Dans la mouvance de la «Nef des fous» de Sébastien Brant, les «Stultiferae naves («Les Nefs des folles»), prosimètre latin composé vers 1500 par l’imprimeur humaniste Josse Bade, offrent une perspective vétérotestamentaire de la folie du monde visant à concilier la doctrine de l’imitation du Christ et l’héritage classique. Cet effort de synthèse entraîne à son tour deux types d’adaptation culturelle : d’une part, la «Nef des folles selon les cinq sens de nature» réalisée par Jean Drouyn, qui s’inscrit dans la tradition didactique de la «Nef des fous» ; d’autre part, l’ «Éloge de la Folie» d’Erasme, chef-d’œuvre de la pensée paradoxale qui exercera une influence non négligeable sur l’esthétique humaniste renaissante. »
« Présentation du livre de Pierre Blanc et Jean-Paul Chagnollaud "Atlas du Moyen-Orient. Aux racines de la violence" (Autrement, 2023)- http://tinyurl.com/mrx8kkx8
Rencontre avec: Jean-Paul Chagnollaud, professeur émérite des Universités, président de l’iReMMO. Auteur de nombreux ouvrages et articles sur les relations internationales, la Méditerranée et le Moyen-Orient, dont notamment, "L’invention tragique du Moyen-Orient" (coécrit avec Pierre Blanc, Autrement, 2017), "Israël-Palestine: la défaite du vainqueur" (Actes Sud, 2017), "Israël face à Israël" (coécrit avec Pierre Blanc, Autrement, 2018) et "Moyen-Orient, idées reçues sur une région fracturée" (coécrit avec Pierre Blanc, Le Cavalier bleu, 2019), "Le rendez-vous manqué des peuples. De l’échec des révolutions populaires aux dérives populistes" (Autrement, 2022).
Pierre Blanc, ingénieur général des ponts, des eaux et des forêts, docteur en géopolitique, est enseignant-chercheur à Bordeaux sciences agro et à Sciences Po Bordeaux. Il est également professeur invité à l’USJ (Beyrouth), à Sciences Po Lyon, à l’Ena et au Centre international des hautes études agronomiques méditerranéennes (CIHEAM). Rédacteur en chef de Confluences Méditerranée, il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles sur les dynamiques de violence et leurs liens avec la question des ressources naturelles. Il est notamment l’auteur de "L’Invention tragique du Moyen-Orient" (avec Claire Levasseur, Autrement, 2017) et "Proche-Orient: le pouvoir, la terre et l’eau" (Presses de Sciences Po, 2012). Il a récemment publié "Géopolitique et climat" (Presses de Science Po, 2023).
Modération : Agnès Levallois, consultante spécialiste du Moyen-Orient et chargée de cours à Sciences Po Paris, vice-présidente de l’iReMMO. »
« De la déclaration Balfour au Livre blanc de 1939 : le mandat britannique sur la Palestine Rencontre avec : Dominique Vidal, journaliste et historien, ancien rédacteur en chef adjoint du Monde Diplomatique. Auteur de nombreux ouvrages portant notamment sur le conflit israélo-palestinien, dont Palestine : le jeu des puissants (dir., Sindbad, 2014). »
« Leçon inaugurale de Benoît Sagot prononcée le 30 novembre 2023. Benoît Sagot est professeur invité sur la chaire Informatique et sciences numériques. Depuis une dizaine d'années, le terme d'« intelligence artificielle » est revenu partout sur le devant de la scène, des magazines grand public aux créateurs de start-up et aux décideurs politiques. Des progrès dans la recherche sur les réseaux de neurones, une technologie pourtant ancienne, mais aussi l'augmentation de la puissance de calcul et de masse de données disponibles, ont permis d'accélérer de façon spectaculaire les performances des systèmes d'intelligence artificielle. Au cœur de cette révolution, le traitement automatique des langues (TAL) joue un rôle central. Connu depuis longtemps au travers de la correction orthographique et de la traduction automatique, ce domaine de recherche consacré à l'analyse, la génération et la transformation de données textuelles a récemment fait la une à plusieurs reprises, notamment avec l'arrivée de ChatGPT. Pour donner quelques clefs sur ces enjeux, je présenterai brièvement plusieurs étapes importantes du développement du TAL, en montrant quels objectifs, quelles approches et quels obstacles ont jalonné l'histoire du domaine, une histoire aussi ancienne que celle de l'informatique. Cela nous permettra d'illustrer l'évolution des approches à l'œuvre au fil des décennies, symboliques puis statistiques et désormais neuronales, mais également de mieux comprendre les spécificités des données textuelles et les difficultés qu'elles ont posées au fil des décennies, et qu'elles posent souvent encore aujourd'hui. Nous nous attarderons sur les avancées les plus récentes en nous appuyant sur le cas de ChatGPT, en nous attardant sur certains des enjeux, notamment éthiques, liés à ces avancées. Nous montrerons également que ces techniques en développement si rapide renouvellent la question des places respectives de la recherche, de l'innovation et de l'ingénierie, tout en interrogeant les scientifiques sur ce qu'elles peuvent nous apprendre sur les langues et sur nous-mêmes. »
« Pour les Occidentaux, la production artistique du monde indien suscite, bien souvent, soit fascination soit incompréhension, ou encore un mélange des deux. Dans leur regard sur l’Autre, si souvent empreint de préjugés ou d’idées préconçues, ils ne retrouvent en effet ni l’exotisme simplement décoratif attribué à l’Extrême-Orient ni le «primitivisme», source d’inspiration pour la modernité, associé aux arts d’Afrique et d’Océanie. À l’exception peut-être de la période moghole qui, parce qu’elle relève en grande partie de l’Islam, semble un peu plus familière, l’art indien, de par son extraordinaire diversité, sa richesse iconographique et son exubérance (ou ce qui est perçu comme tel), déroute bien souvent un spectateur qui pense, à tort ou à raison, ne pas disposer des codes nécessaires pour l’apprécier. Pourtant, pour peu qu’on veuille bien s’en donner la peine, découvrir et comprendre les arts du monde indien et indianisé ne s’avère pas si difficile. De ce point de vue, il n’a pas semblé nécessaire de proposer un nouveau manuel présentant une histoire de l’art indien et de son développement dans le temps et de l’espace. «Le Génie de l’art indien» s’attache plutôt à donner, suivant une approche volontairement synthétique, un certain nombre de clés de lecture afin de faciliter l’appréhension globale de cette production. »
"Nous sommes au IIIe siècle. L’Empire chinois des Han, dont les souverains rayonnaient sur l’Extrême-Asie depuis quatre cents ans, s’effondre. Les évolutions climatiques, les invasions, les famines et l’incurie d’une administration qui se désagrège réduisent désormais à néant l’antique puissance chinoise. Le si vaste pays n’est plus « un » ; il se partage en « Trois Royaumes » que des généraux se sont taillé par le fer et par le feu ; désormais, chacun tente vainement de supplanter les autres pour devenir empereur. Leur histoire inspirera pendant des siècles les conteurs des rues, puis - un millénaire plus tard - les narrateurs dont les œuvres caracolantes inspirent toujours cinéastes, romanciers et manga-ka. Mais une nouvelle approche s’impose aujourd’hui : loin des aventures et péripéties imaginaires, les découvertes archéologiques commencent à livrer des traces matérielles de ces décennies dont le désordre fit percevoir, à rebours, la nécessité de recréer l’unité. Les historiens chinois actuels placent en effet en ces années de chaos l’invention d’une idée nouvelle : celle de Zhongguo 中国, le « Pays du Milieu » que gère en théorie une administration fortement centralisée - c'est-à-dire la Chine unitaire qui pèse si lourd dans notre monde actuel."
Quand la France s’enflammait autour de la loi sur l’immigration,
à Bruxelles les Vingt-sept, dont la France, s’entretenaient sur un pacte
migratoire et s’accordaient sans défaillance ni italienne (Meloni) ni
hongroise (Orban)… A moins de deux heures de train, le Palais-Bourbon était un théâtre
des variétés mélodramatiques sous les rires narquois du RN qui s’amusait de la
façon dont il avait emmené le « en même temps » présidentiel dans une
nasse…Une nasse mais de comédie.
En fait, il s’agissait de faire croire aux Français que
notre Etat avait encore la main sur les flux migratoires, de masquer le choix
européen et de nous rejouer comme à l’époque du mariage pour tous, une illusion
de souveraineté.
Que le Conseil Constitutionnel tacle ou pas cette loi votée
non promulguée, nous savons tous qu’in fine, le dernier mot reviendra à l’Union
européenne. Regardons bien ce qu’il en sera pour le nouveau parlement
néerlandais qui a voté la reprise de sa maitrise des flux migratoires… :
Bruxelles ne restera pas les bras croisés
Bien des commentateurs ont dit la victoire tactique du RN (exact),
la défaite nette d’Emmanuel Macron (exact) et les sondages placent évidemment
le parti de Marine Le Pen très haut (il en est ainsi à chaque fois) le sera-t-il
en avril 2024 ?
Il faut bien convenir que la majorité française a acté l’acceptation
du cadre fixé par l’Union européenne, seuls les partis souverainistes s’y
opposent et ne recueillent que des suffrages mineurs faute de proposer un autre
projet européen. Il y a les souverainistes partisans d’un FREXIT pur et dur
(UPR), ceux qui mélangent problématiques migratoires et incurie européenne mais
sans proposer une sortie (pas davantage de l’OTAN) (Eric Zemmour, Marine Le Pen…etc).
En réalité, la situation est bloquée, la marge de manœuvre bien ferrée.
Le retournement de veste de Giorgia Meloni sans oublier les
discours bonimenteurs de Viktor Orban qui manœuvre tel un Erdogan pour obtenir des
choses que le public ne connait pas, ne prédispose pas l’électeur français à des
sauts dans l’inconnu. Aujourd’hui, la voix souverainiste ne pourrait être
entendue que dans une géographie européenne.
Tout ce brouhaha politico-médiatique avec une démission ministérielle
d’Aurélien Rousseau qui a visiblement oublié la réalité bruxelloise, ne débouchera
pas sur de grands changements hormis la mise en évidence de la fragilité du « en
même temps » et d’un Chef de l’Etat qui enrageant de ne pas pouvoir se
représenter en 2027 « attendrait » des tragédies pour avoir une
modification constitutionnelle. Convenons que cela donne une ambiance mauvaise
avec tout de même le mérite de faire sortir les loups des bois, ainsi, les ONG
qui profitent des largesses étatiques pour « manager » les migrants
(terme qui devient général puisqu’il met dans le même sac, les exilés comme les
étudiants), de remontrer une gauche et une droite qui du fait européen, de l’Otan,
de la doxa, libéralo-sociétale tendance wokiste sont en définitive très proche…là encore bien
des illusions pour les électeurs !
« Rencontre avec : Henry Laurens, professeur au Collège de France, titulaire de la chaire d’Histoire contemporaine du monde arabe, il avait auparavant été maître de conférences à l’Université de la Sorbonne (Paris IV) et professeur des Universités à l’Inalco. Il est l’auteur de nombreux ouvrages de référence, dont "La question de Palestine, tomes I, II, III, IV et V" (Fayard, 1999/2002/2007/2011/2015), "Orientales I, II, III" (CNRS, 2004), "Paix et guerre au Moyen-Orient: L’Orient arabe et le monde de 1945 à nos jours" (Armand Colin, 2005) et "L’Orient arabe, arabisme et islamisme de 1798 à 1945" (Armand Colin, 1993, nouv. éd 2015).
Modération : Jean-Paul Chagnollaud, président de l’iReMMO. »
Radio France podcast :
« À propos de la série
Quelle est la généalogie du postcolonialisme? De quelle façon occidentalisme et orientalisme vont-ils de pair? Comment comprendre le passé? Qu'est-ce que le passé imposé? Henry Laurens analyse de quelle façon les historiens travaillent et font face à la demande sociale de "thérapies mémorielles".
Henry Laurens, titulaire de la chaire « Histoire contemporaine du monde arabe", a publié Le Passé imposé chez Fayard le 4 mai 2022. Dans cette actualité, nous vous proposons d'écouter les conférences, dont cet ouvrage est tiré. Cet ensemble de cours donnés fin 2021 s'inscrit dans le cadre de son enquête pluriannuelle, intitulée la "Crise d'Orient : l'échec du nationalisme arabe".
Le spécialiste du monde arabe nous propose de nous arrêter dans l'atelier de l'historien afin de comprendre ses enjeux et ses concepts. Henry Laurens rappelait déjà en 2013 dans la revue Débat, l'opposition entre le rôle des historiens et la société, "le besoin de savoir ne doit pas se transformer en posture d’accusateur, voire en juge et en jury. Si, à la rigueur, on peut assimiler l’historien à un juge d’instruction qui instruit à charge et à décharge, il n’est pas là pour effectuer le reste de la procédure judiciaire". Dans la première partie de sa série, il souligne que "les historiens doivent reconnaître qu’ils ne sont pas les maîtres de la représentation du passé. Ils ne sont que les artisans du segment scientifique de la mémoire".
Après avoir rappelé les bases de la connaissance historique, Henry Laurens pose la question des comparatismes et revient sur le développement de l'orientalisme et l'occidentalisme de l'époque moderne à la décolonisation. Avant d'ouvrir l'enquête sur ce qu'il appelle le "passé imposé", il revient sur les différentes formes de violences au XXème et au XXIème siècles. Il fait état d'un passage de la figure du combattant à celle de la victime, d'une culture de la guerre à une culture de la paix, tandis qu'il note que le djihadisme au XXIe siècle relève des deux cultures. »
« Joan Deas, directrice exécutive de l’iReMMO. Chercheure associée à la Chaire Raoul-Dandurand en Études stratégiques et diplomatiques de l’Université du Québec à Montréal, à l’Observatoire canadien sur les crises et l’aide humanitaire (UQAM) et au Réseau Genesys de l’Université catholique de Louvain. Ses recherches se spécialisent sur les positions diplomatiques de l’Inde, du Brésil et de l’Afrique du Sud dans le processus de résolution du conflit israélo-palestinien. Elle est l’autrice de l’article « Do Brics countries want to shape a new world order? » (Les pays des Brics veulent-ils façonner un nouvel ordre mondial?), paru dans la Revue internationale et stratégique, n°130, 2023.
Modération: Carole André-Dessornes, géopolitologue, chercheure associée à la FRS, spécialiste des rapports de force en Méditerranée Moyen-Orient, autrice du livre Guerres silencieuses. Embargos et blocus au Moyen-Orient de 1948 à nos jours (Geuthner, 2022). »
« 55e Rencontres internationales de Genève – 28 septembre 2022
Une analyse de la crise démocratique, avec et contre Nietzsche Le ressentiment est de plus en plus souvent invoqué comme l’une des causes majeures de la crise démocratique. Si nos régimes politiques vont mal, ce serait la faute de ce sentiment, considéré comme la pulsion principale des classes populaires. Qu’elles votent, s’abstiennent, manifestent, refusent ou protestent, le discours du ressentiment les accuse invariablement d’être aveuglés par l’envie et le complotisme. En proposant une histoire philosophique du mot lui-même, que Nietzsche reprend à l’écrivain français Paul Bourget, je me propose de montrer que le ressentiment est moins une pulsion populaire qu’une structure centrale de notre grammaire et de notre métaphysique. En accusant les basses pulsions du peuple, le discours dominant, qui se plaît tant à le dénoncer, en porte en réalité la marque de bout en bout. Suivie de regards croisés avec Lucienne Bittar (revue choisir), Alice Rey (UNIGE) et Marie Hasse (RIG). »
Louis de Bonald est un penseur important « contre-révolutionnaire » auteur de la Théorie du pouvoir politique et religieux (1796) injustement oublié de nos jours alors même qu’il est considéré comme un précurseur de la sociologie et qu’Auguste Comte qui imposa le mot se référa à son œuvre.
« L'homme a-t-il réellement le pouvoir de "constituer" la société, comme il s'en vante ? Ou bien est-il "constitué" lui-même, de part en part, par la société ? Les lois fondamentales de cette dernière peuvent-elles réellement être modifiées au gré de la volonté rationnelle des individus ou sont-elles au contraire nécessaires et inflexibles ? C'est ce que nous verrons dans cette vidéo, avec Louis de Bonald, figure essentielle de la pensée contre-révolutionnaire et précurseur de la discipline sociologique française. »