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mercredi 19 juin 2019

« Leonardo : le jeu du Louvre qui fait fureur » N°4613 13e année


« Mieux que Mario Bros : Leonardo, le jeu du Louvre qui fait fureur ! par Didier Ryckner
« Après le lamentable échec de l’organisation des expositions Vermeer et Valentin (voir les articles), on pouvait espérer que le musée allait tirer les conclusions de la nécessité de développements informatiques performants pour la réservation de l’exposition Léonard. Hélas, et sans grande surprise, les mêmes causes entraînant les mêmes effets, une direction surdimensionnée a abouti à une informatique sous-dimensionnée.
J’ai moi-même essayé de réserver une entrée comme membre de la Société des Amis du Louvre. Des amis fort méritants car très mal traités. Eux aussi doivent passer par là pour espérer la voir. Et le simple touriste, à qui l’on répète depuis quelques semaines qu’il lui faut réserver pour entrer dans le musée faute de quoi il pourrait être interdit de visite, doit lui aussi utiliser ce système délirant alors qu’il était évident dès le départ qu’il fallait distinguer : les visiteurs du Louvre qui ne veulent pas aller à l’exposition Léonard, les Amis du Louvre et les bénéficiaires de la gratuité qui veulent voir l’exposition Léonard, et enfin les visiteurs payants de l’exposition Léonard. Mais encore faudrait-il penser, avant de faire des développements, à un cahier des charges bien conçu.
Même les amis américains du Louvre sont soumis à ces contraintes qui s’apparentent clairement à des brimades quand il s’agit de mécènes étrangers. Voici en effet le mail (ill. 1) qu’ils ont reçu pour les avertir de l’impossibilité d’entrer dans l’exposition sans passer par ce système informatique qui ne fonctionne pas. »

La suite ci-dessous :

Jean Vinatier
Seriatim 2019

lundi 18 juillet 2016

« Pokémon Go : quand l'Empire du Rien contre-attaque par F.X Ajavon » N°4218 10e année



« Le lancement du nouveau jeu géolocalisé de Nintendo connaît une ampleur planétaire. Pour François-Xavier Ajavon, quand des gens se mettent à chasser frénétiquement des Pokémon virtuels, une réalité s'impose : le Rien a triomphé.

A quelques encablures du chassé-croisé des juilletistes et des aoûtiens, en pleine torpeur estivale, tandis que les français dilapident leurs congés payés sur des plages surpeuplées pleines de touristes allemands en short, alors qu'un ennui palpable gagne toutes les rédactions, une information de premier plan est tombée sur les télescripteurs du monde entier: l'humain vient enfin d'accéder à un plein accomplissement intellectuel grâce à un jeu: Pokémon Go. A l'heure où j'écris ces lignes seuls le Pape François, Elvis Presley et Michel Rocard ne se sont pas encore exprimés sur cette révolution dans la mutation de l'humain, créature animale déjà élaborée, vers encore plus de sophistication. La plupart de ceux qui ont une certaine mémoire des choses de la vie se souviennent de la précédente vague de Pokémon-mania qui avait envahi les cours de récréation hexagonale ; cette résurgence ne peut que nous rappeler les heures les plus sombres de notre Histoire. Alors de quoi s'agit-il? D'une application ludique développée par Nintendo pour les Smartphones, exploitant leurs capacités de géolocalisation et leurs caméras intégrées, permettant d'incruster les Pokémons dans l'environnement des joueurs. Le but est, comme à l'époque de leur lancement il y a 20 ans, sous Alain Juppé, de les capturer et de les dresser. Au fil de leurs déambulations dans la ville, téléphones en mains, les joueurs se livrent donc à une «chasse» aux Pokémons virtuels. Il n'en fallait pas moins pour que des titres terrifiants surgissent dans la presse, avec des mots du type: «engouement planétaire», «folie», «buzz», «fureur», «frénésie», l'action Nintendo «s'envole» et bien entendu l'imparable «phénomène de société»… On a demandé leur avis à des psychologues, des sociologues, des experts de toute sorte. Hollywood songe à faire un film sur le sujet. Et naturellement on a tiré le signal d'alarme sur les périls auxquels s'exposent les joueurs, on a fait jouer le principe de précaution… A l'instar de la pratique de la perche à selfies, la chasse aux Pokémon n'est pas sans risque: elle peut en effet entraîner les participants le long de routes ou de voies ferrées, et la presse américaine signale déjà des cas de blessés. La radio-télévision belge a solennellement mis en garde la population du royaume au sujet des risques que présente la traque des Pokémons en voiture. Les autorités françaises n'ont pas tardé à se saisir officiellement du dossier ; face au risque de bousculade, de mouvement de foule, d'émeute, de Nuit debout ou de tout autre débordement, un rassemblement qui devait regrouper plus de 3000 personnes au Jardin du Luxembourg a été interdit par la Préfecture de Police de Paris. Et comme le moderne vit dans une société sans Histoire, plusieurs points de rencontre de chasseurs de Pokémons se sont trouvés dans le mémorial de l'Holocauste, à Washington. «Il est inapproprié de jouer à Pokémon GO dans ce musée, qui est un mémorial aux victimes du nazisme», a déclaré l'un des responsables des lieux. Des zombies, portables en mains, arpentent - le regard hébété - musées, lieux de culte, et hôpitaux. On sait encore peu de choses de leur vie intérieure. On ne sait pas vraiment s'ils sont heureux. L'histoire dira s'ils finiront eux-mêmes par devenir aussi virtuels que le monde qu'ils adulent. Ils auront, quoi qu'il en soit, occupé leur temps. Un bel exercice pour l'examen d'entrée à l'ENA serait de faire écrire aux futurs élèves une note expliquant ce prodigieux progrès de l'humanité - l'un des plus décisifs après le moteur à explosion et le Gin tonic - au Préfet Poubelle par exemple, ou à un quelconque type né au XIX ème siècle.
Résumons la situation: la fin de l'Euro de football a laissé un tel vide que l'actualité s'en trouve ainsi dominée par Emmanuel Macron, Jean-Marc Morandini, le coiffeur de François Hollande et les Pokémons. (Quatre noms désignant d'ailleurs la même chose: le grand Rien). C'est triste. Vivement le siècle prochain. »

Source :


Jean Vinatier
Seriatim 2016