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vendredi 3 octobre 2008

Nicolas Sarkozy dans un moment singulier N°301 - 2eme année

Force est de constater que Nicolas Sarkozy ne modifie en rien son programme de réformes intérieures alors que les Etats-Unis prennent le chemin de l’aventure. Il a juste pris soin lors de son discours de Toulon de dire que les critiques contre la baisse du pouvoir d’achat, la hausse du chômage ne pourraient lui être imputables : c’est la faute à la crise ! C’est donc dégagé – par une pirouette – qu’il propose les réformes de la carte administrative française et de la presse, pour n’en citer que deux ! Il rappelle aux Français qu’il a une logique et qu’il la conduira jusqu’à son terme quitte à affronter la nation dans la rue…Pour l’heure, au vu de la décomposition de la gauche (socialiste, communiste, la LCR acceptant de jouer les bateleurs), des syndicats, pourquoi craindrait-il une protestation ? Nulle raison ne le retient hormis sa soif de pouvoir, d’être d’une façon ou d’une autre en tête de gondole lors de tout événement.
La crise systémique n’est-elle pas une aubaine ? Ne lui permet-elle pas de se libérer de toutes les contraintes ? Finies les rigueurs budgétaires, fini l’équilibre des comptes ! Au nom de la solidarité nationale, le chemin s’ouvre sous ses pas et tout pavé qu’il place est vu comme une espérance par les Français. Ces derniers sont dans la crainte, l’angoisse, il les rassure donc en donnant l’impression que l’Etat assume son rôle protecteur. Ne pense-t-il pas former un gouvernement sinon d’union nationale du moins rempli de têtes burinées par les épreuves politiques : Juppé, Villepin, Copé, Rocard…etc ? La crise actuelle est l’occasion, s’il peut apparemment la dominer, d’accéder à une stature présidentielle « capétienne ». On oubliera toutes les taxes, tous les impôts crées depuis 2007.

En qualité de président de l’Union européenne, n’a-t-il pas raison d’avancer l’urgence à constituer un fonds global de garantie pour les banques et les assurances ? La partie s’annonce pénible : Berlin ne veut pas entendre parler d’une telle initiative et Dublin joue en solo ! Mais pourquoi le Président Sarkozy se contente-t-il d’organiser un G4 samedi 4 octobre (Allemagne, Italie, Royaume-Uni + les présidents de la Commission européenne, de la BCE, de l’Eurogroupe) au lieu d’ordonner un sommet avec les 27 Etats ?
Nicolas Sarkozy a la tentation de s’affranchir de tous les liens qu’il peut avoir avec les milieux libéraux et ultra-libéraux lors d’un événement national ou international, pour être le maître d’équipage. Il offre aussi la singularité d’hésiter à briser ses propres chaînes. On l’a vu avec la Russie en août dernier, son instinct l’a conduit à s’entendre avec Moscou alors que Washington lui recommandait la froideur. Idem lors de la chute de Wall Street où, à Toulon, il fustige le capitalisme fou : n’est-il pas le premier à le condamner, à réclamer une justice ? Le Président Sarkozy ne résiste donc pas à bousculer le conformisme des classes privilégiées même s’il ne rêve que d’en être et d’y établir toute sa progéniture !
Le Président Sarkozy est donc dans un moment étrange ou singulier : il est à la croisée des chemins. Depuis août, il a occasion sur occasion pour démentir toutes les caricatures, tous les soupçons et le plus extraordinaire tient dans ce fait que s’il songe, dans ses rêves à balayer les élites abâtardies, il lui manque pour franchir ce pas…le peuple français ! Eh oui ! les Français se défient de sa personne, ils le boudent, ils le soupçonnent des pires ententes et machiavélismes. Les Français ne disent-ils pas dans une très large majorité –sondage
Opinionway pour LCI/Le Figaro- qu’il ne dit pas toute la vérité sur la crise !

Ne paie-t-il pas d’avoir été l’apôtre du veau d’or ? Pas seulement, il subit le contre-coup d’avoir trop joui avec ses amis milliardaires de sa victoire à la présidentielle de 2007 et de s’être confisqué cette victoire pour régler des comptes avec son enfance !
Pourtant, si les Français rechignent à le soutenir, ils craignent également de le défier dans les rues. Le peuple français est bloqué, le Président également ! Voilà toute l’originalité de ce moment étrange où l’on sent bien qu’il suffirait de très peu de chose pour tout faire basculer et métamorphoser le quinquennat !
Indubitablement, c’est la politique extérieure qui pourrait opérer le déclic. Comme président de l’Union, Nicolas Sarkozy disposerait d'une force de frappe s’il savait la mettre en branle. Il aurait, alors, avec lui les Français. Devant le Parlement à Strasbourg par un discours solennel, il dirait le moment capital où tout le continent se trouve : il aurait le soutien de tous les Européens.
Le Président Sarkozy est dans un moment historique. Et les Français avec les Européens attendent qu’un homme d’Etat les ramène vers l’Histoire.

Jean Vinatier


©SERIATIM 2008

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