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mercredi 15 octobre 2008

Dans la crise : Brown l’Anglais, Sarkozy le communicant N°311 - 2eme année

Les bourses de Paris et de New York ont eu leur 11 septembre avec une explosion des cours à plus de 11%. Les esprits sages estimaient qu’un bond de 5/6% était une réaction saine et consciente après l’annonce du plan anglo-européen de sauvetage du capitalisme financier. A quoi assistait-on, le lundi 13 ? La peur était-elle vaincue ? Le mal était-il solidement cadenassé ? Ou bien le Veau d’or couronné ?
Gustave Le Bon et Serge Tchakhotine ont longuement étudié la psychologie des foules ainsi que des auteurs plus contemporains et, nul n’en doute, que les spécialistes des prochaines décennies s’interrogeront sur cette poussée boursière presque irrationnelle tout comme l’était la descente infernale des jours passés. Mais, revenons à cette journée du 13 où des millions de gens soupirèrent : le Titanic ne coulerait pas ! Ouf, ils pourraient rester des consommateurs et rien ne changeraient dans leurs habitudes. Les banquiers et les directeurs des fonds de pension applaudissaient de voir arriver tout cet argent en provenance de l’Etat qu’ils moquent et surtout, d’échapper à toute justice. Les Etats, enfin, les grands pourvoyeurs, étaient dans la plus parfaite nécessité d’intervenir : bien des hauts fonctionnaires n’en reviennent peut-être pas de se voir, à nouveau, attribués, un rôle important dans la gestion des affaires !
La France, dont les caisses sont vides, financera par un accroissement de sa dette, la garantie des dépôts et des échanges interbancaires. Nicolas Sarkozy, président du conseil de l’Union européenne, a réfréné son envie de triomphalisme et pour cause puisque c’est Gordon Brown relayé par Angela Merkel qui actionna le levier européen. Il était remarquable de voir que tous les Etats de l’Union agissaient en tant qu’entités souveraines et s’accordaient dans le cadre européen. Gordon Brown avait un job : sauver la City et pour ce faire l’alignement des états continentaux était une condition sine qua non. Si le Premier anglais ne faisait qu’appliquer une politique de bon sens et préparait la City à défendre chèrement sa place dans le gouvernement bancaire mondial, l’Union européenne s’obligeait à l’harmonie. Qui pense sérieusement qu’Angela et Nicolas « forment un couple » ? Il a fallu leur salut à Charles de Gaulle depuis Colombey-les-deux-églises pour que l’on se persuade que l’entente Paris-Berlin demeurait ! Mais l’Union européenne, sous la présidence française, rompt avec la déférence envers Washington : pendant l’été lors de la crise géorgienne, aujourd’hui, par le plan de sauvegarde de 1 700 milliards d’euros. On ne sait si Nicolas Sarkozy accepte de prendre le chemin de l’Histoire, pour l’instant il est à rebours de toutes ses déclarations antérieures ? Pour l’heure, il est porté par une dynamique qui le met à la première place grâce à l’effacement (relatif) américain : The Guardian n’annonce-t-il pas que Washington renonçait à son pouvoir de nomination du poste de président de la Banque mondiale !
Le bémol est la surdité sarkozienne dans le choix des réformes : ainsi Xavier Bertrand et Laurent Wauqiez sont-ils les porte-voix du travail dominical au nom de l’emploi, de la crise…etc ! Nicolas Sarkozy prisonnier de sa logique et de son orgueil préfèrerait-il être aveugle ou borgne plutôt que d’ouvrir les bras et de rassembler ? Il y a plus urgent que le travail dominical (problème de consommateur) par exemple, la disparition des départements, (problème du citoyen) ?
Ne voit-il pas que les Etats souverains de l’Union souhaitent entrer dans l’Histoire et sont conscients des défis du XXIe siècle ?
Gordon Brown ne donne-t-il pas, involontairement ou non, une leçon de pragmatisme politique et qui plus est une démonstration éclatante de ce que fait l’homme qui sait ce qu’il engage, le nom d’Anglais ? Et Gordon Brown n’a eu besoin d’aucun communicant !
Il ne s’agit pas ici de tirer sur le Président français mais d’avertir que les événements actuels, maintenant financiers, demain militaires, sont les prodromes d’un changement du monde. Londres, ne négligeant pas l’hébétude américaine, s’engouffre dans la brèche pour se ménager un espace. L’Union européenne doit avoir une énergie similaire, ; or, pendant cette crise bancaire, Barroso a été le grand silencieux tout comme son administration. N’est-ce pas le moment pour la France de proposer une architecture européenne novatrice ? Pour cela, il ne faudrait pas que l’opinion publique regarde l’action présidentielle sans distinguer cette crise de l’occupation d’une villa en Corse !
Nicolas Sarkozy s’envolera samedi pour les Etats-Unis pour aborder la réforme monétaire internationale, preveu qu’il est encore dans le temps mais l’heure tourne……

Jean Vinatier


©SERIATIM 2008

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