En mai prochain, la France commémorera
la mort de Napoléon Ier (5 mai 1821) et la fin de la Commune parisienne (24 mai
1871), deux dates très lourdes où officieront les bicéphales, Emmanuel Macron, Chef d’Etat, Anne Hidalgo, Maire de Paris.
De l’autre côté du Rhin, on
n’oublie pas la proclamation de l’empire allemand à Versailles en janvier 1871,
la ville de Hambourg restaure à grand frais l’immense statue de Bismarck (34
mètres de haut) tandis que Berlin se prépare à inaugurer la reconstruction du
palais-royal des rois de Prusse puis empereurs allemands (Guillaume Ier,
Frédéric III, Guillaume II).
Ce petit clin d’œil pour
dire qu’en 2021, si la France aura à se pencher sur une période historique
complexe (1789-1871) où elle se gardera bien de tout remettre en perspective,
l’Allemagne aura infiniment plus d’aise pour se rasseoir dans un fauteuil
historique via « la construction européenne » dont elle a su et sait
encore parfaitement en diriger les rythmes pour ses avantages, économiques,
financiers, géopolitiques et désormais en direction de la sécurité de défense.
Revenons en France qui
commence cette année par un exercice de repentance (l’affaire Ali Boumendjel)
véritable pelote de laine au déroulé infini qui ne nous rabibochera pas avec
l’Algérie et servira, au contraire, à alimenter les discours du parti au pouvoir
pour lequel la France est cause des maux. Nous débutons donc cette année par la
supplique avec des acteurs politiques les moins à même d’être dans les habits :
Emmanuel Macron et Anne Hidalgo pour ne pas les nommer. Donc tout roule….
Que pourra bien dire Emmanuel
Macron pour célébrer la mort de Napoléon Ier ? L’Empereur a laissé la
France en 1814-1815 dans un état de désolation, a soulevé contre nous tous les
peuples d’Europe au point que lors du congrès de Vienne, après les Cent-Jours
Napoléon Ier fut placé hors l’humanité car il contrevenait aux valeurs
européennes communes d’alors : c’était la première fois qu’un souverain
était expédié au milieu de l’Atlantique ! Cerise sur le gâteau, on imposera
à la France de rendre les biens culturels pillés…la seconde fois le sera pour l’Allemagne
en 1945.
Longtemps l’Empereur est
resté positif dans l’imaginaire français grâce aux républicains qui
combattirent les Bourbons (Louis XVIII, Charles X, Louis-Philippe Ier) et même,
après la chute de Napoléon III où ils détachèrent le neveu de l’oncle pour
mieux le rattacher à la Révolution française de 1789 dans sa célébration
fédérative de 1790 qui permit alors, à une Troisième République fragile d’installer
vers 1880, la Marseillaise, la Fête du 14 juillet, le défilé militaire. C’est
peu dire que depuis, nous sommes dans des acrobaties historiques et mémorielles
mais que cahin-caha, dans le cadre de la glorification de l’Etat-nation et en
dépit des drames des deux guerres mondiales, de la fin de l’empire colonial où
Jules Ferry rêvait de « cent millions de républicains », de la
construction européenne qui termine notre souveraineté, l’édifice a tenu et tient
quoique bien fissuré !
En 2021, quel est l’héritage
napoléonien qu’un Chef d’Etat comme Emmanuel Macron, pénétré de repentance, de
couple franco-allemand, de frontière ouverte, de non-culture française, pourrait
bien faire passer ? Dans notre subconscient, Napoléon est tout autant Austerlitz
que Waterloo : une furia francese qui balaya toute l’Europe de
Cadix à Moscou ! La République d’après la répression de la Commune, biffa
beaucoup la vie intérieure française sous le Ier empire : pas de liberté,
presse plus que réduite, un appareil policier et de renseignement immense, un
ouvrier assujetti à son usine qu’il ne pouvait quitter sans l’accord de son patron
et tenir un livret de mouvement tamponné par la gendarmerie, les campagnes
vidées par les conscriptions successives, une économie à bout malgré le Blocus
continental. La France de 1814 est une France malheureuse aussi
intellectuellement, psychologiquement, spirituellement et la fougue d’un
Stendhal ne doit pas faire oublier que ce report de gloire vers l’Empereur n’est
motivé que par une détestation de principe aux Bourbons restaurés. L’image
impériale s’est construite, elle-même, en opposant deux Bonaparte (Victor Hugo)
dans une France bousculée par les changements politiques (empire, royauté,
république, empire).
Que pourrait donc célébrer
Emmanuel Macron ? Le retour des Cendres a coûté son trône à Louis-Philippe
dont le règne fut l’un des plus sanglants : repressions sociales
incessantes, des Gilets jaunes de l’époque ! Une idée française de l’Europe ?
Dans le film Monsieur N, on voit l’Empereur exilé dire qu’en 1812, une fois
la Russie conquise, toute l’Europe aurait eu un seul code, une seule monnaie,
un seul gouvernement….Ces dires imaginés résument bien ce qui trottait dans la
tête d’un homme et qui pourraient l’être dans la pensée de Macron se rêvant, un
jour, Président continental….En fait Napoléon est un conquérant tels Alexandre,
Gengis-Khan, Tamerlan, Hitler c’est-à-dire des hommes qui ne cessent jamais d’aller
plus loin, la terre conquise ne les retient pas, ce qui les nourrit, c’est la
suivante et ainsi de suite. Napoléon, c’est ce sabre surgit d’une France, jeune,
nombreuse, riche, sure d’elle-même, fière de sa puissance et de ses idéaux :
voilà où puisât la sève impériale. Est-ce la France de 2021 : certes
pleine d’argent mais âgée, égrotante, sans cadre frontière, dédaigneuse, de sa
langue, de son histoire et prête à la cancel culture, qui aborde les
questions migratoires dans un mélange malsain de crainte et de châtiment ?
Et maintenant la Commune de
Paris où est en tête de gondole, Anne Hidalgo. Cette Commune de Paris qui dura
40 jours et se termina dans les plus terribles destructions jamais intervenues
tout au long de notre histoire : rappelons qu’à l’inverse de Londres en
1666, jamais Paris ne connut de grand incendie.
Pourquoi la Commune à
Paris, Lyon, Marseille, Narbonne…etc ?
Après défaite de Sedan et
la reddition de Napoléon III, la République est proclamée à Paris le 4
septembre 1870 : une cassure s’opéra entre les nouveaux gouvernants (Jules
Simon, Jules Grévy, Adolphe Thiers…etc) et le peuple parisien qui avait été le
seul à répondre négativement au dernier plébiscite de Napoléon III en 1870. Une
méfiance entre les républicains (en règle générale des notables) et une
population, pas forcément ouvrière mais artisanale avec un ou deux/trois
ouvriers (comme les canuts) très sensible aux idéaux socialistes (Karl Marx étant
peu connu alors : Dix-huit brumaire de 1852) qui terrorisaient les
classes supérieures. On l’oublie mais le républicanisme et le socialisme ne
furent pas, au départ, des compagnons de route mais des opposants farouches socialement.
A cette méfiance, s’ajouteront les élections législatives de janvier 1871 qui amèneront
dans une République une assemblée à l’écrasante majorité royaliste (légitimiste,
orléaniste) et deux petits groupes républicains et bonapartistes ! Donc à
une suspicion sociale se greffera une sorte de Chambre introuvable qui placera
frontalement les campagnes contre les villes dont le plus importantes entreront
au printemps 1871 en « commune ». A ces éléments abrasifs, quid
de la guerre contre la Prusse ? Le gouvernement Thiers de 1871, un
exécutif apeuré par l’explosion socialiste tout autant que par les défaites
devant les prussiens survenues après Sedan : que faire : ou guerre sociale
ou guerre militaire ?
En mars 1871, les parisiens
n’ont pas admis les négociations de janvier avec Guillaume Ier et Bismarck, de
même le défilé prussien sur les Champs-Elysées et croient, à tort ou à raison,
que l’échec de l’offensive par Gambetta et d’Aurelles de Paladines est
imputable à un double-jeu versaillais ! Ce sont donc trois causes, militaire,
politique, sociale qui se coaguleront brutalement pour donner fin mars 1871, la
proclamation de la Commune. Pendant quarante jours, une Commune politique existât
sans violence ni spoliation, c’est l’offensive décidée par Thiers, avec l’accord
prussien qui délivra nombre de soldats capturés à Sedan, qui précipita les
événements avec son cortège de massacres, d’exécutions sommaires, d’incendies,
d’arrestations, de déportations par milliers en Nouvelle-Calédonie. A regarder
les photos prises après la semaine sanglante, Paris est détruite : des
rues entières ne sont que ruines, de même les monuments (Tuileries, palais d’Orsay,
palais-royal…etc). Certes des communards boutèrent le feu aux Tuileries mais c’est
la République de Jules Ferry qui fit tout pour empêcher sa reconstruction de
même que celle de Saint-Cloud. Les différentes communes de villes métropolitaines
(Lyon, Marseille, Narbonne) se terminèrent rapidement. Mais pour les Versaillais
le danger socialiste était conjuré.
La Commune de Paris se
relie à la Révolution de 1789, celle du petit peuple artisan, plus tard sans-culotte,
souvent des petits entrepreneurs pas toujours
modestes, entré sur la scène insurrectionnelle les 13-14 juillet à l’appel de l’assemblée
sise à Versailles inquiète du renvoi de Necker le 11 juillet. Cette soudaine
émergence bouleversera la première donne révolutionnaire en élargissant le
champ politique et en affaiblissant une assemblée déjà très en peine d’assurer
un ordre neuf à celui de « l’ancien régime ». Le massacre de juillet
1791, les réactions thermidoriennes (Directoire 1795-1799) dont pâtirent le
plus souvent les couches populaires ne seront pas oubliées. Leurs descendants
virent en 1830 et 1848 les révolutions confisquées dans le sang ainsi en juin
1848. Le peuple de Paris ne réagit pas au coup d’Etat du 2 décembre par indifférence
à une Seconde République à la gâchette facile mais, sans adhérer à Napoléon
III.
Que pourra dire Anne
Hidalgo ? La mairie de Paris annonce une série d’événements à la gloire de
ce moment historique sans paraitre en mesurer les portées : on est d’abord
dans la communication festive (comme en 1871, brulera-t-on l’Hôtel de Ville ?)
version bobo. L’opposition municipale s’insurge quand la coalition autour de la
maire diverge également sur ce qu’il conviendrait de faire ou pas. En toute
honnêteté, Anne Hidalgo n’a, en réalité, rien à dire car elle-même est une
édile bourgeoise d’une ville vidée des couches les moins aisées, ne cesse de
rêver à Paris reliée à Londres, New-York aux antipodes des vues patriotiques
des communards de 1871 où en plus, les anarchistes étaient actifs…et nec
plus ultra, cette même municipalité de « gauche » ne cachait pas
son mépris envers les Gilets jaunes. Dure, dure la Commune à célébrer !
Heureusement, Anne Hidalgo pourra in fine propager Le temps des
cerises de Clément et Renard avec des chœurs bobos labellisés LGBTS, non
genrés, végan, en trottinette.
En mai prochain, le mois
commémoratif aura bien du mal à être autre chose que mou et plein de poncifs
dans une France atone où à Paris avec quelques sous s’organise pour Manu Bouche
d’Or un bain de foule dans le XVIIIe arrondissement ! Un mai bien cendré à
travers ces deux dates historiques, deux drames car Napoléon l’a été de même
que la Commune. La France n’est toujours pas remise de 1789, on n’est toujours pas
à l’aise avec notre Histoire, pourtant si féconde, si originale : de tout
temps, la France se voit, se vit en hommes libres.
In Seriatim :
14
janvier 2021 :
http://www.seriatim.fr/2021/01/hidalgo-macron-ou-les-bicephales-n5080.html
Jean
Vinatier
Seriatim 2021
Jean
Vinatier
Seriatim 2021