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vendredi 15 février 2013

« Archives nationales, site de Paris-La fermeture de la salle des inventaires du CARAN : une catastrophe archivistique ! » N°1370 6e année

Je relaie la pétition de la CGT Archives de France et vous invite à la signer  !
« Une découverte désolante
Le matin du 7 janvier 2013, les lecteurs des Archives nationales ont trouvé porte close là où s’ouvrait avant les vacances de Noël la salle des inventaires du Caran. Fermée, dissoute, la salle des inventaires du Caran a disparu. Les lecteurs sont désormais invités à consulter, à l’étage supérieur, en salle de lecture, les quelques instruments de recherche que la Direction des publics des Archives nationales a jugés utiles de conserver.
Alors que cette salle des inventaires a toujours été un modèle, un lieu unique en France où étaient rassemblés les inventaires des Archives nationales, des archives de la Défense et des Affaires étrangères mais aussi des Archives départementales et communales, comment a-t-on pu, sans consulter lecteurs et personnels, sans vouloir écouter leurs avis d’utilisateurs éclairés, fermer cette salle et restreindre drastiquement l’offre scientifique offerte aux usagers des Archives nationales ?
Un peu d’histoire...
Les manuels d’archivistique de l’ancienne Direction des Archives de France, de celui de 1970 au plus récent intitulé La Pratique Archivistique française édité en 1993, n’ont pourtant eu de cesse de prôner l’avènement d’une « salle des Inventaires » distincte de la salle de lecture.
« Dès que le volume des instruments de recherche devient important, il n’est plus possible de se contenter de rayonnages ou de fichiers en salle de lecture. Il convient alors d’aménager soit une salle annexe ouvrant sur la salle principale, soit une salle autonome disposant de son propre personnel » (La Pratique Archivistique Française, p. 380, 1993).
C’est ainsi que les Archives nationales étaient citées en exemple : « la conception d’une salle générale des inventaires, plus ou moins diffuse tout au long du XIXe siècle, fut une première fois expérimentée en 1902… ».« Dans le grand cabinet du prince de Soubise, furent rassemblés tous les inventaires à la disposition des lecteurs » (Manuel d’archivistique, p. 301, 1970). Abandonnée en 1929, cette organisation en deux salles fut reprise par André Chamson, directeur général des Archives de France et aboutit à l’ouverture en décembre 1964 d’une salle des inventaires, rassemblant tous les inventaires des Archives nationales mais aussi ceux des Archives départementales, communales et hospitalières.
Mais c’est l’ouverture du Caran en 1988 qui permet la réalisation de cette super salle des inventaires, unique en France, ainsi que le vante alors le Ministère de la Culture : « tous les instruments de recherche imprimés ou non, existant, non seulement aux Archives nationales mais dans les services publics d’archives en France, seront à la libre disposition des chercheurs dans une vaste salle d’inventaires » (Culture et recherche, supplément de la Lettre d’information du ministère de la Culture et de la Communication n°15, mai 1988).
En 2008, la plaquette réalisée par la direction des Archives nationales Caran 20ème anniversaire célèbre encore « la salle des inventaires abritant non seulement les instruments de recherche des Archives nationales mais aussi une collection très complète d’inventaires des autres services d’archives publics français, voire des services d’archives étrangers ».
La salle des inventaires du CARAN de 1988 à 2012, était composée de 375 mètres linéaires d’inventaires, dont la moitié environ (188 ml) était constituée par les instruments de recherche des Archives départementales et communales. Sur ces 375 ml, il y avait aussi 45 ml d’inventaires des Archives nationales des XIXe et XXe siècles, 16 ml d’instruments des recherche du Ministère des Affaires étrangères et de la Défense, 25 ml d’instruments de recherche de Fontainebleau, 13 ml d’inventaires d’Aix et Roubaix.... Voici ce que conseillait il y a un peu plus d’un an une historienne aux étudiants commençant une recherche aux Archives nationales : « La salle des inventaires est à explorer absolument de fond en comble… La salle des inventaires contient plus de 2 000 instruments de recherche : il ne faut pas hésiter à prendre le temps de circuler dans cette salle pour étudier ce que contiennent les rayonnages. On peut commencer ce travail à distance, grâce aux nombreux instruments de recherche disponibles en ligne ... cependant certains existent seulement en version papier, c’est pourquoi cette recherche en ligne ne peut se substituer à une recherche sur place. De plus, il importe de ne pas négliger les instruments de recherche anciens. Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, les inventaires anciens ne sont pas forcément moins intéressants : pour certains fonds, un inventaire de la fin du XIXe siècle s’avèrera plus détaillé qu’un inventaire récent. Encore une fois, il est donc indispensable d’observer tout ce qui est disponible sur les rayonnages correspondant aux séries que vous projetez de consulter... » Site Devenir historien-ne
Depuis le 7 janvier 2013, on ne trouve plus dans la salle du public du CARAN que les instruments de recherche correspondant aux seuls départements du Moyen–Age et de l’Ancien Régime et du Minutier central... Suite aux très nombreuses plaintes des lecteurs et du personnel, les fameux « classeurs marron » des états numériques des études de notaires, jugés au départ trop ringards et tellement moins modernes que la base Etamin, ont finalement intégré la salle de lecture. Mais certains fichiers des insinuations du Châtelet sont toujours absents … Pour le reste, seules trois étagères (2,5 ml) accueillent les guides des Archives départementales ; les inventaires des fonds de Pierrefitte-sur-Seine, autrefois à Paris (y compris ceux comportant des archives de l'Ancien Régime, dans les séries F ou dans les archives privées) sont réduits au minimum... Rien pour les archives d’Aix, de Roubaix, de Fontainebleau, de la Défense, des Affaires étrangères ...
Mais alors la vraie salle des inventaires serait-elle à Pierrefitte-sur-Seine ?
Certes, elle existe sur le plan architectural, située à côté de la salle de lecture mais elle n’a d’inventaires que le nom. Car d’inventaires, elle n’en a que très peu : les inventaires des archives départementales et communales sont absents, ceux portant sur les fonds conservés à Paris sont portion congrue, à part quelques doublons arrivés là sans aucune logique d’ensemble !
 Mais alors c’est sûrement parce que maintenant la salle des inventaires est virtuelle ?
Serait-ce l’explication ? C’est ce que l’on voudrait nous faire croire ... mais seule une partie des instruments de recherche a été numérisée. De plus, cette future partie virtuelle de la salle des inventaires ne sera à disposition des lecteurs qu’en juillet 2013 (au mieux). Enfin, de notre point de vue, dans tous les cas de figure, il faut disposer de deux versions d’un même instrument de recherche, numérique et papier, et ce pour plusieurs raisons : parce que le lectorat n’est pas toujours familier des nouvelles technologies ; parce qu’il faut avoir une solution de recours en cas de panne électrique, informatique ; parce qu’on ne recherche pas de la même façon dans un ouvrage papier, sur des fiches cartonnées, dans une base de données ou sur une page d’ordinateur : plusieurs versions permettent différentes approches. Tout archiviste, tout lecteur le sait bien. Il faut bien peu connaître le métier d’archiviste et la pratique des chercheurs, du public, pour raisonner autrement !
C’est donc une brutale  régression dans l’offre scientifique pour le public : depuis janvier 2013, le 7 janvier pour Paris, le 21 janvier pour Pierrefitte-sur-Seine, le public dispose de moins d’informations à disposition pour mener à bien sa recherche. C’est une dégradation des conditions de travail des chercheurs et des présidents de salle à Paris. L’accueil personnalisé des lecteurs, sous la forme d’un bureau spécifique au rez-de-chaussée du Caran avait déjà disparu, malheureusement, il y a quelques années, faute d'effectifs. C'est maintenant l'accueil des lecteurs dans une salle dédiée à la recherche des cotes, qui est supprimé. Autrefois, l’archiviste pouvait prendre le temps d’orienter le lecteur, de le guider physiquement jusqu’aux rayonnages, ensemble ils pouvaient faire le tour d’un objet de recherche sans se limiter dans l’espace et le temps, en préparant les recherches à venir dans les Archives nationales, départementales, à la Défense, aux Affaires étrangères... Aujourd’hui, le lecteur et l’archiviste doivent parler à voix basse en salle de lecture. Aucun dialogue sérieux n’est possible. Où est dans ces conditions l’aide à la recherche, qui est un des critères du métier d’archiviste ? Et, à Paris comme à Pierrefitte-sur-Seine, la recherche tourne court, très vite, faute d’instruments de recherche pour la mener à bien.
Pourquoi un tel gâchis ? La raison essentielle est le manque d’effectifs : la suppression de la salle des inventaires a permis de supprimer un poste de travail. Est-ce cela la « refondation » des Archives nationales ? Une salle des inventaires fermée à clef, remplie d’instruments de recherche qui ne sont plus à disposition, vide de lecteurs et qui s’empoussière de jour en jour ? C’est un véritable démantèlement des Archives nationales que ni le public ni le personnel ne peuvent accepter.
 
Paris, le 25 janvier 2012
 
Nous, personnels des Archives, lecteurs, historiens, chercheurs, généalogistes, élus, citoyens, refusons cette régression et ce démantèlement du service du public des Archives nationales.
C’est pourquoi nous exigeons :
-        la remise sur pied dans les meilleurs délais de la salle des inventaires des Archives nationales de Paris au 1er étage du CARAN ;
-        une offre égale en instruments de recherche sur les trois sites des Archives nationales, avec les moyens matériels et humains pour leur bon fonctionnement.
Par conséquent, égalité de traitement des chercheurs et citoyens dans leur droit à la recherche archivistique !

Paris, le 25 janvier 2012

 

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Pétition  à retourner à : CGT Archives de France, 56, rue des Francs-Bourgeois, 75003 Paris
tél 01 40 27 63 33 fax 01 40 27 63 66  courriel cgt.archives@culture.gouv.fr
Jean Vinatier
SERIATIM 2013
Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Angola, Arabie Saoudite, Argentine, Arménie, Australie, Bahamas, Bangladesh, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzégovine, Brésil, Burkina Faso, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Costa-Rica, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Equateur, Ethiopie, Ghana, Gabon, Gambie, Géorgie, Guatemala, Guinée, Guinée, Haïti, Honduras, Inde, Indonésie, Irak, Iran, Islande, Israël, Jamaïque, Jordanie, Kazakhstan, Kenya, Laos, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Malawi, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Niger, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Philippines, Qatar, République Centrafricaine, République Dominicaine, Russie, Rwanda, San Salvador, Saint-Marin, Sénégal, Serbie, Singapour, Slovénie, Somalie, Suisse, Syrie, Taiwan, Thaïlande, Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM, Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Saint-Pierre–Et-Miquelon), Ukraine, Uruguay, Vatican, Venezuela, Vietnam, Yémen

mercredi 13 février 2013

Sarkozy 2017, sur l'air de la "carlatine" ? N°1369 6e année

Depuis quelques jours, la petite musique autour d’une possible candidature de Nicolas Sarkozy pour les élections de 2017 se fait entendre et nous sommes au début de 2013 ! Bruits dans la cour de la Cour ? Pour l’UMP, hors Sarkozy point de salut ? Tout homme politique ayant occupé les plus hautes fonctions estime naturel d’étudier un retour. Il est assez piquant que l’exemple de Napoléon ayant été ce qu’il fut, nos politiques pensent tout de même le copier. Il est exact qu’un seul homme a réussi non seulement à revenir aux affaires et à bâtir une République de son ambition, ce fut le Général de Gaulle. Donc entre l’homme de Brumaire et celui du 18 juin, l’homme politique balance et se regardant de profil  oubliant sa taille de grenouille il s’imagine bœuf.
Il est assez triste que les adhérents d’un parti, l’UMP, ne sachent pas opter pour un autre choix que celui qui les a conduits à la défaite, laissant, de plus, la France dans un état peu reluisant. Bruno Le Maire a pris l’habitude de commenter Des hommes d’Etat côtoyés, Chirac, Villepin (Chroniques de ses années à Matignon) puis Sarkozy, de les pourfendre, ensuite, une fois charges et honneurs en bandoulière, évoque, dans son dernier ouvrage, Jours de pouvoir, la présidence Sarkozy qui devrait désabuser les plus laudateurs. Cet ébahissement gagne malheureusement les plus hauts degrés de l’UMP ainsi Alain Juppé y va de son couplet : est-ce étonnant ? On se souvient qu’au moment du duel Copé-Fillon, les appels désespérés au prédécesseur de François Hollande se répondaient les uns aux autres sans diminuer en aucune manière la hargne des deux concurrents.
Le poids des disputes et des espérances des uns, des autres se joue alors que le ciel extérieur s’assombrit à bonne vitesse…A gauche, les querelles sont pour l'heure, en phase de répétition..
Nicolas Sarkozy escompterait dit-on un poste otanien : serait-il le premier à revenir « au pays » dans des fourguons hors de France ?
Jean Vinatier
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Obama maître du monde marchand... N°1368 6e année

Le discours de l’Union prononcé par le Président Barack Obama souligne l’ambition mondiale des Etats-Unis. Après la mise en place d’une zone de libre-échange dans la zone pacifique et pour laquelle le Japon de Shinzō Abe fait attendre sa signature au grand agacement du César du Potomac qui refuse donc de le recevoir, arrive celle d’Atlantique qui devrait amarrer l’Union européenne aux Etats-Unis ; à cette espérance s’ajouterait inévitablement la création d’une entité politico-administrative des deux côtés de l’Atlantique. D’un seul coup d’un seul, les Etats-Unis prétendraient n’être plus que la seule puissance politique disposant de la monnaie la plus admise, de l’outil militaire le plus puissant et des avances technologiques les plus fortes, irrigueraient tous les flux marchands d’Est en Ouest, en attendant d’établir les mêmes principes dans l’Océan Indien.
Dans ces conditions est-il si étonnant que Washington exige de Londres de rester dans l’Union européenne et de ne pas désapprouver dans le même temps une éventuelle indépendance écossaise? Non.
Le Congrès américain a donc raisonné d’applaudissements d’élus ne doutant de rien.
Jean Vinatier
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lundi 11 février 2013

Benoit XVI l’abdication…N°1367 6e année

L’année 2013 commence par des abdications, après celle de la Reine Beatrix des Pays Bas, c’est le Saint Père lui-même qui nous annonce urbi et orbi son retrait. Un coup de tonnerre qui retentit et dont le second coup pourrait être qu’à l’issue du conclave de la mi-mars surgisse un Pape, d’Asie, d’Afrique ou d’Amérique latine voire même de la Nord Amérique. Le catholicisme s’il s’affaiblit en Europe conquiert des hommes sur tous les autres continents. Le catholicisme  ne suscite plus la foi chez nous ne laissant se déverser que les voix de celles et de ceux qui le maudissent au point de ne pas se choquer de l’expansion d’autres religions, de s’en réjouir parfois. Cette désaffection bien située géographiquement n’empêche pas les encycliques papales, trop souvent négligées, d’offrir des analyses  d’une haute qualité qui surpassent largement bien des expertises convenues, conformistes issues de tel ou tel think-tank ou de je ne sais quel collège d’experts. L’Eglise a toujours sur voir le monde même si elle ne parvient plus à l’influer.
Que gardera-t-on du court pontificat de Benoit XVI ? Théologien, maître à penser de son prédécesseur Jean-Paul II, intellectuel dédaignant toute médiatisation : il ne suscitera donc pas l’enthousiasme des foules. Plus heureux parmi les ouvrages d’érudition, les archives et enclin aux grandes conversations spirituelles entre sages, catholiques ou non, que sur une estrade à se faire adorer comme eut la faiblesse de succomber le pape polonais. Moins politique que son prédécesseur, son nom de règne pourtant faisait, cependant, référence à Benoît le père de l’Europe mais sans doute envisageait-il cette politique plus comme pensée que comme action. Il est donc assez difficile de saisir le portrait du Saint-Père et très aisé de le caricaturer puisque tout est intériorisé. Souverain pontife de passage ou bien Chef d’une Eglise étouffé par les lourdeurs du monde extérieur ? On ne le saura qu’après les règnes de ses successeurs.
Des voix se font déjà entendre pour nous suggérer que Benoit XVI aurait été incité à se démettre. N’a-t-on pas dit que Jean-Paul Ier avait été empoisonné en 1978. Il faut savoir admettre un fait : Jeanne d’Arc a brûlé à Rouen et pourtant bien des Jeanne surgirent ensuite, tout comme les Louis XVII qui prospérèrent (seulement) sous la Restauration.
Le film de Nino Moretti, Habemus Papam, était donc en quelque sorte prémonitoire et il n’y avait donc qu’un Italien pour se hasarder sur cette voie avec  le très bon acteur Michel Piccoli en Pape malgré lui….Ce sera qui sait le surnom de Benoit XVI, le malgré lui…
Jean Vinatier
Copyright©SERIATIM 2013
Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Angola, Arabie Saoudite, Argentine, Arménie, Australie, Bahamas, Bangladesh, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzégovine, Brésil, Burkina Faso, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Costa-Rica, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Equateur, Ethiopie, Ghana, Gabon, Gambie, Géorgie, Guatemala, Guinée, Guinée, Haïti, Honduras, Inde, Indonésie, Irak, Iran, Islande, Israël, Jamaïque, Jordanie, Kazakhstan, Kenya, Laos, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Malawi, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Niger, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Philippines, Qatar, République Centrafricaine, République Dominicaine, Russie, Rwanda, San Salvador, Saint-Marin, Sénégal, Serbie, Singapour, Slovénie, Somalie, Suisse, Syrie, Taiwan, Thaïlande, Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM, Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Saint-Pierre–Et-Miquelon), Ukraine, Uruguay, Vatican, Venezuela, Vietnam, Yémen
 

dimanche 10 février 2013

« Le plus grand danger : l’Etat » par José Ortega y Gasset N°1367 6e année

Ci-dessous un chapitre, le numéro XIII, du célèbre ouvrage du philosophe espagnol, José Ortega y Gasset (1883-1955), La révolte des masses, édité pour la première fois en 1929.
Son discours analytique de l’homme européen des années d’après la première guerre mondiale, est tout à fait laudateur de l’Etat libéral et tout à fait critique de l’Etat protecteur, fera sursauter. Mais il y a, je le pense, dans cet ouvrage et ce chapitre des observations, des arguments et des rappels historiques instructifs, toujours actuels et l’auteur, qui n'est pas un libertarien, nous réunira sur le constat qu’il n’y a plus d’authentique philosophie !
« Dans une bonne ordonnance des choses politiques, la masse est ce qui n’agit pas par soi-même. Sa « mission »  est de ne pas agir. Elle est venue au monde pour être dirigée, influencée, représentée, organisée –même quand le but proposé est qu’elle ne cesse d’être masse, ou du moins aspire à ne plus l’être-. Mais elle n’est pas venue au monde pour faire tout cela par elle-même. Elle doit régler sa vie sur cette instance supérieure que constituent les minorités d’élite. On discutera autant qu’on voudra sur l’excellence des hommes excellents ; mais que sans eux l’humanité dans ce qu’elle a de plus essentiel n’existerait pas c’est un fait sur lequel il convient de n’avoir aucun doute, bien que l’Europe ait passé tout un siècle, la tête sous l’aile, à la façon des autruches, s’efforçant  de ne pas voir une chose d’une si lumineuse évidences. Car il ne s’agit pas d’une opinion fondée sur des faits, plus ou moins fréquents et probables, mais d’une loi de la « physique » sociale, beaucoup plus immuable que les lois de physique de Newton. Le jour où l’Europe sera de nouveau gouvernée par une authentique philosophie1, - seule chose qui puisse la sauver- on se rendra compte de nouveau que l’homme est –qu’il le veuille ou non- un être que sa propre constitution force à rechercher une instance supérieure. S’il parvient par lui-même à la trouver, c’est qu’il est un homme d’élite ; sinon, c’est qu’il est son homme-masse et qu’il a besoin de la recevoir de l’homme d’élite.
La masse en voulant agir par elle-même, se révolte donc contre son propre destin. Or, c’est ce qu’elle fait aujourd’hui ; je puis donc parler de révolte des masses. Car la seule chose que l’on puisse en substance appeler véritablement révolte est celle qui consiste pour chacun à ne pas accepter son destin, à s’insurger contre soi-même. En fait, la révolte de l’archange Lucifer n’en aurait pas moins été une, si au lieu de s’obstiner à vouloir être Dieu – ce qui n’était pas son destin- il s’était mis en tête de vouloir être le plus infime des anges – ce qui n’était pas non plus son destin. (Si Lucifer avait été russe, comme Tolstoï, il aurait sans doute préféré ce dernier type de révolte, qui ne va pas moins contre Dieu que la révolte légendaire.)
Quand la masse agit par elle-même, elle ne le fait que d’une seule manière – elle n’en connaît point d’autre. Elle lynche. Ce n’est pas par un pur hasard que la loi de Lynch est américaine : l’américaine est en quelque sorte le paradis des masses. Nous ne pouvons donc plus nous étonner que de nos jours, lorsque les masses triomphent, la violence triomphe aussi et qu’on en fasse la seule ratio, l’unique doctrine. Il y a déjà bien longtemps que je faisais remarquer ce progrès de la violence en tant que norme. Aujourd’hui, elle a atteint le point extrême de son développement (1929) ; et c’est un bon symptôme, car cela signifie qu’automatiquement, sa régression va commencer. La violence est devenue la rhétorique de notre temps. Les rhéteurs, les cerveaux vides, s’en emparent. Quand une réalité a accompli son histoire, a fait naufrage, est morte, les vagues la rejettent sur les rivages de la rhétorique, où, cadavre, elle subsiste longuement. La rhétorique est le cimetière es réalités humaines ; tout au moins son hôpital d’invalides. Le nom survit seul à la chose ; et ce nom, bien qu’il ne soit qu’un nom, est en fin de compte un nom, c’est-à-dire qu’il conserve quelque reste de son pouvoir magique.
Il n’est donc pas impossible que le prestige de la violence, en tant que norme cyniquement établie, ait commencé à décroître. Néanmoins, nous continuerons de vivre sous son empire, bien qu’en une autre forme.
Je fais allusion, au plus grand danger qui menace aujourd’hui la civilisation européenne. Comme tous les autres dangers qui la menacent, celui-ci lui doit sa naissance. Encore mieux, il constitue une de ses gloires ; c’est l’Etat contemporain. Nous trouvons ici une réplique à ce que nous avons dit au chapitre précédent sur la science (La barbarie du « spécialisme ») : la fécondité de ses principes l’entraîne vers un progrès fabuleux ; mais celui-ci impose inexorablement la spécialisation et la spécialisation à son tour menace d’étouffer la science.
Il en va de même pour l’Etat.
Qu’on se souvienne de ce qu’était l’Etat à la fin du XVIIIe siècle dans toutes les nations européennes. Bien peu de chose ! Le premier capitalisme et ses organisations industrielles, où, pour la première fois, triomphe la technique, la technique nouvelle, rationnelle, avaient produit un élargissement de la société. Une nouvelle classe sociale apparut ; plus puissante en nombre et en force que les précédentes : la bourgeoisie. Cette entreprenante bourgeoisie possédait, avant tout et surtout une chose : le talent, le talent pratique. Elle savait organiser, discipliner, persévérer dans ses efforts et les coordonner. Au milieu d’elle, comme sur un océan, flottait aventureusement le « navire de l’Etat ». Le « navire de l’Etat » est une métaphore réinventée par la bourgeoisie, qui se sentait elle-même océanique, omnipotente et grosse de tourmentes. Ce navire était une chose de rien, ou guère plus. C’est à peine s’il avait des soldats, des bureaucrates, de l’argent. Il avait été fabriqué au moyen-âge par une classe d’hommes très différents des bourgeois : les nobles, race admirable par son courage, son don du commandement, son sens de la responsabilité. Sans eux les nations européennes n’existeraient pas. Mais avec toutes ses vertus du cœur, les nobles avaient et ont toujours eu la tête un brouillonne. Ils vivaient de l’autre viscère. D’intelligence très limitée, sentimentaux instinctifs, intuitifs ; en somme « irrationnels ». C’est pourquoi ils ne purent développer aucune technique, chose qui oblige à penser des organisations relationnelles. Ils n’inventèrent pas la poudre. Et ce fut tant pis pour eux. Incapables d’inventer de nouvelles armes, ils laissèrent les bourgeois – qui la firent venir d’Orient ou d’ailleurs- utiliser la poudre et avec elle, automatiquement, gagner des batailles contre le guerrier noble, contre le « chevalier » stupidement bardé  d’une inutile ferraille, qui l’empêchait de se mouvoir pendant la lutte, et qui n’avait jamais compris que le secret éternel de la guerre ne consiste pas tellement dans les moyens de défense que dans les moyens d’agression (secret que Napoléon devait redécouvrir)2.
Comme l’Etat est une technique – d’ordre public et administratif – l’ « ancien régime » arrive à la fin du XVIIIe siècle avec un Etat très faible, fouetté de tous côtés par une société vaste et bouillonnante. La disproportion entre le pouvoir de l’Etat et le pouvoir social est si grande à cette époque que si l’on compare sa situation avec celle des temps de Charlemagne, l’Etat du XVIIIe siècle semble dégénéré. L’Etat carolingien était évidemment beaucoup moins puissant que celui de Louis XVI ; mais, par contre, la société qui l’entourait n’avait aucune force3. L’énorme différence de niveau entre la force sociale et la force du pouvoir public a rendu possible la Révolution, les révolutions (jusqu’à celle de 1848).
Mais par la Révolution, la bourgeoisie s’empara du pouvoir public et appliqua à l’Etat ses indéniables vertus. En un peu plus d’une génération, elle créa un Etat puissant qui en finit avec les révolutions. En effet, depuis 1848, c’est-à-dire dès que commence la seconde génération  des gouvernements bourgeois, il n’y a pas en Europe de vraies révolutions. Non pas que les motifs aient manqué ; mais il n’y avait plus de moyen de les réaliser. Le pouvoir public se plaça au niveau du pouvoir social. Adieu pour toujours, Révolutions ! En Europe, le contraire seul est maintenant possible : le coup d’Etat. Et tout ce qui dans la suite a voulu se donner des airs de révolution n’a été, au fond, qu’un coup d’Etat masqué.
Aujourd’hui, l’Etat est devenu une machine formidable, qui fonctionne prodigieusement, avec une merveilleuse efficacité, par la quantité et la précision de ses moyens. Etabli au milieu de la société, il suffit de toucher un ressort pour que ses énormes leviers agissent et opèrent d’une façon foudroyante sur un tronçon quelconque du corps social.
L’Etat contemporain est le produit le plus visible et le plus notoire de la civilisation. Et il est très intéressant, il est révélateur de considérer l’attitude que l’homme-masse adopte en face de l’Etat. Il le voit, l’admire, sait qu’il est là, assurant sa vie ; mais il n’a pas conscience que c’est une création humaine, inventée par certains hommes et soutenus par certaines vertus, certains principes qui existèrent parmi les hommes et qui peuvent s’évaporer demain. D’autre part, l’homme-masse voit dans l’Etat un pouvoir anonyme, et comme il sent lui-même anonyme –vulgaire- il croit que l’Etat lui appartient. Imaginez que survienne dans la vie publique d’un pays quelque difficulté, conflit ou problème, l’homme-masse tendra à exiger que l’Etat l’assume immédiatement se charge directement de le résoudre avec ses moyens gigantesques et invincibles.
Voilà le plus grand danger qui menace aujourd’hui la civilisation : l’étatisation de la vie, l’ "interventionnisme " de l’Etat, l’absorption de toute spontanéité sociale par l’Etat ; c’est-à-dire l’annulation de la spontanéité historique qui, en définitive, soutient, nourrit et entraîne les destins humains. Quand la masse éprouve quelque malheur, ou lorsque simplement elle ressent quelque violent désir, c’est pour elle une bien forte tentation que cette possibilité permanente et assurée de tout obtenir –sans effort et sans lutte, sans doute et sans risque- en se bornant à appuyer sur le ressort et à faire fonctionner ainsi la majestueuse machine. La masse dit : « L’Etat, c’est moi », ce qui est une parfaite erreur. L’Etat est la masse dans le seul sens où l’on peut dire de deux hommes qu’ils sont identiques parce qu’aucun d’eux ne s’appelle Jean. L’Etat contemporain et la masse coïncident seulement en ce qu’ils sont anonymes. Mais le fait est que l’homme-masse croit effectivement qu’il est l’Etat, et qu’il tendra de plus en plus à le faire fonctionner sous n’importe quel prétexte, pour anéantir grâce à lui toute minorité créatrice qui le gêne, - qui le gêne dans n’importe quel domaine : dans celui de la politique, de l’industrie, aussi bien que dans celui des idées.
Le résultat de cette tendance sera fatal. La spontanéité sociale sera sans cesse contrecarrée par l’intervention de l’Etat ; aucune semence nouvelle ne pourra fructifier. La société devra vivre pour l’Etat ; l’homme, pour la machine gouvernementale. Et comme, enfin, ce n’est qu’une machine dont l’existence et l’entretien dépendent de la vitalité environnante qui la maintient, l’Etat, après avoir sucé la moelle de la société, deviendra maigre, squelettique ; il mourra de cette mort rouille de la machine, plus cadavérique, encore que celle de l’organisme vivant.
Tel fut le lamentable destin de la civilisation antique. Il n’est pas douteux que l’Etat impérial créé par les Jules et les Claude fut une machine admirable, incomparablement supérieure, en tant que mécanique, au vieil Etat républicain des familles patriciennes. Et cependant – curieuse coïncidence- à peine cet Etat impérial arrive-t-il à son complet développement que le corps social commence à déchoir. Déjà au temps des Antonins (IIe siècle) l’Etat pèse avec une suprématie anti-vitale sur la société. Celle-ci commence à devenir esclave, à ne plus pouvoir vivre qu’au service de l’Etat. Toute la vie se bureaucratise. Que se produit-il ? La bureaucratisation provoque un appauvrissement fatal de la vie –dans tous les domaines-. La richesse décroît et les femmes n’enfantent pas. Alors l’Etat, pour subvenir à ses propres besoins, renforce la bureaucratisation de l’existence humaine. Cette bureaucratisation à la seconde puissance est la militarisation de la société. Ce qui offre le plus d’urgence pour l’Etat c’est son appareil de guerre, son armée. L’Etat est, avant tout producteur de sécurité (la sécurité d’où est sorti l’homme-masse, ne l’oublions pas). C’est pourquoi il est avant tout l’armée. Les Sévère, d’origine africaine, militarisent le monde. Vaine besogne. La misère augmente. Les femmes sont chaque jour moins fécondes. On manque même de soldats. Après les Sévère, l’armée doit recruter parmi les étrangers.
Ne voyez-vous pas le processus paradoxal et tragique de l’étatisme ? La société, pour vivre mieux, crée comme un ustensile, l’Etat. Ensuite l’Etat prédomine, et la société doit commencer à vivre pour l’Etat4. Mais enfin l’Etat se compose encore des hommes de cette société. Plus tard, ils ne suffisent plus pour soutenir l’Etat et il faut appeler des étrangers : d’abord des Dalmates, puis les Germains. Les étrangers se rendent les maîtres de l’Etat et les restes de la société, du peuple indigène, doivent vivre comme leurs esclaves, esclaves de gens avec lesquels ils n’ont rien de commun. Voilà à quoi mène l’interventionnisme de l’Etat ; le peuple se transforme en chair à pâté qui alimente le simple mécanisme de cette machine qu’est l’Etat. Le squelette mange la chair qui le recouvre. L’échafaudage devient propriétaire et locataire de la maison.
Quand on sait cela, on éprouve un certain trouble en entendant Mussolini déclamer avec une suffisance sans égale, comme une découverte prodigieuse faite aujourd’hui en Italie, cette formule : « Tout pour l’Etat, rien hors de l’Etat, rien contre l’Etat ». Cela seul suffirait à nous faire découvrir dans le fascisme un mouvement typique, d’hommes-masse. Mussolini trouva tout fait un Etat admirablement construit –non par lui, mais précisément par les forces et les idées qu’il combat : par la démocratie libérale. Il se borne à en user sans mesure. Je ne me permettrai de juger maintenant le détail de son œuvre, mais il est indispensable que les résultats obtenus jusqu’à présent ne peuvent se comparer à ceux qu’obtient dans l’ordre politique et administratif l’Etat libéral. S’il a obtenu quelque chose, c’est si minime, si peu visible et si peu substantiel, que cela compense difficilement l’accumulation de pouvoirs anormaux qui lui permettent d’employer cette machine jusqu’aux dernières limites.
L’étatisme est la forme supérieure que prennent la violence et l’action directe constituée en normes. Derrière l’Etat, machine anonyme, et par son entremise, ce sont les masses qui agissent par elles-mêmes.
Les nations européennes entrent dans une étape de grandes difficultés dans leur vie intérieure pleine de problèmes économiques, juridiques et d’ordre public excessivement ardus. Comment ne pas craindre que, sous l’empire des masses, l’Etat ne se charge d’anéantir l’indépendance de l’individu, du groupe, et d’épuiser ainsi définitivement l’avenir ?
On trouve un exemple concret de ce mécanisme dans un des phénomènes les plus alarmants de ces trente dernières années : l’énorme augmentation, dans tous les pays, des forces de police. L’accroissement social y a fatalement poussé. Il y a un fait qui, pour être habituel n’en a pas moins, à des yeux avertis, un caractère terriblement paradoxal : la population d’une grande ville actuelle, pour cheminer tranquillement et faire ses affaires, a besoin, absolument besoin, d’une police qui règle la circulation. Mais c’est une naïveté des personnes « d’ordre », de penser que ces « forces de service public », créées pour l’ordre, se contenteront d’appliquer celui que ces personnes voudront. Il est inévitable qu’elles finissent par définir et décider elle-même l’ordre qu’elles imposeront et qui sera, naturellement, celui qui leur conviendra.
Le sujet qui nous occupe nous amène à remarquer la réaction différente que peut présenter devant une nécessité publique l’une ou l’autre société. Quand, vers 1800, l’industrie nouvelle commence à créer un type d’homme –l’ouvrier industriel- plus enclin au « crime » que l’ouvrier traditionnel, la France se hâte de créer une police nombreuse. Vers 1810, surgit en Angleterre –pour les mêmes raisons – une augmentation de la criminalité ; et cela fait penser aux Anglais qu’ils n’ont pas de police. Les conservateurs sont au pouvoir. Que font-ils ? En créer une ? Non pas. On préfère supporter le crime autant qu’on le peut. « Les gens se résignent à faire la place au désordre, et le considèrent comme la rançon de la liberté. » « A Paris, écrit John William Ward – on a une police admirable ; mais on paye cher ses avantages. Je préfère voir que tous les trois ou quatre ans on égorge une demi-douzaine d’hommes à Ratcliffe Road, plutôt que d’être soumis à des visites domiciliaires, à l’espionnage et à toutes les machinations de Fouché. » Ce sont là, en effet, deux idées bien différentes de l’Etat. L’Anglais veut que l’Etat ait des limites.
Notes:
1-      Pour que la philosophie gouverne, il n’est pas nécessaire que les philosophes gouvernent – comme Platon le voulut d’abord – ni même que les empereurs philosophent. Rigoureusement parlant, ces deux choses sont très funestes. Pour que la philosophie gouverne, il suffit qu’elle existe, c’est-à-dire que les philosophes soient des philosophes. Mais depuis environ un siècle ils sont tout, sauf cela ; ils sont politiciens, pédagogues, littérateurs ou hommes de science.
2-      Cette simple image du grand changement historique, dans lequel la suprématie des nobles est remplacée par la domination des bourgeois appartient à Ranke ; mais il est évident que sa vérité symbolique et schématique demande maintes additions pour être complétement exacte. La poudre était connue depuis un temps immémorial. L’invention de la charge dans un tube est due à quelque Lombard. Et même ainsi elle fut inefficace jusqu’à l’invention de la balle fondue. Les « nobles » usèrent à petites doses de l’arme à feu ; mais elle était trop chère. Seules, les armées bourgeoises, mieux organisée économiquement, purent l’employer en grand. Il demeure cependant certain que les nobles, représentés par l’armée de type médiéval des Bourguignons, furent définitivement battus par l’armée nouvelle, composée de Suisses, armée bourgeoise non professionnelle. Sa force originale consista dans la nouvelle discipline et dans une nouvelle rationalisation de la  tactique.
3-      Il serait intéressant d’insister sur ce point, et de faire remarquer que l’époque des monarchies absolues en Europe a opéré avec des Etats très faibles. Comment cela s’explique-t-il ? Déjà la société environnante commençait à grandir. Pourquoi donc, si l’Etat pouvait tout, étant « absolu », ne se renforçait-il pas ? Une des causes est celle que j’ai déjà indiquée : incapacité des aristocrates de sang pour la technique, la rationalisation et la bureaucratie. Mais cela ne suffit pas. Il arriva en outre que l’Etat absolu, que ses aristocraties ne voulurent pas agrandir l’Etat aux dépens de la société. Contrairement à ce que l’on croit habituellement, l’Etat absolu respecte instinctivement la société beaucoup plus que notre Etat démocratique, qui est plus intelligent, mais qui a un sentiment moins vif de la responsabilité historique.
4-      Qu’on se souvienne des dernières paroles de Septime Sévère à ses fils : « Restez unis, payez l’armée et méprisez le reste. » »
 
Source:
Ortega y Gasset (José): La révolte des masses, Paris, Editions Stock, 1961, pp.165-175.
Lien:
Fundación Ortega y Gasset:
 
Jean Vinatier
SERIATIM 2012
Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Angola, Arabie Saoudite, Argentine, Arménie, Australie, Bahamas, Bangladesh, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzégovine, Brésil, Burkina Faso, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Costa-Rica, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Equateur, Ethiopie, Ghana, Gabon, Gambie, Géorgie, Guatemala, Guinée, Guinée, Haïti, Honduras, Inde, Indonésie, Irak, Iran, Islande, Israël, Jamaïque, Jordanie, Kazakhstan, Kenya, Laos, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Malawi, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Niger, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Philippines, Qatar, République Centrafricaine, République Dominicaine, Russie, Rwanda, San Salvador, Saint-Marin, Sénégal, Serbie, Singapour, Slovénie, Somalie, Suisse, Syrie, Taiwan, Thaïlande, Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM, Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Saint-Pierre–Et-Miquelon), Ukraine, Uruguay, Vatican, Venezuela, Vietnam, Yémen
 

dimanche 3 février 2013

« Comprendre la mondialisation en 10 leçons » de Gilles Ardinat N°1366 6e année

Présentation complète par Philippe Conrad de l’ouvrage du géographe Gilles Ardinat :
Jean Vinatier
SERIATIM 2013
Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Angola, Arabie Saoudite, Argentine, Arménie, Australie, Bahamas, Bangladesh, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzégovine, Brésil, Burkina Faso, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Costa-Rica, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Equateur, Ethiopie, Ghana, Gabon, Gambie, Géorgie, Guatemala, Guinée, Guinée, Haïti, Honduras, Inde, Indonésie, Irak, Iran, Islande, Israël, Jamaïque, Jordanie, Kazakhstan, Kenya, Laos, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Malawi, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Niger, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Philippines, Qatar, République Centrafricaine, République Dominicaine, Russie, Rwanda, San Salvador, Saint-Marin, Sénégal, Serbie, Singapour, Slovénie, Somalie, Suisse, Syrie, Taiwan, Thaïlande, Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM, Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Saint-Pierre–Et-Miquelon), Ukraine, Uruguay, Vatican, Venezuela, Vietnam, Yémen

 

vendredi 1 février 2013

Musée Marmottan : un legs jeté aux orties ? N°1365 6e année

L’ancien Président de France-Télévision, Patrick de Carolis va débuter ses fonctions de directeur du musée Marmottan (il disposera d’un beau logement de fonction dans le jardin).  A cette occasion, Didier Rykner publie dans La Tribune de l'art, un long article qui prend la forme d’un réquisitoire sur la façon dont l’Académie des Beaux-Arts déconsidère le legs de Paul Marmottan. La Ville de Boulogne-Billancourt n’est pas non plus épargnée.
Jean Vinatier
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