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mardi 24 novembre 2009

Maka Kanté Benjamin Rosoux : « nous sommes doués de parole et de pensée » -N°576- 3e année

Le Monde a publié hier, le texte co-écrit par Maka Kanté et Benjamin Rosoux : le premier est en détention provisioire depuis plus d’un an, le second est sous contrôle judiciaire avec interdiction de regagner son domicile pour des faits qu’ils contestent. Et lisant cet article que vous trouverez ci-dessous, j’ai tout de suite pensé aux écrits des deux jeunes soldats, Bourdeaux et Humain, le soir de Noël 1773 cités par Claude Manceron dans le premier tome de la série, Les hommes de la liberté¹ :

« Humain est le plus grand de nous deux et moi, Bourdeaux, je suis le plus petit. Il est tambour-major du régiment de Mestre de camp général, et moi, je suis simplement dragon de Belzunce….Humain n’a que vingt-quatre ans ; pour moi, je n’ai pas encore quatre lustres accomplis….Aucune raison pressante, ne nous force d’interrompre notre carrière…mais le dégoût de la scène universelle ; la toile est baissée pour nous, et nous laissons nos rôles à ceux qui sont assez faibles pour vouloir les jouer encore quelques heures. Quelques grains de poudre viennent de briser les ressorts de cette masse de chair mouvante que nos orgueilleux semblables appellent le roi des êtres.
Messieurs de la justice, nos corps sont à votre discrétion, nous les méprisons trop s’inquiéter de leur sort….
La servante de cette auberge prendra mes mouchoirs de poche et de cou, ainsi que les bas que j’ai sur moi et autres linges quelconques. Le reste de nos effets sera suffisant pour payer les frais d’information et de procès-verbaux inutiles à notre sujet. ? L’écu de trois livres qui restera sur la table paiera le vin que nous avons bu. A Saint-Denis, ce jour de Noël 1773. Signé : Bourdeaux-Humain
»

A ce testament s’ajoutait un autre adieu celui de Bourdeaux à son officier, M. de Clérac :

« …Je crois vous avoir dit, plusieurs fois que mon état actuel me déplaisait…Je me suis examiné depuis plus sérieusement, et j’ai reconnu que ce dégoût s’étendait sur tout, et que j’étais également rassasié de tous les états possibles, des hommes, de l’univers entier, de moi-même ; il m’a fallu tirer une conséquence de cette découverte.
Lorsqu’on est las de tout, il faut renoncer à tout. Ce calcul n’est pas long ; je l’ai établi sans les recours de la géométrie ; enfin, je suis sur le point de me défaire du brevet d’existence que je possède depuis prés de vingt-ans, et qui m’a été à charge pendant quinze….
….Je ne dois d’excuse à personne. Je déserte, c’est un crime : mais je vais me punir, et la loi sera satisfaite….
….Adieu, mon cher lieutenant…Voltigez toujours de fleur en fleur et continuer d’enlever le suc de toutes les connaissances comme de tous les plaisirs…Lorsque vous recevrez cette lettre, il y aura tout au plus vingt-quatre heures que j’aurai cessé d’être, avec l’estime la plus sincère, votre affectionné serviteur.
»

Et deux siècles plus tard :

« Je suis Maka, j'ai 22 ans, je suis en détention préventive depuis le 23 février 2008. Je suis mis en examen pour "tentative d'homicide volontaire sur agents des forces de l'ordre" depuis le grand baroud policier qui avait suivi les émeutes de novembre 2007 à Villiers-le-Bel. Des centaines de jeunes ont affronté la police suite à la mort de deux adolescents, dans une collision avec un véhicule de police.
Je suis Benjamin, j'ai 31 ans, je suis sous contrôle judiciaire, mis en examen pour participation à "une association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste" suite aux opérations de police menées sur tout le territoire, notamment à Tarnac, en réaction aux sabotages simultanés de l'alimentation électrique de plusieurs voies TGV en novembre 2008.
Un Blanc. Un Noir. Cité du Val-d'Oise. Petit village de Corrèze. Parents immigrés africains de première génération. Classe moyenne de province. Diplôme universitaire. Déscolarisation précoce. Nos histoires se croisent au hasard d'une désertion des voies tracées pour nous dans le grand cirque de la reproduction sociale.
Désertion des "possibilités" d'un plan de carrière universitaire et professionnel tout tracé. Désertion de la perspective de rejoindre la France qui se lève vraiment tôt, celle qu'on croise à 5 heures du soir dans le RER, celle qui nettoie la scène où la France qui compte se produira au grand jour.
Désertion en tout cas de cette France qui expulse, qui parque, qui discrimine, qui classe, ordonne, juge et enferme toujours selon la classe, la race, le "patrimoine". Nous nous sommes trouvés dans une petite cour de promenade humide et glauque de la prison de Fresnes, de sinistre réputation. A l'ombre des barbelés, les pieds dans l'urine des rats. Un an déjà s'est passé depuis notre rencontre et le système judiciaire n'a pas manqué de manifester sa véritable nature : un système qui fixe au jour le jour les critères de ce qui est acceptable et de ce qui ne l'est pas au bénéfice, le plus souvent, des classes dominantes de cette société. Face à ce système, et pris dans le viseur d'un gouvernement qui ne cesse de mettre la vieille tradition réactionnaire française au goût du jour, nous endossons chacun la défroque d'une figure de l'ennemi intérieur nouvelle vague.
On comprend bien l'acharnement que met ce gouvernement - appuyé en cela par la plupart des médias - à faire de nous, chacun à sa façon, les plus terribles portraits, "barbares", "inconscients", "ultra-violents", "anarcho-autonomes", "racailles" et toutes sortes d'autres outrances langagières. On sent aussi à quel point ce que l'on conjure à tant nous calomnier c'est la crainte que ces figures soient finalement plus désirables que les figures officielles de la réussite et de l'intégration.
Et elles le sont sans aucun doute... Le jeune diplômé qui crache dans la soupe de l'Occident triomphant et ne compte pas en rester là ; le jeune fils d'immigré qui refuse de rempiler dans les fonctions de larbin qu'on a toujours massivement réservées à ceux de sa couleur.
Notez que, même aux rangs des ennemis intérieurs désignés, la couleur de peau et l'extraction font encore une terrible différence. La "société civile", les médias s'émeuvent beaucoup moins du sort de quelques jeunes "indigènes" aux prises avec une police galvanisée que lorsqu'il s'agit de rejetons de la classe moyenne blanche - socle politique de ce pays. Et les magistrats ont toujours la main plus lourde.
Nous nous sommes retrouvés là, l'un et l'autre, sur foi de réquisitoires aussi peu fondés l'un que l'autre, où le bon vieux "témoignage anonyme", pour ne pas dire "délation crapuleuse", dispense opportunément de la "charge de la preuve"... Pris dans de véritables affaires d'Etat où les enjeux politiques dépassent largement le sort particulier de nos petites personnes, voire s'en balancent, au profit d'enjeux électoraux, de compétition des services de renseignement et de police, de politiques de communication policières et ministérielles.
Nicolas Sarkozy avait dit, avant même son élection à la tête de l'Etat, toute sa crainte d'une "jonction" - jamais advenue - entre le mouvement des universités contre le contrat première embauche (CPE) et les différentes vagues de révoltes de la jeunesse de banlieue, ce n'est pas le moindre des paradoxes que ce soit sa politique de répression elle-même qui nous fasse nous rencontrer. Il n'y a jamais eu meilleur catalyseur que l'épreuve d'une hostilité commune pour passer des frontières qui étaient parfois apparues infranchissables. La simple juxtaposition de nos deux histoires éclaire le présent d'une lumière plus crue. Nous pensons que notre rencontre n'est pas qu'une anecdote sympathique. Elle nous a paru à tous deux préfigurer ce qui doit arriver, ce qui, comme peu d'autres choses, indique une sortie du marasme politique du présent.
Si nous prenons la parole aujourd'hui, c'est qu'il est temps d'en finir avec l'habituel fatalisme qui entoure ceux qui sont pris dans les rouages de la justice et qui n'ont d'autre horizon que le broyage pénitentiaire. Nous ne sommes pas des épouvantails, nous sommes doués de parole et de pensée et nous comptons bien en faire usage envers et contre tout étouffement.
Fin octobre a été prononcé un non-lieu pour les policiers qui étaient à bord du véhicule qui a provoqué la mort de Larami et Moushin. Il n'y aura pas de procès. Dans le même temps, on annonce le renvoi aux assises des quatre personnes soupçonnées, sans preuves, d'avoir participé aux tirs contre les forces de police pendant les émeutes. Tout semble annoncer un procès expiatoire.
Il s'agira de faire un exemple pour toute la jeunesse révoltée de ce pays : "N'espérez même pas pouvoir vous défendre ! Nous jouissons de l'impunité totale, vous risquez des peines énormes. Vous êtes pieds et poings liés", semblent hurler tous les pouvoirs réunis en une seule et même chorale infernale. Et nous n'avons pas fini de l'entendre : le 27 octobre avait lieu à Clichy-sous-Bois une commémoration de la mort de Zyed et Bouna dans un transformateur électrique lors d'une course-poursuite avec la police en 2005 ; ce même jour les policiers ont déposé une plainte contre Muhittin, seul survivant du trio d'adolescents, aujourd'hui majeur, pour "non-assistance à personne en danger".
Je suis Benjamin, je suis resté à peine trois semaines en détention. Comme mes co-mis en examen je suis depuis onze mois sous contrôle judiciaire strict avec l'interdiction de rentrer chez moi. Je cherche à faire que ce temps volé par l'appareil judiciaire ne soit pas un temps mort.
Je suis Maka, comme mes co-mis en examen je suis depuis vingt mois en détention "préventive", et placé à l'isolement. Je lis, j'écris, j'aiguise ma compréhension de ce monde et de la place qui nous y a été dévolue ; je fais ma révolution dans 9 mètres carrés.
Nous ne sommes que deux exemples parmi tant d'autres que nous ne pouvons tous citer ici. L'année 2010 devrait voir de nouveaux rebondissements dans nos deux "affaires". Elles sont toutes deux emblématiques de la guerre totale que mène ce gouvernement contre tout ce qui ne se soumet pas à son idéal glacé et policé. Nous pensons que ces victoires ne leur sont pas assurées.
Nous savons que nous sommes toujours plus nombreux, de tous horizons, déterminés à ne pas les laisser marcher sur nos têtes. Il faut que ces "épisodes" judiciaires soient aussi pour chacun l'occasion d'une prise de parti dans l'époque. Rester silencieux en de telles circonstances revient à tenir le manche de la pelle qui s'évertue à vouloir nous enterrer vivants.
Maka Kanté a été mis en examen et incarcéré pour les émeutes de Villiers-le-Bel ;
Benjamin Rosoux a été mis en examen dans l'"affaire de Tarnac". »²

Benjamin et Maka n’ont pas l’intention de renoncer mais de se battre et c’est tout à l’honneur du Monde que de permettre aux Français de prendre davantage conscience des dangers qui s’avancent à grands pas contre nous. Rien n’est plus dangereux qu’un régime effrayé par la jeunesse et qui scénarise, tranforme des conjurations, des révoltes afin d’épouvanter toute la nation.


Jean Vinatier

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Tous droits réservés

Sources:

1- in Tome1, « Les vingt ans du Roi, 1774-1778 », Paris, Robert Laffont, 1972, pp.18-19,

2-
http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/11/23/villiers-le-bel-tarnac-fallait-pas-nous-mettre-dans-la-meme-prison-par-maka-kante-et-benjamin-rosoux_1270865_3232.html



In Seriatim :

Harold Pinter
http://www.seriatimonline.com/2008/12/harold-pinter-le-mal-qui-ronge-en.html

Albert Camus :
http://www.seriatimonline.com/2009/09/albert-camus-democratie-et-dictature.html

Stig Dagerman
http://www.seriatimonline.com/2009/10/dagerman-la-liberte-commence-par.html

Pier Paolo Pasolini
http://www.seriatimonline.com/2008/11/pier-paolo-pasolini-les-jeunes-sont.html

Et aussi:
http://www.seriatimonline.com/2008/11/france-ultra-gauche-et-terrorisme.html
http://www.seriatimonline.com/2008/12/edito-marciac-ou-les-enfants-tromps.html
http://www.seriatimonline.com/2008/12/edito-du-parthnon-la-bastille.html
http://www.seriatimonline.com/2008/12/edito-de-la-nuit-des-coles-laube.html

http://www.seriatimonline.com/2008/12/de-la-police-nationale-la-scurit-prive.html
http://www.seriatimonline.com/2008/12/edito-le-dtenu-est-un-citoyen.html
http://www.seriatimonline.com/2009/04/edito-medecins-et-universitaires.html
http://www.seriatimonline.com/2009/05/edito-un-enseignant-opj-pour-chaque.html
http://www.seriatimonline.com/2009/06/1989-de-la-baltique-la-mer-de-chine-le.html


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lundi 23 novembre 2009

Albert Camus : son discours de Stockholm en 1957 –N°575-3e année

« Sire, Madame, Altesses Royales, Mesdames, Messieurs,En recevant la distinction dont votre libre Académie a bien voulu m'honorer, ma gratitude était d'autant plus profonde que je mesurais à quel point cette récompense dépassait mes mérites personnels. Tout homme et, à plus forte raison, tout artiste, désire être reconnu. Je le désire aussi. Mais il ne m'a pas été possible d'apprendre votre décision sans comparer son retentissement à ce que je suis réellement. Comment un homme presque jeune, riche de ses seuls doutes et d'une œuvre encore en chantier, habitué à vivre dans la solitude du travail ou dans les retraites de l'amitié, n'aurait-il pas appris avec une sorte de panique un arrêt qui le portait d'un coup, seul et réduit à lui-même, au centre d'une lumière crue ? De quel cœur aussi pouvait-il recevoir cet honneur à l'heure où, en Europe, d'autres écrivains, parmi les plus grands, sont réduits au silence, et dans le temps même où sa terre natale connaît un malheur incessant ?

J'ai connu ce désarroi et ce trouble intérieur. Pour retrouver la paix, il m'a fallu, en somme, me mettre en règle avec un sort trop généreux. Et, puisque je ne pouvais m'égaler à lui en m'appuyant sur mes seuls mérites, je n'ai rien trouvé d'autre pour m'aider que ce qui m'a soutenu tout au long de ma vie, et dans les circonstances les plus contraires : l'idée que je me fais de mon art et du rôle de l'écrivain. Permettez seulement que, dans un sentiment de reconnaissance et d'amitié, je vous dise, aussi simplement que je le pourrai, quelle est cette idée.

Je ne puis vivre personnellement sans mon art. Mais je n'ai jamais placé cet art au-dessus de tout. S'il m'est nécessaire au contraire, c'est qu'il ne se sépare de personne et me permet de vivre, tel que je suis, au niveau de tous. L'art n'est pas à mes yeux une réjouissance solitaire. Il est un moyen d'émouvoir le plus grand nombre d'hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes. Il oblige donc l'artiste à ne pas se séparer ; il le soumet à la vérité la plus humble et la plus universelle. Et celui qui, souvent, a choisi son destin d'artiste parce qu'il se sentait différent apprend bien vite qu'il ne nourrira son art, et sa différence, qu'en avouant sa ressemblance avec tous. L'artiste se forge dans cet aller retour perpétuel de lui aux autres, à mi-chemin de la beauté dont il ne peut se passer et de la communauté à laquelle il ne peut s'arracher. C'est pourquoi les vrais artistes ne méprisent rien ; ils s'obligent à comprendre au lieu de juger. Et s'ils ont un parti à prendre en ce monde ce ne peut être que celui d'une société où, selon le grand mot de Nietzsche, ne règnera plus le juge, mais le créateur, qu'il soit travailleur ou intellectuel.

Le rôle de l'écrivain, du même coup, ne se sépare pas de devoirs difficiles. Par définition, il ne peut se mettre aujourd'hui au service de ceux qui font l'histoire : il est au service de ceux qui la subissent. Ou sinon, le voici seul et privé de son art. Toutes les armées de la tyrannie avec leurs millions d'hommes ne l'enlèveront pas à la solitude, même et surtout s'il consent à prendre leur pas. Mais le silence d'un prisonnier inconnu, abandonné aux humiliations à l'autre bout du monde, suffit à retirer l'écrivain de l'exil chaque fois, du moins, qu'il parvient, au milieu des privilèges de la liberté, à ne pas oublier ce silence, et à le relayer pour le faire retentir par les moyens de l'art.

Aucun de nous n'est assez grand pour une pareille vocation. Mais dans toutes les circonstances de sa vie, obscur ou provisoirement célèbre, jeté dans les fers de la tyrannie ou libre pour un temps de s'exprimer, l'écrivain peut retrouver le sentiment d'une communauté vivante qui le justifiera, à la seule condition qu'il accepte, autant qu'il peut, les deux charges qui font la grandeur de son métier : le service de la vérité et celui de la liberté. Puisque sa vocation est de réunir le plus grand nombre d'hommes possible, elle ne peut s'accommoder du mensonge et de la servitude qui, là où ils règnent, font proliférer les solitudes. Quelles que soient nos infirmités personnelles, la noblesse de notre métier s'enracinera toujours dans deux engagements difficiles à maintenir : le refus de mentir sur ce que l'on sait et la résistance à l'oppression.

Pendant plus de vingt ans d'une histoire démentielle, perdu sans secours, comme tous les hommes de mon âge, dans les convulsions du temps, j'ai été soutenu ainsi : par le sentiment obscur qu'écrire était aujourd'hui un honneur, parce que cet acte obligeait, et obligeait à ne pas écrire seulement. Il m'obligeait particulièrement à porter, tel que j'étais et selon mes forces, avec tous ceux qui vivaient la même histoire, le malheur et l'espérance que nous partagions. Ces hommes, nés au début de la première guerre mondiale, qui ont eu vingt ans au moment où s'installaient à la fois le pouvoir hitlérien et les premiers procès révolutionnaires, qui furent confrontés ensuite, pour parfaire leur éducation, à la guerre d'Espagne, à la deuxième guerre mondiale, à l'univers concentrationnaire, à l'Europe de la torture et des prisons, doivent aujourd'hui élever leurs fils et leurs œuvres dans un monde menacé de destruction nucléaire. Personne, je suppose, ne peut leur demander d'être optimistes. Et je suis même d'avis que nous devons comprendre, sans cesser de lutter contre eux, l'erreur de ceux qui, par une surenchère de désespoir, ont revendiqué le droit au déshonneur, et se sont rués dans les nihilismes de l'époque. Mais il reste que la plupart d'entre nous, dans mon pays et en Europe, ont refusé ce nihilisme et se sont mis à la recherche d'une légitimité. Il leur a fallu se forger un art de vivre par temps de catastrophe, pour naître une seconde fois, et lutter ensuite, à visage découvert, contre l'instinct de mort à l'œuvre dans notre histoire.

Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu'elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse. Héritière d'une histoire corrompue où se mêlent les révolutions déchues, les techniques devenues folles, les dieux morts et les idéologies exténuées, où de médiocres pouvoirs peuvent aujourd'hui tout détruire mais ne savent plus convaincre, où l'intelligence s'est abaissée jusqu'à se faire la servante de la haine et de l'oppression, cette génération a dû, en elle-même et autour d'elle, restaurer, à partir de ses seules négations, un peu de ce qui fait la dignité de vivre et de mourir. Devant un monde menacé de désintégration, où nos grands inquisiteurs risquent d'établir pour toujours les royaumes de la mort, elle sait qu'elle devrait, dans une sorte de course folle contre la montre, restaurer entre les nations une paix qui ne soit pas celle de la servitude, réconcilier à nouveau travail et culture, et refaire avec tous les hommes une arche d'alliance. Il n'est pas sûr qu'elle puisse jamais accomplir cette tâche immense, mais il est sûr que partout dans le monde, elle tient déjà son double pari de vérité et de liberté, et, à l'occasion, sait mourir sans haine pour lui. C'est elle qui mérite d'être saluée et encouragée partout où elle se trouve, et surtout là où elle se sacrifie. C'est sur elle, en tout cas, que, certain de votre accord profond, je voudrais reporter l'honneur que vous venez de me faire.

Du même coup, après avoir dit la noblesse du métier d'écrire, j'aurais remis l'écrivain à sa vraie place, n'ayant d'autres titres que ceux qu'il partage avec ses compagnons de lutte, vulnérable mais entêté, injuste et passionné de justice, construisant son œuvre sans honte ni orgueil à la vue de tous, sans cesse partagé entre la douleur et la beauté, et voué enfin à tirer de son être double les créations qu'il essaie obstinément d'édifier dans le mouvement destructeur de l'histoire. Qui, après cela, pourrait attendre de lui des solutions toutes faites et de belles morales ? La vérité est mystérieuse, fuyante, toujours à conquérir. La liberté est dangereuse, dure à vivre autant qu'exaltante. Nous devons marcher vers ces deux buts, péniblement, mais résolument, certains d'avance de nos défaillances sur un si long chemin. Quel écrivain, dès lors oserait, dans la bonne conscience, se faire prêcheur de vertu ? Quant à moi, il me faut dire une fois de plus que je ne suis rien de tout cela. Je n'ai jamais pu renoncer à la lumière, au bonheur d'être, à la vie libre où j'ai grandi. Mais bien que cette nostalgie explique beaucoup de mes erreurs et de mes fautes, elle m'a aidé sans doute à mieux comprendre mon métier, elle m'aide encore à me tenir, aveuglément, auprès de tous ces hommes silencieux qui ne supportent, dans le monde, la vie qui leur est faite que par le souvenir ou le retour de brefs et libres bonheurs.

Ramené ainsi à ce que je suis réellement, à mes limites, à mes dettes, comme à ma foi difficile, je me sens plus libre de vous montrer pour finir, l'étendue et la générosité de la distinction que vous venez de m'accorder, plus libre de vous dire aussi que je voudrais la recevoir comme un hommage rendu à tous ceux qui, partageant le même combat, n'en ont reçu aucun privilège, mais ont connu au contraire malheur et persécution. Il me restera alors à vous en remercier, du fond du cœur, et à vous faire publiquement, en témoignage personnel de gratitude, la même et ancienne promesse de fidélité que chaque artiste vrai, chaque jour, se fait à lui-même, dans le silence.

Albert Camus »


Jean Vinatier

Copyright©SERIATIM 2009
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Source :
http://nobelprize.org/nobel_prizes/literature/laureates/1957/camus-speech-f.html
http://nobelprize.org/nobel_prizes/literature/laureates/1957/camus-speech-e.html (en anglais)

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dimanche 22 novembre 2009

Albert Camus et le Président -N°574- 3e année

Le Président de la République accueillera-t-il Albert Camus au Panthéon ? L’idée, à peine lancée, suscite les remous et les divisions. Les critiques ne concernent pas Albert Camus, Prix Nobel de Littérature dont nul ne conteste le talent et les combats qu’il mena tout au long de sa courte vie mais les motivations de Nicolas Sarkozy.
C’est, je crois, une première en France de voir un Chef d’Etat auquel il serait dénié la capacité à proposer tel ou tel homme ou femme illustre pour entrer au Panthéon. Le futur marquis de Pastoret et Président de la Chambre des Pairs donnait, à la tribune de l’assemblée constituante en 1791 une définition fort simple du monument
:
«…..Que le temple de la religion devienne le temple de la patrie, que la tombe d'un grand homme devienne l'autel de la liberté »
Avec une telle maxime, tout Chef d’Etat, dés lors qu’il se conforme à la Constitution en vigueur n’est-il pas capable d’avancer un nom puis d’avoir l’accord de la famille ? La République ne contesta pas les refus des familles de Charles Péguy et de Romain Rolland.
Jean Camus, à la différence de sa sœur plus hésitante, refuse le transfert parce qu’il craint une récupération politique : Mais la panthéonisation ne l’est-elle pas ?
Dans les années 1780, Louis XVI et ses ministres réfléchirent à citer en exemple les hommes les plus fameux de l’histoire de France, inaugurant ainsi, le culte des grands hommes ; démarche d’abord reprise lors de la création du Panthéon avant que la IIIe République ne lui confère une place centrale afin de fonder sa mythologie et son culte.
Le Panthéon est à bien des égards une nécropole où l’esprit des meilleurs, protégeraient la nation contre tous les malheurs telle la châsse de Sainte-Geneviève assurant la protection de Paris.
Le problème n’est pas de juger la capacité de Nicolas Sarkozy à appeler Albert Camus dans le temple républicain sous prétexte qu’il voudrait séduire les pieds-noirs à la veille des régionales, jouer un vilain tour à la gauche et s’ennoblir par ce geste mais de savoir si la nation est encore en mesure de comprendre l’importance de cette cérémonie?
Si les plus opposés à ce transfert appréhendent que Nicolas Sarkozy s’approprie la dépouille d’Albert Camus, qu’ils soient rassurés : Cet auteur humaniste gardera toute sa dimension, son œuvre est son testament, sa force, le Chef de l’Etat n’y peut rien ! Dans le même ordre affirmer qu’Albert Camus refusait les honneurs est inexact : n’a-t-il pas accepté le Prix Nobel de la Paix et sa remise, selon l’usage, par le roi de Suède, Gustave VI Adolphe en 1957 ? Qui a douté de la qualité intellectuelle du souverain ? Personne.
En panthéonisant Albert Camus, Nicolas Sarkozy s’oblige, à moins de tout fausser, de mentir, à tracer le portrait d’un homme et de sa philosophie, quitte à apparaître en héros absurde, personnage si présent dans les écrits du nobélisé. Le Chef de l’Etat en tirerait une vanité ? Laissons-là-lui !
Dans cet instant, c’est à la grandeur de la France qu’il faut penser pas à autre chose : Haussons-nous ! L’identité nationale étant sur toutes les lèvres, les Français feraient bien de relire notamment, ses articles parus dans
Combat dont l’extrait ci-dessous, de sortir de leur avachissement et ce qu’Albert Camus entre ou pas au Panthéon:
« Il est possible, en tout cas, de répondre une nouvelle fois, et pour finir, à l’accusation d’utopie. Car, pour nous, la chose est simple : ce sera l’utopie ou la guerre, telle que nous la préparent des méthodes de pensées périmées. Le monde a le choix aujourd’hui entre la pensée politique anachronique et la pensée utopique. La pensée anachronique est en train de nous tuer. Si méfiants que nous soyons (et que je sois), l’esprit de réalité nous force donc à revenir à cette utopie collective. Quand elle sera rentrée dans l’Histoire, comme beaucoup d’autres utopies du même genre, les hommes n’imagineront plus d’autre réalité. Tant il est vrai que l’Histoire n’est que l’effort désespéré des hommes pour donner corps aux plus clairvoyants de leurs rêves. »¹

Jean Vinatier

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Tous droits réservés

In Seriatim :

1-
http://www.seriatimonline.com/2009/09/albert-camus-democratie-et-dictature.html


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vendredi 20 novembre 2009

Union européenne : en avant halte ?–N°573-3e année

Les choix du Belge Herman Van Rompuy pour la présidence du Conseil européen et de la Britannique la baronesse Catherine Ashton de Upholland aux fonctions de Haut représentant pour les Affaires Etrangères et la Sécurité seraient, d’après les commentaires, une déception !
Mais de quelle déception nous parle-t-on ? Le traité de Lisbonne, qui entrera en vigueur le 1er décembre prochain, pouvait-il, par miracle, décider les chefs d’Etat et de gouvernement des 27 de choisir à ces 2 postes emblématiques des personnalités remarquables ? Que nenni ! Les citoyens européens resteront, eux, bouché bée et hausseront les épaules.
Cette New Europe est d’abord le résultat fait par trois pays voire 4 avec l’Italie, la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne et non des 27 : bravo la collégialité !
Nicolas Sarkozy voulait
Tony Blair comme premier président du conseil européen mais le tollé suscité par cette candidature a été si fort qu’il a du rebrousser chemin non sans toutefois insister pour qu’un britannique ait un poste. Pourquoi ? Michel Barnier devrait recevoir le commissariat pour le marché intérieur mais Londres, justement, pose beaucoup de conditions et mène campagne pour que le domaine financier sorte des compétences de ce futur commissariat : La City ne veut pas d’un français dans ce domaine !
Résultat des courses, Gordon Brown impose une apparatchik travailliste, la baronesse Ashton actuelle titulaire du commissariat au commerce mais sans avoir rassuré pleinement Nicolas Sarkozy. Il est assez extraordinaire que le Royaume-Uni qui refuse l’euro et l’espace de Schengen fasse la pluie et le beau temps et emporte le jackpot en faisant d’une anglaise la porte-parole de la politique étrangère de l’Union. Ce choix fait fi de la possible défaite des travaillistes au printemps 2010 et du retour des conservateurs annoncés comme europhobes. Bien malin est celui qui distingue parmi les partis anglais les europhobes, des eurosceptiques !
Pour la présidence du conseil européen, la chancelière allemande, Angela Merkel gardait, sous la main le Premier ministre luxembourgeois, Jean-claude Junker. L’hostilité de Paris a fait avorter ce choix qui eut été excellent. Que reproche le Président français à M. Junker ? D’être à la tête d’un paradis fiscal (le City ne l’étant pas ?) et d’avoir un caractère trop entier ! Finalement, Berlin et Paris ont opté pour le nom de l’actuel Premier ministre belge, Herman van Rompuy lequel par son départ risque de provoquer une nouvelle instabilité dans le royaume.
Au terme de multiples tractations, de gesticulations et de conciliabules, voilà quel sera le visage de l’Europe du traité de Lisbonne : un président choisi pour 2 ans et demi (2010-juin2012), un Haut représentant nommé pour 5 ans jusqu’en janvier 2015. Si Herman Van Rompuy a un parcours d’élu national, la baronesse vient du parti travailliste et du sérail de l’administration bruxelloise avec une fidèlité aux idées de Peter Mandelson et de Tony Blair même si elle a pu ici et là annoncer quelques désaccords. Cette Europe, pas plus que du temps du piètre Javier Solana, ne sera considérée comme une grande puissance des Etats-Unis à la Chine en passant par le Brésil et l’Inde.
Dans cette affaire l’activisme français ne débouchera – et c’est malheureux – sur rien de positif, le plus urgent étant qu’aucune personnalité ne vienne faire de l’ombre au Président de la République. Pourquoi Angela Merkel s’est-elle inclinée ? Tout simplement au nom des stricts intérêts de son pays, elle a compris comment fonctionnait Nicolas Sarkozy.
Elle lui prodigue des tas d’amabilités pour avoir la paix et la laisser renforcer l’Allemagne sur tous les marchés émergents, développer les partenariats avec la Russie et l’Europe centrale. C’est à Londres que l’on doit le plus pouffer devant ces continentaux éparpillés et inconséquents. Le gouvernement de Sa Très Gracieuse Majesté ne varie pas, il trace sa voie, « never explain, never complain…. »
Ainsi craint-on que l’Union européenne représentée par van Rompuy et Ashton sous la surveillance de l’homme de maison Barroso,ne fasse pas le poids vis-à-vis du monde en général et du B.R.I.C en particulier bien que l’on souhaite, en secret, le contraire!

Jean Vinatier

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Football : main de vilain –N°572-3e année

Au terme d’un match décevant, lors des prolongations, la main du capitaine de l’équipe de France, Thierry Henry a décidé de la victoire des Bleus sur les Verts d’Irlande. Cette main de trop vue par l’équipe irlandaise, les spectateurs du stade et les téléspectateurs fait le tour du monde soulevant l’indignation, mettant l’équipe de France à l’index ! Les Irlandais appellent à faire rejouer le match quand du côté Français, on reste silencieux. Raymond Domenech ne comprenant pas en quoi l’équipe serait coupable puisque l’arbitre n’a rien remarqué, il annone : « on a suffisamment souffert…. on a suffisamment bataillé….la seule chose qui compte…. c’est l’émotion,…. faire la fête, on est qualifié »
Si Raymond Domenech n’a pas tort sur le fond, sur la forme les conséquences sont catastrophiques d’autant plus que le Chef de l’Etat, sans être au courant de la polémique, l’a félicité. Le football est présenté comme un sport sans tache avec des joueurs sans failles, ni faiblesses et le sens de l’éthique. Les joueurs de football ont zéro défaut, des mœurs parfaites, une discipline de vie digne des spartiates…telle est l’histoire que l’on nous raconte…
Que vont penser les jeunes de tous les milieux en notant que pour gagner la faute n’est plus un obstacle ? Le ballon rond sert de référent à un grand nombre de catégories sociales quel que soit le revenu. Peut-on fermer les yeux sur une faute lors d’un jeu et ne pas sévir quand elle survient dans la vie de tous les jours ? Nous avons un gouvernement qui prône la morale à tout bout de champ, qui profite du moindre incident ou faute pour instituer un nouveau fichier, le sport ferait-il exception ?
Il revient à la Fédération Française de Football d’accepter que le match soit rejoué. N’oublions pas que le même jour le match Algérie/Egypte a déchaîné des enthousiasmes plus grands parmi les jeunes français « de fraîche date » -comme on dit avec ironie- que celui d’Irlande/France. Peut-on applaudir une équipe qui l’emporte péniblement au-delà de la durée normale via une faute de main ? Non. Et les jeunes français qui crient vive l’Algérie plutôt que vive les Bleus annoncent que nous ne sommes pas dans une union nationale, l’identité nationale quant à elle, vole , en éclat !


Jean Vinatier

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mercredi 18 novembre 2009

Palestine emmurée : une réserve indienne ? –N°571- 3e année

Quand le monde dit libre apprend une mauvaise nouvelle depuis la Palestine, il est toujours consterné mais est-il surpris ?
Il ne fallait pas s’en remettre à Nostradamus pour découvrir, aujourd’hui, que l’Etat israélien lancerait une vague de constructions à Gilo dans la périphérie de Jérusalem-Est et encouragerait le développement de nouvelles colonies. Les propos d’Hillary Clinton puis ceux du Président Obama au moment de recevoir Benyamin Nétanyaou ne pouvaient qu’assombrir l’horizon des Palestiniens.
Face à ces nouveaux obstacles qui « remettent en cause » les pourparlers de paix, Mahamoud Abbas a informé qu’il ne briguerait pas un nouveau mandat et qu’il soumettrait à l’ONU l’approbation de la naissance de l’Etat palestinien ! Le gouvernement de Tel-Aviv a aussitôt indiqué qu’il ne le permettrait pas, donnant dans la foulée une liste de tous les inconvénients qu’il susciterait alors aux Palestiniens. Si quelques hommes avaient des illusions sur les discours israéliens, les masques tombent comme jamais et le Congrès américain a rejeté les conclusions du diplomate onusien Goldstone !
Mais ce bruit ne risque pas de perturber le cours des relations internationales. Les Palestiniens devront rester sagement dans des portions de territoire de plus en plus réduites et clairsemées, ni l’Union européenne, ni les Etats-Unis, ne feront quoi que ce soit qui agacerait Israël. Les pays arabes, fidèles à eux-mêmes se lamenteront sans offrir un front uni.
L’histoire de la Palestine est un drame que personne ne veut arrêter et pourquoi le ferait-on puisqu’il ne gêne quiconque : ni la morale internationale, ni les principes de liberté. Si les Palestiniens avaient, au moins, du pétrole, du gaz ou bien des terres rares, leur richesse potentielle servirait leur cause ; mais là, rien, ils n’ont qu’une terre de bergers !
Voilà l’étouffement d’un peuple : un mur odieux, une colonisiation méthodique, cruelle et malheureusement pour eux, leur classe politique corrompue quand elle n’entre pas dans des disputes sans fin qui provoquent violences et des bains de sang.
Israël brandit toutes ses menaces la conscience parfaitement tranquille, en ironisant sur les dirigeants européens et américains. C’est un grand tort qu’aucun chef de gouvernement du monde Atlantique ne sache pas taper du poing sur la table mais encore faudrait-il que nos soldats ne soient pas entrain de guerroyer en Asie. Pourquoi Israël devrait-il ralentir ses projets d’extension territoriale alors que nous ne pensons qu’à nous étendre via l’OTAN en Afghanistan ? Ne sommes-nous pas là-bas au nom de la démocratie pour l’inculquer à des tribus belliqueuses et tâcher de les vassaliser? Mettons-nous à la place de la classe politique israélienne, ne voit-elle pas que nous étouffons comme eux une population ? Pourquoi devrait-elle y renoncer ? Ne menons-nous pas le même combat ? Israël nargue le monde comme nous !
La Palestine disparaitra-t-elle ? Rassurez-vous, une réserve indienne perdurera son souvenir. Et c’est très gentil un Indien, ça dit bonjour aux visiteurs !



Jean Vinatier


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mardi 17 novembre 2009

Obama et la Terre du Milieu-N°570-3e année

A peine remis des propos du Premier ministre japonais au sujet de l’extension de la base américaine située sur l’île d’Okinawa, le Président Obama comptait sur un climat tempéré en Chine ou Terre du Milieu, manque de chance il fut quasi glacial.
A sa descente d’avion à Shanghai, au lieu de son homologue chinois, Hu Jintao, c’est Xi Jinping, simple membre du secrétariat central du parti qui lui fit faire les premiers pas et la conférence de presse pékinoise entre Obama et Jintao ne brillât guère par la chaleur. Décidément il ne fait pas bon d’être un débiteur américain allant à la rencontre de son créancier !
Quoi qu’il en soit, les sujets de contestation ne manquent pas entre les deux pays. Ainsi, Pékin a-t-il vu d’un très mauvais œil les visites de diplomates américains au Myanmar et n’apprécie pas l’ambition de Washington de vouloir contrôler le port pakistanais de Gwadar par lequel transiterait le gazoduc Inde-Pakistan-Iran! Dans les deux cas, la Chine les considère comme relevant de son voisinage proche.
Au-delà de ces exemples de frictions d’affaires extérieures, la Chine réitère ses critiques sur le plan économique contre le protectionnisme qui tente une partie du monde dont les Etats-Unis quand le face à face dollar-yuan attise les tensions nerveuses des deux puissances. Si des deux côtés du Pacifique, on reste en chiens de faïence, on s’envoie, néanmoins, des messages peu amènes : les autorités pékinoises fustigent la politique monétaire menée par la FED qui laisse, comme l’écrit la journaliste Isabelle Croizard, «
filer le billet vert en encourageant le carry trade, les stratégies de portage consistant à jouer sur les écarts de rendements, par le maintien de taux d’intérêt égal ou presque à zéro », en échos les Américains répliquent en exigeant une réévaluation du yuan. De cet assaut verbal que peut-il en résulter ? Du côté américain, les marges de manœuvre ne sont plus grandes tant la défiance s’installe envers lui alors que l’Asie tient entre ses mains la majeure partie des cartes. Sur le plan monétaire, la Chine et le Japon réfléchissent discrétement depuis quelques temps à la création d’une monnaie commune, projet souligné par l’économiste Joseph Leddet dans son bon article publié dans La Tribune « Monnaies : à quand la création du "yan" » ?¹
Si les projets d’unions étatiques à l’échelle continentale font leur chemin en prenant pour exemple le modèle européen, il en va de même pour la monnaie. Ce mouvement est logique même s’il promet des difficultés énormes avant d’aboutir. Ainsi, les pays de la péninsule arabique sont-ils à deux doigts d’y parvenir mais ils tergiversent. On devine les fronts perlés des financiers américains en regardant comme acquises les négociations sino-japonaises pour arriver à faire une monnaie commune : Pékin et Tokyo ne sont-ils pas les banquiers de Washington ? On ferait une grosse erreur, cependant, si l’on croit que le but poursuivi par la Chine serait de mettre à mort les Etats-Unis, elle ne veut que s’épanouir harmonieusement…. Pour certains ce vœu est pire que tout !
Le Président Barack Obama ne gardera pas un souvenir heureux de son déplacement parmi les dirigeants de la Terre du Milieu, n’y a-t-il pas subi la supplice de la goutte d’eau ?

Jean Vinatier

Sources :

1-
http://www.latribune.fr/opinions/20091116trib000443937/monnaies-a-quand-la-creation-du-yan-.html

http://secretdefense.blogs.liberation.fr/defense/2009/11/olivier-debouzy-lind%C3%A9cision-et-linefficacit%C3%A9-de-la-politique-dobama.html#more


In Seriatim :
Chine une sélection d’articles :

http://www.seriatimonline.com/2009/10/kissinger-chine-et-japon-semancipent.html
http://www.seriatimonline.com/2009/07/chineetats-unis-deux-anses-pour-un-vase.html
http://www.seriatimonline.com/2009/07/de-wall-street-shanghai-le-chant-du.html
http://www.seriatimonline.com/2009/04/chine-labordage-du-fmi.html
http://www.seriatimonline.com/2008/12/chineetats-unis-nous-nous-tenons-par-la.html
http://www.seriatimonline.com/2008/08/la-chine-aux-jo-le-dragon-et-le-phnix.html
http://www.seriatimonline.com/2007/09/entre-chine-et-inde-le-myanmar.html


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lundi 16 novembre 2009

A la Saint-Martin, la moutarde monte au nez -N°569- 3e année

Deux semaines auparavant nous avions assisté aux multiples déchirures à l’intérieur de la majorité présidentielle, cette fois-ci à Dijon des ténors de la gauche se sont quasiment « giflés » en public. Pas de doute, nous sommes encore dans la saison chaude ou été de la Saint-Martin. Les joutes verbales entre Vincent Peillon et Ségolène Royal ont montré que les blessures n’étaient en rien cicatrisées depuis la dernière élection présidentielle et la campagne pour le secrétariat général du PS.
Alors que les colères montent depuis les élus locaux contre la seule suppression de la taxe professionnelle, de la gauche à la droite, tout l’échiquier politique vacille sur ses fondations. Comment les Français ne soupireraient-ils pas en écoutant Christine Lagarde, l’Américaine de Bercy, dire qu’en réformant cette taxe, le gouvernement n’allait pas organiser les féodalités ? Pour l’heure le seul féodal qui grandit sur la scène nationale est bien Nicolas Sarkozy.
Les procès
Clearstream et Angolagate ont mis à nu toutes les combinaisons et toutes les mœurs des hommes politiques. Le pauvre Charles Pasqua qui tonnait si fort depuis quelques jours n’a accouché que d’une souris suite aux retrouvailles Chirac/Sarkozy. Cet élan de l’actuel Président vers son prédécesseur indique, semble-t-il, que si Nicolas Sarkozy a bien des fusils, c’est l’ancien député de Corrèze qui a les culasses !
Au sommet de l’Etat, le Président s’époumone à s’extirper des sables mouvants où il s’est mis, frisant le coup de sang et quoi qu’il fasse, l’opinion se lasse de ses mouvements qu’elle estime désordonnés, répétitifs et sans suite.
Les rues sont calmes mais l’échauffourée du Champs de Mars a montré que la police en dépit des discours virils du ministre de l’Intérieur ne tenait pas complètement la rue tout comme elle avait été surprise, le mois dernier à Poitiers.
S’étonne-t-on que le gouvernement tienne au débat sur l’identité nationale,
cette boîte de Pandore ? Nous sommes les seuls de l’Union européenne à avoir proposé cette thématique : allons-nous comme au XVIIIe siècle nous interroger sur les origines et nous fabriquer une Antiquité, un Moyen-Âge, à opposer les Gaulois (peuple) aux Francs (noblesse) ? La population française loin de s'adoucir, s’énerve et s’agace de ces questions incessantes qui désorganisent sa vie quotidienne sans améliorer son ordinaire. Les députés ne s’en préoccupent pas : l’un veut légiférer sur la fessée, d’autres suggèrent que les anciens condamnés se fassent connaître auprès des maires sans oublier Eric Raoult qui s’imagine censeur des auteurs !
C’est bien toute la France qui s’irrite et concocte, comme elle en a le secret, de futures grandes querelles et invectives. Peut-on lui donner tort avec un gouvernement qui s’engueule en public, quand deux Premiers ministres (Fillon, Jospin) se jettent le gant ? Quels sérieux les partis politiques ont-ils encore ? Les
Verts ces algues toxiques voient, par contre-coup, leur popularité croître : est-ce réjouissant ?
Nous sommes au début de bien grands maux dans le vide intellectuel le plus complet !


Jean Vinatier

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vendredi 13 novembre 2009

Jean Sévilla : Le dernier empereur, Charles Ier d’Autriche 1887-1922 –N°568-3e année

Jean Sévilla, journaliste au Figaro est l’auteur de plusieurs ouvrages dont une biographie remarquée sur Zita la dernière impératrice d’Autriche-Hongrie publiée en 1997. Il propose, aujourd’hui, de sortir de l’oubli l’époux de Zita, Charles Ier de Habsbourg petit-neveu et successeur de François-Joseph sur le trône impérial de 1916 à 1918.
Charles Ier eut une vie courte, empereur à vingt-neuf ans, exilé à 31 ans, il mourut à 35 ans dans l’île de Madère où sa foi chrétienne intense, généreuse et ouverte l’aida à surmonter le dénuement matériel.
Lorsque le jeune archiduc succède au milieu de la Première guerre mondiale, en novembre 1916 à François-Joseph, pouvait-il sauver l’empire austro-hongrois ? Personnage effacé, timide et nous dit son biographe
« quelque peu naïf », il montra, une fois empereur, une ardeur au travail qui ne cesse de nous étonner. Le jeune souverain passa autant de temps en deux années de règne à réformer l’empire qu’à visiter les champs de bataille et à être parmi les soldats. Jean Sévilla souligne dans d’instructifs chapitres les défis complexes qui se présentaient à lui.
Charles Ier ne réussit pas à amener Paris, Londres et Rome à la table des négociations, pas davantage il ne parvint à se défaire de l’étreinte allemande. On suit avec attention toutes les tractations menées en 1917 par les beaux-frères de l’empereur, les princes Xavier et Sixte de Bourbon-Parme qui n’aboutirent pas, mais de peu. L’austrophobie dominait davantage bon nombre de politiques français et italiens que le simple bon sens. Jean Sévilla indique fort justement que George Clemenceau qui fut un ami de l’archiduc Rodolphe (Mayerling), n’était pas le plus hostile à Vienne.
Sur le plan intérieur, le souverain essaya de regrouper autour de lui la plupart des partis politiques d’alors mais sans réussir à constituer un gouvernement d’union nationale. Plus la guerre durait, plus les républicains autrichiens et tchèques gagnaient du terrain, ces derniers bénéficiant du soutien actif d’universitaires français. La transformation, dans les ultimes semaines de l’empire en Etat fédéral arrivait trop tard. Octobre 1918 fut le mois maudit pour Charles Ier : les peuples quittaient l’auguste dynastie pour former leur propre Etat. L’empereur qui n’abdiqua pas, devint un paria.
Installé en Suisse, il ne songea qu’à reconquérir le trône de Hongrie entre les mains de l’ancien aide de camp de François-joseph, Horthy : Personnage singulier que cet amiral sans flotte et régent d’un royaume sans roi ! Charles Ier n’avait-il pas ceint la couronne de Saint-Etienne le 30 décembre 1916 sous le nom de Charles IV ? Par deux fois, en mars et octobre 1921, l’ex-empereur tenta de revenir au pouvoir. Il échoua faute d’une bonne préparation. Expulsé de Suisse, le Portugal consentit à l’accueillir à Madère où il passa les derniers mois de sa vie.
En 2004, l’empereur Charles Ier fut déclaré Bienheureux par le Pape Jean-Paul II dont le père -Polonais de Galicie - avait servi comme capitaine dans l’armée impériale.
Dans cette biographie, Jean Sévilla a tracé un portrait de l’empereur Charles Ier qui n’est pas du tout hagiographique. Ce dernier souverain est la personne la plus attachante de cette sanglante période, dépassant de loin en intelligence, par exemple, Guillaume II et Nicolas II.
Si nous prenons le temps de réfléchir, l’empire austro-hongrois n’était-il pas, à la fois en retard sur son époque violemment nationaliste et en avance sur le temps : comment l’Europe se serait construite si l’empire avait perduré ? Cet ensemble danubien qui regroupait tant de peuples et de religions n’aurait-il pas été un cas d’école pour l’Unon européenne ?


Jean Vinatier

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Source :

Jean Sevilla : Le dernier empereur, Charles d’Autriche 1887-1922, Ed Perrin Paris, 2009

Site de l’auteur :

http://www.jeansevillia.com/

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Japon : Obama face à un Soleil Levant-N°567-3e année

Le Président Obama débute un voyage officiel au Japon dans un climat plutôt morose. Si le Président américain laisse derrière lui les ennuis intérieurs (défaites des démocrates dans le New Jersey, en Virginie et la très courte victoire à Chambre des Représentants pour la réforme de la santé), il en a d’autres sur ses pas dont le Japon qui figure, désormais au premier plan de ses préoccupations. Le Pentagone y dispose de 134 bases militaires et demandait comme une formalité d’en ajouter une autre à Okinawa. Le nouveau Premier ministre japonais Hatoyama a pratiquement opposé une fin de non-recevoir surprenant Washington. Le déplacement du Secrétaire d’Etat à la Défense, Robert Gates n’y changea rien d’autant plus que celui-ci n’y fit pas preuve de diplomatie. Pour l’heure, le Japon reporte sa réponse au-delà des élections municipales de janvier 2010 !
Les Etats-Unis mettent du temps à regarder l’évolution de la
société japonaise qui petit à petit reconquiert sa mémoire et par conséquent s’accommode de plus en plus mal de supporter la présence d’autant de soldats américains sur son sol. Le nationalisme japonais est tout à fait revigoré et les politiques japonais cherchent une voie pour établir des passerelles avec la Chine.
Cette démarche politique inquiète Washington d’autant plus que son autre allié historique, la Turquie, se rapproche de la Russie et entend jouer un rôle régional dans tout l’Orient. Ces deux puissances qui remplissent le rôle de gardiens de voies d’accès commencent à agir en fonction de leurs intérêts propres nés de leur situation géographique et de leur histoire respective, imposent aux politiques américains une réflexion à laquelle ils ne sont pas habitués.
Le Japon a rempli jusqu’à maintenant, tout le cahier des charges que les Etats-Unis avaient rédigé en 1945. Avec la renaissance de l’Asie devenue le moteur et l’usine du monde, le Japon ne peut plus garder sa place de gentil membre au sein de l’imperium américain. Tokyo procédera par étape tant qu’il n’aura pas construit une collaboration –pas évidente à conduire - avec Pékin et se sera assuré de son influence dans toute l’Asie du Sud-est depuis la Malaisie. Le Japon a encore besoin des Etats-Unis et réciproquement : la classe politique américaine verrait d’un mauvais œil tout retrait d’un GI. Il est à craindre que Washington ne soit conduit pour garder une supériorité stratégique de renforcer le rôle du Japon donc de faciliter sa montée en puissance. A terme, après avoir été corrompu et vassalisé, le Japon s’émanciperait des Etats-Unis.
Que peut faire le Président Obama ? S’oppose-t-on à une logique ? Tout ce qu’il peut, c’est négocier du temps et compter sur les inévitables rivalités inter-asiatiques. Le Japon a les yeux tournés vers l’Asie du Nord dont la
Sibérie ,l'Arctique et l’Asie du Sud, trois zones qui retiennent précisément les attentions des stratèges américains mais où ces derniers ne peuvent plus prétendre à l’hégémonie face aux acteurs régionaux dont certains des géants économiques.
Pendant ce déplacement, le Président Obama voudrait-il tourner la page Mac Arthur (1945) et proposer à Hatoyama une collaboration d’égal à égal?

Jean Vinatier

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mercredi 11 novembre 2009

France-Allemagne : au-delà de l’amitié, les égoïsmes–N°566-3e année

Puisque nous nous préparons à entrer dans les périodes festives de la fin d’année, était-il surprenant que deux grands ennemis d’hier fassent une démonstration supplémentaire de civilité et d’épanchement pour la cérémonie du 11 novembre? Absolument pas.
Berlin et Paris s’accordent volontiers des embrassades et des déclarations à l’unisson depuis les premiers pas de la construction européenne (1949) du traité de l’Elysée (1963) sans que l'on ne trouve guère de succès et d’initiatives communs. Tout se déroulerait-il selon la trame d’une comédie ? Pas seulement. Mais le fait est que des deux côtés du Rhin, on a le plus grand mal à entreprendre au-delà des toasts. On reste dans une surveillance ou une méfiance faute de pouvoir refaire une bataille.
Par prudence et timidité, Paris et Berlin évitent toute mesure créatrice qui bousculerait l’Union européenne. Si les changements de gouvernement de part et d’autre forment un obstacle à l’audace, pourquoi n’a-t-on pas pu seulement établir un réseau commun d’universités et de centres de recherche ? Rendre obligatoire l’enseignement des deux langues en France et en Allemagne ? Ou bien créer un département ministériel franco-allemand comme le suggère Jack Lang ?
Dire l’amitié entre les Etats allemand et français ne suffit pas, il faut passer, à un moment par-dessus l’égoïsme, penser à nos descendants même si les souvenirs historiques pèsent comme une chape de plomb. Tout de même, n’aurait-il pas été pensable que Paris et Berlin adoptent une politique commune lors de la crise financière et travaillent à écrire de concert un plan de relance?
Jean-Dominique Guiliani et Joachim Bitterlich¹ ont souligné dans un article publié dans
Le Monde le 10 novembre, un « niveau de confiance et de consultation » unique dans le monde entre les deux nations. Fort bien, mais où se trouve le plan bilatéral ? Nulle part. C’est grand dommage parce qu’il fournirait aux autres membres de l’Union un exemple de premier choix ! Peut-être, que certains cercles verraient d’un mauvais œil toute initiative qui unirait trop longtemps France et Allemagne, craignant l’émergence d’une Europe puissance ! Certains chantres de l’Union européenne excluent radicalement toute concertation même à court terme entre deux Etats, pour eux l’Europe ne doit être que Babel !
C’est pitié de voir l’Allemagne et la France tenir tous les atouts entre les mains et les dédaigner. Pourtant, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy à l’unisson sur l’OTAN, sur la fidélité à l’union transatlantique et adeptes des idées libérales, ne devraient avoir aucun problème pour oser ; or, nous n’avons strictement rien de concret, de visible pour les deux populations. Ce n’est pas l’installation d’un régiment allemand dans le sud de l’Alsace qui constitue un acte fondateur.
Sont-ce nos caractères opposés, nos histoires conflictuelles qui formeraient un glacis mental indestructible ? Paris et Berlin ont l’occasion lors du prochain sommet européen le 19 novembre de plaider pour que les futurs Président du Conseil européen et Haut représentant pour les Affaires Etrangères soient d’un calibre à la hauteur de l’Union, la première puissance économique mondiale !
Hélas, au nom de la fidélité "Atlantique" ils risquent bien de soutenir, notamment, une créature de Tony Blair, David Miliband, actuel secrétaire d’Etat au Foreign Office, choix, qui s’il était entériné ne rendrait service à personne hormis quelques cercles et lobbies.
Plus que les égoïsmes nationaux, c’est bel et bien l’absence de vision historique qui paralyse toute audace.

Jean Vinatier

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Source:

1-
http://www.jd-giuliani.eu/fr/article/cat-3/171_Le-couple-franco-allemand-au-dela-des-symboles-par-Joachim-Bitterlich-et-Jean-Dominique-Giuliani.html


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mardi 10 novembre 2009

Allemagne sans mur, Europe dans le mur –N°565-3e année

L’anniversaire de la « chute » du Mur de Berlin le 9 novembre 1989 donne lieu à tous les spectacles possibles : on reconstruit ce mur un petit peu à Berlin, à Paris sans doute pour mieux répondre au désir de spectacle des gens et pour permettre une commémoration festive tandis que le mot « liberté » se répétéra à l’infini ! Si, nous pensons que cet anniversaire est mondial, nous avons grand tort, il est un événement européen avec un petit prolongement sur les rives de l’Hudson.
Bien évidemment, pour l’Allemagne, la fin de la RDA puis le départ de toutes les forces étrangères de son territoire sauf l’U.S Army¹ signifie la fin de l’après-guerre. L’Allemagne avec Berlin comme capitale, s’attèle, surtout, à garder sa puissance économique sans varier d’un iota sa relation avec les Etats-Unis, exception faite de l’année 2003. Pour le reste, l’Allemagne entend renforcer son partenariat avec la Russie, la Turquie et se place avec efficacité auprès de tous les pays émergents. Ce dynamisme, cette force uniquement concentrée sur la vie marchande se fait au détriment de l’engagement politique novateur. L’histoire n’intéresse plus l’Allemagne. Certes, les spectacles de ce jour anniversaire donneront-ils lieu à toutes les emphases mais cela restera un moment festif, ni plus, ni moins.
La chancelière Merkel veut que son pays soit une puissance tranquille et rayonnante qui n’entend être empêché ni par l’Union européenne, ni par la France.
Le mur qui tombe le 9 novembre 1989, c’est toute l’Europe de l’Est qui s’engouffre dans le marché européen avec pour point de repére le tandem bannière étoilée américaine/capitalisme sauvage ! L’arrivée simultanée de toutes ces nations est sans doute, plus que la réunification, un élèment clef de la fin du XXe siècle. Tenus en laisse par le maître soviétique pendant quarante ans, révoltés à plusieurs reprises ces pays se moquent comme d’une guigne de toute idée de construction européenne, ils veulent leur liberté : quoi de plus normal !
François Mitterrand craignait que cette chute du Mur affaiblisse l’Europe. On a dit qu’il regrettait la fin de la division allemande, et que son télégramme envoyé aux putchistes soviétiques d’août 1991 confirmait cette idée ! Mais le Président français estimait que cette soudaineté enléve aux pays de l’Ouest européen leur capacité d’action : Placés devant le fait accompli, ils subiraenit le choc bouche bée ! En réalité le Président français songeait en Européen. Il était bien le seul !
Le Président français souhaitait sans doute une Europe puissance indépendante et apte à jouer un rôle dans l’histoire mondiale.
Hélas, autant en 1989 qu’en 2009, les « élites » européennes montrent leur incapacité maladive à réfléchir par eux-mêmes, à accepter de jouer un rôle dans l’Histoire, elles pavanent et se contentent de recopier les écrits venus des think tank londoniens et des universités américaines. L’idée européenne en vingt ans n’a guère progressé et s’il n’y avait pas eu les débats et les référendums autour du traité de Lisbonne, l’Europe serait un désert. La seule chose que nous savons c’est que jamais plus les peuples ne seront consultés sauf pour les élections européennes. L’Europe se fera pratiquement sans nous mais en notre nom : Triste anniversaire pour notre modèle démocratique.
Souhaitons quand même que les festivités de l’anniversaire de la chute du Mur fassent prendre conscience de la nécessité de faire vivre cette Europe face aux autres continents.


Jean Vinatier

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Note :
1- il reste seulement un corps d’armée anglais et deux régiments français.
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vendredi 6 novembre 2009

Prochain Seriatim

Cher(e)s Internautes,
prochain Seriatim le lundi 9 novembre

cordialement,
Jean Vinatier

mercredi 4 novembre 2009

UMP, entre taïaut et curée –N°564-3e année

A l’UMP, la Saint-Hubert, c’est tous les jours ! Tout le monde tire sur tout le monde : Celui qui est gibier le matin devient chasseur l’après-midi et réciproquement ! On ne s’ennuie pas, nous sommes bien loin des lamentations éléphantesques du parti socialiste, des désespérances de Parti de gauche et des pantomimes syndicalistes qui essaient de faire croire qu’ils défendent les salariés !
Nous vîmes Nicolas Sarkozy fulminer contre Jean-Pierre Raffarin, Rama Yade snober Nadine Morano puis François Fillon, tonner contre sa jeune ministre et baffer au figuré Henri Guaino ! De son côté, le Président du Sénat, Gérard Larcher, tout juste de retour de Kaboul où il entendit siffler les balles, montait au créneau contre…l’exécutif. N’en jeter plus, tout ce beau monde s’étripe le plus joyeusement hormis les deux ministres constipés Lagarde et Woerth. Pour clore le tout, certains médias donnent les extraits du premier volume des mémoires de Jacques Chirac où il décoche les flèches contre tous les ténors de la scène politique, exception faite pour François Mitterrand auréolé !
Nous avons même une nouveauté, le club des ex-ministres ou les saules pleureurs (Mmes Albanel, Boutin, MM.Jégo, Karoutchi, Santini) dont certains éditent leurs sentiments quand tous comparent les ambassades et les missions que l’Elysée leur a proposé.
Bref, ce spectacle devenu quotidien devrait réjouir les Français : en France nous aimons les disputes, les querelles. Dommage que les duels n’existent plus, parce que nous aurions des moments assez grandioses…. Hélas, ce beau monde joue à fleuret moucheté, nul ne prend de risque et tous attendent qui la faveur, qui le fief tandis que toute la nation regarde cette chasse bruyante depuis le Mont Pagnotte¹ et qu’elle s’interroge taïaut ou curée ?


Jean Vinatier

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Note :

1-Mont Pagnotte, cette éminence située dans la forêt d’Halatte en bordure du domaine royal de Compiègne permettait de voir la chasse sans y participer. L’expression « rester sur le Mont Pagnotte » est célèbre depuis le jour de l’année 1740 où Louis XV pressé par la Cour de guerroyer contre la Maison d’Autriche répondit qu’il préférait rester sur le Mont Pagnotte. Un courtisan lui répondit que Sa Majesté y prendrait froid, ses ancêtres n’y ayant jamais fait construire ! Quelques mois plus tard, la guerre de Sucession d’Autriche débutait !

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mardi 3 novembre 2009

Michel Rocard « Je trouve ça complètement imbécile ».: N°563-3e année

Michel Rocard ancien Premier ministre et actuel co-président avec Alain Juppé de la commission en charge du grand emprunt, se montre d’une rare sévérité sur le débat « identité nationale » lancé par le Président de la République.
Dans l’entretien qu’il vient d’accorder au journaliste du
Nouvel Obs, Baptiste Legrand, il insiste sur l’Histoire qui a fait la splendide singularité de notre Nation.
Nicolas Sarkozy voudrait-il nous diviser, nous opposer, nous faire douter de nous-mêmes? Dans ce cas, le Président de la République commet sans doute une faute majeure qui pourrait avoir des conséquences étonnantes.
Verrons-nous sous un jour différent le Chef de l’Etat qui plaide depuis la campagne présidentielle de 2007 pour changer le modèle français afin d’appliquer les idées libérales en vogue dans les milieux financiers ? Les libéraux d’aujourd’hui entendent casser ou briser toute résistance, tout référent collectif, tout repère historique. On dira que Nicolas Sarkozy ne cesse de tirer de son chapeau tel ou tel fait ancien. C’est exact, mais il le sort du contexte historique d’alors pour le disposer dans un discours libéral, le changeant du tout au tout ! Il s’agit de déraciner.
Est-ce un hasard si Jean-Pierre Raffarin insiste sur les « élus enracinés » ? Est-ce un hasard si la réforme des collectivités territoriales ne veille qu’à assurer la recentralisation de la France au profit des oligarchies ? Et ces dernières abhorrent l’Histoire et la Nation.
Mettre en scène l’identité nationale est tout simplement insupportable.

« Michel Rocard¹ : - Cela ne m'inspire pas grand-chose de bon. La France est incontestablement l'un des pays occidentaux qui a la plus forte identité nationale. Des individus comme Louis XIV, Napoléon Bonaparte et Charles de Gaulle sont fortement créateurs de références identitaires. Et puis la France a cette particularité d'être différentes de tous les autres pays d'Europe sur un point majeur. Mais cela nécessite de prendre le temps de parcourir l'histoire.
Les grands empires qui sont apparus à travers le monde - en Amérique, en Afrique, comme au Moyen-Orient ou en Asie - sont presque toujours respectueux des identités linguistiques et religieuses des territoires qu'ils absorbent. Mais nous avons en Europe une autre tradition, beaucoup plus exigeante dans l'unification des territoires. C'est celle des royaumes. Nous n'avons pas d'empire qui réussit, mais huit ou neuf communautés linguistiques et religieuses - linguistiques à titre principal- qui vont créer des nations, chacune avec leurs rois ou leurs princes. Pendant un millénaire et demi, elles devront se défendre les unes des autres et construire une identité. C'est vrai du Portugal. C'est vrai aussi de l'Espagne, même s'il y a une petite difficulté linguistique avec la Catalogne et le Pays Basque. C'est vrai aussi de l'Angleterre et de la communauté néerlandophone, qui va prendre la forme des Provinces unies, les Pays-Bas. C'est vrai de la Pologne, c'est vrai aussi de la Hongrie et de la Russie.Il y a deux retards dans la constitution des nations: l'Italie et l'Allemagne. Mais tout de même l'Italie et l'Allemagne ont ces caractéristiques d'être des communautés linguistiques, qui se donnent un peu après les autres une structure d'Etat.
La France est un cas absolument unique. Une petite zone militarisée - Ile-de-France, Val de Loire - va produire une collectivité linguistique nationale. La langue française, c'est le Val de Loire, son lieu de naissance. Cette communauté va se militariser à outrance, parce qu'elle est petite et parce qu'elle est exposée dans une zone de plaine. En conséquence, le royaume de France va se développer en s'étendant militairement, bien au-delà de sa communauté linguistique. La naissance de la France se réalise par la conquête militaire d'au moins cinq cultures - j'appelle culture la coïncidence entre une langue et un art de prier. Je veux parler de la Bretagne, de l'Occitanie, de l'Alsace, d'une partie de la Flandre, de la Corse, et puis de notre petit bout du Pays basque. Vous avez le souvenir de la guerre des Albigeois ? Elle aurait fait entre 400 et 500.000 morts, avec les techniques militaires de l'époque - et la gentillesse de Simon de Montfort. C'est la conquête par le Nord de tout le Midi qui, au sud d'une ligne allant de Bordeaux à Grenoble, parlait Occitan.
C'est ça, la France. Le pouvoir central est construit militairement, ce n'est pas le produit d'une communauté. Tout cela est assez fabuleux et donne à la France une identité très spécifique qui est beaucoup moins marquée par le droit du sang. Très tôt, il y a un sentiment national étonnant, par l'échange de souvenir d'événements.
La victoire de Philippe Auguste à Bouvines [en 1214, NDLR] permet une sorte de fierté nationale. Il a un peu du David contre Goliath dans la bataille du petit royaume de France face à cette immensité qui était en train de se confédérer, le Saint Empire romain germanique. Et on a fait craquer l'empire.
Puis le moment de cristallisation nationale formidable, c'est la bataille de Valmy, sous la Révolution [en 1792, NDLR]. Dans les troupes commandées par Dumouriez, on évalue à moins de 20% ceux qui parlaient français.
Et ensuite arrive la IIIe République avec ses hussards noirs [les instituteurs, NDLR] qui imposent le français dans toutes les écoles.
Tout cela nous donne un art de vivre ensemble, parfois avec une assez grande indifférence au droit du sang, et donc une majoration de l'identité de choix de culture et de volonté d'un destin commun, largement façonné par la Révolution. Et tout cela est assez magnifique. On a même fait vivre cette identité à la Martinique, à la Guadeloupe, au Sénégal et à dans presque toutes nos colonies.
L'idée que tout cela fasse doute et qu'il faille en rediscuter me stupéfie. Cela fait une identité absolument merveilleuse, dont il est vrai qu'on la durcie quand on la prend comme Le Pen. Parce que Le Pen, au fond, nie la réalité de l'adhésion à cette nation de gens qui y sont depuis 150 ans. Ma mère était Savoyarde. Ce qui veut dire que moi-même, je dois d'être Français à un succès diplomatique de Napoléon III, tandis que pour Le Pen, je suis un Rital.
Cela ne me fait pas plaisir de rouvrir la conversation. Je trouve ça complètement imbécile. Il faut bien voir que cette logique de fabrication de la France se détruit si on la ferme. C'est une logique d'ouverture. La France se définit comme une sorte d'orgueil permanent. Moi je suis protestant. Cela veut dire que mes ancêtres sont considérés comme Français depuis ce jour mystérieux d'août 1789 où l'Assemblée constituante a fait citoyens français successivement les protestants, les juifs, les comédiens et les gens de couleur.
Dans l'idée d'arrêter ce mouvement de générosité, il y a quelque chose qui me choque. Parce qu'ouvrir le débat, c'est rechercher l'écriture d'une formalisation instantanée de la description de ce qu'est l'identité française. Or, elle a été dans l'histoire complètement évolutive. Et après tout, si on décide que c'est à la date du 3 août 1789 que s'arrête la fabrication de la France, moi je cesse d'être citoyen.

N'est-ce pas aussi la question de l'immigration qui est sous-entendue dans le débat sur l'identité française ?

- La France est depuis le milieu du XIXe une terre de dépression démographique. Il y a avait vers 1935-36 déjà 4,5 millions d'étrangers en France. Et la presse de l'époque montre que certaines couches de la population traitaient les immigrés - Italiens, Polonais, Belges…- comme des chiens. La presse d'aujourd'hui n'ose pas, s'agissant des Arabes ou des Noirs, reprendre le vocabulaire, les insultes et les présupposés que colportait la France entre les deux guerres. Tous ces hommes sont devenus citoyens français. La France est faite comme ça! Se poser le problème de l'immigration, c'est se poser la question de la date à laquelle s'arrête la bienvenue que nous avons souhaité à tous ceux qui sont devenus Français en venant d'ailleurs, et qui sont aujourd'hui un bon tiers, sinon la moitié, de notre population totale. Alors à partir de quand on crache dessus ?
Exalter la France est une chose. Je me sens Français comme pas possible. Je suis éperdument fier d'être par hasard né dans ce pays. Mais je n'ai pas envie que la chance que cela représente soit fermée à d'autres, au nom d'un sectarisme qui n'est pas dans notre histoire. Et je crains beaucoup que le fait d'ouvrir le débat ne se traduise, comme souvent en France, par une volonté de formaliser, de décrire et de mettre dans des textes, ce qui va figer. C'est idiot… C'est idiot parce que je n'ose pas caresser l'espoir que dans ce débat sur l'immigration, la victoire aille à cette définition : la France est la seule identité nationale au monde qui soit en définition évolutive et constamment en train d'agglomérer de nouvelles sensibilités et de nouvelles représentations linguistiques ou de couleurs de peau.

C'est votre définition ?

- Oui. Absolument. En 1789, les Français secouent le joug de la monarchie absolue. Les trois ordres se réunissent, ils écrivent la déclaration des Droits de l'homme et du citoyen, et il ne leur vient pas à l'idée de n'écrire que pour eux. Ils écrivent pour le monde entier. Les deux premiers mots sont "Les hommes", sans distinction géographique, linguistique ou raciale. "Les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune."
C'est un trait culturel. Et toute idée que le cadeau de la France au monde qu'est ce texte puisse être terni, par le fait qu'on donnerait plus d'importante à certains hommes qui sont rassemblés dans l'hexagone sur certains autres, c'est un attentat à la grandeur de la France.

Le débat sur l'identité nationale de la France est-il relancé à des buts électoralistes ?

- La perspective électoraliste ne peut pas être dissociée, c'est vrai. Mais dès lors qu'on ouvre le débat, la perspective électoraliste disparait. Il y a le sujet, et il y a ce qu'on va en faire. On pourrait concevoir ce débat comme un simple enrichissement culturel pour chacun, comme un inventaire des faits fondateurs. Si c'était pour reparler de Bouvines, je trouverais cela très bien. On pourrait rigoler ensemble du baptême de Clovis.
Ma crainte, c'est qu'on mette des frontières là où il n'en faut pas. C'est que parler de l'identité nationale nous convainque qu'il y a une substance de plus, quelque chose de qualitativement différent, entre ceux qui sont Français et ceux qui ne le seraient pas mais habiteraient quand même notre territoire. C'est ça le risque. Car l'enjeu, c'est une insertion décente de tous ces gens, comme nous l'avons toujours fait.
Propos de Michel Rocard recueillis par Baptiste Legrandle lundi 2 novembre 2009 - Nouvelobs.com »

Jean Vinatier

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Source :

1-http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/opinions/20091102.OBS6600/lidentite_nationale_selon_rocard__un_debat_imbecile.html


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lundi 2 novembre 2009

Matthew Hoh « j’ai cessé de comprendre et d’avoir confiance » -N°562-3e année

Le renoncement par le candidat Abudllah Abdullah, ancien ministre des Affaires Etrangères d’Amid Karzaï (2001-2006) à sa participation au second tour de l’élection présidentielle ouvre les portes toutes grandes à l’actuel Président afghan. Collusion entre les deux hommes ? Sans doute ! En tout cas, les puissances sous l’égide de l’OTAN se trouvent dans une situation plus que jamais dangereuse : elles sont sans la moindre légitimité dans ce pays !
C’est à la lumière de ce qui vient de se produire à Kaboul qu’il faut lire et relire avec attention la lettre de démission rédigée, le 10 septembre dernier par Matthew Hoh, Représentant Civil du gouvernement américain dans l’une des provinces afghanes. Publiée par le
Washington Post puis traduite par l’équipe de Contre-info¹, cette lettre est un document remarquable par le style et les arguments auxquels s’ajoutent les éléments géopolitiques. Voilà un document qui aurait pu être rédigé par les ambassadeurs d’avant 1789.
Le diplomate et ancien militaire s’exprime sans aversion, ni passion, il décrit tout simplement l’impasse devant laquelle il se trouve ainsi que son pays envers lequel il conserve une haute idée.
Matthew Hoh adresse sa démission à Nancy Powell, actuelle directrice générale du Personnel du ministère des Affaires Etrangères et auparavant, représentante de la NSA en Asie du Sud-Est, ambassadrice au Pakistan, en Ouganda et Ghana, au Népal (2007-2008)
Pour la petite histoire elle est polyglotte : français, népalais, hindi, ourdou…

« Madame l’Ambassadeur,
C’est avec grand regret et déception que je vous soumets la démission de mes fonctions aux Affaires Etrangères ainsi que du poste de Représentant Civil du gouvernement américain dans la province de Zabul. J’ai passé six de ces dix dernières années au service de notre pays à l’étranger, y compris en tant qu’officier des Marines et comme fonctionnaire civil du ministère de la Défense en Irak dans les vallées de l’Euphrate et du Tigre, en 2004-2005 et 2006-2007. Je n’ai pas accepté cette mission à la légère ou en nourrissant des attentes excessives, ni n’ai cru que ma tâche serait exempte de sacrifice ou de difficultés.
Cependant, au cours de mes cinq mois de service en Afghanistan dans les deux commandements régionaux l’Est et du Sud, j’ai cessé de comprendre et d’avoir confiance dans les objectifs stratégiques de la présence des Etats-Unis en Afghanistan. J’ai des doutes et des réserves sur notre stratégie actuelle et sur la stratégie future planifiée, mais ma démission est fondée non pas sur la façon dont nous poursuivons cette guerre, mais sur son pourquoi et ses fins.
Pour l’exprimer simplement : je ne parviens pas à saisir quel est intérêt de devoir déplorer de nombreuses victimes américaines ou de consacrer des dépenses et des ressources pour soutenir le gouvernement afghan dans ce qui est, en vérité, une guerre civile vieille de 35 ans.
Cet automne marque la huitième année des combats et des opérations de gouvernance et de développement menées par les USA en Afghanistan. L’automne prochain, l’occupation américaine aura duré autant que la présence de l’Union soviétique sur le sol afghan. Comme les Soviétiques, nous continuons de sécuriser et de renforcer un Etat en faillite, tout en encourageant une idéologie et un système de gouvernement qui n’est ni compris ni voulu par ses habitants.
Si l’histoire ou l’Afghanistan sont une pièce de théâtre, les Etats-Unis n’y jouent qu’un second rôle, parmi d’autres qui les ont précédés, dans une tragédie qui jette non seulement les tribus, les vallées, les clans, les familles et les villages les uns contre les autres, mais également - et ce au moins depuis la fin du règne du roi Zahir Shah - oppose violemment et férocement les afghans laïques, urbains, éduqués et modernes, à des ruraux religieux, illettrés et traditionnalistes.
C’est ce dernier groupe qui garnit les rangs de l’insurrection pachtoune et la soutient. Cette insurrection pachtoune, qui rassemble une multitude apparemment infinie de groupes locaux, est alimentée par ce qui est perçu par le peuple pachtoune comme une agression continuelle, durant depuis plusieurs siècles, contre la culture, les traditions et la religion des régions pachtounes, menée par des ennemis venant de l’intérieur et de l’extérieur du pays. La présence des États-Unis et de l’OTAN et les opérations menées dans les vallées et les villages pachtounes, tout comme l’armée afghane et les unités de police qui sont dirigées et composées de soldats et de policiers non pachtounes, représentent une force d’occupation contre laquelle l’insurrection est justifiée.
Dans les deux régions de l’Est et du Sud, j’ai constaté que la majeure partie de l’insurrection ne combat pas pour le drapeau blanc des talibans, mais plutôt contre la présence de soldats étrangers et contre les impôts levés par le gouvernement non représentatif de Kaboul.
La présence militaire des États-Unis en Afghanistan contribue fortement à la légitimité de l’insurrection pachtoune et au message stratégique qu’elle délivre. De la même façon, notre soutien du gouvernement afghan dans sa forme actuelle continue à accroitre la distance entre le gouvernement et le peuple. Les échecs du gouvernement afghan, tout particulièrement lorsqu’on les évalue au prix du sacrifice des vies américaines et des fonds engagés, apparaissent comme autant de métastases :
Une corruption flagrante et un enrichissement sans scrupule ;
Un président auprès duquel, parmi ses confidents et principaux conseillers, on trouve des barons de la drogue et des criminels de guerre, qui se moquent de nos propres règles de droit et des efforts menés pour lutter contre la drogue ;
Un système de dirigeants de provinces et de districts formé d’hommes forts locaux, opportunistes et affairistes, dont l’alliance avec les Etats-Unis tient uniquement - et est limitée - au montant des contrats de l’USAID et du CERP, et dont les propres intérêts politiques et économiques n’auraient rien à gagner de toute tentative de réconciliation.
Le déroulement de l’élection récente, marquée par la fraude et discréditée par la faible participation électorale, qui a créé une énorme victoire pour nos ennemis. Ils revendiquent aujourd’hui le succès d’un boycott populaire et remettront demain en question face à l’opinion internationale notre soutien militaire, économique et diplomatique en faveur d’un gouvernement afghan invalidé et illégitime.
Notre soutien à ce type de gouvernement, qui s’accompagne d’une incompréhension de la véritable nature de l’insurrection, me rappelle terriblement notre implication au Sud-Vietnam : nous y avons soutenu un gouvernement impopulaire et corrompu au détriment de notre cohésion nationale, face à une insurrection dont nous avons mésinterprété le nationalisme à cause de notre arrogance et de notre ignorance, voyant en lui un rival dans le cadre de la guerre froide.
Je crois que nous demandons à nos jeunes hommes et femmes engagés en Afghanistan de donner leur sang et de se sacrifier pour des raisons spécieuses. Menée honnêtement à son terme, la stratégie que nous revendiquons, et qui consiste à sécuriser l’Afghanistan pour empêcher la résurgence ou le regroupement d’Al-Qaïda, devrait nous contraindre également à envahir et occuper l’ouest du Pakistan, la Somalie, le Soudan, le Yémen, etc... Notre présence en Afghanistan n’a fait qu’accroître la déstabilisation et renforcer l’insurrection au Pakistan, où nous craignons à juste titre qu’un gouvernement renversé ou affaibli puisse perdre le contrôle des armes nucléaires. Cependant, là encore, si l’on suit la logique de nos objectifs déclarés, nous devrions être présents au Pakistan et non pas en Afghanistan. Plus encore, les attentats du 11 Septembre, comme ceux de Madrid et Londres, ont été conçus et organisés principalement en Europe occidentale. Ce dernier point indique que la menace n’est pas liée à des frontières géographiques ou politiques traditionnelles. Enfin, si nous sommes préoccupés par les États en déliquescence, paralysés par la corruption et la pauvreté, et subissant l’assaut des activités criminelles et des barons de la drogue, alors au delà de notre assistance militaire et financière à l’Afghanistan, nous devrions également réexaminer notre engagement et notre implication au Mexique. (...)
Nous nous sacrifions pour rien, déclarait [en substance - ndt] un commandant fort talentueux et intelligent, l’un des meilleurs des USA, à tous ses visiteurs, civils ou officiers supérieurs. Nous hypothéquons l’économie de notre nation dans une guerre qui, même au prix d’un engagement accru, restera un match nul pour les années à venir. La réussite et la victoire, quelles qu’elles soient, seront obtenues non pas après des années et après avoir dépensé des milliards supplémentaires, mais après des décennies et des générations. Les États-Unis ne disposent pas d’un trésor national suffisant pour remporter une telle victoire.
Je perçois l’émotion qui transparaît dans le ton de cette lettre et vous prie d’excuser tout ce qui peut apparaitre comme de la mauvaise humeur. J’espère que vous comprenez la nature de cette guerre et les sacrifices consentis par tant de milliers de familles séparées de leurs proches qui sont déployés pour la défense de notre nation et dont les foyers endurent les fractures, les bouleversements et les cicatrices de déploiements multiples.
Des milliers d’hommes et de femmes sont rentrés chez eux avec des blessures physiques et mentales, dont certaines ne se refermeront jamais ou ne feront que s’aggraver avec le temps. Lorsque reviennent les corps des défunts, on doit pouvoir assurer aux familles que leurs morts se sont sacrifiés à une cause digne de leur vie perdue, de l’amour disparu, et des rêves non réalisés.
Je ne crois plus en confiance que de telles assurances peuvent être données. En conséquence, je présente ma démission.
»

Jean Vinatier

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1-Contre-info
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