Info

Nouvelle adresse Seriatim
http://www.seriatim.fr

mardi 4 novembre 2008

Louise Labé : « Ô beaux yeux bruns…. » N°325 - 2eme année

Un peu de poésie pour respirer parmi cette « Obomania » poussée jusqu’à l’absurde, hors de toute raison froide !
Louise Labé (1524-1566) est une poétesse lyonnaise comme Pernette du Guillet (1520-1545). Elle est l’épouse d’une riche marchand disposant d’une belle demeure prés de la future place Bellecour (bella curtis= beau jardin).
Ses 24 sonnets la rendirent célèbres, ils étaient adressés à son amoureux, le poète Olivier de Magny (1529-1561) lequel lui adressa par vers interposés, ses
« Souspirs ».
Sa véhémence amoureuse impudique, rare à cette époque, lui valurent les blâmes et les injures mais son œuvre, heureusement, survécut.
Ci-dessous deux sonnets:

« Sonnet I

Ô beaux yeux bruns, ô regards détournés,
Ô chauds soupirs, ô larmes épandues,
Ô noires nuits vainement attednues,
Ô jours luisants vainement retournés ;

Ô tristes plaintes, ô désirs obstinés,
Ô temps perdus, ô peines dépendues,
Ô mille morts en mille rets tendues,
Ô pire maux contre moi destinés ;

Ô ris, ô front, cheveux, bras, mains et doigts ;
Ô luth plaintif, viole, archet et voix ;
Tant de flambeaux pour ardre une femelle !

De toi me plains, que, tant de feux portant,
En tant d’endroits d’iceux mon cœur tâtant,
N’en est sur toi volé quelque étincelle.

Sonnet XIII

Tant que mes yeux pourront larmes épandre
A l’heur passé avec toi regretter :
Et qu’aux sanglots et soupirs résister
Pourra ma voix, et un peu faire entendre :

Tant que ma main pourra les cordes tendre
Du mignard Luth, pour tes grâces chanter :
Tant que l’esprit se voudra contenter
De ne vouloir rien fors que toi comprendre :

Je ne souhaite encore point mourir.
Mais quand mes yeux je sentirai tarir,
Ma voix cassée, et ma main impuissante,

Et mon esprit en ce mortel séjour
Ne pouvant plus montrer signe d’amante :
Prierai la Mort noircir mon plus clair jour.

Louise Labé »¹



Jean Vinatier
©SERIATIM 2008

Commentaires : Si vous n’avez pas de compte Gmail, et pour éviter le noreply-comment veuillez envoyer vos commentaires à :
jv3@free.fr


Source :

1-in Œuvres complètes, François Rigolot (éd.), Paris, GF, 2004.

Aucun commentaire: