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lundi 3 juin 2024

L’autre bataille de Poitiers par Philippe Sénac N°5794 18e année

 

« À propos de : Philippe Sénac, L’autre bataille de Poitiers. Quand la Narbonnaise était arabe (VIIIe siècle), Armand Colin »

 

Aurélien Monntel pour la Vie des idées fait la critique de cet ouvrage en l’intitulant : Charles Martel face aux sources :

« Au sein de l’imaginaire collectif, la bataille de Poitiers est souvent considérée comme un moment clé de l’histoire de France. En s’appuyant sur de nouvelles sources, notamment arabes, Ph. Sénac relativise l’importance de cet évènement - et plus généralement de la « dictature de l’événement ».

En 2016, l’annonce de la découverte de trois sépultures islamiques à Nîmes avait fait grand bruit. Identifiées par l’orientation du corps des défunts en direction de la Mecque, toutes trois datées du VIIIe siècle, ces tombes étaient venues verser de précieuses données matérielles à un dossier – la présence islamique dans le Sud de la France actuelle – qui demeurait presqu’exclusivement textuel. De fait, par la prise en compte de sources jusqu’ici inconnues, ou ignorées, mais aussi par l’actualisation des grilles d’analyse, l’histoire de la conquête islamique, qui a permis la formation d’un empire s’étendant des Pyrénées jusqu’à l’Indus, est en perpétuel renouvellement depuis les années 1980.

Poitiers, victoire franque et mythe français

Derrière « l’autre bataille de Poitiers » le livre propose une synthèse de cette présence islamique en Septimanie – c’est-à-dire l’ancienne Narbonnaise, qui correspondrait au Languedoc actuel. Philippe Sénac apporte une contribution originale, avec l’ambition de proposer des interprétations actualisées sur une histoire oubliée. Conscient d’écrire dans un contexte socio-politique marqué par des crispations autour de l’islam, il entend s’extirper de ce que l’on pourrait appeler la « dictature de l’évènement » (p. 5-12, 119-123). Dans l’historiographie comme dans la mémoire populaire françaises, la conquête islamique demeure en effet écrasée par la « bataille de Poitiers », remportée par Charles Martel en 732.

Abondamment glosé, cet évènement a récemment eu l’honneur d’une nouvelle étude. Dans un ouvrage magistral publié en 2015, William Blanc et Christophe Naudin ont en effet à la fois analysé l’événement en lui-même, en reprenant le dossier documentaire disponible ; mais aussi (et surtout ?) montré comment l’historiographie, médiévale, moderne ou contemporaine, l’avaient interprété. Leur étude avait montré comment la bataille de Poitiers avait fini par se retrouver affublée, à partir du xxe siècle, d’une signification politique majeure – et nouvelle

. L’importance « médiatique » acquise par cet évènement a dès lors créé un prisme déformant, qui a simplifié, voire caricaturé, les interprétations, écrasé la nuance, et laissé dans l’oubli d’autres aspects de la présence islamique en Gaule.

Dès lors, l’objectif de l’auteur est de restituer toute l’importance de cette présence islamique sur le littoral gaulois de la Méditerranée, injustement négligée - mais que le lecteur ne s’y trompe pas : Poitiers n’y est pas remplacé par une autre bataille majeure. À cet égard, cette publication s’inscrit comme un nouveau prolongement de l’œuvre de Philippe Sénac, qui s’est dédié depuis les années 1980 à l’étude des relations entre le monde franc, mérovingien ou carolingien, et le monde islamique – jalonné de publications qui, pour certaines, sont devenues des références incontournables. Cet ouvrage constitue ainsi le pendant d’un livre publié il y a plus de quarante ans , qui traitait – déjà – de la présence islamique en Provence.

Textes, monnaies et sceaux : les sources d’une région en marge »

 

La suite ci-dessous :

https://laviedesidees.fr/Philippe-Senac-L-autre-bataille-de-Poitiers

 

Jean Vinatier

Seriatim2024

lundi 3 avril 2023

Réception de la philosophie et des sciences arabo-musulmanes par l’Occident médiéval pat Abdelmajid Baakrime N°5662 17e année

 

Conférence d’Abdelmajid Baakrime, professeur d’Histoire de la philosophie et des sciences à l’ENS de Meknès. 

« La conférence porte sur les rapports qui ont prévalu au Moyen Âge, en matière de savoir philosophique et scientifique, entre l’Orient musulman et l’Occident chrétien. Mais, vu l’étendue du sujet, on se limitera à la problématique qui a secoué les deux civilisations, à savoir, la nécessité de concilier la Foi et la philosophie, et plus précisément, la philosophie aristotélicienne. Dans ce contexte, on retiendra le nom d’Avicenne (Ibn Sina) et sa philosophie première, ainsi que sa théorie de l’âme, tout en intégrant le nom du savant Alhazen (Ibn Al haytham), et sa théorie de la vision, pour avoir servi de base aux théories de la connaissance qui ont fleuri au XIVe siècle, en particulier, chez les nominalistes anglais. Ces données, conjuguée avec des éléments de la philosophie dite néo-platonicienne, fraîchement traduits de l’arabe en latin, fourniront la feuille de route de la solution de notre problématique. » 

Jean Vinatier 

Seriatim 2023

mercredi 27 octobre 2021

Monde arabe : plurilinguisme. Les choix audacieux des nouveaux médias arabes par Louise Aurat N°5736 15e année

« Nombre de médias électroniques du monde arabe nés dans le sillage des mouvements révolutionnaires de 2011 ont fait le choix du bilinguisme, voire du plurilinguisme. Le choix des langues et le modèle de fonctionnement répondent à des particularismes locaux, révélateurs d’enjeux de classe, de genre mais aussi de financement.

Mada Masr (2013) en Égypte, Inkyfada (2014) en Tunisie, Daraj et Raseef22 (2017 et 2013) au Liban, 7iber (2007) en Jordanie, Le Desk (2015) au Maroc…, tous appartiennent à cette jeune génération de médias numériques dits indépendants et progressistes. Ces sites d’information du monde arabe ont pour autre trait commun de publier leurs articles en plusieurs langues, un choix facilité par la présence sur la Toile qui leur épargne le coût du papier et de l’impression.

Dès sa parution dans la seconde moitié du XIXe siècle, la presse du monde arabe se distinguait déjà par son plurilinguisme et la coexistence de journaux en anglais, en français et en arabe dans la plupart des pays de la région. Le choix d’une langue induit souvent une orientation éditoriale, culturelle ou politique particulière. Au Liban, la presse francophone est essentiellement destinée à une population chrétienne. Pour des raisons historiques liées à la colonisation, le français est encore très présent au Maghreb. Quant à l’anglais, jusque-là plus répandu dans les pays du Golfe ou en Égypte, il est relativement minoritaire dans la presse écrite aujourd’hui.

Pour ces nouveaux journaux en ligne nés à l’aube du XXIe siècle, l’usage d’une diversité de langues n’induit pas un traitement éditorial différencié. Lorsque les articles sont disponibles en plusieurs langues, le contenu est identique entre toutes les versions.

Un miroir sociologique

Toutefois, une langue de publication domine souvent entre tous les contenus, et cela s’explique en général par les compétences linguistiques des membres fondateurs : le français pour le Maghreb (Le Desk, Inkyfada), l’arabe la plupart du temps (Raseef22, 7iber). Cette affinité peut s’expliquer sociologiquement, puisque nombre des journalistes qui constituent ces médias ont étudié à l’étranger et il est fréquent qu’ils soient eux-mêmes plurilingues. Ainsi, les journaux en ligne avec lesquels nous avons échangé (Raseef22, Le Desk, Inkyfada) regroupent des journalistes arabophones, anglophones ou francophones. Il est rare qu’un auteur maîtrise à l’écrit deux langues parfaitement. De fait, les rédactions font toutes appel à des traducteurs.

Mais pour des équipes aux effectifs souvent réduits et au modèle économique précaire, ce travail de traduction est colossal. Quatre à cinq traducteurs indépendants travaillent pour Inkyfada, un webzine tunisien trilingue disponible en français, en arabe et en anglais. Les articles paraissent d’abord en français. Le média privilégie les longs formats qui demandent au moins cinq minutes de lecture, et qui offrent un contenu multimédia riche (vidéos, graphiques, photos, etc.). Trois jours en moyenne sont nécessaires pour traduire un article, un autre s’ajoute pour son édition. « Quatre personnes au moins travaillent sur un article. Cela demande beaucoup d’organisation », détaille Maher Meriah, traducteur et coordinateur de la version arabe d’Inkyfada. Les traducteurs peuvent également jouer un rôle en amont de la conception de l’article : « J’interviens là où on a besoin de traduire, par exemple une interview en arabe pour un article en français, ou bien sur la documentation ». Sur le terrain, le besoin de traduction ne se fait pas ressentir puisque c’est le dialecte, et non l’arabe littéral, qui est d’usage.

Dans l’équipe marocaine du Desk, c’est également le français qui prédomine, et la tendance se traduit en termes de contenu. Entre cinq et dix personnes travaillent pour le média depuis le début du projet en 2015. Un journaliste arabophone a été recruté pour s’occuper de la version arabe, en plus de quelqu’un en externe qui réalise certaines traductions. Dans l’idéal, le Desk aimerait traduire tous les articles en arabe, mais le manque de moyens est patent. Même constat chez Raseef22, la plateforme d’actualités panarabe basée au Liban et accessible en arabe et en anglais : l’équipe n’a pas les financements nécessaires pour payer plus de traductions et préfère consacrer ses moyens financiers à rémunérer ses contributeurs, une centaine actuellement répartis à travers le monde.

Entre arabisation et diglossie »

La suite ci-dessous :

https://orientxxi.info/magazine/plurilinguisme-les-choix-audacieux-des-nouveaux-medias-arabes,5137

Jean Vinatier

Seriatim 2021

 

vendredi 4 juin 2021

MBS, le prince qui murmure à l’oreille de la jeunesse par Sarra Grira N°7519 15e année

« Les études d’opinion sont rares en Arabie saoudite, ce qui renforce l’intérêt d’un récent rapport de la spécialiste de la péninsule Arabique Fatiha Dazi-Héni. Il porte sur « le pari sur la jeunesse » de Mohamed Ben Salman et offre un tableau complexe de la perception du style princier dans le royaume. Compte-rendu. »

« Un vent nouveau souffle sur le royaume des Al-Saoud. Un nouveau règne se prépare et arrivera tôt ou tard. Mohamed Ben Salman (MBS), prince héritier depuis 2017, n’a cessé depuis sa nomination de défrayer la chronique internationale, en partie pour son mégaprojet de réforme intitulé « Vision 2030 », censé moderniser le pays et en diversifier l’économie en 15 ans, mais surtout pour sa gouvernance qui ne souffre pas la demi-mesure. Pour l’un comme pour l’autre, il est difficile de savoir ce que pense la population du pays. Dans son étude intitulée Arabie saoudite. Le pari sur la jeunesse de Mohammed Bin Salman, c’est justement le ressenti des Saoudiens, notamment celui des jeunes de la capitale Riyad, que Fatiha Dazi-Héni sonde.

Pour ce faire, l’enseignante à Sciences Po Lille et chercheuse à l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM) fait à la fois appel à un riche appareil théorique constitué des études publiées sur le royaume, mais également — voire surtout — à un travail de terrain mené entre 2016 et 2019. Ainsi, à chacun de ses séjours, elle s’est entretenue avec nombre de Saoudiens, appartenant autant à l’appareil institutionnel qu’au milieu intellectuel ou de l’entrepreneuriat. Elle a également constitué un échantillon de 50 jeunes Riyadotes de moins de 30 ans, afin de les interroger quant à leur perception de la politique menée par le prince héritier.

« Pour une fois, dans ce pays, on pense aux jeunes et aux femmes »

Que peut souhaiter un prince, sinon des sujets à son image ? C’est là indéniablement la plus grande opportunité de MBS : être dauphin à 35 ans, alors que 60 % de la population saoudienne (qui compte 21 millions de nationaux) a moins de 30 ans, et qu’elle vit dans les trois principales provinces du pays : Riyad, la Mecque — dont Djeddah est la capitale — et Al-Charqiya. Cette démographie est doublée d’une répartition entre villes et campagne largement en faveur des grands centres urbains : l’Arabie saoudite compte en effet 87 % de citadins — en 1970, un quart seulement des Saoudiens vivait dans les villes —, « une moyenne supérieure à l’Europe occidentale ». Parmi eux, 6,5 millions se concentrent à Riyad, « troisième mégapole la plus peuplée du monde arabe après le Caire et Bagdad et, de loin, la ville la plus importante de la péninsule Arabique ».

Voilà donc « le public cible du prince : urbanisés, ultra-connectés et hypermondialisés ». Une jeunesse oubliée jusque-là des pouvoirs publics et qui se révèle moins politisée qu’ailleurs dans le monde arabe, puisque 62 % des jeunes Saoudiens estiment qu’il est plus important d’assurer la stabilité du pays que de promouvoir la démocratie, contre 56 % au Levant.”

La suite ci-dessous :

https://orientxxi.info/magazine/mohamed-ben-salman-le-prince-qui-murmure-a-l-oreille-de-la-jeunesse

 

 

Jean Vinatier

Seriatim 2021