La
grande de peur de 1636, la prise de Corbie par les Espagnols, puis l’annonce de
la grossesse de la Reine seront les deux événements qui conduiront le Roi Louis
XIII à placer le royaume sous la protection de la Vierge : nous avons donc
deux faits, le premier relatif à un début d’invasion, le second à la pérennité
de la dynastie. L’ordonnance du 10 février 1638, texte d’Etat, enregistrée par
le Parlement de Paris lui confèrera le caractère de loi française. Ainsi les processions
du 15 août lors de la fête de l’Assomption auront-elles un caractère total :
« Nous lui consacrons, notre personne, notre Etat, notre couronne et
nos sujets »
La
France d’avant 1789 disposait donc de deux fêtes nationales, l’une le 15 août
religieuse, la seconde militaire, le 25 aout, jour de la Saint-Louis, qui
donnait lieu à une grande revue des troupes par le Roi sous les acclamations
des Français….
J’ajoute
que l’expression « la France, fille aînée de l’Eglise » ne date pas
du XVIIe siècle mais du XIXe siècle sous la plume d’Henri Martin….
Ci-dessous
le texte intégral de l’ordonnance dont on ne manquera pas de relever la beauté
d’écriture
« Louis, par la grâce de Dieu
roi de France et de Navarre, à tous ceux qui ces présentes lettres verront,
salut.
Dieu qui
élève les rois au trône de leur grandeur, non content de nous avoir donné
l’esprit qu’il départ à tous les princes de la terre pour la conduite de leurs
peuples, a voulu prendre un soin si spécial, et de notre personne et de notre
état, que nous ne pouvons considérer le bonheur du cours de notre règne sans y
voir autant d’effets merveilleux de sa bonté, que d’accidents qui nous
pouvaient perdre.
Lorsque
nous sommes entrés au gouvernement de cette couronne, la faiblesse de notre âge
donna sujet à quelques mauvais esprits d’en troubler la tranquillité ; mais
cette main divine soutint avec tant de force la justice de notre cause, que
l’on vit en même temps la naissance et la fin de ces pernicieux desseins.
En divers autres temps, l’artifice des hommes et
la malice du diable ayant suscité et fomenté des divisions non moins
dangereuses pour notre couronne que préjudiciables au repos de notre maison, il
lui a plu en détourner le mal avec autant de douceur que de justice. La
rébellion de l’hérésie ayant aussi formé un parti dans l’Etat, qui n’avait
autre but que de partager notre autorité, il s’est servi de nous pour en
abattre l’orgueil, a permis que nous ayons relevé ses saints autels en tous les
lieux où la violence de cet injuste parti en avait ôté les marques. Si nous
avons entrepris la protection de nos alliés, il a donné des succès si heureux à
nos armes, qu’à la vue de toute l’Europe, contre l’espérance de tout le monde,
nous les avons rétablis en la possession de leurs Etats dont ils avaient été
dépouillés.
Si les plus grandes forces des ennemis de cette
couronne se sont ralliées pour conspirer sa ruine, il a confondu leurs
ambitieux desseins pour faire voir à toutes les nations que, comme sa
providence a fondé cet Etat, sa bonté le conserve et sa puissance le défend.
Tant de grâces si évidentes font que pour n’en
différer pas la reconnaissance, sans attendre la paix, qui nous viendra sans
doute de la même main dont nous les avons reçues, et que nous désirons avec
ardeur pour en faire sentir les fruits aux peuples qui nous sont commis, nous
avons cru être obligés, nous prosternant aux pieds de la majesté divine, que
nous adorons en trois personnes, à ceux de la Sainte Vierge, et de la sacrée
croix, où nous révérons l’accomplissement des mystères de notre Rédemption par
la vie et la mort du fils de Dieu en notre chair, nous consacrer à la grandeur
de Dieu par son fils, rabaissé jusqu’à nous, et à ce Fils par sa Mère, élevée
jusqu’à lui, en la protection de laquelle nous mettons particulièrement notre
personne, notre Etat, notre couronne et tous nos sujets, pour obtenir par ce
moyen celle de la Sainte Trinité par son intercession, et de toute la cour
céleste par son autorité et son exemple. Nos mains n’étant pas assez pures pour
présenter nos offrandes à la pureté même, nous croyons que celles qui ont été
dignes de la porter les rendront hosties agréables, et c’est chose bien
raisonnable qu’ayant été médiatrice de ses bienfaits elle le soit de nos
actions de grâces.
A ces causes, nous avons déclaré et déclarons
que, prenant la très sainte et très glorieuse Vierge pour protectrice spéciale
de notre royaume, nous lui consacrons particulièrement notre personne, notre
Etat, notre couronne et nos sujets, la suppliant de nous vouloir nous inspirer
une si sainte conduite, et défendre avec tant de soin ce royaume contre
l’effort de tous ses ennemis, que soit qu’il souffre le fléau de la guerre, ou
jouisse des douceurs de la paix, que nous demandons à Dieu de tout notre cœur,
il ne sorte point des voies de la grâce, qui conduisent à celles de la gloire.
Et afin que la postérité ne puisse manquer à suivre nos volontés en ce sujet,
pour monument et marque immortelle de la consécration présente que nous
faisons, nous ferons construire de nouveau le grand autel de
l’église-cathédrale de Paris, avec une image de la Vierge qui tiendra entre les
bras celle de son précieux fils descendu de la croix ; nous serons représentés
aux pieds du fils et de la mère, comme leur offrant notre couronne et notre
sceptre.
Nous admonestons le Sr. archevêque de Paris, et
néanmoins lui enjoignons que tous les ans, le jour et fête de l’Assomption, il
fasse faire commémoration de notre vœu à la grande messe qui se dira en son
église-cathédrale, et qu’après les vêpres du dit jour il soit fait une
procession en la dite église, à laquelle assisteront toutes les compagnies
souveraines et le corps de ville, avec pareille cérémonie que celle qui s’observe
aux processions générales plus solennelles, ce que nous voulons aussi être fait
en toutes les églises, tant paroissiales que celles des monastères de la dite
ville et faubourgs, et en toutes les villes, bourgs et villages du dit diocèse
de Paris. Exhortons pareillement tous les archevêques et évêques de notre
royaume, et néanmoins leur enjoignons de faire célébrer la même solennité en
leurs églises épiscopales et autres églises de leur diocèse, entendant qu’à la
dite cérémonie les cours de Parlement et autres compagnies souveraines, et où
il n’y aurait compagnies souveraines, les principaux officiers des villes y
soient présents.
Et d’autant qu’il y a plusieurs églises qui ne
sont point dédiées à la Vierge, nous exhortons les dits archevêques et évêques,
en ce cas, de lui dédier la principale chapelle des dites églises, pour y être
faite la dite cérémonie, et d’y élever un autel avec un ornement convenable à
une action si célèbre, et d’admonester tous nos peuples d’avoir une dévotion
particulière à la Vierge, d’implorer en ce jour sa protection, afin que, sous
une si puissante patronne, notre royaume soit à couvert de toutes les
entreprises de ses ennemis, qu’il jouisse longuement d’une bonne paix, que Dieu
y soit servi et révéré si saintement que nous et nos sujets puissions arriver
heureusement à la dernière fin pour laquelle nous avons tous été créés. Car tel
est notre plaisir.
Donné à Saint-Germain-en -Laye le dixième jour de
février, l’an de grâce mil six cent trente huit, et de notre règne le vingt-huit.
Signé : Louis. »1
Jean Vinatier
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2014
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