C’est un G7 en pleine Asie qui s’est tenu avec en plus les
dirigeants sud-coréen et australien formant un ensemble compact de démocraties
contre la Chine…La venue médiatique du président ukrainien, Zelensky dans un
avion présidentiel français n’a guère ajouté au sommet. La com’ d’Emmanuel
Macron a presque fait chou blanc car elle devait arrimer par un coup de
baguette magique des pays d’Asie (Indonésie) et le Brésil, seule l’Inde a
daigné promettre quelque chose en faveur de la fin du conflit, la comparaison scandaleuse
entre Hiroshima et Bakhmut n’a rien arrangé vis-à-vis du Japon déjà placé devant
le fait accompli sur l’arrivée surprise ukrainienne. Cette manie de la com’ ne
masque pas le vide. Ce G7 qui devait concentrer ses tirs contre la Chine a
débouché sur un communiqué très vague. La bataille contre la Chine que les
euro-atlantiques montent contre Pékin est un peu au point mort. Le monde global
empêche, actuellement, les affrontements totaux, favorise des conflictualités
qui font mine d’être bien plus mais dont il ne faudrait pas qu’elles aillent
au-delà. L’exercice devient de plus en plus compliqué avec en ligne de mire la campagne
présidentielle américaine de 2024.
L’utilisation de Zelensky pour illustrer le combat du bien contre
le mal et décider l’Asie à choisir son camp est-elle la bonne voie ? Actuellement,
le G7 rassemble les USA, le Canada, le Japon, le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne,
l’Italie avec en plus l’Union européenne en remplacement…de la Russie ! Un
G7 limité à l’aire euro-atlantique, le Japon étant un cas plus particulier. L’exportation
de la démocratie dans sa version américanisée est difficile, autant que l’idée
de bâtir ex-nihilo des "États-nations" (Irak, Afghanistan) : le cas Ukrainien
est dans cet ordre avec en plus un poids géostratégique de confrontation entre
l’Asie et l’aire euro-atlantique. Au G7 s’ajoute son bras armé, l’OTAN qui
souhaite s’étendre jusqu’à l’Arménie en passant par la Géorgie et l’Ukraine, un
but qui nous amènerait directement dans le chaudron caucasien : les
américains essaient de régler le conflit entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie pour
le Haut-Karabagh mais la Russie, quoique moins présente près d’Erevan a aussi réuni
les acteurs. Derrière cette guerre dans le Caucase s’ouvre aussi la question transcaucasienne
qui opposerait Turquie et Iran. Comme on le voit le long chemin vers Pékin est
parsemé d’embûches et de pays dont les dirigeants d’Asie centrale saisissent
bien que leur vocation ne serait pas d’appartenir à un camp exclusivement mais d’osciller.
Cette attitude là , nous la retrouvons dans l’Asie orientale où la péninsule
arabique procède de cette manière. A l’inverse des euro-atlantiques, la Chine n’a
pas besoin de classer les uns et les autres dans des camps, les réalités, le pragmatisme
et le temps lui conviennent très bien. Je pense aussi que cette fixation américaine
contre la Chine oublie que c’est l’Asie qui prend conscience de sa place
incontournable entrainant avec elle, à terme, l’Afrique et une partie de l’Amérique
latine : l’attraction pour les BRICS le prouve. L’idée américaine de regrouper
les « démocraties » pour abaisser la Chine ne m’apparait pas du tout
adéquat au vu des accords d’apaisement qui se font entre le Vietnam et la
Chine, entre l’inde et la Chine et même entre le Pakistan et l’Inde Entre des Usa
qui veulent garder la première place et une Asie où sont bien des mastodontes
en devenir (économique, financier, technologique, géostratégique, démographique…etc)
qui nécessairement arriveraient aussi à être à égalité et même devant , les
mécaniques en marche ne sont pas les mêmes. L’Asie et l’Afrique qui eurent en
eux les empires coloniaux européens avec leurs cortèges de traités, inégaux,
violents et pour l’Asie ce que devenait un pays asiatique comme le Japon une
fois ingurgitée des maximes américaines : une soif dominatrice d’une
barbarie inouïe qui fait que même aujourd’hui ce pays reste occupé par les USA
a de quoi vous dégouter d’applaudir des deux mains à nos vertus démocratiques.
Ce G7 au Japon en pleine Asie où Zelensky fit l’animation
médiatique pour quelques F-16 sans garantie logistique à l’instar des canons français
Caesar, des chars allemands suscita un commentaire courroucé de Pékin plus pour
la forme que pour le fond. Quittant Hiroshima,, Emmanuel Macron s’envola pour Oulan-Bator
où quelques heures lui suffisaient apparemment pour décoincer la Mongolie entre la Russie
et la Chine…..
Jean Vinatier
Seriatim 2023