Info

Nouvelle adresse Seriatim
@seriatimfr
jeanvin22@gmail.com



Affichage des articles dont le libellé est Savoirs. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Savoirs. Afficher tous les articles

samedi 9 juillet 2022

Federico Chabod (1901-1960), historien européen par Carlo Ginzburg par N°5883 16e année

« Federico Chabod a été l’un des plus grands historiens du XXe siècle. Le qualifier « d’historien européen » semble évident, tant en raison du prestige qui l’a entouré que des sujets qu’il a traités. Beaucoup penseront immédiatement au volume, traduit en de nombreuses langues, qui rassemble (en les fusionnant malencontreusement en un seul texte) les cours universitaires que Chabod a consacrés pendant quinze ans à l’Histoire de l’idée d’Europe. Et pourtant, un examen approfondi de la relation de Chabod avec l’Europe et son histoire recèle sa part d’inattendu. À cet égard aussi, sa figure est exemplaire : non seulement pour ce qu’il a écrit et fait, mais pour ce que sa trajectoire tourmentée peut nous enseigner. 

Au cœur-même de la relation de Chabod avec l’Europe et son histoire se trouve sa relation avec la France : c’est une évidence, bien que des raisons subjectives s’ajoutent aux raisons objectives. Chabod, né à Aoste en 1901, fils d’un notaire issu d’une vieille famille valdôtaine et d’une mère d’Ivrea, parlait italien à la maison mais connaissait parfaitement le français, sa langue paternelle (ainsi que le patois franco-provençal parlé à Valsavarenche1). Federico était l’aîné de trois enfants ; Leonardo, de trois ans son cadet, rejoignit le mouvement fasciste en 1921 et participa à de nombreux actes de violence squadristes. En 1923, il se tua2. Ce suicide fut pour Federico Chabod une blessure indélébile qui explique son extrême réserve, remarquée par tous ceux qui le connaissaient. 

En 1921, Federico Chabod commença à suivre des cours à la faculté des lettres de l’université de Turin. Ceux qui le fréquentaient à cette époque, comme le critique littéraire Mario Fubini, soulignent l’isolement de Chabod dans un milieu dominé par l’extraordinaire personnalité de Piero Gobetti. En réalité, ce dernier avait remarqué l’originalité des études du jeune Chabod sur Le Prince, à qui il avait demandé une monographie sur Machiavel3. En 1924-25, grâce à une bourse, Chabod fréquenta l’Institut des études avancées de Florence où enseignait Gaetano Salvemini, qui l’impressionna profondément par son humanité et son  érudition4. En 1925, Salvemini fut arrêté et condamné pour antifascisme ; amnistié et libéré, il parvint à s’échapper d’Italie en franchissant le col du Petit San Bernard, aidé par Chabod, Natalino Sapegno et Carlo Guido Mor. L’intensité de sa relation avec Salvemini, alors en exil, est attestée par trois lettres que Chabod lui a écrites de Berlin en 1926, exprimant ses sentiments et ceux de ses amis. J’en cite un extrait :

«  Vous êtes loin, nous sommes divisés ; et tout autour ce triste vacarme, auquel on réagit, mais qui ne peut que laisser une triste amertume dans l’âme5 ». 

L’agitation intérieure de cette période apparaît également dans une lettre que Chabod a écrite en 1925 à Natalino Sapegno (également originaire de la Vallée d’Aoste) lorsqu’il a quitté Ferrare, où il avait effectué son premier cours en tant que suppléant  :

 «  S’il y a une chose pour laquelle j’ai regretté de quitter Ferrare, c’est bien d’avoir à te quitter, cher et bon ami. Nous nous connaissons bien, n’est-ce pas ? Chacun de nous sait qu’il peut compter sur l’autre, et qu’il peut lui parler tout simplement, mais en allant en profondeur, très en profondeur.

Il est vrai que pour ce qui est le tourment intime de chacun de nous, l’affection d’autrui ne peut rien, ou presque : non parce qu’il ne sait pas et ne cherche pas, mais parce qu’il ne peut pas, et il doit laisser le tourment s’accomplir  »6

Le 31 juillet 1933, après bien des hésitations, Chabod s’inscrit au parti fasciste. C’est le prix à payer pour pouvoir intégrer le monde universitaire7. »

La suite ci-dessous:

https://legrandcontinent.eu/fr/2022/07/08/federico-chabod-historien-europeen-une-relecture/?mc_cid=e7d460391c&mc_eid=9385cf1978

Jean Vinatier

Seriatim 2022

 

 

dimanche 10 mai 2020

Apprendre au 21e siècle - François Taddei N°4911 14e année

Novembre 2019 

« François Taddei est, entre autre cofondateur (2005) et directeur du CRI (Centre de Recherches Interdisciplinaires) sur les nouvelles manières d'apprendre, d'enseigner, de faire de la recherche et de mobiliser l'intelligence collective dans les domaines des sciences de la vie, des sciences de l'apprendre et du numérique. A l’heure de l’intelligence artificielle et d’enjeux mondiaux qui semblent dépasser notre capacité à les penser. François Taddei plaide pour une (r)évolution de nos savoirs, de notre manière de les enseigner et plus largement pour une remise à plat de nos institutions. Comment faire pour que, dans ce monde en pleine mutation, l’éducation, la recherche s’adaptent suffisamment vite ? Quelle est la place de l’humain dans un monde de machines ? Comment s’appuyer sur la technologie pour développer nos capacités individuelles et notre intelligence collective ? »  
Jean Vinatier 
Seriatim 2020