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mercredi 11 décembre 2019

12 décembre : Algérie/Royaume-Uni : le jour des peuples ? N°4760 13e année


Demain en Méditerranée et en bordure de La Manche, deux peuples auront entre leurs mains une arme démocratique redoutable : la leur.
En Algérie, les longs, réguliers et puissants défilés de centaines de milliers d’algériens contre le vote à l’élection présidentielle organisée par le général  Ahmed Gaïd Salahqui qui contraignit le Président Bouteflika à ne pas se représenter verront-ils le succès ? Les intimidations, les arrestations se multiplient contre les ténors protestataires.  Si les Algériens confirment leur opposition à ce scrutin, le pays aborderait une page tout à fait neuve de leur jeune histoire. Quelqu’un disait que si l’Algérie était un Etat, elle n’était pas une nation : peu importe l’avis sur cette affirmation car force est de relever, dès à présent, que l’enthousiasme du peuple algérien (avec les Berbères) à descendre pacifiquement dans les rues est déjà un signe d’une mise en marche ou mouvement considérable : « On est tous berbères. Il n’y a pas d’Arabes. Les Arabes, ils sont dans les pays du Golfe »1.
Le gros problème est l’absence d’alternative  politique à l’actuel régime cornaquée par une élite de généraux. Les champions d’une colère ne font pas un programme politique. Imaginons que demain, la faiblesse de la participation soit telle que le pouvoir ou invalide la consultation ou bien que son élu que se passera-t-il ? L’exécutif procédera-t-il comme actuellement au Liban ?

Au Royaume-Uni, les électeurs ballotés et fatigués par les trois années post-référendaires sur le choix de leur sortie ou non de l’Union européenne, s’inclineront-ils de guerre lasse ou bien confirmeront-ils leur vote de 2016 ? La presse française se plut à insister sur le chant du cygne du Brexit Party de Nigel Farrage oubliant l’accord tacite entre lui et Boris Johnson afin que ce dernier emporte le maximum de sièges le soir du 12 décembre. Le parti conservateur, à l’avantage sur le parti travailliste de compter sur une unité, un élément certainement décisif. Pour l’heure les sondages accorderaient la victoire du parti conservateur mais sans que l’on soit certain de l’ampleur du vote lequel soit entérinera le Brexit en janvier 2020 soit prolongera la guérilla parlementaire avec à la clef un second référendum.

Le point commun entre les deux scrutins est l’engagement politique des peuples dans leur histoire respective : pour l’Algérie tourner une première page de son histoire et débuter une berbérité ? L’Algérie qui résista aux fondamentalistes musulmans dans les années 90 saura-t-elle s’affranchir d’un pouvoir capté disposant de la violence et de l’argent situé à des années lumières de l’idéal de l’indépendance? Pour le Royaume-Uni, le choix est autre. Churchill affirmait que toujours Londres opterait pour le grand large de l’Atlantique mais l’on sait depuis l’excellent ouvrage de Rémy Duthille sur Le Discours radical (1768-1789)2 que deux visions radicales sur fond de conception du parlementarisme vivent sur le sol du Royaume-Uni :
« A la fois Anglais et citoyens du monde, les radicaux prétendent concilier patriotisme et universalisme: fidélité à une tradition nationale et défense d’idéaux universels.»

En dépit du peu d’importance que nos médias nous donnent sur les secouements du monde depuis Hong-Kong jusqu’au Chili en passant par la France qui envoya le signal Jaune même si les Français peinent à avoir une vue panoramique de la situation, les scrutins du 12 décembre apporteront, quel que soit le résultat, une poudre et une mèche supplémentaires.

Sources :
« Cette tension constitutive imprègne leur conception de l’identité nationale britannique et leurs rapports avec les réformateurs écossais et les révolutionnaires américains, puis français. Rémy Duthille démontre que la cohérence du discours radical britannique résulte de la tension entre deux traditions philosophiques convoquées conjointement: le droit naturel hérité de Locke et le constitutionnalisme anglais. Plutôt que d’intégrer les radicaux à un seul courant de pensée, Rémy Duthille analyse le caractère rhétorique et polémique du discours radical dans sa diversité, en montrant comment ces réformateurs transforment les discours et idées de leur temps en armes au service de leur combat politique. »


Jean Vinatier
Seriatim 2019

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