« À
propos de : Philippe Sénac, L’autre bataille de Poitiers. Quand la
Narbonnaise était arabe (VIIIe siècle), Armand Colin »
Aurélien
Monntel pour la Vie des idées fait la critique de cet ouvrage en l’intitulant :
Charles Martel face aux sources :
« Au sein de l’imaginaire
collectif, la bataille de Poitiers est souvent considérée comme un moment clé
de l’histoire de France. En s’appuyant sur de nouvelles sources, notamment
arabes, Ph. Sénac relativise l’importance de cet évènement - et plus
généralement de la « dictature de l’événement ».
En 2016, l’annonce de la découverte de trois sépultures
islamiques à Nîmes avait fait grand bruit. Identifiées
par l’orientation du corps des défunts en direction de la Mecque, toutes trois
datées du VIIIe siècle, ces tombes étaient venues verser de
précieuses données matérielles à un dossier – la présence islamique dans le Sud
de la France actuelle – qui demeurait presqu’exclusivement textuel. De fait,
par la prise en compte de sources jusqu’ici inconnues, ou ignorées, mais aussi
par l’actualisation des grilles d’analyse, l’histoire de la conquête islamique,
qui a permis la formation d’un empire s’étendant des Pyrénées jusqu’à l’Indus,
est en perpétuel renouvellement depuis les années 1980.
Poitiers,
victoire franque et mythe français
Derrière « l’autre bataille de Poitiers »
le livre propose une synthèse de cette présence islamique en Septimanie –
c’est-à-dire l’ancienne Narbonnaise, qui correspondrait au Languedoc actuel.
Philippe Sénac apporte une contribution originale, avec l’ambition de proposer
des interprétations actualisées sur une histoire oubliée. Conscient d’écrire
dans un contexte socio-politique marqué par des crispations autour de l’islam,
il entend s’extirper de ce que l’on pourrait appeler la « dictature de
l’évènement » (p. 5-12, 119-123). Dans l’historiographie comme dans la
mémoire populaire françaises, la conquête islamique demeure en effet écrasée
par la « bataille de Poitiers », remportée par Charles Martel en 732.
Abondamment glosé, cet évènement a récemment
eu l’honneur d’une nouvelle étude. Dans un ouvrage magistral publié en 2015,
William Blanc et Christophe Naudin ont en effet à la fois analysé l’événement
en lui-même, en reprenant le dossier documentaire disponible ; mais aussi
(et surtout ?) montré comment l’historiographie, médiévale, moderne ou
contemporaine, l’avaient interprété. Leur étude avait montré comment la
bataille de Poitiers avait fini par se retrouver affublée, à partir du xxe
siècle, d’une signification politique majeure – et nouvelle
.
L’importance « médiatique » acquise par cet évènement a dès lors créé
un prisme déformant, qui a simplifié, voire caricaturé, les interprétations,
écrasé la nuance, et laissé dans l’oubli d’autres aspects de la présence
islamique en Gaule.
Dès lors, l’objectif de l’auteur est de restituer toute l’importance de
cette présence islamique sur le littoral gaulois de la Méditerranée,
injustement négligée - mais que le lecteur ne s’y trompe pas : Poitiers
n’y est pas remplacé par une autre bataille majeure. À cet égard, cette
publication s’inscrit comme un nouveau prolongement de l’œuvre de Philippe
Sénac, qui s’est dédié depuis les années 1980 à l’étude des relations entre le
monde franc, mérovingien ou carolingien, et le monde islamique – jalonné de
publications qui, pour certaines, sont devenues des références incontournables.
Cet ouvrage constitue ainsi le pendant d’un livre publié il y a plus de
quarante ans , qui traitait – déjà – de la présence islamique en Provence.
Textes,
monnaies et sceaux : les sources d’une région en marge »
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Jean
Vinatier
Seriatim2024