Info

Nouvelle adresse Seriatim
@seriatimfr
jeanvin22@gmail.com



dimanche 1 octobre 2023

Ukraine et gueule de bois par Olivier Dujardin N°5703 17e année

 

 « Olivier Dujardin, chercheur associé au CF2R (Centre français de recherche sur le renseignement), responsable de la rubrique technologies et armement et consultant indépendant. Il a plus de 20 ans d’expérience dans la guerre électronique, le traitement des signaux radar et l’analyse des systèmes d’armes. Olivier Dujardin a successivement exercé des fonctions opérationnelles dans la guerre électronique, dans l’étude des systèmes de radar, de guerre électronique, l’analyse et la collecte de signaux électromagnétiques. Il a également occupé le poste d’expert technique en systèmes de recueil SIGINT. »

« Les experts TV, ayant chanté tout l’été, se trouvèrent fort dépourvus quand l’évidence fut venue. »

Certes, cette boutade est un peu réductrice car ils n’ont pas tous tenu les mêmes propos, loin de là ; mais malgré tout, le discours le plus largement répandu fut le même. Parmi les issues possibles de la contre-offensive ukrainienne qu’évoquaient les « spécialistes », deux étaient présentées comme pratiquement « certaines » et une troisième fut évoquée par pure forme tant elle paraissait improbable. Ces extrapolations sont parfaitement résumées dans un article publié par Philippe Gros et Vincent Tourret sur le site de l’Institut des hautes études de la Défense nationale (IHEDN) au mois de juin 2023[1]. Le premier scénario avançait que cette contre-offensive allait provoquer un effondrement côté russe (effondrement régulièrement prédit depuis le début de l’invasion[2]) une fois que la première ligne de défense serait percée, permettant ainsi une reconquête rapide des territoires. « Le second scénario est celui d’une indiscutable victoire tactique ukrainienne, là encore récupérant des portions non négligeables de territoire. […] Elle obtiendrait un succès dont la portée égalerait voire dépasserait ceux de l’automne dernier, mais qui ne parviendrait toutefois pas à déstabiliser l’ensemble du système de force russe. C’est dans ce contexte que l’on aboutirait mécaniquement à une baisse d’intensité des combats du fait de l’épuisement des belligérants et à ce fameux « gel du conflit », au moins transitoire, qu’anticipent les Occidentaux, et qu’espèrent Poutine et ses séides.

Le troisième scénario est celui d’un échec, même tactique, de l’offensive ukrainienne. Compte tenu de l’écart du rapport de force, il paraît de très loin le moins plausible. Il aboutirait de toute façon au même gel du conflit que le précédent.« 

A quelques détails près, voilà ce que l’on retrouvait dans nos médias. Seulement il semble bien que ce soit le troisième scénario, le « moins plausible », qui se réalise aujourd’hui. Il faut alors se demander pourquoi les arguments avancés, qui plaidaient pour les deux premières versions, ne se sont pas révélés aussi pertinents qu’attendus.

 L’argumentaire

Quatre arguments principaux ont été avancés pour expliquer la grande probabilité des deux premiers scénarios.

La force morale des Ukrainiens. Leur formidable motivation doit permettre de prendre l’ascendant sur leur adversaire, d’être plus résilients et agressifs. Cela rejoint un peu la vision stratégique des premières années de la Première Guerre mondiale avec le « culte de l’offensive ». La force morale des soldats devait submerger l’adversaire. Seulement, si la force morale des combattants est une chose importante, elle n’est pas suffisante pour gagner, même au prix de très fortes pertes. Sans une bonne stratégie, un niveau tactique suffisant, une formation de qualité et des équipements adaptés, la force morale apparaît comme un avantage un peu mince. De plus, est-on vraiment certain que le moral des Ukrainiens est très haut ? Les problèmes de mobilisation et le récent limogeage des responsables des centres de recrutement sont des indices que ce moral n’est peut-être pas si élevé et qu’on le surestime peut-être[3].

La longueur du front défavorable aux Russes. La très grande longueur du front oblige les Russes à immobiliser une grande partie de leurs forces pour tenir leur ligne de défense. « Si elle est traversée, si une brèche permet aux forces ukrainiennes de s’engouffrer de l’autre côté, les Russes ne disposeront que de moyens très limités pour organiser un nouveau système de défense derrière cette digue. Autrement dit, si la digue cède, le dispositif craque. »[4]

Cet argument semble oublier que, si tenir une ligne de front aussi longue exige effectivement beaucoup de troupes, cela est vrai pour les deux camps. Les Ukrainiens subissent les mêmes contraintes que les Russes et la présence sur ce front fixe également la très grande majorité des brigades ukrainiennes. Ainsi, comme pour les Russes, il leur devient difficile de concentrer suffisamment de troupes en un point pour tenter de percer le front. Sa longueur est une contrainte similaire pour les deux belligérants d’autant qu’ils sont, globalement, à parité numérique.

L’hypothèse suppose aussi que les Russes ne pourraient se rabattre sur leurs lignes de défense érigées en arrière, comme si le franchissement de la première digue impliquait l’anéantissement des forces qui la défendent. Or, dans la réalité, les armées n’attendent jamais d’être totalement détruites pour reculer. Elles se replient dès que leur position devient intenable pour aller se rétablir sur la suivante. Cela permet de limiter les pertes et d’assurer une résistance forte dans la durée, en sacrifiant à chaque fois assez peu de terrain. L’objectif de cette tactique, bien connue depuis la Première Guerre mondiale, est d’user l’attaquant sur différentes lignes de défense jusqu’à l’épuiser suffisamment afin qu’il ne puisse plus avancer. C’est exactement ce que font les forces russes, ce n’est ni surprenant, ni innovant, c’est juste logique.

La suite ci-dessous :

https://cf2r.org/rta/ukraine-et-gueule-de-bois/

 

Jean Vinatier

Seriatim 2023

Le christianisme tardo-antique (IVe-VIIe s.) par Philippe Blaudeau N°5702 17e année

« Conférence historique du 10 mars 2022 sur "Le christianisme tardo-antique dans l'Empire romain, de Constantin à l'émergence de l'islam (IVe-VIIe s.) 

Philippe Blaudeau est professeur d’histoire ancienne à l’université d’Angers » 

Jean Vinatier 

Seriatim 2023

“Rome et les mondes barbares aux IVe et Ve siècles”par Bruno Dumezil N°5701 17e année

 « 11 avril 2022 conférence historique du 8 mars donnée par Bruno DUMÉZIL, Professeur d’histoire médiévale à Sorbonne Université, sur “Rome et les mondes barbares aux IVe et Ve siècles” à Draguignan lors de la Semaine départementale de l'Histoire et de l'Archéologie. » 

Jean Vinatier 

Seriatim 2023

dimanche 24 septembre 2023

« La structuration des sociétés modernes par Serge Paugam » N°5700 17e année

 « L’État-providence est aujourd’hui en recul, à tel point qu’il paraît difficile de maintenir l’idée que nos sociétés se différencient par leur système de protection sociale. Une autre typologie, fondée sur la nature des liens sociaux, semble plus adaptée.

Depuis la parution en 1990 de l’ouvrage de Gøsta Esping-Andersen The Three Worlds of Welfare Capitalism, les chercheurs en sciences sociales investis dans les comparaisons internationales sont nombreux à reprendre la typologie qui y est proposée en y apportant parfois quelques correctifs en fonction des objectifs qu’ils visent et des pays qu’ils prennent en considération. Son intérêt est de permettre la comparaison de la structuration des sociétés modernes à partir de leurs modes spécifiques de régulation sociale.

Cette typologie porte sur les systèmes de protection sociale. Le principe de « démarchandisation » (decommodification) est au cœur de la notion de welfare state. Esping-Andersen, à la suite de nombreux travaux sur la relation entre classes sociales et citoyenneté, retient que les sociétés occidentales, notamment après la Seconde Guerre mondiale, ont toutes cherché à offrir aux individus une plus grande sécurité face aux aléas de la vie et au risque de pauvreté. Il s’agissait de faire des individus autre chose qu’une marchandise échangeable et de définir pour chacun d’entre eux des droits économiques et sociaux, que d’aucuns ont pu définir comme l’équivalent d’une « propriété sociale ». 

Mais ce processus de « démarchandisation » n’a pas été conduit de la même manière dans tous les pays du monde occidental, ce qui a conduit à distinguer plusieurs régimes de welfare. Des critiques lui ont toutefois été adressées et des doutes sont régulièrement émis sur la pertinence de cette typologie à rendre compte, à elle seule, des différences structurelles entre les sociétés modernes.

Je propose dans ce texte de revenir sur cette typologie et sur les principales critiques dont elle a fait l’objet depuis les années 1990. Il s’agira ensuite de partir d’une conception plus large des solidarités humaines en ne se limitant pas au système de protection sociale. C’est dans ce sens que je propose d’élaborer une typologie des régimes d’attachement social au sens de la pluralité et de l’entrecroisement de plusieurs types de liens sociaux.

Il s’agit donc d’adopter une autre perspective théorique pour comparer les sociétés modernes. Je tenterai ensuite de vérifier ce qui distingue empiriquement ces deux typologies.

 Le système de protection sociale au cœur de la typologie d’Esping-Andersen »

 

La suite ci-dessous :

https://laviedesidees.fr/La-structuration-des-societes-modernes

Jean Vinatier

Seriatim 2023

 

vendredi 22 septembre 2023

Où va la France de Macron par David Muhlmann N°5699 17e année

L’auteur : David Muhlmann est docteur en sociologie, consultant en stratégie d’entreprise et enseigne à Sciences Po. 

« Ce livre est le premier bilan du quinquennat d’Emmanuel Macron, l’inscrivant dans l’analyse historique de l’installation du néolibéralisme en France pour en dévoiler la trajectoire spécifique. Véritable travail de synthèse, il articule les caractéristiques actuelles du capitalisme français et de sa financiarisation, les métamorphoses des luttes sociales depuis l’après-guerre, et les transformations récentes du pouvoir présidentiel depuis l’élection de Nicolas Sarkozy. Il montre l’émergence structurale d’un nouveau pouvoir capitaliste et de sa régulation. Loin des conclusions hâtives sur le « déclin » français et des interprétations journalistiques à propos du style présidentiel, Où va la France de Macron ? explique les soubassements et les ressorts des évolutions essentielles du pays depuis quinze ans, en particulier la correspondance entre la santé vivace des pans essentiels de l’économie française dans la mondialisation et l’offensive politique ciblée à l’encontre des classes populaires et des services sociaux. Le pouvoir institutionnel se déplace, l’État s’autonomisant du contrôle citoyen et de la représentation parlementaire, au profit de la montée en puissance des appareils répressifs et du secteur exécutif. La concentration du pouvoir, la fusion grandissante des intérêts privés et publics, la collusion entre les cadres dirigeants des entreprises et la haute administration offrent une définition précise de la voie française du néolibéralisme, celle d’un mixte entre le libéralisme économique forcené et un nouveau moment autoritaire de l’État. Le constat ouvre sur le problème du risque démocratique en tant que nouvelle morphologie de l’exercice du pouvoir dans nos démocraties avancées. Il permet une prise de recul stratégique telle qu’elle n’a pas été faite en France depuis Les Luttes de classes en France et Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte de Marx, condition essentielle pour reconstruire une perspective de transformation en profondeur des rapports sociaux. Un ouvrage indispensable pour la gauche à l’heure du décrochage entre les luttes sociales et les appareils politiques et syndicaux traditionnels. »

 Source : 

https://www.puf.com/content/O%C3%B9_va_la_France_de_Macron

Jean Vinatier 

Seriatim 2023

dimanche 9 juillet 2023

Philippe IV le Bel : « De fer et de France » N°5698 17e année

 

Pour La vie des idées, Damien Larrouqé fait la recension du livre de  Jacques Krynen, Philippe le Bel, la puissance et la grandeur, Gallimard, Paris, 2022

 

« Souverain détesté de ses contemporains, roi honni des mémorialistes et personnage infâme de la littérature populaire, Philippe IV le Bel apparaît, sous la plume de Jacques Krynen, comme l’un des fondateurs de l’État moderne.

 

Le roi sanctifié

 

Les amateurs d’histoire connaissent Philippe le Bel pour avoir persécuté les Templiers, fait gifler le Pape et expulsé les Juifs du royaume. Ceux qui affectionnent la littérature l’associent surtout au premier des Rois maudits de la saga de Maurice Druon, celui que Jacques de Molay, depuis le bûcher qui s’apprête à le dévorer, « cite à comparaître avant un an devant le tribunal de Dieu » et condamne à la damnation, avec sa descendance, pour treize générations... Par-delà le mythe d’un monarque cruel et bouffi d’orgueil, le médiéviste Jacques Krynen nous invite à voir la réalité d’un souverain intraitable certes, imbu du prestige de descendre de Saint Louis sans nul doute, mais dont la vision du pouvoir, les considérations politiques et leurs matérialisations juridiques et institutionnelles dépassent, de très loin, ses quelque trente ans de règne (1285-1314). Entouré de légistes et autres théoriciens du droit, Philippe IV le Bel est un fondateur d’autorité. Sous sa férule, ont été jetées les bases de l’État moderne, imposés les attributs de la souveraineté absolue et esquissées les prémices d’une laïcisation du pouvoir. C’est ainsi en tant que précurseur du centralisme, de l’absolutisme et du gallicanisme (mise sous tutelle de l’Église nationale) qu’il aurait, selon l’expression consacrée, « fait la France ».

Comptant autour de cent cinquante pages à peine, ce livre n’est pas une biographie de Philippe IV, encore moins un précis juridique en forme d’abrégé d’histoire du droit. Expurgé de toute note de bas de page, mais s’appuyant sur un vaste corpus de traités latins, il s’agit plutôt d’un essai intellectuel bâti autour de la figure d’un monarque capétien singulier, dont l’œuvre politique nous éclaire sur les composantes et, plus encore, sur les mutations du pouvoir médiéval.

Solidement étayée et, dans le même temps, magistrale de concision, cette réflexion se lit comme une œuvre de vulgarisation érudite, à la fois passionnante et très instructive. Jacques Krynen met notamment en lumière les logiques institutionnelles que le règne de Philippe le Bel a engendrées et qui annoncent celles en vigueur sous Louis XIV, Napoléon ou même de Gaulle. Ces dynamiques structurelles scellent la force de l’État et consacrent l’autorité du pouvoir, au nom d’un intérêt supérieur à la personne qui les incarne, à savoir le prestige de la Nation ou la gloire de la France. Comme en atteste le sous-titre, « la puissance et la grandeur », l’auteur entretiendrait, à cet égard, un certain rapport hagiographique vis-à-vis de ce personnage – qui a minima le fascine – et dont il participe à la réhabilitation historique. Philippe le Bel apparaît ici moins comme un roi maudit qu’un souverain sanctifié

.

Un monarque mal-aimé des chroniqueurs »

 

La suite ci-dessous :

 

https://laviedesidees.fr/De-fer-et-de-France

 

Jean Vinatier

Seriatim 2023