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mercredi 11 décembre 2024

Le Temps des ambassadeurs (XVIe-XVIIIe siècle) par Jean-Claude Waquet N°5710 18e année

"Conférence de Jean-Claude Waquet, directeur d’études émérite à l’École pratique des hautes études : https://www.chartes.psl.eu/gazette-ch... 

Autour de son ouvrage "Temps et diplomatie dans l’Europe moderne (XVIe-XVIIIe siècle)". 

Qu’était-ce que le temps pour les ambassadeurs de l’âge moderne ? C’était une structure avec laquelle il fallait vivre, faite de maints espaces-temps enchevêtrés dont le labyrinthe constituait une contrainte et pouvait se muer en atout. C’était la source d’épreuves qui sollicitaient la puissance, la confiance et la prudence des négociateurs et lançaient autant de défis à leur intelligence du futur ainsi qu’à leur capacité de manipuler au présent les temps emmêlés de leurs intrigues. 

Ce jeu avec le temps était-t-il l’arme des faibles, ou l’instrument des forts ? Quel rapport y avait-il entre la confiance de chacun dans l’avenir et sa maîtrise des horloges ? La prudence, vertu cardinale des négociateurs, leur permettait-elle de disposer des événements et ainsi du temps de l’histoire ? Jusqu’où s’étendait leur marge de manœuvre face aux temps qui tissaient la trame de leur quotidien, face à un futur dont l’opacité ne cessait de renaître, et face à une histoire encore à faire, qui était devant eux, et point derrière ? Quel était, en un mot, ce temps qui était à la fois leur monde, leur expérience, leur instrument et leur création ? 

C’est à ces questions qu’on tentera de répondre, en se plaçant à l’échelle des acteurs eux-mêmes, ambassadeurs et autres envoyés des temps modernes."

  Jean Vinatier 

Seriatim2024

lundi 3 juin 2024

L’autre bataille de Poitiers par Philippe Sénac N°5794 18e année

 

« À propos de : Philippe Sénac, L’autre bataille de Poitiers. Quand la Narbonnaise était arabe (VIIIe siècle), Armand Colin »

 

Aurélien Monntel pour la Vie des idées fait la critique de cet ouvrage en l’intitulant : Charles Martel face aux sources :

« Au sein de l’imaginaire collectif, la bataille de Poitiers est souvent considérée comme un moment clé de l’histoire de France. En s’appuyant sur de nouvelles sources, notamment arabes, Ph. Sénac relativise l’importance de cet évènement - et plus généralement de la « dictature de l’événement ».

En 2016, l’annonce de la découverte de trois sépultures islamiques à Nîmes avait fait grand bruit. Identifiées par l’orientation du corps des défunts en direction de la Mecque, toutes trois datées du VIIIe siècle, ces tombes étaient venues verser de précieuses données matérielles à un dossier – la présence islamique dans le Sud de la France actuelle – qui demeurait presqu’exclusivement textuel. De fait, par la prise en compte de sources jusqu’ici inconnues, ou ignorées, mais aussi par l’actualisation des grilles d’analyse, l’histoire de la conquête islamique, qui a permis la formation d’un empire s’étendant des Pyrénées jusqu’à l’Indus, est en perpétuel renouvellement depuis les années 1980.

Poitiers, victoire franque et mythe français

Derrière « l’autre bataille de Poitiers » le livre propose une synthèse de cette présence islamique en Septimanie – c’est-à-dire l’ancienne Narbonnaise, qui correspondrait au Languedoc actuel. Philippe Sénac apporte une contribution originale, avec l’ambition de proposer des interprétations actualisées sur une histoire oubliée. Conscient d’écrire dans un contexte socio-politique marqué par des crispations autour de l’islam, il entend s’extirper de ce que l’on pourrait appeler la « dictature de l’évènement » (p. 5-12, 119-123). Dans l’historiographie comme dans la mémoire populaire françaises, la conquête islamique demeure en effet écrasée par la « bataille de Poitiers », remportée par Charles Martel en 732.

Abondamment glosé, cet évènement a récemment eu l’honneur d’une nouvelle étude. Dans un ouvrage magistral publié en 2015, William Blanc et Christophe Naudin ont en effet à la fois analysé l’événement en lui-même, en reprenant le dossier documentaire disponible ; mais aussi (et surtout ?) montré comment l’historiographie, médiévale, moderne ou contemporaine, l’avaient interprété. Leur étude avait montré comment la bataille de Poitiers avait fini par se retrouver affublée, à partir du xxe siècle, d’une signification politique majeure – et nouvelle

. L’importance « médiatique » acquise par cet évènement a dès lors créé un prisme déformant, qui a simplifié, voire caricaturé, les interprétations, écrasé la nuance, et laissé dans l’oubli d’autres aspects de la présence islamique en Gaule.

Dès lors, l’objectif de l’auteur est de restituer toute l’importance de cette présence islamique sur le littoral gaulois de la Méditerranée, injustement négligée - mais que le lecteur ne s’y trompe pas : Poitiers n’y est pas remplacé par une autre bataille majeure. À cet égard, cette publication s’inscrit comme un nouveau prolongement de l’œuvre de Philippe Sénac, qui s’est dédié depuis les années 1980 à l’étude des relations entre le monde franc, mérovingien ou carolingien, et le monde islamique – jalonné de publications qui, pour certaines, sont devenues des références incontournables. Cet ouvrage constitue ainsi le pendant d’un livre publié il y a plus de quarante ans , qui traitait – déjà – de la présence islamique en Provence.

Textes, monnaies et sceaux : les sources d’une région en marge »

 

La suite ci-dessous :

https://laviedesidees.fr/Philippe-Senac-L-autre-bataille-de-Poitiers

 

Jean Vinatier

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vendredi 31 mai 2024

Les lumières et l’esclavage : Cugoano, Condorcet et les débats sur l’abolition à la veille de la Révolution Jennifer Pitts N°5793 18e année

Pour l’anecdote, aux archives diplomatiques, j’ai eu, entre les mains, une lettre de 1786 de William Pitt , Premier ministre, adressée à Vergennes lui proposant de travailler de concert à l’abolition de la traite.

 « Thoughts and Sentiments on the Evil of Slavery (1787) de Quobna Ottobah Cugoano, l’un des traités antiesclavagistes les plus radicaux publiés au XVIIIe siècle et le premier publié par un auteur noir dans le monde occidental, est apparu dans une traduction française anonyme l’année suivante. Dans le cadre de recherches entreprises avec mon collègue Michael Suarez, S. J., de l’université de Virginie, nous présentons des arguments tendant à démontrer que la traduction pourrait être l’œuvre de Nicolas de Caritat, le marquis de Condorcet, et nous examinons les implications, pour notre compréhension de la pensée de Condorcet et du mouvement antiesclavagiste français, de cet effort visant à mettre rapidement à la disposition du public français le remarquable traité politique, philosophique et religieux de Cugoano. L’histoire complète des activités abolitionnistes de Condorcet reste à écrire, et son engagement probable avec l’esprit et les écrits de Cugoano devrait figurer dans cette histoire. » 

Jean Vinatier 

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mercredi 29 mai 2024

Condamnées à mort - L’épuration des femmes collaboratrices par Fabien Lostec N°5791 18e année

“Dans ce livre passionnant, publié par les Éditions du CNRS, Fabien Lostec ouvre un champ totalement ignoré par l’historiographie de l'Occupation, de la Libération puis du rétablissement de la République. 

"Contrairement à une légende tenace, toutes les femmes collaboratrices n’ont pas été graciées par les tribunaux de l’épuration à la sortie de la Seconde Guerre mondiale. Elles sont 650 à être frappées par la peine capitale, dont 45 sont finalement exécutées. Jamais, depuis la Révolution française, autant de femmes n’avaient été condamnées et mises à mort en si peu de temps. Qui sont ces condamnées à mort, de quelle façon ont-elles collaboré, comment vivent-elles leur épuration et par qui sont-elles jugées ? Fabien Lostec brosse le portrait individuel et collectif de ces femmes. Il nous montre qu’au-delà de l’image de la collaboratrice sentimentale, elles se sont résolument engagées au service de l’ennemi, ont commis des actions violentes et des tortures, ont provoqué des déportations et des assassinats. 

La morale et le droit s’entremêlent lors de leurs procès, puisqu’elles sont accusées d’être de mauvaises épouses et/ou mères et, plus largement, de mauvaises femmes. L’auteur examine le temps du jugement jusqu’à la mort pour celles dont le recours en grâce est rejeté et n’oublie pas le temps de l’incarcération ni celui de la sortie de prison pour celles qui bénéficient d’une commutation de peine. Une étude fine qui vient renouveler par le genre l’histoire de l’épuration et de la violence politique." source CNRS. » 

Jean Vinatier 

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mardi 14 mai 2024

La figure du « serf » dans l’imaginaire de la fin du Moyen Âge par Daisy Delogu N°5784 18e année

 Conférence du 7 mai 2024 Collège de France 

Jean Vinatier 

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Moyen-Orient , Palestine, Israël par Jean-Pierre Filiu en 2050 N°5782 18e année

 Le Moyen-Orient en 2050 Janvier 2024 

 

Comment la Palestine fut perdue – Et pourquoi Israël n’a pas gagné Mai 2024 

« Si vous estimez connaître assez du conflit israélo-palestinien pour en nourrir des opinions définitives, mieux vaut ne pas ouvrir ce livre. Vous risqueriez d’y apprendre que le sionisme fut très longtemps chrétien avant que d’être juif. Et que l’évangélisme anglo-saxon explique beaucoup plus qu’un fantasmatique "lobby juif" le soutien déterminant de la Grande-Bretagne, puis des Etats-Unis à la colonisation de la Palestine. Vous pourriez aussi découvrir que la soi-disant "solidarité arabe" avec la Palestine a justifié les rivalités entre régimes pour accaparer cette cause symbolique, quitte à massacrer les Palestiniens qui résistaient à de telles manœuvres. Ou que la dynamique factionnelle a, dès l’origine, miné et affaibli le nationalisme palestinien, culminant avec la polarisation actuelle entre le Fatah de Ramallah et le Hamas de Gaza. 

La persistance de l’injustice faite au peuple palestinien n’a pas peu contribué à l’ensauvagement du monde actuel, à la militarisation des relations internationales et au naufrage de l’ONU, paralysée par Washington au profit d’Israël durant des décennies, bien avant de l’être par Moscou sur la Syrie, puis sur l’Ukraine. L’illusion qu’un tel déni pouvait perdurer indéfiniment a volé en éclat dans l’horreur de la confrontation actuelle, d’autant plus tragique qu’aucune solution militaire ne peut être apportée au défi de deux peuples vivant ensemble sur la même terre. Comprendre comment la Palestine fut perdue, et pourquoi Israël n’a pourtant pas gagné, participe dès lors d’une réflexion ouverte sur l’impératif d’une paix enfin durable au Moyen-Orient et, donc, sur le devenir de ce nouveau millénaire. » 

 

Israël, aissance d’une Nation 1897-1967 février 2014

 “Voir un documentaire sur l'Israël de 1897 à 1967 En mai 1948, l'Etat d'Israël apparaît sur la carte du Moyen-Orient, malgré l'opposition farouche de tous ses voisins arabes. Dans quel contexte historique, régional et international s'insère cet événement ? Comment le jeune Etat juif parvient-il à s'implanter dans un environnement hostile tout en poursuivant un processus de construction nationale particulièrement original ? Au travers d'un grand nombre de photos d'époque, ce documentaire est un véritable témoignage. Il raconte l'Histoire exceptionnelle de la naissance d'un Etat, Israël, un Etat moderne et indépendant : l'histoire d'une nation, née d'un rêve, taillée à la main dans la pierre biblique, modelée dans le sable du désert ; une nation chargée de la mémoire des martyrs de la Shoah et de ses fondateurs.70 années (car l'Histoire commence avant la création de l'Etat hébreu) d'une vie politique et diplomatique haletante, au cœur d'une région sensible, essentielle à la sécurité de l'Europe occidentale. » 

 

Jean Vinatier 

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dimanche 28 avril 2024

Iran: l’empire des roses par Jean-Claude Bonnier N°5772 18e année

« L'Iran est un pays de vieille civilisation qui présente aujourd'hui un visage peu avenant... Une exposition du musée du Louvre-Lens, en 2018, permettait de mieux comprendre un aspect de l'histoire de l'Iran : les arts de l'époque qajar au XIXe siècle. Je vous propose une visite rétrospective dans cette belle exposition. » 

Jean Vinatier 

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dimanche 31 mars 2024

Ravenne. Capitale de l’Empire, creuset de l’Europe par Judith Herrin N°5763 18e année

 « Critique de l’ouvrage pour La vie des idées par Bertrand Lançon auteur, notamment de La chute de l’Empire romain, une histoire sans fin (Perrin, 2017:

 Passerelle entre l’Empire romain tardif et le haut Moyen Âge, charnière entre l’Orient romain et les royaumes de l’Ouest, Ravenne a été davantage qu’une capitale : une entité politique au croisement de plusieurs mondes. 

C’est une heureuse initiative qu’ont eue les éditions Passés composés de publier une traduction du livre que Judith Herrin a consacré à Ravenne entre le IVe et le IXe siècle, paru chez Penguin Press en 2020. Il s’agit d’une belle édition, agréablement traduite, superbement illustrée de planches en couleur, avec notes et index. La bibliographie sélective de trois pages apparaît comme sa seule faiblesse, car les sources sont parfois incomplètement référencées. 

Cette somme de plus de 500 pages vient combler en France une lacune éditoriale devenue criante pour quiconque s’intéresse à l’Antiquité tardive et au haut Moyen Âge, période où les historiens placent la genèse de l’Europe. Ravenne y tient une place éminente et originale, qui méritait une telle monographie, sous le signe de la longue durée (pas moins de cinq siècles). 

Un mélange original 

Mettons d’emblée à la corbeille le bandeau « à l’estomac » choisi par l’éditeur, « Quand l’Occident naît des ruines de l’Empire romain » : il est suranné dans les erreurs qu’il véhicule. L’Occident existait déjà auparavant et l’Empire romain n’a pas pris fin dans les ruines. Ravenne est une passerelle entre l’Empire romain tardif et le haut Moyen Âge. Son mélange original entre Italie ostrogothique, prolongation byzantine, intervention lombarde et tutelle carolingienne, dessine un creuset européen pluriséculaire. 

De ce point de vue, l’auteure combine avec talent les deux polarités historiographiques qui tentent souvent les historiens anglo-saxons : la Ravenne de l’Antiquité tardive était-elle un sarcophage de la romanité ou le creuset d’un nouveau monde ? Une bipolarisation simpliste n’est pas de mise, car les deux termes ne sont pas exclusifs l’un de l’autre. C’est en tant que foyer culturel romano-byzantin rémanent qu’elle a nourri les empreintes ostrogothiques, lombardes et franques. Comme Rome avait préalablement digéré l’héritage culturel hellénique. 

Le plan adopté par Judith Herrin, byzantiniste britannique émérite, est chronologique. Il dessine de ce fait une ligne claire, classique, qui apparente parfois son livre à un manuel. Le mérite en est que Ravenne est étudiée et racontée dans ses contextes successifs. Elle n’est pas qu’une ville, qui plus est capitale, mais une entité politique au croisement de plusieurs mondes. La perpétuation de son lien avec Constantinople en a fait un reliquat romano-byzantin dans l’Occident des royaumes romano-barbares. En témoigne la richesse des vestiges monumentaux que conserve la ville aujourd’hui. 

L’âge d’or de Théodoric » 

La suite ci-dessous :

https://laviedesidees.fr/Judith-Herrin-Ravenne

 

2021 : Judith Herrin, « Ravenne et Constantinople aux VIe-VIIIe siècles : influences et détracteurs grecs » 

« Dans cette conférence illustrée (donnée aux membres et sympathisants de la Ligue le 30 mars 2021), le professeur Judith Herrin aborde le statut de Ravenne comme avant-poste de l'empire en Occident ; son importance pour les liens diplomatiques, militaires et culturels avec Constantinople et la culture grecque ; et la preuve de la connaissance et de l'appréciation du grec du début du Moyen Âge au sein de la ville. Elle nous fait découvrir quelques-uns des principaux monuments et vestiges de la ville du VIe au VIIIe siècle.» 

Jean Vinatier 

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mardi 20 février 2024

La dévastation du monde par « Les derniers des hommes » - Johann Chapoutot N°5740 18e année

 « Johann CHAPOUTOT est historien et professeur d'histoire contemporaine à la Sorbonne. Spécialiste de l'Allemagne et de la modernité occidentale, il est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages dont « La loi du sang » (2014), « Libres d'obéir » (2020) ou encore « Le grand récit » (2021). Dans cette interview réalisée par Olivier Berruyer pour Élucid, Johann Chapoutot met en lumière les dynamiques profondes qui ont permis au nazisme de prendre racine, et qui n’ont hélas pas entièrement disparu. Il y a une continuité historique, des mécanismes structurels, qui aujourd’hui se réalisent à travers le néolibéralisme et ses incarnations politiques comme le macronisme. L’Histoire n’est pas finie, et pour l’anticiper au mieux, nous devons apprendre à lire la réalité sous les récits. » 

Jean Vinatier 

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