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jeudi 13 novembre 2008

Mellin de Saint-Gelais : « Ode faite au nom d’une demoiselle » N°333 - 2eme année

Médecin, astrologue, musicien, poète Mellin de Saint-Gelais (v1490-1558) est né dans une famille noble de l’Angoumois : son père naturel serait Octavien de Saint-Gelais, futur évêque d’Angoulême !
De son long séjour en Italie où il accomplit de solides études, il revint poète et avec le sonnet.
L’ami de Clément Marot avait l’art pour tourner un compliment, improviser de petits vers, faire des épigrammes, des chansons afin de briller à la cour des Valois sous François Ier et Henri II dont il fut l’aumônier.
Le prestige de Ronsard et des poètes de la Pléiade jettera un voile malheureux sur son œuvre poétique exquise, douce, galante. Ainsi dans ce huitain :

« Dites oui, ma Dame et ma maîtresse,
Pour alléger ma languissante vie
Jusqu’au jour propice de mon envie ;
Puis, s’il vous plaît, manquez-moi de promesse.
J’aime trop mieux servir une traîtresse
Disant oui plein de vive espérance,
Que de tomber en fâcheuse tristesse
Par un nenni voisin de jouissance. »

Et dans cette ode :


« Ô combien est heureuse
La peine de celer
Une flamme amoureuse
Qui deux cœurs fait brûler,
Quand chacun d’eux s’attend
D’être bientôt content.
________
Las on veut que je taise
Mon apparent désir,
Et feigne qu’il me plaise
Nouvel ami choisir :
Mais forte affection
N’endure fiction.
______
Votre amour froide et lente
Vous rend sage et discret :
La mienne violente
N’entend pas ce secret :
Amour nulle saison
N’est ami de raison.
_____
Si mon feu sans fumée
Est violent et chaud,
Étant de vous aimée
Du reste il ne me chaut :
Soit mon mal vu de tous,
Et seul senti de vous.
_____
Si femme en ma présence
Autre vous entretient,
Amour veut que je pense
Que cela m’appartient :
Car lui et longue foi
Vous doivent tout à moi.
_____
Que me sert que je soie
Avecques Prince ou Roi,
Et qu’ailleurs je vous voie
Sans approcher de moi ?
La peur du changement
Me cause grand tourment.
_____
Quand par bonne Fortune
Serez mien de tout point,
Lors parlez à chacune,
Je ne m’en plaindrai point :
Je vous pri’ cependant
N’être ailleurs prétendant.
_____
Pensez-vous que la vue
Soit assez entre amis,
Ne me voyant pourvue
De ce qu’on m’a promis ?
C’est trop peu que des yeux,
Amour veut avoir mieux.
_____
De vous seul je confesse
Que mon cœur est transi,
Si j’étais grand Princesse,
Je dirais tout ainsi :
Si le vôtre ainsi fait,
Montrez-le par effet.

Mellin de Saint Gelais »

Jean Vinatier

©SERIATIM 2008

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Source
:

Oeuvres complètes de Melin de Sainct-Gelays avec un commentaire inédit de B. de La Monnoye ; des remarques de MM. Emm. Philippes-Beaulieux, R. Dezeimeris, etc. ; Édition revue, annotée et publiée par Prosper Blanchemain, Paris, ed.Pierre Daffis, 3 vol., 1873

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