Info

Nouvelle adresse Seriatim
http://www.seriatim.fr

samedi 11 octobre 2008

Le Clézio « écrivain de nouveaux départs » N°308 - 2eme année

Pierre Assouline résume, peut-être, d’une phrase, Jean-Marie G Le Clézio, l’énigmatique écrivain: « Juste un errant en quête de repères éblouissants »¹
On salue avec joie cet « écrivain de nouveaux départs, de l'aventure poétique et de l'extase sensuelle, explorateur d'une humanité au-delà et en dessous de la civilisation régnante »² comme le publie le jury du prix Nobel de littérature.
Errant, nouveaux départs, aventure, explorateur, narrateur : cela faisait bien longtemps que tous ces mots ne servaient plus à qualifier un écrivain polyglotte et bouleversé par sa rencontre avec les Indiens d’Amérique centrale.
Le Clézio fuit les médias, son écriture ne sert pas de support à un message politique, il est totalement dans le récit et la description. Cela ne l’empêche pas d’observer, bien au contraire. Que ne disait-il pas, en 1999, à l’université de l’île Maurice si chère à son cœur
:
« C'est d'une autre identité qu'il doit être question aujourd'hui, à la veille d'un nouveau millénaire. Une identité qui permettrait de conjuguer la spécificité culturelle de chacun et les grandes exigences de la fraternité humaine, à propos de l'injustice, des abus de l'enfance, des mauvaises conditions réservées aux femmes, à propos des guerres modernes dont les premières victimes sont civiles, à propos du déséquilibre économique mondial et de ces nouvelles frontières intérieures dressées contre la pauvreté, à propos des dangers que les puissances industrielles font courir à l'environnement. »³

Ci-dessous un extrait tiré de son premier roman, Le procès-verbal, paru en 1963. Il avait 23 ans :

« L. Quand on a vu un noyé, une fois, à peine retiré de l’eau, encore couché sur la route, on n’a pas grand-chose à ajouter. Surtout quand on a compris pourquoi ily a des gens qui se noient, certains jours. Le reste ne compte pas. Qu’il pleuve ou qu’il fasse beau temps, que ce soit un enfant ou un homme,ou une femme nue avec un collier de diamants, etc…, cela indiffère. C’est l’espèce de décor d’un drame permanent.
Mais quand on n’a pas compris, par exemple. Quand on se laisse distraire par les détails qui semblent justifier l’événement, lui donner une réalité, mais qui n’en sont que la mise en scène ; alors, ily a beaucoup à dire. Ils s’arrêtent, descendent de leurs automobiles, et les voilà qui entrent en jeu. Au lieu de voir, ils composent. Ils se lamentent. Ils prennent parti pour l’un,ou pour l’autre. Ils élucubrent et écrivent des poèmes.

Il demande d’où vient cette poussière souterraine à sa place sur les choses. Régnant doucement.
Au beau milieu des rouages, un granit en miettes.
ça pétrifie les surfaces planes, dit-il.
il veut encore de l’ennui et du goût : les cendres.
il écoute. Il faut alors le laisser tel
attendre son bon plaisir de grand prêtre.
il attend de toutes les formes qu’elles lui rappellent
un vœu oublié : on dirait qu’il attend la guerre.

c’est vrai, il se peut qu’il se trompe
que la Guerre ne Soit plus Donneuse de Courage
mais Casseuse de Cailloux
C’est peut-Être Elle qui Emiette le Granit
C’est peut-Être Elle qui Fabrique la Poussière
la plus Dure
Les écorchures millimétriques

Il demande
Il veut Il attend
Il compte sur ses doigts
et se ramasse pour bondir

il –oui- AIME
la poussière dure

c’est pour ça qu’il ne sait pas
qu’il y a le sable,
ce qui s’appelle la cendre
& les feuilles et les fientes
et la terre pluvieuse
les laves & autres graines
oui. tout ça.
qui s’appelle tendre poussière

Et bien sûr (puisque celui qui écrit se fabrique un destin), ils font petit à petit partie de ceux qui ont noyé le type.
L’un d’eux, il s’appelle Christberg, dit :
« Mais, qu’est-ce qui s’est passé ? »
« Il ya eu un accident » dit sa femme Julie.
« Vous avez vu comment il était gonflé ? Il devait être resté un sacré bou de temps dans l’eau. Il paraît que ça faisait deux jours…. » dit un pêcheur appelé Simonin.
« Sait-on qui c’est ? » dit Christberg.
Ils sont tous restés au même endroit, pourtant. » ( Gallimard, Folio,pp.154-156)


©SERIATIM 2008

Commentaires : Si vous n’avez pas de compte Gmail, et pour éviter le noreply-comment veuillez envoyer vos commentaires à :
jv3@free.fr


Sources :

1-
http://passouline.blog.lemonde.fr/2008/10/09/quand-partez-vous-monsieur-awlb/

2-
http://nobelprize.org/nobel_prizes/literature/laureates/2008/

3-
http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/leclezio.html (biographie et bibliographie complètes)

Aucun commentaire: