Verts (artisans, pêcheurs, vendeurs de rues…etc). Ces deux factions se concurrençaient dans Constantinople lors d’évènements sportifs dans l’hippodrome. Procope de Césarée (v500-560), notamment, dans son
Histoire secrète de Justinien sera le témoin tout comme le futur saint Romanos le Mélode¹ de la sédition Nika (« victoire ») qui ébranla le trône impérial :
« Il s'éleva dans le même temps une sédition à Constantinople, qui s'étant extraordinairement échauffé, eut des suites fâcheuses pour le Sénat, et pour le peuple. Voici de quelle sorte elle arriva. Il y a longtemps que les habitants de chaque ville sont divisés en deux factions, de Bleus et de Verts ; bien qu'il n'y ait pas longtemps que les deux partis en sont venus à une telle fureur pour ces noms, et pour ces couleurs qui les distinguent. Ils se battent sans savoir le sujet de leur querelle, se sachant bien que s'ils sortent victorieux du combat, ce ne sera que pour être menés en prison, et ensuite au dernier supplice. Ils conçoivent sans raison une haine implacable contre leurs proches, et ils la conservent toute leur vie sans la faire céder aux règles de l'honneur, de la parenté, ni de l'amitié. Quand deux frères, ou deux amis sont de deux partis différents, ils ne se soucient de lois ni divines ni humaines, pourvu que la victoire soit de leur côté. Ils ne le mettent pas en peine si en cela Dieu est offensé, si les lois font violées, si l'état est renversé, soit par les armes des ennemis, ou par la division des citoyens. Lorsque les affaires du parti vont bien, ils ne se fâchent ni des nécessités particulières de leurs familles, ni des pertes publiques de l'Empire. Les femmes ont part a cette manie, et suivent la faction de leurs maris, et quelquefois la faction contraire; bien qu'elles n'assistent pas aux spectacles, et aux assemblées, elles ne laissent pas d'y avoir le même engagement que les hommes. Ce que je ne puis attribuer qu'à je ne sais quelle maladie d'esprit, dont elles sont tourmentées. Voilà quelle est la folie des villes et des peuples. » ²
Le pouvoir impérial ordonna la répression contre les Verts mais certains chefs des Bleus furent tués. Ô surprise! Les deux factions s’unirent et au cri de Nika ( en Grec« victoire ») mirent à sac la capitale en incendiant le Palais impérial, les bâtiments administratifs.
Procope est le narrateur précis de cette semaine sanglante:
« Justinien, en encourageant et excitant manifestement les Vénètes, ébranla l'empire romain tout entier dans ses fondements, comme un tremblement de terre, ou un cataclysme imprévu, ou comme si chaque cité avait été prise par l'ennemi. Toutes choses, en effet, furent bouleversées, et sur tous les points. Il ne laissa rien debout. Les lois et l'ordre public de la cité, renversés, firent place à des institutions entièrement opposées. D'abord les séditieux firent quelques changements à leur chevelure : ils affectèrent de la couper de manière à ce qu'elle n'eût plus rien de commun avec celle des autres Romains; ils ne s'occupèrent plus de se faire la moustache et de raser leur menton; mais ils laissèrent tout croître, comme il est d'usage immémorial chez les Perses. Quant aux cheveux de la tête, ils coupaient tous ceux de devant jusqu'aux tempes; et à l'égard de ceux de derrière, ils permettaient de les laisser croître le plus long possible, et sans aucune règle, comme le font les Massagètes. Ils appelèrent cette coiffure hunnique (la mode des Huns).
Quant aux vêtements, ils résolurent tous de prendre des manteaux à larges bordures, plus riches qu'il n'était permis à chacun d'après son état de s'en revêtir, mais dont ils faisaient les frais avec les gains illicites qu'ils se procuraient. La partie de la tunique qui s'étend jusqu'aux mains était resserrée surtout au poignet; mais la partie intérieure, jusqu'à l'une et à l'autre épaule, était d'une amplitude inouïe. Toutes les fois qu'ils étendaient la main, au milieu des clameurs qu'ils poussaient dans les théâtres ou dans les hippodromes, ou qu'excités par quelque incident, d'ailleurs habituel, ils élevaient le bras sans y faire attention, ils faisaient croire aux ignorants que leur corps était si beau et si vigoureux, qu'ils étaient obligés de le cacher sous de tels vêtements. Ils ne s'apercevaient pas que l'amplitude de cet habillement ne faisait, au contraire, que ressortir la maigreur et la faiblesse de leur corps. Les épaulettes, les caleçons et la plupart des chaussures étaient taillés à la manière des Huns, et en recevaient le nom. »³
Pris de panique l’empereur Justinien se prépara à fuir, Théodora, son épouse, l’en dissuada. Le général Bélisaire (v500-565), tout juste revenu de campagne militaire, accepta de réprimer cette sédition. Il obligea les Bleus et les Verts à rentrer dans l’hippodrome : plus de 30 000 y seront massacrés !
Si les lecteurs de Seriatim (50 pays) veulent imaginer Nicolas Sarkozy en Justinien, Carla en Théodora et Guéant en Bélisaire, libres à eux. En politique, tout bascule parfois si soudainement.
Un détail, à la mort de Justinien et de Bélisaire en 565, l’empire Romain d’Orient est ruiné !


Jean Vinatier

©SERIATIM 2008

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Note :
Romanos le Mélode est né vers la fin du Ve siècle à Émèse, d'une famille d'origine judaïque. Il vint se fixer à Constantinople, sous le règne d'Anastase Ier (491-518) ; c'est là, dans l'église de la Théotokos, que la Vierge Marie lui serait apparue en songe et lui aurait fait don du talent poétique qui consacra sa réputation (notule éditions du Cerf)

Sources :

1- in Hymnes V, Nouveau Testament (XLVI-L) et Hymnes de circonstances (LI-LVI), José Grosdidier de Matons éd. scientifique, Paris, Editions du Cerf, 1981

2-Histoire de la guerre contre les Perses, écrite par Procope de Césarée. Livre Premier, Livre II, chapitre XXIV1
http://remacle.org/bloodwolf/historiens/procope/perses1.htm#XXIV

3- Histoire secréte de Justinien :

vendredi 17 octobre 2008

Bretton Woods veut-on le réécrire? N°313 - 2eme année

Sans surprise les 27 ont approuvé le plan de relance présenté par Nicolas Sarkozy. Sans surprise les 27 ont montré des réticences à accepter un projet de gouvernement économique européen.
Que préconisent les grands leaders européens ? Gordon Brown se fait l’avocat de solutions internationales passant par une révision des institutions créées après 1945 de son côté Angela Merkel répugne à approuver une politique de relance qui creuserait trop les déficits publics. Nicolas Sarkozy et François Fillon, en sus de leur idée du gouvernement économique de l’Union, partent en guerre contre les paradis fiscaux mais chacun sait que la remise en cause de ces derniers se heurtera évidemment à l’hostilité de Londres dont la législation s’applique aux îles Caïmans, Vierges, Bermudes sans oublier les îles anglo-normandes et de Man. Le Luxembourg, quasi-paradis fiscal n’encouragera pas le projet des Français. Le Président de la République comptant, enfin, moult amis (Bernard Arnault…etc.) qui ne trouvent rien à redire à ces endroits ensoleillés, il est douteux que le Chef de l’Etat insiste longtemps. Mais pourquoi cette attaque ? Les paradis fiscaux ne sont pas à l’origine de cette crise, ni de la récession ? Est-ce une diversion pour occuper les esprits sur un sujet facile ? Pourquoi pas ?
Tout le monde parle qui mieux mieux d’un nouveau Bretton Woods qui reverrait de fond en comble l’architecture monétaire planétaire. Le sujet est trop avancé pour qu’il ne fasse pas l’objet de réunions, de conférences, de débats et d’articles. Si des hommes comme Félix Rohatyn plaident également pour une réforme, c’est que le jeu en vaut la chandelle.
Quoi qu'il en soit, nous voyons se dessiner plusieurs groupes, le premier est celui du Royaume-Uni, le second est européen (les membres de l’Union et de la zone euro), le troisième comprend les puissances émergentes (Inde, Brésil, Chine, Afrique du Sud, Russie, Arabie heureuse…etc.), le quatrième est celui des Etats-Unis.
Le Royaume-Uni bombe le torse en qualifiant Gordon Brown de churchillien et nargue les « anciennes colonies » américaines. Au-delà de cette attitude, Londres dispose du Commonwealth et d’une place financière hors norme dotée d’une puissance véritable et inscrite dans l’histoire. Les propositions britanniques sont forcément internationales et, comme nous le disions
précédemment Gordon Brown a besoin du levier européen pour établir un rapport de force vis-à-vis des Etats-Unis et des puissances du BRIC*. Il a su avancer le premier un texte autour duquel l’Allemagne puis la France se sont ralliées. Disons que le Premier anglais a fait, au moment T, le discours urbi et orbi.
L’Union européenne où Paris et Berlin devraient former le tandem le plus solide et le plus respecté, le public n’a que trop vu les dissensions. Le dynamisme du Président français a pallié provisoirement cette faiblesse. Aujourd’hui les 27 ont dit oui au plan de relance. Mais cette réponse positive ne suffit pas, il faut aller plus loin. Et là, les craquements existeront. Ne faudrait-il pas que, la présidence française fasse la proposition de travailler en commun avec les puissances émergentes du BRIC* pour créer un rapport de force crédible en direction des Etats-Unis et du Royaume-Uni ? Quelque part Nicolas Sarkozy doit dépasser les tiraillements européens en plaçant les 27 devant l’évidence de cette collaboration. Evidemment cette tâche n’est guère aisée à accomplir d’ici le 31 décembre.
Les puissances émergentes ou BRIC n’agissent pas encore de concert mais elles se parlent et envisagent des scenarii. Avant-hier, à New Delhi, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud ont sévèrement critiqué les pays riches et dénoncé leurs responsabilités. De son côté, le ministre russe des affaires étrangères, Sergeï Lavrov, dans un article récent place son pays sur un piédestal et lance un vibrant appel aux Etats-Unis en faisant référence aux présidences de Roosevelt et de Kennedy¹. Cet appel du pied ne peut étonner. En 1814, le Tsar Alexandre Ier, proposa à James Madison de partager le monde à eux deux² ! En 1867, Saint Petersbourg préféra vendre l’Alaska à l’Amérique plutôt qu’au Canada anglais. La remarque de Lavrov s’inscrit dans une relation historique, qui indique bien que la Russie ne parle qu’aux meta-nations.
La Chine, l’Inde, le Brésil, l’Arabie heureuse sont dans des phases d’ascension économique et financières. Si ces nations sont conscientes d’être le cœur et les poumons du monde, elles ne possèdent pas encore tous les outils pour former un contre-poids uni.
Les Etats-Unis ne sont plus la puissance solitaire ou l’hyper puissance même si le peuple et la classe politique américain, feignent de ne pas l’accepter. Les Etats-Unis resteront quoiqu’il advienne une puissance de référence, par dollar interposé. Un homme comme Félix Rohatyn, sorte de Kissinger de la finance, ne s’habille pas de la robe de l’avocat en faveur d’un nouveau Bretton Woods pour aller à Canossa ! Washington agira pour garder de son côté quelques-unes de ces puissances émergentes et des pays de l’Union européenne.
Ce tableau, rapide et grossier, a pour objet de souligner les fragilités et les appétits des Etats. Il faut avoir conscience du moment singulier dans lequel nous sommes : un système se termine, un autre surgira, entre temps nous aurons des moitiés de systèmes, de solutions. Par exemple, est-on sûr que Nicolas Sarkozy ne cherche pas à être d’abord un intermédiaire judicieux entre Londres et Washington, au nom de l’Union au lieu de se tourner vers l’Asie ? Nous entrons dans des divisions internationales.
Si tout le monde appelle à un nouveau Bretton Woods, rien n’indique à l’heure présente qu’on veuille le réécrire. On s’oriente plutôt vers des ajustements, des rééquilibrages. Nulle puissance ne peut s’imposer à l’autre et tout regroupement de puissances sera fragile et évolutif.
L’automne 2008 marque, cependant, la fin d’une ère hégémonique américaine et le début des fortes concurrences entre les meta-nations.


Jean Vinatier

©SERIATIM 2008

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Source :


1-Sergeï Lavrov (1950), ministre des Affaires Etrangères depuis 2004 est un Russe d’origine arménienne installée à Tbilissi in :
http://www.ln.mid.ru/brp_4.nsf/e78a48070f128a7b43256999005bcbb3/16b962b41fd6f32ac32574e3001ef136?OpenDocument

Notes :

*BRIC= Brésil, Russie, Inde, Russie

2- Au moment de la signature du traité de Gand (24 décembre 1814) qui mettait fin à la seconde guerre anglo-américaine débutée en 1812, la Russie proposa au gouvernement américain d’être son médiateur, chose qu’il déclina. C’est à cette occasion que le Tsar, Alexandre Ier suggéra au Président James Madison (1751-1809-1817-1836) de se partager le monde.

jeudi 16 octobre 2008

Thaïlande/Cambodge et les temples frontières : Prah Vihar, Sdok Kok Thom N°312 - 2eme année

On est bien loin de toute aventure d’Indiana Jones !
Des heurts ont eu lieu entre les soldats, thaï et cambodgiens¹, il y a eu des blessés et des prisonniers autour du site splendide de Prah Vihar (Preah Vihear), temple khmer bâti au XIe siècle². Le conseil de sécurité de l’ONU et l’ASEAN sont saisis ! L’affaire prendrait-elle une tournure inquiétante ? Une guerre pour un temple ?
Retour vers l’Histoire. L’empire Khmer (Cambodge) a rayonné sur l’ensemble de la péninsule indochinoise entre le IXe et le XVe siècle. Chaque souverain devait bâtir un temple-montagne qui lui servirait de mausolée à l’instar des pyramides des pharaons. D’où ces temples magnifiques (Prah Vihar, Sdok Kok Thom, Angkor…etc) au sein d’un ensemble architectural unique au monde à la différence d’Angkor qui était, en plus, une capitale. Progressivement les Siamois* (Thaï), les Laotiens et les Vietnamiens s’émancipèrent de la suzeraineté de l’empire Khmer au point de devenir, au XIXe siècle, qu’un simple « condominium » siamo-vietnamien. Le protectorat français débuté en 1863 évita au Cambodge de disparaître. Il restait à régler le problème de la frontière jamais définie jusqu’alors. En 1893, 1904 et 1907 trois traités entre la France et le Siam fixèrent les frontières par un échange de provinces. En 1941, la France quoique victorieuse de l’armée thaïlandaise* dut, sous la pression du Japon rendre deux provinces. Et les temples ? Angkor ne soulevait pas de problème, à la différence de ceux de Prah Vihar et Sdok Kok Thom situés tout proche de la frontière. La cour internationale de La Haye, par un jugement rendu le 15 juin 1962 attribua le temple de Prah Vihar au Cambodge au grand dam de la Thaïlande qui ne reconnut pas cette décision³. La décision de l’UNESCO de classer au patrimoine mondial le site de Prah Vihar en juillet 2008 à fait monter la tension d’un cran. Pour compliquer le tout, Phnom Penh demande que le temple Sdok Kok Thom situé à 34 kilomètres à l’intérieur du territoire thaïlandais lui soit rendu sous le prétexte qu’il a servi de camp aux Khmers pendant leur lutte !
Les temples-montagnes khmers, Prah Vihar (Preah Vihear) et Sdok Kok Thom sont-ils devenus entre les deux royaumes de Thaïlande et du Cambodge des lieux d’affrontement pour régler chacun de leur côté des difficultés intérieures ? Il semblerait que oui. Et c’est plus la situation intérieure thaïlandaise qui retient l’attention. Depuis le coup d’état militaire en septembre 2006 du général Sonthi Boonyaratglin** (musulman) qui a chassé l’énigmatique, Thaksin Shinawatra, leader du People’s Power Party (PPP), la société thaïlandaise se divise sous l’œil de son souverain âgé de 81 ans. Les militaires se retirèrent, après les législatives de décembre 2007 qui virent, à la surprise générale, la victoire du People’s Power Party. Ce parti ne pouvant choisir l’ex-Premier ministre, sous le coup d’un mandat d’arrêt, c’est l’un de ses proches Samak Sundaravej(janvier-septembre 2008) qui le remplaça avant d’être contraint à la démission pour faute (il continuait à toucher de l’argent comme animateur d’une émission culinaire) et devant la colère montante de la population soutenue par le People’s Alliance for Democracy (PDA) qui regroupe plusieurs organisations politiques dont leurs chefs sont ultra nationalistes, issus de l’armée et soutenus par des familles aristocratiques. C’est pourquoi les manifestants sont appelés des royalistes. Ce sont eux qui ont protesté contre le fait que le premier ministre thaïlandais, entre-temps remplacé par Somchai Wongsawat***, reconnaisse définitivement la souveraineté cambodgienne sur le territoire de 4,6 km2 autour de Prah Vihar !
En octobre, on a vu une accélération des événements militaires entre les deux royaumes. Hun Sen promettant même aux Thaï de transformer le territoire disputé en « zone de mort ». On voit que Hun Sen qui dirige d’une main de fer le Cambodge depuis 1985 est un pur et dur : n’oublions pas qu’il fut un Khmer rouge rallié au moment opportun aux Vietnamiens !
Mais le fond de l’affaire, comme on le devine, tient à la situation politique thaïlandaise. Les coups d’états militaires ne sont plus rares depuis 1932 et les souverains, s’ils sont vénérés comme des dieux, doivent avoir une habileté remarquable pour naviguer entre les écueils. L’actuel monarque Rama IX (Bhumibol Adulyadej) est adoré. Le prince héritier, Wachiralongkorn, ne jouit pas de la faveur du peuple à l’inverse de sa sœur cadette, Sirindhorn Thepha Rattana Suda (francophone). Le roi l’aurait désigné pour lui succéder.
La Thaïlande, politiquement et dynastiquement, traverse une période agitée qui pourrait aboutir à une déstabilisation du royaume. Les leaders du PAD (royalistes) jouent avec le feu en créant de facto une situation de guerre avec le Cambodge. Les Américains très présents par leurs bases en Thaïlande depuis 1949 se devraient, alors, d’intervenir au risque de mécontenter les géants continentaux que sont l’Inde et la Chine sans oublier le voisin immédiat, le Myanmar.
La question des temples frontières met en lumière les calculs intérieurs des politiciens thaïlandais. La prospérité de ce pays est réelle mais les tensions venues dans le sud, l’ex-sultanat de Pat(t)ani, où l’activisme des musulmans sunnites**** grandit, inquiète les autorités. Il serait alors imprudent de réactiver des anciens contentieux frontaliers avec le Cambodge et le Laos réglés pendant le protectorat français. Si la Thaïlande (« Pays des Hommes libres ») est fière de n’avoir jamais été sous le joug d’une puissance occidentale, elle n’en nourrit pas moins des rancœurs qui pourraient, à terme, bouleverser son équilibre intérieur.

Jean Vinatier


©SERIATIM 2008

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Notes :

*Le Siam a pris le nom de Thaïlande en 1939 après la prise du pouvoir par le général Plaek Phibunsongkhram
** sur proposition du général, le roi a nommé Surayud Chulanont qui fera office de « Premier ministre » entre octobre 2006 et janvier 2008.
*** : il est le beau-frère de Thaksin Shinawatra.
**** : la crainte est de voir les musulmans de cet ancien sultanat demander leur rattachement à la Malaisie. Ajoutons que dans le cadre de négociations avec les anglo-hollandais dans la seconde moitié du XIXe siècle, la Thaïlande a renoncé à sa suzeraineté sur la Malaisie à l’exception du sultanat de Pat(t)ani qu’elle annexa en 1909.

Sources :

1-
http://actualite.portail.free.fr//monde/15-10-2008/combats-a-la-frontiere-entre-la-thailande-et-le-cambodge/

2-
http://whc.unesco.org/fr/list/1224

3-
http://www.icj-cij.org/docket/index.php?sum=284&code=ct&p1=3&p2=3&case=45&k=46&p3=5

Cartes :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Image:Thailand.gif
http://www.monoroom.info/uploads/newbb/92_48987f505569d.jpg

Site de l’EFEO :
http://www.efeo.fr

http://angkor.wat.online.fr/conservation-sauvegarde-sommaire.htm

mercredi 15 octobre 2008

Dans la crise : Brown l’Anglais, Sarkozy le communicant N°311 - 2eme année

Les bourses de Paris et de New York ont eu leur 11 septembre avec une explosion des cours à plus de 11%. Les esprits sages estimaient qu’un bond de 5/6% était une réaction saine et consciente après l’annonce du plan anglo-européen de sauvetage du capitalisme financier. A quoi assistait-on, le lundi 13 ? La peur était-elle vaincue ? Le mal était-il solidement cadenassé ? Ou bien le Veau d’or couronné ?
Gustave Le Bon et Serge Tchakhotine ont longuement étudié la psychologie des foules ainsi que des auteurs plus contemporains et, nul n’en doute, que les spécialistes des prochaines décennies s’interrogeront sur cette poussée boursière presque irrationnelle tout comme l’était la descente infernale des jours passés. Mais, revenons à cette journée du 13 où des millions de gens soupirèrent : le Titanic ne coulerait pas ! Ouf, ils pourraient rester des consommateurs et rien ne changeraient dans leurs habitudes. Les banquiers et les directeurs des fonds de pension applaudissaient de voir arriver tout cet argent en provenance de l’Etat qu’ils moquent et surtout, d’échapper à toute justice. Les Etats, enfin, les grands pourvoyeurs, étaient dans la plus parfaite nécessité d’intervenir : bien des hauts fonctionnaires n’en reviennent peut-être pas de se voir, à nouveau, attribués, un rôle important dans la gestion des affaires !
La France, dont les caisses sont vides, financera par un accroissement de sa dette, la garantie des dépôts et des échanges interbancaires. Nicolas Sarkozy, président du conseil de l’Union européenne, a réfréné son envie de triomphalisme et pour cause puisque c’est Gordon Brown relayé par Angela Merkel qui actionna le levier européen. Il était remarquable de voir que tous les Etats de l’Union agissaient en tant qu’entités souveraines et s’accordaient dans le cadre européen. Gordon Brown avait un job : sauver la City et pour ce faire l’alignement des états continentaux était une condition sine qua non. Si le Premier anglais ne faisait qu’appliquer une politique de bon sens et préparait la City à défendre chèrement sa place dans le gouvernement bancaire mondial, l’Union européenne s’obligeait à l’harmonie. Qui pense sérieusement qu’Angela et Nicolas « forment un couple » ? Il a fallu leur salut à Charles de Gaulle depuis Colombey-les-deux-églises pour que l’on se persuade que l’entente Paris-Berlin demeurait ! Mais l’Union européenne, sous la présidence française, rompt avec la déférence envers Washington : pendant l’été lors de la crise géorgienne, aujourd’hui, par le plan de sauvegarde de 1 700 milliards d’euros. On ne sait si Nicolas Sarkozy accepte de prendre le chemin de l’Histoire, pour l’instant il est à rebours de toutes ses déclarations antérieures ? Pour l’heure, il est porté par une dynamique qui le met à la première place grâce à l’effacement (relatif) américain : The Guardian n’annonce-t-il pas que Washington renonçait à son pouvoir de nomination du poste de président de la Banque mondiale !
Le bémol est la surdité sarkozienne dans le choix des réformes : ainsi Xavier Bertrand et Laurent Wauqiez sont-ils les porte-voix du travail dominical au nom de l’emploi, de la crise…etc ! Nicolas Sarkozy prisonnier de sa logique et de son orgueil préfèrerait-il être aveugle ou borgne plutôt que d’ouvrir les bras et de rassembler ? Il y a plus urgent que le travail dominical (problème de consommateur) par exemple, la disparition des départements, (problème du citoyen) ?
Ne voit-il pas que les Etats souverains de l’Union souhaitent entrer dans l’Histoire et sont conscients des défis du XXIe siècle ?
Gordon Brown ne donne-t-il pas, involontairement ou non, une leçon de pragmatisme politique et qui plus est une démonstration éclatante de ce que fait l’homme qui sait ce qu’il engage, le nom d’Anglais ? Et Gordon Brown n’a eu besoin d’aucun communicant !
Il ne s’agit pas ici de tirer sur le Président français mais d’avertir que les événements actuels, maintenant financiers, demain militaires, sont les prodromes d’un changement du monde. Londres, ne négligeant pas l’hébétude américaine, s’engouffre dans la brèche pour se ménager un espace. L’Union européenne doit avoir une énergie similaire, ; or, pendant cette crise bancaire, Barroso a été le grand silencieux tout comme son administration. N’est-ce pas le moment pour la France de proposer une architecture européenne novatrice ? Pour cela, il ne faudrait pas que l’opinion publique regarde l’action présidentielle sans distinguer cette crise de l’occupation d’une villa en Corse !
Nicolas Sarkozy s’envolera samedi pour les Etats-Unis pour aborder la réforme monétaire internationale, preveu qu’il est encore dans le temps mais l’heure tourne……

Jean Vinatier


©SERIATIM 2008

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mardi 14 octobre 2008

Jean de Sponde : « Mais si faut-il mourir ! et la vie orgueilleuse » N°310 - 2eme année

A Nérac, la cour de Navarre du temps de Jeanne d’Albret et de son fils le futur Henri IV ne négligeait pas les poètes.
Jean de Sponde (1557-1595), né dans une famille protestante et très en cour, sera, avec Aggripa d’Aubigné, à l’origine de la poésie religieuse qui connaîtra le succès au XVIIe siècle.
Toute la poésie de Sponde s’organise autour de l’idée du néant de la vie humaine. La lecture de la Bible lui inspirera la
« fureur poétique ». C’est un quelque sorte un poéte-prédicateur dont le foisonnement baroque des images bâtit un univers original séduisant et imposant.
Ci-dessous deux extraits de son oeuvre :

I-Méditations sur les psaumes….¹

« Mais si* faut-il mourir ! et la vie orgueilleuse
Mais si faut-il mourir ! et la vie orgueilleuse,
Qui brave de la mort, sentira ses fureurs ;
Les Soleils haleront ces journalieres fleurs,
Et le temps crevera ceste ampoule venteuse.
___
Ce beau flambeau qui lance une flamme fumeuse,
Sur le verd de la cire esteindra ses ardeurs ;
L'huile de ce Tableau ternira ses couleurs,
Et ses flots se rompront à la rive escumeuse.
___
J'ay veu ces clairs esclairs passer devant mes yeux,
Et le tonnerre encor qui gronde dans les Cieux.
Ou d'une ou d'autre part esclatera l'orage.
___
J'ay veu fondre la neige, et ces torrens tarir,
Ces lyons rugissans, je les ay veus sans rage.
Vivez, hommes, vivez, mais si* faut-il mourir. »

II-Stances de la mort²


« Mes yeux, ne lancez plus votre pointe éblouie
Sur les brillants rayons de la flammeuse vie,
Cillez-vous, couvrez-vous de ténèbres, mes yeux :
Non pas pour étouffer vos vigueurs coutumières,
Car je vous ferai voir de plus vives lumières,
Mais sortant de la nuit vous n'en verrez que mieux.
____
Je m'ennuie, de vivre, et mes tendres années,
Gémissant sous le faix de bien peu de journées,
Me trouvent au milieu de ma course cassé :
Si n'est-ce pas du tout par défaut de courage,
Mais je prends, comme un port à la fin de l'orage,
Dédain de l'avenir pour l'horreur du passé.
___
J'ai vu comme le Monde embrasse ses délices,
Et je n'embrasse rien au Monde que supplices,
Ses gais printemps me sont de funestes hivers,
Le gracieux Zéphir de son repos me semble
Un Aquilon de peine, il s'assure et je tremble,
Ô que nous avons donc de desseins bien divers !
___

Ce Monde, qui croupit ainsi dedans soi-même,
N'éloigne point jamais son coeur de ce qu'il aime,
Et ne peut rien aimer que sa difformité :
Mon esprit au contraire hors du Monde m'emporte,
Et me fait approcher des Cieux en telle sorte
Que j'en fais désormais l'amour à leur beauté.
___
Mais je sens dedans moi quelque chose qui gronde,
Qui fait contre le Ciel le partisan du Monde,
Qui noircit ses clartés d'un ombrage touffu,
L'esprit qui n'est que feu de ses désirs m'enflamme,
Et la chair qui n'est qu'eau pleut des eaux sur ma flamme,
Mais ces eaux-là pourtant n'éteignent point ce feu.
___
La chair des vanités de ce monde pipée
Veut être dans sa vie encor enveloppée,
Et l'esprit pour mieux vivre en souhaite la mort.
Ces partis m'ont réduit en un péril extrême.
Mais, mon Dieu, prends parti de ces partis toi-même,
Et je me rangerai du parti le plus fort…. »


©SERIATIM 2008

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Note :
* Mais si= pourtant

Sources :

1- Jean de Sponde : Méditations sur les Pseaumes " XIIII ou LIII, XLVIII, L et LXII", éd. critique par Sabine Lardon, Paris, Honoré Champion, 1996 (1ère édition en1588)

2-Jean de Sponde : Les Amours et la mort: stances et sonnets ; préf. de Marcel Arland, Paris, GLM, 1949

lundi 13 octobre 2008

Eurogroupe : bonne distribution de bouées de sauvetage…N°309 - 2eme année

Depuis la tenue du G7 à Washington, aux réunions de ce soir en Europe, les gouvernements et les banquiers centraux se démènent pour rassurer les marchés et empêcher une nouvelle chute des bourses. A titre indicatif la bourse de Riad a perdu en 2 jours, vendredi et samedi, 17%. C’est dire le degré de tension qui règne sur tous les continents.
Ce soir, l’Eurogroupe s’est mis d’accord pour dévoiler le plan de sauvetage dont on connaît l’essentiel des mesures : procéder à des opérations de recapitalisation des banques jusqu’au 31 décembre 2009 et garantir, de façon temporaire, les crédits interbancaires. Les mesures seront mises en place, à compter de lundi, par chaque pays dans le cadre de plans de sauvetage nationaux. Et mercredi 15, un sommet européen entérinera le plan approuvé. Gordon Brown annonce, de son côté, une aide de 500 milliards de livres (+ de 630 milliards d’euros) dont une nationalisation partielle de deux banques, Bank of Scotland et HBOS ; les autres banques recevront selon leur demande particulière l’aide gouvernementale. Notons que Gordon Brown exclut tout rachat des « déchets/produits toxiques » à l’inverse du plan Paulson qui a inclus les obligations sans valeurs. Angela Merkel se place, depuis le début, sur la même longueur d’onde que son homologue britannique.
Nous sommes devant deux politiques différentes d’un côté Londres et l’Eurogroupe, de l’autre Wall Street. L’Union européenne deviendrait-elle une puissance ?
Comment réagiront les places asiatiques puis les autres ?
Nous le savons, les Etats et les banquiers craignent surtout l’arrivée d’une nouvelle tempête dite des CDS ou produits toxiques dont le montant atteindrait près de 65 mille milliards de dollars. Cette somme déjà titanesque n’est que peu devant le total général de l’ensemble des produits dérivés soit prés de 2 millions de milliards de dollars ! Si tout cela explose, avec de tels chiffres, il est recommandé de s’accrocher à son fauteuil, de boire un verre d’un bon alcool ou plutôt de descendre la bouteille !
Alors que nous entrons dans une période de multiplication des centres de pouvoir à travers le monde, certains acteurs se mettent en ordre de bataille. Ainsi les banques américaines, Goldman Sachs, Citigroup, JPMorgan Chase, Bank of America, via un mouvement de concentration sans précédent, entendent contrôler une partie du pouvoir bancaire mondial, afin d’avoir prise sur la nouvelle économie-monde¹, l’Asie et le Sud-Sud. La City, par la voix de Gordon Brown et de Peter Mandelson, répond en écho : elle se tient prête à se tailler une part du gâteau et pas forcément selon les vues d’Outre-Atlantique. De son côté, l’Union européenne de la zone euro adapte des solutions nationales. Ainsi, la France ne peut-elle pas proposer un plan anglais puisque nos banques et assurances sont dites solides et saines, alors qu’étrangement elles refusent les crédits interbancaires entre elles !
L’émergence des méta-nations du BRIC (Russie, Chine, Inde, Brésil), des fonds souverains arabes sans oublier le poids du Japon, souligne l’âpreté avec lequel le combat se mènera. Immnanuel Wallerstein dans une interview accordée au journal
Le Monde ne dit-il pas : « Nous sommes dans une période assez rare, où la crise et l’impuissance des puissants laissent une place au libre arbitre de chacun : il existe aujourd’hui un laps de temps pendant lequel nous avons chacun la possibilité d’influencer l’avenir par notre action individuelle. Mais comme cet avenir sera la somme du nombre incalculable de ces actions, il est absolument impossible de prévoir quel modèle s’imposera finalement. »²
Ce soir, s’il n’y a pas une réponse mondiale à la résolution de la crise, il y a, par contre, la reconnaissance de la fin d’une période hégémonique américaine mise en place à Bretton Woods en 1944 et le début d’une phase transitoire vers un nouvel ordre financier planétaire. Les interventions très fermes de Nicolas Sarkozy, de Barroso, de Junker ont mis l’accent sur la réforme monétaire mondiale. Le dollar ne pourra plus être entre les mains d’un seul Etat, les Etats-Unis (FED), c’est une gouvernance mondiale, d’abord d’une manière officieuse, qui prendra le relais.
Mais avant de parvenir à ce point, nous traverserons une période troublée, violente.

Jean Vinatier


©SERIATIM 2008

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Sources :

1-
http://www.engdahl.oilgeopolitics.net/Financial_Tsunami/Warfare_Behind_Panic/warfare_behind_panic.html

2- édition du 12/13 octobre

samedi 11 octobre 2008

Le Clézio « écrivain de nouveaux départs » N°308 - 2eme année

Pierre Assouline résume, peut-être, d’une phrase, Jean-Marie G Le Clézio, l’énigmatique écrivain: « Juste un errant en quête de repères éblouissants »¹
On salue avec joie cet « écrivain de nouveaux départs, de l'aventure poétique et de l'extase sensuelle, explorateur d'une humanité au-delà et en dessous de la civilisation régnante »² comme le publie le jury du prix Nobel de littérature.
Errant, nouveaux départs, aventure, explorateur, narrateur : cela faisait bien longtemps que tous ces mots ne servaient plus à qualifier un écrivain polyglotte et bouleversé par sa rencontre avec les Indiens d’Amérique centrale.
Le Clézio fuit les médias, son écriture ne sert pas de support à un message politique, il est totalement dans le récit et la description. Cela ne l’empêche pas d’observer, bien au contraire. Que ne disait-il pas, en 1999, à l’université de l’île Maurice si chère à son cœur
:
« C'est d'une autre identité qu'il doit être question aujourd'hui, à la veille d'un nouveau millénaire. Une identité qui permettrait de conjuguer la spécificité culturelle de chacun et les grandes exigences de la fraternité humaine, à propos de l'injustice, des abus de l'enfance, des mauvaises conditions réservées aux femmes, à propos des guerres modernes dont les premières victimes sont civiles, à propos du déséquilibre économique mondial et de ces nouvelles frontières intérieures dressées contre la pauvreté, à propos des dangers que les puissances industrielles font courir à l'environnement. »³

Ci-dessous un extrait tiré de son premier roman, Le procès-verbal, paru en 1963. Il avait 23 ans :

« L. Quand on a vu un noyé, une fois, à peine retiré de l’eau, encore couché sur la route, on n’a pas grand-chose à ajouter. Surtout quand on a compris pourquoi ily a des gens qui se noient, certains jours. Le reste ne compte pas. Qu’il pleuve ou qu’il fasse beau temps, que ce soit un enfant ou un homme,ou une femme nue avec un collier de diamants, etc…, cela indiffère. C’est l’espèce de décor d’un drame permanent.
Mais quand on n’a pas compris, par exemple. Quand on se laisse distraire par les détails qui semblent justifier l’événement, lui donner une réalité, mais qui n’en sont que la mise en scène ; alors, ily a beaucoup à dire. Ils s’arrêtent, descendent de leurs automobiles, et les voilà qui entrent en jeu. Au lieu de voir, ils composent. Ils se lamentent. Ils prennent parti pour l’un,ou pour l’autre. Ils élucubrent et écrivent des poèmes.

Il demande d’où vient cette poussière souterraine à sa place sur les choses. Régnant doucement.
Au beau milieu des rouages, un granit en miettes.
ça pétrifie les surfaces planes, dit-il.
il veut encore de l’ennui et du goût : les cendres.
il écoute. Il faut alors le laisser tel
attendre son bon plaisir de grand prêtre.
il attend de toutes les formes qu’elles lui rappellent
un vœu oublié : on dirait qu’il attend la guerre.

c’est vrai, il se peut qu’il se trompe
que la Guerre ne Soit plus Donneuse de Courage
mais Casseuse de Cailloux
C’est peut-Être Elle qui Emiette le Granit
C’est peut-Être Elle qui Fabrique la Poussière
la plus Dure
Les écorchures millimétriques

Il demande
Il veut Il attend
Il compte sur ses doigts
et se ramasse pour bondir

il –oui- AIME
la poussière dure

c’est pour ça qu’il ne sait pas
qu’il y a le sable,
ce qui s’appelle la cendre
& les feuilles et les fientes
et la terre pluvieuse
les laves & autres graines
oui. tout ça.
qui s’appelle tendre poussière

Et bien sûr (puisque celui qui écrit se fabrique un destin), ils font petit à petit partie de ceux qui ont noyé le type.
L’un d’eux, il s’appelle Christberg, dit :
« Mais, qu’est-ce qui s’est passé ? »
« Il ya eu un accident » dit sa femme Julie.
« Vous avez vu comment il était gonflé ? Il devait être resté un sacré bou de temps dans l’eau. Il paraît que ça faisait deux jours…. » dit un pêcheur appelé Simonin.
« Sait-on qui c’est ? » dit Christberg.
Ils sont tous restés au même endroit, pourtant. » ( Gallimard, Folio,pp.154-156)


©SERIATIM 2008

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Sources :

1-
http://passouline.blog.lemonde.fr/2008/10/09/quand-partez-vous-monsieur-awlb/

2-
http://nobelprize.org/nobel_prizes/literature/laureates/2008/

3-
http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/leclezio.html (biographie et bibliographie complètes)