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jeudi 25 octobre 2018

Khashoggi : enlèvement au sérail N°4561 12e année


L’assassinat de Jamal Khashoggi dans l’enceinte du consulat saoudien en Turquie, par sa soudaineté et sa violence, est typique de l’issue d’une intrigue dans le sérail. Jamal Khashoggi est né dans une famille dite ottomane, attaché à la personne du souverain saoudien, son père étant son médecin personnel, neveu du célèbre milliardaire éponyme des années 70/80 et cousin de Dodi El Fayed, feu compagnon de la princesse de Galles. La prospérité de la famille Khashoggi, directement liée à son rang dans le sérail ne tient que par son allégeance que l’actuel prince héritier, MBS, a jugé rompu et brisé à la lecture des articles écrits et publiés par Jamal Khashoggi dans le Washington Post. Ce dernier devant se marier et croyant jouir d’une protection presque princière s’est rendu dans ce consulat sans songer un seul instant qu’il y périrait atrocement.  
Ce fait intervenu, il faut s’interroger sur le pourquoi d’une onde mondiale. Quand la Chine décide de l’arrestation et de la mise au secret du directeur d’Interpol personne ne moufte, pas même une ONG. Pourquoi d’un coup d’un seul l’assassinat de Jamal Khashoggi le hisse-t-il au rang d’Albert Londres ? Jusqu’à présent aucun écrit n’a été publié dans ce sens. Jamal Khashoggi travaillait au Washington Post, pro-démocrate entre les mains de la famille Graham. Sachant l’importance des liens très renforcés par le Président Trump avec le nouvel homme fort de Ryad, MBS, le Washington Post aurait encouragé la publication d’articles très critiques sur la dérive du gouvernement saoudien afin d’embarrasser le successeur d’Obama mais sans penser que l’ire saoudienne aboutirait à l’assassinat de son journaliste. Cette élimination intervenue, l’occasion aurait été jugée excellente d’en optimiser la publicité, nombre de médias étant hostiles à Trump. Rampe de lancement publicitaire alimentée par le Président Erdogan qui déteste l’Arabie Saoudite et soutient le Qatar et relevant l’origine ottomane de la famille Khashoggi le considère comme Turc. On aurait donc assisté à la conjonction de trois éléments, le premier, le terme d’une colère au sein sérail saoudien, le second d’un journal démocrate voulant empêtrer Trump avec l’Arabie Saoudite à la veille des mid-terms, le troisième l’occasion saisie au vol par le président turc ravi de montrer aux Américains qu’il était infiniment plus présentable que les Saoudiens exécrés, escomptant un adoucissement de la politique de Washington à son égard et la confirmation de son rang dans cet Orient où la Syrie est centrale via Idlib.
Si le destin de Jamal Khashoggi est scellé, celui de MBS est en suspens. Au Capitole, à la veille des élections cruciales pour Donald Trump, démocrates mais aussi quelques républicains découvrent l’horreur de la guerre au Yémen voulue par l’actuel homme fort de Ryad et s’effraient de la famine annoncée. Voilà des années que cette guerre atroce se déroule dans une indifférence générale, Bachar Al-Assad et Vladimir Poutine étant les seuls à soulever les ires des bienpensants. Si on y voit trop de postures, il faut regarder que le possible affaiblissement de l’Arabie Saoudite ou même son effondrement bouleverserait une fois encore l’Orient, une éventualité qui ne remet pas en cause par l’Espagne et la France la poursuite des ventes militaires à ce royaume. C’est peu dire que tout le monde escompte un retour à l’ordre sauf, sans doute l’Iran vis-à-vis des Arabes chiites du royaume et le Qatar et ses alliés péninsulaires (Oman, EAU) qui pourraient empêcher par leur ligue une guerre d’Ormuz.
Comme on le voit une simple décision d’éliminer un membre du sérail jugé traitre à son allégeance réveillerait pour des raisons différentes, des rivalités profondes parmi les milliers de princes de la maison de Séoud, des calculs, politiciens aux Etats-Unis, régionaux pour la Turquie et l’Iran, locaux pour des Etats de la péninsule arabique avec par-dessus des contrats militaires et le poids de l’actionnariat saoudien dans des multinationales. On s’aperçoit, enfin et surtout, que l’équilibre  ou ordre géopolitique est on ne peut plus de porcelaine.

Jean Vinatier
Seriatim 2018

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