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lundi 27 octobre 2008

G20 : caravansérail à Washington le 15 novembre? N°319 - 2eme année

Le sommet de l’ASEM (Asia-Europe Meeting) les 24 et 25 octobre à Pékin a revêtu une importance plus grande qu’à l’ordinaire : la semaine noire sur les principales places boursières et la prochaine tenue d’un G20 à Washington le 15 novembre pour exposer les conditions ou pas d’un nouveau Bretton Woods étaient de toutes les discussions.
Le Président français qui représente l’Union européenne entendait parler d’une voix forte en parlant d’une union Asie-Europe à propos d’une nouvelle architecture monétaire mondiale.
Le Premier ministre chinois, Wen Jiabao, a répondu à cet appel en évoquant le pragmatisme comme d’un principe. Est-ce une douche froide ?
Devant la crise générale, le monde ne présente pas encore une unité de vue rappelée par Eric Le Boucher :

« Mais la difficulté vient de ce que tout le monde est d'accord aussi pour dire que personne n'est d'accord sur les problèmes fondamentaux : ni sur le commerce, comme le prouve l'échec de Doha, ni sur ce qu'il faut faire pour tenter de ralentir un peu le réchauffement de la planète, ni sur l'énergie, ni sur l'avenir de l'alimentation et de l'agriculture, ni bien entendu sur la fermeté de la « régulation » qui doit être appliquée aux banques et consœurs. Toutes les tentatives politiques risquent dans ce cadre de rester lettres mortes. »¹
L’Asie ne saurait pallier une Europe bancale, étant, elle-aussi en quête d’équilibre ou d’harmonie. Si le Japon, la Chine, l’Inde, la Russie tâchent de se doter de vues complémentaires, chacune d’entre elles veille à ne pas être prisonnière des autres. Prenons l’exemple du tout récent accord de partenariat stratégique signé entre le Japon et l’Inde². De l’aveu même du Premier ministre indien, Manmohan, cet accord ne devrait pas courroucer Pékin mais bien qu’il s’agisse d’une question de forme la Chine froncera le sourcil. En juin dernier New Delhi et Pékin se félicitaient de partager des vues communes sur le plan stratégique ! On le voit bien, toute puissance asiatique cherche à occuper une place sans irriter (de trop) les voisins. L’Asie est loin encore de toute idée d’union monétaire. Seule exception, les monarchies pétrolières du Golfe auront leur monnaie unique en 2010 ou en 2011.
Au début de son mandat présidentiel, Nicolas Sarkozy s’était empressé de louer une relation plus profonde avec le
Royaume-Uni en tapant sur les doigts de la chancelière ! Or, l’Union européenne ne peut rien faire de fort et d’énergique si Berlin et Paris n’agissent pas de concert, dans la confiance la plus absolue. Actuellement, l’Union européenne pâtit de la mauvaise relation entre les dirigeants allemands et français :
« Angela Merkel et Nicolas Sarkozy : deux tempéraments diamétralement opposés, deux animaux politiques antithétiques, on le savait depuis longtemps. A mesure qu'apparaissait la gravité de la crise financière, les frictions entre la chancelière allemande et le président français ont toutefois gagné en intensité. Et pris la forme d'un jeu inquiétant, probablement à somme négative pour les deux pays et l'Europe, où la provocation appelle l'arrogance et vice versa. »³
L’énergie déployée par Nicolas Sarkozy n’est pas mauvaise, elle souffre, cependant, d’une vue unilatérale et d’une absence de concertation préalable. Aujourd’hui les 27 Etats font mine d’une solidarité avec la France mais elle est de pure convenance. C’est regrettable : Barroso, le patron évanescent de la Commission européenne, n’est pas encore invité à la conférence de Washington le 15 novembre ! C’est dire le discrédit qui s’abat sur les institutions européennes ! L’annonce par le chef de l’Etat français de son souhait de
présider la zone euro jusqu’en 2010, si elle tombe sous le bon sens, a le défaut de placer nos partenaires devant le fait accompli. La Présidence française souffre de la solitude et d’une jalousie de la publicité que possède la France sur la scène internationale. Angela et Nicolas doivent qu’ils le veuillent ou non se « pacser », faire fi qui des erreurs, qui de son agacement : est-il convenable que la chancelière parlant des propositions françaises pour sauver les banques et les assurances répondent par un « chacun sa merde » ?
Le Royaume-Uni, quoique puissance européenne, se réserve un chemin particulier, le sien.
Est-il surprenant dans cette atmosphère que le sommet de l’ASEM se termine sur un « on verra à Washington » ?
Les
Etats-Unis sont décrits par de nombreux observateurs comme l’hyperpuissance déclinante. Le dollar est l’arme politique par excellence de Washington. Bush et Obama ou Mc Cain seront unis pour maintenir le leadership américain. Aucun d’entre eux ne songera à se délester d’un pan de leur manteau de pourpre. En face d’eux, leur chance est d’voir sous leurs yeux toutes les divisions et les zizanies du « rest of the world ». Le rapport de force est encore en faveur des Américains pour quelques années.
Ni l’Asie, ni l’Union européenne n’ont une plateforme commune, l’émergence de quelques personnalités (
Nicolas Sarkozy, Gordon Brown, Angela Merkel, Wen Jiabao, Manmohan, Kevin Rudd) ne suffit pas pour établir un rapport de force qui amènerait Washington à concéder sur la gouvernance du dollar. N’est-ce pas le point inquiétant face à un triple tsunami, financier, bancaire, économique auquel s’ajoutent les crises, alimentaire et environnementale, nous avons tous les ingrédients d’une catastrophe et le désordre mènerait la danse ?
Il faudra regarder avec intérêt si dans les jours à venir
les conférences bilatérales se faisaient entre l’Union européenne et l’Asie et à l’intérieur de chacun des deux, il y aurait un espoir pour que la conférence de Washington ne soit pas un vain moment.


Jean Vinatier

©SERIATIM 2008

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Sources :

1-Eric Le Boucher in :
http://www.lesechos.fr/info/analyses/4788928-capitalisme-dur-et-regulation-souple.htm

2- Purnendra Jain «Tokyo's nexus with India deepens » in :
http://www.atimes.com/atimes/Japan/JJ25Dh01.html

3- Karl de Meyer in :

http://www.lesechos.fr/info/analyses/4788921-sarkozy-face-a-la-chanceliere-qui-dit-nein-.htm

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