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lundi 10 avril 2023

Pâques chinoises N°5668 17e année

 Supplice chinois pour Emmanuel Macron : à l’arrivée, juste un gilet orange, pas de tapis rouge, ni garde d’honneur, une porte de voiture ouverte où l’attendait un vague vice-ministre…Une vaste table ovale où le protocole pékinois réussit à placer dans des coins Emmanuel Macron au milieu de son fatras et Ursula Von der Leyen..Loin de s’en offusquer, Emmanuel Macron commit l’impair de parler deux fois plus longuement que son hôte, jugea fin de mettre sa main dans la poche pour la photo officielle.. Il eut le thé avec Panda Céleste lequel s’offrit le luxe aisé de dire que la France pourrait retrouver une importance si elle cessait de s’aligner sur les seuls dires américains : Xi Jiping plaisantait-il ? Emmanuel Macron crut-il à une blague ? Mystère. Pendant ce temps Ursula Von der Leyen était présente et absente, elle fila, pour le retour parmi les passagers communs de l’aéroport. Bref, le voyage à deux dont l’objet était d’en imposer à Xi Jiping, s’effondra tout de suite. Une France humiliée non par la Chine mais par son représentant, une Europe bafouée non par la Chine mais sa représentante, voilà un désastre total que nos médias masqueront avec des tonnes de mastic.

Pendant l’interlude euro-français à Pékin, les ministres saoudiens et iraniens peaufinaient leur entente et se profile déjà à l’horizon la fin très probable de la guerre au Yémen qui était jusqu’à ce jour un lieu d’affrontement entre Riyad et Téhéran alimenté par des concurrence claniques, ethniques et religieuses. Une guerre affreuse qui n’émut jamais l’Occident (USA/Europe), on laissa à ces pauvres yéménites, les guerres, les épidémies, les famines….Au même moment, l’Inde fait savoir au Forbes India que l’Asie réfléchissait déjà à un pétro-yuan ou à un pétro-Brics. C’est bien l’Asie qui s’ébranle avec derrière les BRICS qui attirent à eux les Amériques, centrale, du Sud, l’Afrique….

Le décalage gigantesque entre les préoccupations occidentales, convaincre la Chine de modérer son appui à la Russie quand les plaques tectoniques géopolitiques s’activent, est impressionnant d’incompétence et d’arrogance. Même le pauvre New York Yimes se plante en affirmant que la France savonne les efforts américains pour brider la Chine. Hélas, la France ne savonne rien du tout si ce n’est elle-même et les Américains s’aveuglent en se fixant sur la seule Chine quand le continent asiatique prend conscience de ce qu’il est comme moteur du monde.

L’arrogance américaine en Ukraine où comme en Irak et en Afghanistan, croit encore, malgré leur échecs sanglants, que construire une nation est faisable et que pour cela, faire battre entre eux des frères et des cousins (Russes et Ukrainiens le sont sauf dans la partie ouest) est une étape baptismale a quelque chose de terrifiant de fanatisme…L’Ukraine nait et vivra mais sans ailes ni pieds ni mains…Et qu’avec tout ce drame, s’ajouteront certainement les conséquences de la campagne présidentielle américaine de 2024 qui retomberont sur l’Union européenne….et les Ukrainiens. Depuis Pékin ce spectacle de batailles de poissons rouges dans un bocal est vu dans toute l’Asie….

Se met en place la plus importante des batailles, outre celle énergétique, celle monétaire. Aucun médias ne s’interroge sur l’accélération des alternatives à la monnaie dollar. L’Occident a sous-estimé totalement que le fait de saisir les comptes bancaires de simples citoyens russes, de décréter d’arrestation des gens lambda, de saisir les biens des uns et des autres, a été regardé dans le monde entier comme une opération de gangster. D’un coup d’un seul l’extra-territorialité du dollar déjà ressentie comme singulière apparait maintenant comme une captation arbitraire des biens : au grès des humeurs et calculs américains, vous serez ou vous ne serez plus. A cette remise en cause du dollar despotique, viendra inévitablement la révision des institutions internationales rédigées par les Etats-Unis en 1945 : elle est dans les tuyaux !

Le déplacement surréaliste d’Emmanuel Macron et de l’Union européenne (après tout, Bruxelles a validé ce voyage en duo) où les deux commerciaux se firent sonner les cloches au point d’en avoir le bourdon mais sans que se produise le miracle de la prise de conscience, les lunettes américaines fixées sur leurs nez, que nous étions l’ancien régime, emportant avec nous nos valeurs démocratiques sérieusement policiarisées et même sinisées tant le crédit social apparait à nos dirigeants fébriles comme un moyen idéal de terrifier nous-mêmes….

 

Jean Vinatier

Seriatim 2023

 

jeudi 4 février 2021

Russie/UE :Spoutnik V ça gaz North Stream ! N°5096 15e année

 La Russie est une nation bien calme avec des dirigeants qui ne s’affolent pas aisément à l’inverse des européens piaillants dans leur immense cage dorée.

D’un côté, les européens prennent sous leurs ailes Alexei Navalny, envoient leur représentant en politique étrangère, Borrell, à Moscou pour exiger sa libération tout en voulant poser de nouvelles bases relationnelles…Logique ?

Toujours du même côté, Emmanuel Macron donne des leçons de démocratie et de liberté à Vladimir Poutine pour les nombreuses interpellations intervenues en Russie en faveur dudit Navalny. En 2019 Vladimir Poutine s’était étonné de la répression française contre les Gilets jaunes et tout récemment, The Economist vient de classer notre pays dans la catégorie «démocratie défaillante »…Logique ?

D’un autre côté, l’Union européenne s’emmêle quelque peu les pieds dans les vaccins, le fiasco du Remzévide (1 milliard d’euros), refuse de communiquer l’intégralité des contrats signés avec les laboratoires « du monde libre » aux députés de Strasbourg et se fait même gourmander par l’OMS pour non-partage de l’accès aux vaccins avec les pays « d’en-bas » !  In fine, ces mêmes laboratoires peinent à assurer la production voilà que déboule telle une charge cosaque le vaccin russe, Spoutnik V qui écarquille les yeux européens très étonnés de découvrir que la Russie n’est plus « une Haute-Volta avec des missiles nucléaires » (Die Welt)

Troisième côté, Berlin veut à tout prix que se conclue le projet North Stream 2 à l’inverse de Paris qui exige son arrêt pour donner suite aux nouvelles observations de l’administration Biden qui signe sans rechigner l’extension du traité de désarmement New Start en l’entourant d’une couche morale à sens unique :

« En même temps que nous travaillons avec la Russie pour promouvoir les intérêts américains, nous allons aussi travailler pour faire rendre des comptes à la Russie pour ses actes antagonistes et ses violations des droits humains, en étroite coordination avec nos alliés et partenaires».1
En lançant sur orbite leur vaccin Spoutnik pour rappeler leur exploit spatial de 1957, la Russie donne une leçon de modestie aux « sachants de l’Ouest » qui ne l’entendront absolument pas, une leçon d’ouverture et de partage que le « monde libre » n’envisageait pas.

Combien de temps l’Union européenne continuera-t-elle à obéir le doigt sur la couture aux admonestations américaines ? Combien de temps l’Union européenne cessera de regarder la Russie comme une nation barbare quand cette même Union cautionne (sauf Berlin) les atrocités saoudo-émirati au Yémen ? Combien de temps avant que Bruxelles ne mette autant d’amour de liberté pour Alexei Navalny que pour Julien Assange ?

A l’impuissance européenne se greffent les calculs de ses membres dont certains ne s’aperçoivent même pas qu’ils se contredisent.

Le continent européen fait la preuve de son grand désordre, de son incapacité à regarder panoramiquement le monde : pour lui tout est à l’Ouest et dans un seul sens Atlantique dont nous recevons via leurs universités leur « cancel culture » laquelle semble tout à fait s’imbriquer dans la « cancel politic » de l’Union européenne….

Combien de temps avant les secouements ?

Note :

1-https://francais.rt.com/international/83484-moscou-annonce-prolongation-traite-russo-americain-desarmement-start

Jean Vinatier

Seriatim 2021

lundi 6 janvier 2020

Qassem Soleimani : l’archiduc François-Ferdinand d’Iran ? N°4784 14e année


Plusieurs lecteurs m’ont demandé si l’assassinat de deux généraux iraniens dont Qassem Soleimani enclencherait des réactions similaires à celles qui se produisirent à l’été 1914 après l’attentat contre l’archiduc François-Ferdinand?
1-L’Europe en 1914 avait vu naitre deux grand groupes d’alliances militaires : le premier (la grande entente) constitué par la France, la Russie, le Royaume-Uni, le second (la grande alliance) par l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie et l’Italie via deux traités l’un avec Berlin, le second avec Vienne.
A noter que dès le début du conflit, le 4 septembre 1914, Londres et Paris réussiront à faire partir l’Italie de cette alliance tandis que Berlin parviendra à décider l’empire ottoman d’y entrer.
2-Les différentes alliances d’alors, avaient des articles contraignants lesquels enclenchés entrainaient tous les membres de l’alliance.
En Orient est-ce le cas ?
L’Iran, sauf erreur de ma part, dispose certes d’alliés, Chine, Turquie, Russie, Inde, Irak, Syrie, mais aucun n’entre dans une quelconque alliance : ni militaire, ni contraignante. Il y a des intérêts convergents, point de solidarité armée permanente de fait. Il est bien évident que pour des puissances comme la Chine, la Russie, la Turquie, le rôle de l’Iran comme borne d’arrêt à la prépotence américaine a son utilité. Cependant la Russie, la Turquie, la Chine ne forment pas un ensemble uniforme : ainsi la Turquie et la Russie s’opposent-elles en Libye. La Turquie, membre fondateur de l’OTAN, oscille selon ses humeurs soit du côté russe, soit du côté américain, elle poursuit une politique de renforcement de son assise à sa frontière contre les Kurdes, en Libye en souvenir de la Tripolitaine perdue en 1912 et du gaz (Eastmed/Turkishstream).
De l’autre côté, les Etats-Unis, outre leur propre puissance militaire, disposent via l’Otan d’une alliance militaire redoutable dont ils ont toutes les manettes.
Washington continue une tactique de la tension de même que Téhéran le fait en s’attaquant à l’Arabie Saoudite sur son sol et dans sa guerre au Yémen. Washington et Téhéran se passent le relais sur cette route de la tension profitant du désordre actuel oriental : Irak, Syrie, Liban, Yémen.
Quel est le degré de nuisance de l’Iran ? Via le Hezbollah, Téhéran s’impose en franc-tireur redoutable et peut tout à fait programmer des attentats au-delà de l’Orient.
Quel est le degré de nuisance des Etats-Unis ?  On serait tenté d’écrire que les Etats-Unis sont la puissance qui a la capacité originale d’être à la fois maximum dans sa force prédatrice comme dans sa force d’apaisement.
L’originalité de la situation présente, qui est aussi sa fragilité ? Le désordre et les multiples jeux et intérêts des uns et des autres qu’ils soient alliés ou concurrents.  Si personne n’a intérêt à appuyer sur le bouton, il est plus que vraisemblable que Washington et Téhéran poursuivront cette tension, en stratégie, en tactique. La République islamique ne vient-elle pas de réprimer férocement une révolte intérieure dont elle sait bien qui l’a attisé : le Grand Satan…
Le danger en l’état ne tient pas à des affrontements classiques mais dans des traverses, des asymétries comme le terrorisme et le cyberterrorisme....etc.
Pour conclure, il n’a y pas de ressemblance entre Qassem Soleimani et l’archiduc François-Ferdinand sauf sur un point : en 1914 comme en 2020, il n’existe pas de puissance médiatrice en mesure de calmer le jeu : L’ONU empêcha-t-elle l’invasion de l’Irak en 2003, la négation de son mandat en Libye en 2011 ?

Jean Vinatier
Seriatim 2020

PS: En ressoudant la rue chiite contre les Etats-Unis, Donald Trump permet d'effacer partout les mouvements de contestation de la jeunesse: Liban, Irak...et Iran!


dimanche 23 décembre 2018

« Corne de l’Afrique et l’espace arabique par Brendon Novel » N°4611 12e année


Corne de l’Afrique et Péninsule arabique : des relations déséquilibrées

« Depuis quelques mois, la Corne de l’Afrique est en proie à une reconfiguration géopolitique d’ampleur. Afin de bien saisir les tenants et aboutissants des dynamiques observées depuis l’arrivée au pouvoir en Éthiopie du Premier ministre Abiy Ahmed en avril 2018, il convient de s’en distancier et d’apporter une perspective historique. C’est l’objectif de cette série de trois articles qui visent à analyser l’évolution depuis 1973 des interactions entre la Corne et la Péninsule arabique, tantôt proches, tantôt très éloignées. Le but de ce premier article est d’étudier pourquoi la mer Rouge s’est progressivement constituée en un fossé clivant et parfois infranchissable. »
La suite ci-dessous :

Intégration de la Corne de l’Afrique à l’espace sécuritaire du Golfe : rôle catalytique de la guerre au Yémen (2/3)
« Afin de mettre en perspective l’actualité de ces derniers mois, il convient de souligner en quoi l’intervention au Yémen menée par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis a catalysé un certain nombre de dynamiques politiques, militaires et économiques avec les pays de la rive voisine. Les effets engendrés par cette ruée golfienne sur la Corne seront également évalués. »
La suite ci-dessous :



Jean Vinatier
Seriatim 2018

jeudi 25 octobre 2018

Khashoggi : enlèvement au sérail N°4561 12e année


L’assassinat de Jamal Khashoggi dans l’enceinte du consulat saoudien en Turquie, par sa soudaineté et sa violence, est typique de l’issue d’une intrigue dans le sérail. Jamal Khashoggi est né dans une famille dite ottomane, attaché à la personne du souverain saoudien, son père étant son médecin personnel, neveu du célèbre milliardaire éponyme des années 70/80 et cousin de Dodi El Fayed, feu compagnon de la princesse de Galles. La prospérité de la famille Khashoggi, directement liée à son rang dans le sérail ne tient que par son allégeance que l’actuel prince héritier, MBS, a jugé rompu et brisé à la lecture des articles écrits et publiés par Jamal Khashoggi dans le Washington Post. Ce dernier devant se marier et croyant jouir d’une protection presque princière s’est rendu dans ce consulat sans songer un seul instant qu’il y périrait atrocement.  
Ce fait intervenu, il faut s’interroger sur le pourquoi d’une onde mondiale. Quand la Chine décide de l’arrestation et de la mise au secret du directeur d’Interpol personne ne moufte, pas même une ONG. Pourquoi d’un coup d’un seul l’assassinat de Jamal Khashoggi le hisse-t-il au rang d’Albert Londres ? Jusqu’à présent aucun écrit n’a été publié dans ce sens. Jamal Khashoggi travaillait au Washington Post, pro-démocrate entre les mains de la famille Graham. Sachant l’importance des liens très renforcés par le Président Trump avec le nouvel homme fort de Ryad, MBS, le Washington Post aurait encouragé la publication d’articles très critiques sur la dérive du gouvernement saoudien afin d’embarrasser le successeur d’Obama mais sans penser que l’ire saoudienne aboutirait à l’assassinat de son journaliste. Cette élimination intervenue, l’occasion aurait été jugée excellente d’en optimiser la publicité, nombre de médias étant hostiles à Trump. Rampe de lancement publicitaire alimentée par le Président Erdogan qui déteste l’Arabie Saoudite et soutient le Qatar et relevant l’origine ottomane de la famille Khashoggi le considère comme Turc. On aurait donc assisté à la conjonction de trois éléments, le premier, le terme d’une colère au sein sérail saoudien, le second d’un journal démocrate voulant empêtrer Trump avec l’Arabie Saoudite à la veille des mid-terms, le troisième l’occasion saisie au vol par le président turc ravi de montrer aux Américains qu’il était infiniment plus présentable que les Saoudiens exécrés, escomptant un adoucissement de la politique de Washington à son égard et la confirmation de son rang dans cet Orient où la Syrie est centrale via Idlib.
Si le destin de Jamal Khashoggi est scellé, celui de MBS est en suspens. Au Capitole, à la veille des élections cruciales pour Donald Trump, démocrates mais aussi quelques républicains découvrent l’horreur de la guerre au Yémen voulue par l’actuel homme fort de Ryad et s’effraient de la famine annoncée. Voilà des années que cette guerre atroce se déroule dans une indifférence générale, Bachar Al-Assad et Vladimir Poutine étant les seuls à soulever les ires des bienpensants. Si on y voit trop de postures, il faut regarder que le possible affaiblissement de l’Arabie Saoudite ou même son effondrement bouleverserait une fois encore l’Orient, une éventualité qui ne remet pas en cause par l’Espagne et la France la poursuite des ventes militaires à ce royaume. C’est peu dire que tout le monde escompte un retour à l’ordre sauf, sans doute l’Iran vis-à-vis des Arabes chiites du royaume et le Qatar et ses alliés péninsulaires (Oman, EAU) qui pourraient empêcher par leur ligue une guerre d’Ormuz.
Comme on le voit une simple décision d’éliminer un membre du sérail jugé traitre à son allégeance réveillerait pour des raisons différentes, des rivalités profondes parmi les milliers de princes de la maison de Séoud, des calculs, politiciens aux Etats-Unis, régionaux pour la Turquie et l’Iran, locaux pour des Etats de la péninsule arabique avec par-dessus des contrats militaires et le poids de l’actionnariat saoudien dans des multinationales. On s’aperçoit, enfin et surtout, que l’équilibre  ou ordre géopolitique est on ne peut plus de porcelaine.

Jean Vinatier
Seriatim 2018