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mardi 14 décembre 2010

Georges Corm « Le nouveau gouvernement du monde » N°806 4e année

Ci-dessous l’entretien accordé par Georges Corm à Lina Kennouche journaliste au quotidien francophone Al-Balad à l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage, Le nouveau gouvernement du monde, Paris, La Découverte :
Avant lire cet entretien vous pouvez lire sur le site de Georges Corm un autre échange pour la revue Afrique/Asie

« Interview paru dans le quotidien francophone Al Balad à Beyrouth le 2 décembre 2010.
Entretien Georges Corm « Le Nouveau Gouvernement du Monde »

« Un caractere utopique nocif au coeur de l’ideologie de la globalisation » Dans son dernier ouvrage, « Le Nouveau Gouvernement du Monde », l’économiste historien et professeur d’université, Georges Corm, explique, par une analyse brillamment conduite, les origines de l’immobilisme alarmant des décideurs politiques et économiques mondiaux. Au fonctionnement pervers d’une économie globalisée, il substitue des alternatives viables et préconise une démondialisation pour assurer « la paix future du monde »

Dans votre ouvrage récent, vous déconstruisez la thèse centrale des néo libéraux considérant que celle-ci est le produit de choix politiques résultant d’une adhésion massive des élites aux dogmes néolibéraux. Comment ces dogmes sont devenus hégémoniques ?

Les dogmes néo libéraux ont été très séduisants pour toute une génération d’intellectuels qui étaient auparavant engagés dans diverses formes de marxisme et de socialisme, mais également pour les hommes d’affaires et les responsables politiques. Ces dogmes venaient annuler les tensions idéologiques fortes, qui avaient caractérisé la pensée économique et politique depuis le milieu du 19eme siècle en Europe, relatives aux causes de la pauvreté, à la nécessité de supprimer l’exploitation de l’homme par l’homme, d’aboutir à une répartition équitable des revenus, de réparer les dégâts causés par la colonisation. Toutes ces grandes querelles idéologiques s’achèvent avec l’effondrement de l’URSS et le triomphe de la culture anglo-saxonne très axée sur les thèses du « doux commerce » de Montesquieu et d’Adam Smith ainsi que celles de Max Weber qui avait idéalisé le système capitaliste et l’avait lié à tort à l’émergence du protestantisme.
Brusquement, tout redevient simple: l’intervention de l’Etat dans l’économie ainsi que le désir d’une société plus juste, voire égalitaire, sont considérés comme la source de tous les totalitarismes (fascistes ou communistes). La stabilité monétaire constitue le bien suprême de l’humanité et il convient désormais que
les banques centrales n’aient plus qu’un seul objectif : celui d’assurer la stabilité des prix par un instrument unique, le maniement du taux d’intérêt, seul capable de lutter efficacement contre l’inflation ; pour cela il faut assurer une indépendance absolue des banques centrales par rapport au pouvoir politique. La libéralisation du commerce et du mouvement des capitaux et de l’investissement étranger devient la voie la plus adéquate pour la prospérité de toutes les nations. L’esprit humain sans cesse à la recherche de solutions faciles à trouver son bonheur dans ce credo simpliste qui vient remplacer de façon opportune les recettes marxistes léninistes ou la théorie de l’Etat providence, chère à la sociale démocratie européenne d’après la Seconde Guerre mondiale. C’est pourquoi nous avons assisté à la conversion de tellement d’intellectuels marxistes non seulement au néo libéralisme, mais au credo du néo conservatisme politique occidental qui l’accompagne. L’idéologie néolibérale n’est en fait que l’envers des formes aigue d’idéologie marxiste léniniste.

Ne pensez-vous pas qu’une sorte de novlangue néolibérale est devenue la dominante dans beaucoup de milieux académiques et surtout dans les medias et que celle-ci a contribué grandement à renforcer l’hégémonie susmentionnée ?

J’ai repris l’expression de Marie France Perrot, une remarquable universitaire française, qui parle de « langue de coton » dans son analyse d’un rapport des Nations Unies sur la pauvreté. Le coton est doux, il ne pique pas, à la différence des autres langues, celles qui analysent la dureté des réalités économiques et sociales. Les médias et les décideurs parlent cette nouvelle langue reposante.
Cela permet de ne plus se poser de questions existentielles qui ont déchiré l’esprit humain depuis le XIXè siècle et provoqué des révolutions en série en Europe, comme hors d’Europe.

Vous évoquez le nom de plusieurs auteurs que vous estimez être des précurseurs visionnaires oubliés de l’alter mondialisme. Quels ont été lesapports théoriques critiques qui demeurent d’actualité dans la pensée de
ces auteurs ?

J’ai commencé par rappeler et citer l’oeuvre de grands sociologues français comme Jean Baudrillard qui, il y’a 50 ans avait déjà dénoncé de façon claire et convaincante les méfaits de la société de consommation ; mais j’évoque également les travaux d’avant-garde du Club de Rome qui au début des années 70 avait lancé un cri d’alarme sur l’exploitation irresponsable des ressources de la planète. J’ai aussi évoqué d’autres économistes éminents, entre autres l’Américain John Galbraith qui a pour sa part dénoncé la société d’affluence, le Français Gabriel Tarde, malheureusement oublié aujourd’hui, et qui à la fin du 19eme siècle avait déjà analysé les dangers et méfaits de la publicité. J’ai souhaité montrer que nous ne manquions pas d’analyse critique profonde de l’évolution désastreuse du système économique qui se mondialise et que je
qualifie d’inefficace et de gaspilleur et ayant entraîné l’effondrement de l’éthique et de la morale.

Vous dites que les sciences économiques dominantes auraient perdu leur sens éthique et la centralité de la quête d’une forme de justice sociale. Comment expliquez-vous cette évolution ?

Oui, la science économique a voulu singer les sciences dures, dites exactes, en créant un appareil mathématique abstrait pour saisir des réalités beaucoup trop complexes pour être mises en équations. Le monde de l’économie n’est pas celui d’un « homo economicus » rationnel et impersonnel qui, libre de toute
régulation et encadrement, livré à ses seuls désirs, assurerait le bonheur et la prospérité de l’économie. Ce qu’ont cherché à démontrer de nombreux économistes s’étant vus attribuer des prix Nobel d’économie et qui sont donc devenus très influents. Au contraire, c’est un monde de passions, d’émotions, de luttes pour l’appropriation des richesses, et donc de l’imprévu. Cette domination de l’abstraction mathématique a rendu l’enseignement de l’économie imperméable à toute considération de nature éthique. Tout le pan de l’économie politique classique qui tendait à montrer comment il fallait assurer une distribution équitable des revenus a disparu de l’enseignement universitaire.
Par ailleurs, les systèmes judiciaires qui ont voulu réagir à l’effondrement de l’éthique des affaires ont été malmenés par les pouvoirs politiques, y compris dans les pays les plus démocratiques. La crise de 2008-2009 nous a montré à quelles aberrations ces absences de contrôle sur le monde des affaires ont mené le système bancaire des Etats-Unis et de certains pays européens.

Comment l’économie s’est elle financiarisée et quelles sont les conséquences de ce processus ?

L’énorme masse de capitaux spéculatifs s’est formée grâce à ce que la belle langue de coton du néolibéralisme a appelé la « dérégulation ». Cette dérégulation s’est déroulée au moment même où les politiques nouvelles du néolibéralisme ont créé un monde de l’incertitude par les grandes mesures américaines, d’abord de décrochage de la valeur du dollar par rapport à l’or (1971), puis de la flottaison générale de la valeur des monnaies entre elles (1976). A partir de là s’est développé le marché des produits financiers dérivés censés atténuer les risques pris dans les transactions de l’économie réelle, mais ces produits ont été transformés en source de profits spéculatifs et n’ont donc fait qu’amplifier les risques, au point de provoquer la crise que les économies des pays anciennement industrialisés traversent, car les économies émergentes ont su résister à ce déchaînement de spéculation.

Le titre de votre ouvrage est le nouveau gouvernement du monde. Quelles sont les forces dominantes au sein de celui-ci et quelles sont ses structures ?

J’ai mené une analyse poussée de la structuration d’un pouvoir mondialisé dont les composantes principales sont les bureaucraties des grandes FMN et des grandes banques, celle des Nations Unies et de ses agences spécialisés, des « think thank » américains et européens qui servent ce pouvoir mondialisé, certaines grandes ONG et certaines institutions d’intégration régionale avec à leur tête l’UE qui promeut la recette néolibérale. Enfin au sommet il y’a le G 8 devenu aujourd’hui le G 20 mais dont l’organe principale d’action reste le FMI
lequel est au coeur de l’expansion de l’idéologie néolibérale et de la mise en pratique de ses recettes.

Les néolibéraux avaient pour habitude d’opposer à leurs critiques une réponse standard désignée par son acronyme : TINA, There is no alternative. Au regard des conséquences désastreuses de ces politiques, quelles sont les alternatives viables existantes ?

Il est frappant de voir qu’au Liban au début des années 90 à chaque critique des projets de reconstruction et notamment celui du centre historique de la capitale, on rétorquait qu’il n’y avait pas d’autre alternative, cela ressort d’un terrorisme intellectuel fort qu’il est indigne d’accepter, car il s’agit d’une démission de l’esprit
humain libre et créatif. Mais tous les terrorismes ont une fin et je pense que nous sommes entrés dans une période particulièrement instable du fait que la bureaucratie du pouvoir mondialisé s’obstine sur ses positions et son langage, alors qu’une agitation sociale forte se développe en Europe et que des formes de contestation diverses émergent ici ou là et qui s’expriment à travers les manifestations du Forum social de Porto Allègre qui regroupe les courants très divers de l’alter mondialisme. J’ai montré les différents visages de la contestation qui ne viennent pas seulement de différents radicalismes, mais aussi de personnalités qui ont fait leur carrière dans ce pouvoir mondialisé et qui estiment qu’il doit se reformer. Des figures emblématiques comme l’économiste américain Joseph Stiglitz, ancien chef des conseillers économiques de la Maison Blanche et l’ancien directeur de l’UNESCO Federico Mayor, le célèbre diplomate Français en retraite Stéphane Hessel ou Jean Baptiste de Foucault, ancien Commissaire au Plan en France aussi.
Pour moi, il est clair que ce courant réformiste présente la bonne alternative à condition que son influence soit acceptée à l’intérieur de la bureaucratie mondialisée, ce qui ne me parait pas être le cas jusqu’ici. C’est pourquoi je crains des radicalisations de plus en plus fortes qui aboutiraient à encore plus de tensions, voire de répressions. Le problème demeure celui de la prédominance des fondamentalistes néolibéraux dans le fonctionnement du système et la production de centaines de milliers de jeunes universitaires étudiants en
économie ou en business administration dont le cerveau est formaté pour constituer l’armée des purs et durs dans la globalisation néolibérale.

Certains défenseurs du néolibéralisme n’hésitent pas à puiser dans les valeurs religieuses pour justifier l’ordre social inégalitaire qu’il génère. Pour votre part vous affirmez que la résistance aux néolibéraux peut se fonder aussi sur des valeurs religieuses musulmanes ou chrétiennes. Lesquelles ?

Quand on puise dans l’éthique aussi bien musulmane que chrétienne on s’aperçoit que les questions économiques et sociales, avec en leur centre la justice sociale, sont essentielles dans la doctrine de ces deux religions. Elles condamnent, en effet, tout enrichissement sans cause et bénissent le travail productif au service de la société et non pour exploiter la société. Elles ont aussi très tôt développé la notion de bien public, centrale dans l’oeuvre de Saint Thomas d’Aquin et de beaucoup de juristes musulmans. Enfin, elles ont la même attitude en vertu de laquelle tout progrès économique doit être mis au service de la société ; de plus l’accumulation des richesses privées ne peut être un but de l’existence. Ce qui a amené les deux religions à préconiser beaucoup de limitations à la propriété privée, en considérant que seul Dieu est propriétaire des
richesses qu’il a crées dans ce monde et, qu’en conséquence, il convient d’en faire un usage modéré au service du bien public. Malheureusement aujourd’hui les religions sont d’avantage tournées vers l’affirmation fondamentaliste de l’identité que vers les questions de système économiques conciliant rationalité et éthique.

Ne pensez-vous pas que malgré la globalisation militaire, économique et financière, nous assistions à l’émergence d’un monde multipolaire. Quelles conséquences économiques à cette nouvelle configuration internationale ?

Je suis extrêmement réservé sur cette illusion d’un pouvoir multipolaire qu’entretiennent les médias et beaucoup d’écrits, car le fait de céder des parts de pouvoir aux Etats des pays émergents importants ne veut pas dire que la réalité de ce pouvoir change. Au contraire, il en sort renforcé. L’analyse que je fais dans mon ouvrage des communiqués du G20 qui comprend 12 pays émergents montre bien qu’il n’y aucune différence de langage, ni d’approche par rapport aux communiqués du G8. Ceci est d’ailleurs logique puisque le développement accéléré de pays comme l’Inde, le Brésil, la Chine se fait sur les mêmes bases que celles des pays anciennement industrialisés, à savoir le déchaînement de l’appétit de consommation de nouveaux groupes sociaux qui s’enrichissent. Nous sommes très loin d’un système économique différent qui repartit avec plus de justice les revenus et qui casse cette frénésie de consommation qui met en danger la planète par ses conséquences désastreuses sur les ressources naturelles et la pollution de l’environnement.

Faut-il souhaiter une autre mondialisation ou une dé-mondialisation ?

Je préconise une dé-mondialisation en développant un argument clé pour assurer la paix future du monde, à savoir le nécessaire rétablissement de la cohérence des espaces économiques totalement éclatés et désarticulés par l’effet de la globalisation, ce qui empêche l’existence de l’harmonie sociale et de modes de vie paisibles et stables. J’ai d’ailleurs bien montré dans mon ouvrage les excès auxquels aboutissent les délocalisations massives, la flexibilité des salaires et les vagues migratoires. Tout ceci entraîne les malaises identitaires et les replis sur des fondamentalismes ethniques ou religieux, terreau des phénomènes terroristes. A mon sens, il est urgent d’y mettre un terme en montrant le caractère utopique nocif qui est au coeur de l’idéologie de la globalisation néolibérale et qui empêche la société d’être elle-même. Pour se sentir citoyen du monde il faut d’abord être solidement ancre dans son terroir, sa culture et sa civilisation et non pas devenir une espèce de mutant qui a perdu son identité de base sans avoir acquis une autre identité. Le monde de la
globalisation n’est qu’un monde du déracinement, de l’anxiété, de gaspillage économique et de privilèges matériels sans aucun ancrage de légitimation autre qu’une idéologie qui ne manquera pas de s’effondrer également parce qu’elle s’use très vite. »



Jean Vinatier
SERIATIM 2010

Sources :

http://www.georgescorm.com/personal/download.php?file=al_balad_dec2010.pdf
http://www.georgescorm.com/personal/index.php?lang=fr
http://www.georgescorm.com/personal/nouveau-gouvernement.php
http://www.georgescorm.com/personal/download.php?file=3781661.pdf

Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Arabie Saoudite, Argentine, Arménie, Australie, Bahamas, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzégovine, Brésil, Burkina Faso, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Costa-Rica, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Gabon, Gambie,Géorgie, Guatemala, Guinée, Guinée, Haïti, Honduras, Inde, Indonésie, Irak, Iran, Islande, Israël, Jamaïque, Jordanie, Kenya, Laos, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Malawi, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Niger, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Qatar, République Centrafricaine, République Dominicaine, Russie, Rwanda, San Salvador, Saint-Marin, Sénégal, Serbie, Singapour, Slovénie, Somalie, Suisse, Taiwan, Thaïlande, Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM, Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Saint-Pierre–Et-Miquelon), Ukraine, Uruguay, Venezuela, Vietnam, Yémen

Bhadrakumar : Moscou intervient pour contrer l’Otan N°805 4e année

L’équipe de Questions critiques a traduit un fort intéressant article de l’ancien ambassadeur indien, M.K Bhadrakumar paru dans Asiatimes ce 14 décembre.


Si vous désirez aller sur le site de Questions critiques cliquez ici :
Pour la version orginale cliquez ici :

« Beaucoup de gens ne doivent pas savoir que la phrase-signature de l’ancien président US Ronald Reagan, « trust, but verify » [aie confiance, mais vérifie] est en réalité la traduction d’un proverbe russe - doveryai, no proveryai. Vingt ans après le début de l’après-guerre froide, Moscou veut récupérer cette phrase contradictoire du répertoire américain et l’appliquer à la « réinitialisation » de ses liens avec les Etats-Unis.
La défaite cinglante que le Président US Barack Obama à connue au Congrès lors des élections de mi-mandat, les révélations de WikiLeaks sur les plans de défense de l’OTAN contre une « possible agression russe », l’annonce de la décision américaine de déployer une unité de l’US Air Force à la base aérienne de Lask, en Pologne, le discours belliqueux, la semaine dernière, du Sénateur John McCain, remettant en cause toute la philosophie derrière la remise à l’heure des liens avec la Russie – tout cela a créé un sentiment d’inquiétude à Moscou.
Comme l’on pouvait s’y attendre, le message qui est sorti de la réunion au sommet de l’Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC) à Moscou samedi dernier est que Moscou veut que sa propre alliance soit encore renforcée en tant « qu’élément clé pour assurer la sécurité de l’espace post-soviétique » et que son image soit rehaussée sur le plan mondial. Les pays de l’OTSC sont : l’Arménie, la Biélorussie, le Kazakhstan, le Kirghizstan, la Russie, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan.
A la suite des élections de mi-mandat aux Etats-Unis, la Russie, à l’instar de nombreux autres pays, se demande si les profonds espoirs placés dans Obama pour qu’il fasse naître cette « réinitialisation » ne sont pas, en fait, essentiellement chimériques. Le discours que John McCain a donné, vendredi dernier, à l’Ecole John Hopkins des Etudes Internationales Avancées signale que cette réinitialisation va très certainement rencontrer une ferme opposition du Congrès, lequel est dominé par les Républicains.

McCain a mis en doute la nécessité même d’une réinitialisation alors que « la Russie devient de moins en moins capable d’être une grande puissance mondiale partenaire des Etats-Unis » ; alors que les intérêts américains et russes sont surtout divergents ; alors qu’ils [les Russes] ne partagent aucune de nos valeurs ; alors que le système politique russe, présidé par un « syndicat dirigeant quasi-criminel » qui « vole, par les mensonges, et assaille ses propres citoyens avec une immunité quasi-totale », est « peu réceptif et hostile ».
Citant les désaccords continuels avec la Russie sur la défense anti-missiles en Europe, la supériorité écrasante de la Russie en ce qui concerne les armes nucléaires tactiques et les approches divergentes sur l’ouverture des marchés de l’énergie, McCain a appelé l’administration Obama à être « plus assurée dans la défense de nos intérêts et de nos valeurs » et de lier l’admission de la Russie à l’OMC à son adhésion à la séparation constitutionnelle de la justice et du pouvoir.

La fausse bonhomie montrée lors du sommet de l’Otan à Lisbonne, le mois dernier, s’est presque entièrement dissipée. Pendant ce temps, les révélations de WikiLeaks fait planer des doutes sur la sincérité de l’Otan quant à une « réinitialisation » avec la Russie. Selon les câbles diplomatiques américains, l’Otan a dressé des plans en janvier dernier pour défendre les Etats Baltes contre une possible agression militaire de la Russie. Et la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton voulait que ces plans soient gardés secrets vis-à-vis de Moscou.
Moscou dit que ces plans ont été approuvés lors du sommet de Lisbonne, alors même que l’alliance a déclaré rechercher un « nouveau partenariat stratégique » avec la Russie, basé sur des intérêts de sécurité partagés et la nécessité de répondre à des « défis communs, identifiés econjointement ».
Moscou est agacée. Le Ministre des Affaires Etrangères [russe] Sergueï Lavrov a déclaré : « D’une main, l’OTAN… négociait avec nous des actes importants visant à un partenariat commun, tandis que l’autre main prenait dans notre dos des décisions sur la nécessité de se défendre contre nous… Nous avons posé ces questions et nous espérons obtenir des réponses. Je présume que nous avons le droit de le faire. »
De même, à la suite des discussions à Washington mercredi dernier entre Obama et le président polonais, Bronislaw Komorowski, en visite, les deux pays ont annoncé un renforcement de leurs liens militaires dans l’esprit de la Déclaration Américano-Polonaise de 2008 sur la Coopération Stratégique, qui inclut la coopération entre les deux armées de l’air et l’installation d’un détachement américain en Pologne.

Le ministère russe des affaires étrangères, liant la décision américano-polonaise aux révélations de WikiLeaks et au déploiement en 2009 de systèmes de défense Patriot en Pologne, a réagi ainsi : « Le véritable objectif de tout ceci soulève également des questions ». L’ironie, c’est que Komorowski a accueilli Medvedev à Varsovie juste avant son voyage à Washington. C’était la première visite d’un dirigeant russe en Pologne depuis 10 ans et les médias occidentaux ont claironné que c’était un tournant historique dans la sécurité européenne.
« Il semble que nous assistons à un vieux réflexe de l’Otan, incité par la recherche du pouvoir au détriment de la sécurité des autres pays – et le plus étrange dans cette histoire est que cela se produit après les résultats positifs du conseil au sommet entre la Russie et l’Otan et les déclarations de cette dernière que la Russie n’est pas considérée comme un adversaire… nous [la Russie] seront obligés de prendre en considération ces plans américano-polonais lorsque nous exécuterons nos propres programmes en vue d’établir des forces armées en collaboration avec nos alliés », a déclaré Moscou.

Ainsi, samedi, le sommet de l’OTSC à Moscou s’est déroulé dans un environnement politique compliqué. A l’origine, l’ordre du jour était de mettre l’accent sur l’amélioration du mécanisme de réponse de l’alliance aux crises « afin de renforcer le potentiel de l’OTSC pour répondre aux menaces et aux défis en matière de sécurité ».
Dit simplement, en juin dernier, l’Ouzbékistan a quasiment empêché l’OTSC d’intervenir dans la crise au Kirghizstan et le sommet officieux de l’alliance à Erevan, en août, avait entériné le fait que des modifications dans les statuts de l’OTSC soient apportées, « pour améliorer l’efficacité… dans le domaine de l’urgence de la riposte ». Chose intéressante, Moscou avait réussi à persuader Tachkent d’accepter la révision des statuts de l’OTSC et le président ouzbek, Islam Karimov, a participé à la réunion au sommet de samedi.
Ce sommet a approuvé une déclaration sur la coopération dans l’arène internationale. L’intérêt de Moscou est clairement de renforcer le rôle de l’OTSC au niveau international, pour contrer l’auto-projection de l’Otan, lors de son sommet de Lisbonne, d’unique organisation de sécurité mondiale. Moscou s’est également tourné vers une force collective de maintien de la paix qui pourrait mener des opérations « hors zone », sur le modèle suivi par l’Otan en Afghanistan.
Ainsi, les pays membres de l’OTSC ont exprimé la volonté d’accomplire non seulement des tâches de maintien de la paix mais aussi de « mettre à disposition, sous certaines conditions, ces forces collectives de maintien de la paix pour des opérations conduites sur décision du Conseil de Sécurité des Nations-Unies ». Le sommet de Moscou à mis l’accent sur la « coordination de politique étrangère » entre les pays membres de l’OTSC, similaire au système de l’Otan.

Il est clair que l’OTSC a pris en compte les résultats du sommet de l’Otan à Lisbonne. La participation de l’Ouzbékistan au sommet de samedi renforce la main de Moscou. Un refroidissement distinct est visible dans les relations entre l’Ouzbékistan et les Etats-Unis. Clinton, durant sa visite à Tachkent le 2 décembre, a publiquement tancé le gouvernement ouzbek. Elle a déclaré que l’Ouzbékistan devrait « mettre les déclareations en pratique » afin d’améliorer sa situation en matière de droits de l’homme.
S’adressant à un groupe de dirigeants d’ONG à Tachkent, Clinton a déclaré : « Je lui conseille vivement [à Karimov] de démontrer son engagement à travers un ensemble de mesures, afin de garantir que les droits de l’homme et les libertés fondamentales sont véritablement protégés dans ce pays. » Clinton a révélé qu’elle avait abordé avec Karimov les questions de restrictions sur la liberté religieuse, de torture et du travail des enfants en Ouzbékistan. « Nous soulevons ces questions… et nous continuerons de faire de l’amélioration des droits de l’homme en Ouzbékistan une partie intégrante de l’extension de nos relations bilatérales. »

Washington a des raisons d’être mécontente de Tachkent. Karimov a fait équipe avec la Russie pour étouffer la manœuvre étasunienne de faire de l’OSCE (Organisation de Sécurité et de Coopération en Europe) la garante de la sécurité en Asie Centrale. Qui plus est, Tachkent critique désormais ouvertement la stratégie de guerre des Etats-Unis en Afghanistan.
Lors du sommet de l’OSCE à Astana, le 1er décembre, (auquel Karimov n’a pas participé) le ministre ouzbek des affaires étrangères, Vladimir Norov, a vilipendé l’OSCE et ses structures pour son « échec à avoir joué un rôle positif dans la prévention et la neutralisation des événements sanglants » au Kirghizstan en juin dernier. C’était une mise en accusation de la tentative de Washington de parachuter l’OSCE au Kirghizstan comme un substitut de l’OTSC dans la région.
La critique de Norov à propos de la stratégie d’Obama de montée en puissance [en Afghanistan] fut encore plus directe. « Il est de plus en plus clair qu’il n’y a aucune solution militaire au problème afghan et que la stratégie de règlement choisie par les forces de la coalition n’apporte pas les résultats escomptés. »


Norov a réitéré la proposition de Tachkent de trouver des solutions alternatives pour un règlement pacifique en Afghanistan au moyen de pourparlers multilatéraux sous l’égide de l’ONU. « Le contexte de l’initiative ouzbek est basé sur la reconnaissance que les affaires internes afghanes doivent être résolues par le peuple afghan, avec l’assistance des pays dont les intérêts en matière de sécurité incluent de parvenir à la fin de la guerre et d’encourager la stabilité en Afghanistan », a-t-il déclaré. Norov a insisté sur le fait que ces pourparlers devaient se tenir avec « tous les principaux camps ennemis ».

Bref, voici ce qui ressort du sommet de l’OTSC :
Premièrement, il existe un soupçon tacite et sous-jacent à Moscou sur les intentions de l’Otan. Cette appréhension se traduit par une nouvelle détermination à construire l’OTSC comme une organisation rivale, remettant en cause la tentative de l’Otan de se projeter dans l’espace post-soviétique et sa prétention à être l’unique organisation mondiale de sécurité.
Deuxièmement, les pays d’Asie Centrale sont profondément concernés par la situation qui se détériore en Afghanistan et l’échec de la stratégie de guerre des Etats-Unis. Ils se tournent vers Moscou comme garante de la sécurité régionale. Ceci s’est traduit par l’empressement à étoffer la force de déploiement rapide de l’OTSC et à rationaliser les processus de prise de décision au sein de l’alliance, afin de répondre aux urgences des situations de crise.

Troisièmement, les intentions des Etats-Unis en Afghanistan sont loin d’être transparentes et une présence militaire américaine à durée indéterminée est fort possible. Le tableau reste flou en ce qui concerne la situation exacte sur le terrain, qui se développe à la frontière entre l’Afghanistan et le Tadjikistan. En effet, les services de renseignements américains ont passé des accords secrets avec les partisans de la lutte armée d’Asie Centrale, qui opèrent à l’extérieur de l’Afghanistan, et il y a une grande méfiance vis-à-vis du projet américain de démocratie dans la région.
Quatrièmement, le sommet de Moscou a porté une grande attention sur les activités de l’OTSC dans le domaine de l’application de la loi, de la sécurité frontalière et de la politique militaire. L’empressement de l’OTSC à jouer un rôle en Afghanistan dans le scénario de l’après 2014 coule de source. Le président afghan, Hamid Karzai, se rend à Moscou la semaine prochaine. L’OTSC se tourne également vers le Pakistan, pour tisser des liens en matière de lutte contre le trafic de drogue.
Enfin, le sommet de Moscou a mis l’accent sur le renforcement du rôle de l’OTSC dans la politique étrangère. Les tentatives des Etats-Unis d’accentuer les différences entre les pays d’Asie Centrale et de jouer le rôle d’un frein diplomatique pour saper le processus d’intégration mené par Moscou dans la région ont été prises en compte. Il devient nécessaire pour les pays membres de l’OTSC de coordonner leurs politiques étrangères, s’ils veulent prendre en main les opérations de maintien de paix dans les points chauds de la planète. L’OTSC se fait l’émule de la culture de l’Otan.

En résumé, la Russie a confiance dans le fait qu’une « réinitialisation » des liens avec l’Otan est nécessaire, mais elle se sent obligée de « vérifier » sa sincérité. Ainsi que Lavrov l’a formulé, « de sérieuses questions se font jour » à la suite des tendances contradictoires de la posture de l’Otan envers la Russie. Moscou a décidé de maintenir l’OTSC comme une contre-alliance efficace – juste au cas où l’école de pensée de McCain gagnerait du terrain à Washington.


M K Bhadrakumar »



Jean Vinatier

SERIATIM 2010


Sources :
http://questionscritiques.free.fr/edito/AsiaTimesOnline/M_K_Bhadrakumar/Russie_OTSC_Otan_Obama_Clinton_John_McCain_131210.htm
http://atimes.com/atimes/Central_Asia/LL14Ag01.html


Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Arabie Saoudite, Argentine, Arménie, Australie, Bahamas, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzégovine, Brésil, Burkina Faso, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Costa-Rica, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Gabon, Gambie,Géorgie, Guatemala, Guinée, Guinée, Haïti, Honduras, Inde, Indonésie, Irak, Iran, Islande, Israël, Jamaïque, Jordanie, Kenya, Laos, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Malawi, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Niger, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Qatar, République Centrafricaine, République Dominicaine, Russie, Rwanda, San Salvador, Saint-Marin, Sénégal, Serbie, Singapour, Slovénie, Somalie, Suisse, Taiwan, Thaïlande, Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM, Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Saint-Pierre–Et-Miquelon), Ukraine, Uruguay, Venezuela, Vietnam, Yémen

samedi 11 décembre 2010

La France Marine-t-elle ? N°804 4e année

N’étant, ni un sympathisant du FN, ni pour le rétablissement de la peine de mort et ne diabolisant pas la religion musulmane, j’écris très simplement que Marine Le Pen a réussi son intervention télévisée dans l’émission animée par le tandem Chabot/Duhamel. Elle a doublement réussi à juger par les réactions de l’UMP et du PS qui n’ont plus d’autres arguments que de s’employer à répéter sa non-différence avec son père. Les ténors de l’UMP et du PS révèlent une double faiblesse d’abord parce que la rattacher à son père dont les discours souvent prémonitoires, notamment, sur l’émigration et l’insécurité se trouvent amplement confortés ; ensuite, n’avoir comme seul argument que cette filation constitue un aveu assez terrible de dépassement pour les deux partis précités.
Fâcheuse attitude dans un climat de plus en plus malsain.
Les nombreuses affaires (Karachi, frégates saoudiennes, Bettencourt/Woerth, le sursis de Jean-Paul Huchon, la gestion Delanoë…etc) qui impliquent autant l’UMP que le PS, les manœuvres et manipulations de l’opinion publique autour des candidatures ou pas de Nicolas Sarkozy et de Dominique Strauss-Kahn sont autant de sujets d’énervement. Jean-François Copé, tout brillant homme qu’il est, sait que l’unité de l’UMP est très fragile de même que l’ambiance interne au PS où les ego ne parviennent pas à fusionner. Les Français voient bien que les efforts déployés tant par le parti présidentiel que celui socialiste ne reposent pas sur une opposition de fond; la preuve étant apportée par le moment mondain organisé par BHL au Café de Flore où il célébra le 20e anniversaire de sa revue « La règle du jeu » (quel cynisme !). Il a réuni autant la droite que la gauche avec en son milieu tous les journalistes bien pensants ceux-là mêmes qui nous ont martelés de dire « Oui » lors du référendum de 2005. De là à dire que tous ces invités de la «règle du jeu » sont aux petits soins du capitalisme financier et ne jurent que par leur fascination pour la Rome américaine, il n’y a qu’un pas rapidement franchi : ce sont des vassaux !
La popularité tranquille de Marine Le Pen fait le contrepoids aux désorganisations de tous les autres acteurs. Le fondateur de Parti de gauche, le sénateur Mélenchon, qui jouit, pourtant, d’une bienveillance médiatique plus grande même lorsqu’il secoue vertement David Pujadas est un protestataire en quête d’alliances et d’une puissance qui lui font défaut alors qu’il dénonce avec plus de virulence que Marine Le Pen les errements de l’oligarchie au pouvoir. Les Verts ont les pieds dans la tourbe. Quant aux centristes, misère ! On connaissait ceux du centre-droit, ceux du centre-gauche mais depuis le dîner organisé par Jean-Louis Borloo sur le thème de la République, on a les centristes « auberge espagnole ». Et qu’y vit-on en vedettes ? Bernard Tapie, Bernard Kouchner, Gérard Larcher, Rama Yade, Bernard Accoyer. Autant de noms peu susceptibles de grandir celui qui se flatte de les convier ! Aujourd’hui, Henri Guaino, dans le Monde, s’époumone à parler de la République : s’aperçoit-il que le maître qu’il sert l’a énormément décrédibilisée ?
L’élite UMP/PS qui se trouve d’une manière ou d’une autre au pouvoir et/ou dans les coulisses, formée au même modèle économique se condamne soit par son impuissance, soit par sa morgue et quoiqu’elle fasse, elle n’apparaît que comme une force réactionnaire, agrippée à ses privilèges et prébendes : ne vit-on pas les députés et sénateurs traîner les pieds pour aligner leur régime de retraite sur celui de tous les autres citoyens ?
La France marine-t-elle ? Inconsciemment oui sur fond de chômage, de précarité, de flambée immobilière. Le ras le bol général grandit, l’impatience de même. Les manifestations de l’automne dernier qui n’ont pas profité aux syndicats, eux-mêmes bien souvent complices des réformes qu’ils critiquent et la caisse de résonance des propos de Cantona sur les banques sont-elles des braises qui n’attendent qu’un souffle de vent pour s’enflammer ? Les étudiants londoniens en attaquant la voiture du prince de Galles et de son épouse la duchesse de Cornouailles ont franchi un pas que les germanopratins ump/socialistes et bien des journalistes  ne devraient pas moquer.
En tout cas, les cantonales des 20 et 27 mars 2011 tinteront, sans doute, désagréablement pour bon nombre de conseillers généraux. Les Français marinent dans leur jus et la fille de Jean-Marie Le Pen, par son habileté engrange en silence bien des sympathies. Si l’on regarde bien, en 2012, les Français peuvent tout à fait renverser l’UMP/PS le soir du premier tour des présidentielles, en mettant aux deux premières places, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.
La France marine………………………………..


Jean Vinatier
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mercredi 8 décembre 2010

Carla & Nicolas: un couple dinde? N°803 4e année

Les Indiens ont bien compris la courtoisie chinoise : pour que Nicolas Sarkozy ronronne, son épouse doit être vue divinement. Chose faite ! Surfant sur les applaudissements, la communication présidentielle a conseillé à Carla d’annoncer son souhait d’avoir un fils ? Et si ce fils naissait au début de 2012, quelle aubaine pour reconquérir les Français avec à la clef Michel Druker qui ferait une touchante émission (ne partage-t-il pas avec Jean-Pierre Pernaut, les louanges de toutes les maisons de retraite de notre pays et d’un bon nombre de nos concitoyens d’un certain âge ?) !!!
Le Président de la République, pour plaire à ses hôtes indiens et faciliter des projets de contrats a montré une grande violence envers l’Etat pakistanais oubliant que nos soldats servaient sur une bonne partie- et la plus dangereuse- de la frontière avec l’Afghanistan.
 Bref, le Président de la République qui avait consenti à passer quatre jours dans la plus grande démocratie du monde au lieu des 4 heures la dernière fois, a terminé son voyage par l’annonce de contrats fort importants mais dont le total confond, (communication oblige ?) les contrats signés avec les accords-cadres ou projets. Louis Gallois n’a-t-il pas qualifié de « n’importe quoi » la fourniture de 14 Airbus en leasing à deux compagnies indiennes ? Cet empressement est d’autant plus dommageable que du Mistral (Russie) aux avions Rafale (Brésil) en passant par Saint-Nazaire, les promesses sarkoziennes deviennent, malheureusement pour notre pays, souvent des citrouilles.
Si les 17,5 milliards ou 15 milliards de contrats annoncés n’atteignaient que la moitié le résultat n’aurait rien d’insultant tant l’Inde est une puissance où il est très difficile non seulement de conclure et de s’y développer. Mais à trop vouloir montrer qu’il peut dépasser le Président Obama qui le précédait de quelques jours à New Delhi, ne court-il pas le risque de devenir ridicule ? WikiLeaks nous le fera savoir d’ici quelques temps !!!!!!!!!!!!!!!!
Depuis l’Inde, vous avez, ainsi, un aperçu de ce que sera le battage médiatique dans les mois à venir. Rien ne nous sera épargné une fois la machine en route !
Cependant, oserions-nous écrire que comme Mme Grand, l’épouse du prince de Talleyrand, ce couple présidentiel est quelque peu dinde ?

 

Jean Vinatier
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mardi 7 décembre 2010

Julian Assange: « Ne tuez pas le messager » N°802 4e année

A la veille de sa reddition ou arrestation, à la police britannique, Julian Assange a publié dans le quotidien de son pays natal, The Australian, un plaidoyer pro domo qui mérite d’être lu, traduit par Courrier International :

Version française ci-dessous :

« En 1958, Rupert Murdoch, alors jeune propriétaire et directeur du News d’Adelaide, écrivait : “Dans le bras de fer entre le secret et la vérité, il semble inévitable que la vérité l’emporte toujours.” Il fallait peut-être y voir l’écho du travail de son père, Keith Murdoch, qui, en son temps, avait révélé que les soldats australiens étaient inutilement sacrifiés par les généraux britanniques sur les plages de Gallipoli. Les Britanniques tentèrent de le réduire au silence, mais Keith Murdoch refusa de se taire et grâce à ses efforts, il fut mis un terme à la désastreuse campagne des Dardanelles.
Près d’un siècle plus tard, c’est avec un égal courage que WikiLeaks diffuse des faits qui doivent être rendus publics. J’ai grandi dans une communauté rurale du Queensland où les gens avaient coutume de dire sans détours ce qu’ils avaient sur le cœur. Ils se méfiaient d’un Etat interventionniste susceptible d’être corrompu si on le laissait à lui-même.
Je ne l’ai jamais oublié. C’est en se fondant sur ces valeurs essentielles que WikiLeaks a été créé. L’idée, conçue en Australie, était d’utiliser les technologies d’Internet d’une nouvelle façon afin de faire éclater la vérité. WikiLeaks a apposé sa marque sur un journalisme d’un genre nouveau : le journalisme scientifique. Nous travaillons avec d’autres médias pour diffuser l’information, mais aussi pour en démontrer la véracité. Le journalisme scientifique vous permet de lire un article, puis de cliquer en ligne pour consulter le document original à la base de l’article. Ainsi, il vous est possible de vous faire votre propre opinion : l’information est-elle vraie ? Le journaliste l’a-t-il traitée avec exactitude ?
Les sociétés démocratiques ont besoin de médias forts, et WikiLeaks fait partie de ces médias. Ils contribuent à garantir l’honnêteté du pouvoir. WikiLeaks a dévoilé certaines vérités pénibles à propos des guerres en Irak et en Afghanistan, et publié des révélations sur la corruption des grandes entreprises. On me qualifie de pacifiste : eh bien non, je ne le suis pas. Parfois les Etats doivent entrer en guerre, et le fait est qu’il y a des guerres. Mais il n’y a rien de pire qu’un gouvernement qui mente à son peuple sur ces guerres, puis qui demande à ces mêmes citoyens de mettre leur vie et leurs impôts au service de ces mensonges. Si une guerre est justifiée, alors dites la vérité et le peuple décidera s’il la soutiendra ou non.
Si vous avez lu les carnets de guerre d’Afghanistan ou d’Irak, des dépêches d’ambassades américaines ou n’importe quel autre secret mis à jour par WikiLeaks, réfléchissez sur l’importance pour tous les médias d’être en mesure de rapporter librement ces informations. WikiLeaks n’est pas le seul à publier les télégrammes diplomatiques américains. D’autres médias, notamment The Guardian au Royaume-Uni, The New York Times aux Etats-Unis, El Pais en Espagne et Der Spiegel en Allemagne ont publié les mêmes câbles édités.
Mais c’est WikiLeaks, agissant en qualité de coordinateur auprès de ces journaux, qui a suscité les attaques et les accusations les plus virulentes portées par le gouvernement américain et ses agents. J’ai été soupçonné de trahison, alors que je suis de nationalité australienne et non américaine. Des dizaines d’appels ont été lancés aux Etats-Unis pour demander tout à fait sérieusement que les forces spéciales américaines “m’éliminent”. Sarah Palin affirme qu’il faudrait me “pourchasser comme Oussama ben Laden”, les républicains ont déposé devant le Sénat un texte visant à me déclarer “menace transnationale” et à se débarrasser de moi en conséquence. Un conseiller auprès des services du Premier ministre canadien a, devant les caméras de la télévision nationale, réclamé mon assassinat. Un blogueur américain a souhaité publiquement que mon fils de 20 ans, qui vit ici, en Australie, soit enlevé et pire encore, pour la seule raison de me punir, moi.
Le Premier ministre australien Gillard et la secrétaire d'Etat Hillary Clinton n'ont pas émis la moindre critique à l'encontre des autres médias. En effet, le Guardian, le New York Times et Der Spiegel sont de grands et vieux journaux, tandis que WikiLeaks est encore jeune et petit. Nous sommes les laissés-pour-compte. Le gouvernement Gillard essaie de tuer le messager, car il ne veut pas que la vérité soit révélée, y compris l'information concernant ses propres manœuvres diplomatiques et politiques. Chaque fois que WikiLeaks révèle la vérité à propos d’abus commis par des agences américaines, les responsables politiques australiens entonnent le même refrain – probablement mensonger – que le département d’Etat américain : “Vous mettez la vie de personnes en danger ! La sécurité nationale ! Nos soldats !”. Et ensuite, ils disent que WikiLeaks ne publie aucun document d’importance. Que faut-il croire alors ? C’est soit l’un, soit l’autre.
En réalité, ils ont faux dans les deux cas. Cela fait quatre ans que Wikileaks publie des documents. Pendant cette période, des gouvernements entiers se sont succédés et pas une seule personne n’a – à notre connaissance – eu à souffrir de nos activités. Les Etats-Unis, eux, aidés par le gouvernement australien, ont tué des milliers de personnes ne serait-ce qu’au cours des derniers mois.
Robert Gates, le secrétaire américain à la Défense, a lui-même reconnu dans une lettre adressée au Congrès qu’aucune source de renseignement n’avait été compromise par la publication des carnets de guerre en Afghanistan. Le Pentagone a indiqué qu’il n’existait aucune preuve permettant d’affirmer que des documents de WikiLeaks avaient pu nuire à qui que ce soit en Afghanistan. Les représentants de l’OTAN à Kaboul ont déclaré à CNN qu’ils n’avaient pas trouvé une seule personne ayant besoin d’une protection spéciale. Le ministère australien de la Défense n’a pas dit autre chose. Aucun soldat ou source du côté australien n’a souffert de notre travail.
Dans son jugement qui a fait jurisprudence dans l’affaire dite des “papiers du Pentagone”, la cour suprême américaine avait déclaré que “seule une presse complètement libre peut révéler efficacement les manipulations du gouvernement”. La tempête qui s’abat aujourd’hui sur WikiLeaks ne fait que renforcer cette nécessité de défendre le droit de tous les médias à révéler la vérité.
Julian Assange »


Jean Vinatier
SERIATIM 2010

Sources:


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Probst: et le Karachi tour N°801 4e année

Jean-François Probst, éminence grise de Backchich et grand connaisseur de la « tibero-chiraquie » se livre à un tour d’horizon à peine cynique de l’affaire Karachi.  En lien son portrait écrit par Libération en 2007:




Probst: Spéciale Karachi
envoyé par bakchichinfo. - L'info internationale vidéo.

Jean Vinatier

Copyright©SERIATIM 2010
Source:

http://www.liberation.fr/portrait/0101102373-avec-un-ami-comme-ca

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Henri Maler : « Une sauterie de BHL au Café de Flore ? La médiacratie fait la fête » N°800 4e année

Ou « Une « société de cour » se donne le spectacle de son existence. » pour fêter, ô ironie, « La règle du jeu » , on ne fait pas plus cynique !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Ci-dessous l’article d’Henri Maler journaliste à Acrimed ou lisez-le en lien vous aurez la video en plus :

« L’ombre de Sartre et de Simone de Beauvoir, ainsi que celle du directeur général du FMI, planaient sur les vingt ans de “la Règle du Jeu” [1], organisé au Flore par BHL. » C’est Alexis Lacroix qui, pour Marianne2, a vu ces ombres planer le 30 novembre 2010, lors de cette sauterie-anniversaire [2]...
Et force est bien d’admettre que Bernard-Henri Lévy (dont de mauvais esprits affirment qu’il se confond parfois avec Jacques Séguéla) s’est livré à un coup de force symbolique plutôt réussi, en invitant ses amis au Café de Flore, connu notamment parce que Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir en furent longtemps les habitués.
BHL, Sartre de notre temps ? Cette tentative de détournement d’héritage valait bien que le « tout Paris » soit invité à la soutenir.

Ce n’est pas sur le site du Bottin mondain que l’on pouvait trouver le recensement des participants, mais sur le site de la revue « La règle du jeu », dans un délicieux article digne de Gala, mais d’un Gala réservé aux « élites » [3] : « Anniversaire de la Règle du jeu : les dessous de la fête ». Un carnet de bal dont la lecture est vivement conseillée. Nous y avons trouvé les informations qui suivent.

Bottin mondain

Connus ou méconnus, écrivains, musiciens, cinéastes, acteurs, chanteurs se pressent autour de Bernard-Henri Lévy [4].
Des représentants de la gauche que l’on dit « de gouvernement » (Jack Lang, Lionel Jospin, Laurent Fabius, Bertrand Delanoë, Arnaud Montebourg, Hubert Védrine, Aurélie Filipetti) aux ministres ou ex-ministres de Nicolas Sarkozy (Bruno Lemaire, Frédéric Mitterrand, Bernard Kouchner), en passant par Daniel Cohn-Bendit et François Bayrou : tous avaient tenu à se montrer et à ne pas manquer ce rendez-vous historique.
Le monde de l’édition était dignement représenté. D’abord avec les éditions Grasset qui publient BHL : Jean-Claude Fasquelle (PDG) Manuel Carcassone (directeur général adjoint), Élodie Deglaire (attachée de presse), Antoine Boussin (directeur commercial). Sont également présents Olivier Nora (PDG de Fayard), Olivier Orban (PDG des éditions Plon). Olivier Cohen (fondateur de la maison d’édition les Éditions de l’Olivier), Jean-Marc Roberts (directeur des éditions Stock, éditeur de Justine Lévy, fille du philosophe des médias, également présente ce soir-là).

Médiacratie

Quelques patrons nécessiteux avaient également fait le déplacement. Mais pas Arnaud Lagardère qui, retenu, se serait contenté d’un coup de téléphone. En revanche, le cogérant du groupe, Pierre Leroy était présent. Maurice Levy (patron de Publicis) également, ainsi que Xavier Niel (douzième fortune de France, vice-président et directeur de la stratégie d’Iliad, maison-mère de Free, actionnaire de Mediapart, Bakchich et surtout, associé avec Pierre Bergé et Matthieu Pigasse, pour la recapitalisation du Monde). Jean-Baptiste Descroix-Vernier (fondateur de la société Rentabiliweb que sa holding personnelle, Golden Glaouis Invest, contrôle à plus de 60%) est également venu.
Ils sont (presque tous) là. « Il n’était pas le premier, mais Laurent Joffrin [bien sûr…] arrive avec son épouse. Laurent Joffrin est directeur de Libération. Mais la vraie question qui se pose à cet instant, est : quel est le patron de presse qui manque dans le joyeux chaos […] ? » C’est en effet, une « vraie question ». Et voici la bonne réponse, toujours selon la rédaction de « La règle du jeu » :
« Il y a là, en effet, Franz-Olivier Giesbert, le directeur du Point, qui est l’hebdo où officie BHL. Christophe Barbier, le directeur de l’Express, avec son éternelle écharpe rouge et, à son bras, une très jolie jeune fille. "Qui c’est ?", demande Hertzog ? "Sa femme", répond Lévy. Voici Jean Daniel (du Nouvel Observateur) qui croise Jacques Julliard [ex du Nouvel Observateur, récemment arrivé à Marianne]. Claude Perdriel [patron du Nouvel Observateur] qui vient de perdre Denis Olivennes mais qui semble plus jeune et gaillard que jamais. […] PPDA, venu avec son frère, le nouveau patron de France-Culture, Olivier Poivre d’Arvor […] Et aussi Étienne Mougeotte, le directeur du Figaro. »
Ce n’est pas tout… « Maurice Szafran, le directeur de Marianne, est là […] Jean-Luc Hees et Philippe Val arrivent en force mais doivent rester une demi-heure sur le trottoir » avec, notamment Claude Askolovitch (rédacteur en chef du Journal du Dimanche), Joseph Macé-Scaron (de Marianne), Alexis Lacroix (également de Marianne dont on pourra lire un article élogieux sur les 20 ans de « la Règle du Jeu » dans le numéro du 3 décembre 2010).
Nicolas Demorand, sparring-partner de BHL sur France Inter et désormais sur Europe 1 [5] est de la partie. Étonnant Demorand qui déclarait récemment, comme gage d’indépendance et d’intégrité : « J’ai toujours eu pour règle de ne pas côtoyer les politiques hors des espaces d’interview : je ne déjeune pas, je ne dîne pas. Je ne le faisais déjà pas avec les intellos et le monde de l’édition quand je m’occupais de culture dans d’autres rédactions. Pas de contact hors des espaces journalistiques. Certes, on y perd en proximité et en familiarité, mais on y gagne en distance et en indépendance. » (L’Express, 7 juillet 2009). Indépendant Demorand dont on apprend qu’il « a commis l’erreur de sortir fumer une cigarette et ne peut plus rentrer, expliquant à son complice et ami Mathieu Tarot ainsi qu’à la compagne de celui-ci, Hélène Fillières, que la RDJ [la Règle du jeu] est en train de devenir une “AFP des droits de l’homme” – et que c’est bien. »
Une « AFP des droits de l’homme » ? Ali Baddou, le lendemain, (mercredi 1er décembre,) reprendra la formule sur Canal Plus et, sans doute pour compenser son absence (a-t-on oublié de l’inviter ?) offrira à BHL, en sa présence, une tresse de lauriers [6]. Un acte d’allégeance.
On pouvait aussi croiser, Laure Adler (ex. directrice de France Culture), Catherine Barma (productrice d’émissions qui invitent régulièrement BHL sur France Télévision), Olivier Jay (directeur du Journal du dimanche), Eric Fottorino, le directeur du Monde, « qui tente de faire un aparté avec Pierre Bergé et Xavier Niel, les deux nouveaux proprios du journal ». Frank Nouchi (du Monde des Livres), Alain Frachon (directeur éditorial du Monde), et Sylvain Bourmeau de Mediapart. Jean-Pierre Elkabbach (président de la chaîne Public Sénat et intervieweur matinal sur Europe 1) et Catherine Nay, sans oublier David Kessler et Veronique Cayla (futurs remplaçants de Jérôme Clément à la tête d’Arte).
Et ce n’est pas terminé. « Philippe Tesson cherche BHL. […] Anne Méaux a mal au dos mais, superbe, ne le dit à – presque – personne. […] Deux anciens présidents, ou quasi présidents, de France-Télévision sont là : Marc Tessier et Patrice Duhamel, que Bernard-Henri Lévy salue comme s’ils étaient toujours présidents. […] Bertrand de Saint-Vincent (chroniqueur au Figaro) est à l’affût. […] Michèle Cotta paraît rêveuse. Nathalie Saint-Cricq (bras droit d’Arlette Chabot) s’amuse. » On apprend que même « le patron du Canard Enchaîné, Nicolas Brimo, a fini de boucler son journal et fait un saut. »
Une cohorte de chroniqueurs et d’animateurs complétait la galerie : Alexandre Adler « minci, et accompagné de sa femme, Blandine Barret-Kriegel », Caroline Fourest (Le Monde, France Culture), Pascal Bruckner (éditeur chez Grasset et chroniqueur au Nouvel Observateur), David Abiker (ancien chroniqueur d’ « Arrêt sur images » sur France 5, désormais chroniqueur pour Europe 1, Marie-Claire, GQ, I-Télé et L’Express), Serge Moati, Karl Zéro... Mais aussi Thierry Ardisson et Marc-Olivier Fogiel, qui « se réconcilient dans le froid du trottoir ».
On ne saura jamais quels étaient celles et ceux qui, parmi les absents, n’avaient pas été invités, avaient décliné l’invitation ou, simplement, n’étaient pas disponibles à l’instar de Dominique Strauss-Kahn et Anne Sinclair restés à Washington…

Une « société de cour »

Ce soir-là, autour de son royal porte-voix, une « société de cour », généralement peu visible, s’offrait à elle-même le spectacle de son existence [7].
Se bousculaient donc au café de Flore aristocrates de haut rang, petits marquis et vicomtesses de la médiacratie dont certains changent de poste comme on change de chemise, sans doute parce qu’ils sont eux-mêmes interchangeables ; passant indifféremment de l’audiovisuel public à l’audiovisuel privé, d’un hebdomadaire à l’autre, d’un actionnaire au suivant.
Qu’on n’aille pas croire que c’est dans ce genre de soirée que se décide le sort du monde (ou même du petit monde qui les fréquente), même si quelques rendez-vous utiles peuvent y être pris. Qu’on ne s’imagine pas que les complicités amicales qui s’y affichent abolissent les rivalités et les querelles. Une société de connivences (qui s’établissent généralement sans concertation) ne supprime pas les petites différences dont les acteurs de cette société font grand cas, en s’agitant à l’intérieur d’un périmètre social et idéologique très étroit. Cette agitation moléculaire prend même la forme de « débats » aux contours circonscrits et aux couleurs pastel.
Quant aux manants qui, il y a encore quelques semaines, manifestaient en France pour la défense de leurs droits sociaux et qui subissent un peu partout les ravages provoqués par la crise financière, qu’ils se réjouissent : la cour qui pense pour eux a bu à leur santé.
Ce soir-là, l’imposture était mondaine. Qui peut croire en effet que Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, mais aussi Paul Nizan auraient participé à ce rendez-vous où se sont précipités les bouledogues et les toutous qui se gardent entre eux pour protéger quelques variétés des opinions dominantes. Celles-là même qu’ils diffusent.

Henri Maler (avec Mathias Reymond et Ricar pour la vidéo)

Notes :

[1] « La Règle du jeu » est une revue fondée en 1990 par plusieurs écrivains dont Bernard-Henri Lévy, Mario Vargas Llosa, Jean-Paul Enthoven ou Salman Rushdie.
[2] Sur le site de Marianne 2, sous le titre « BHL fête la Règle du jeu et se prépare pour DSK ».
[3] Ou pastiche involontaire et raté des salons de À la recherche du temps perdu de Marcel Proust.
[4] Invité d’honneur : Roman Polanski. Et, parmi les autres participants : Milan Kundera, Catherine Clément, Yann Moix, Philippe Sollers, Jean-Claude Milner, Mazarine Pingeot ainsi que Christine Angot, Eliette Abécassis, Catherine Robbe-Grillet, Fred Vargas et « le couple culte de la littérature française, Catherine Millet et Jacques Henric », Alain Delon, « droit sorti de son “Guépard” et une moto l’attendant pour aller au Journal de 20h sur France 2 » , Eric Dahan (producteur et réalisateur de « Bernard-Henri Lévy, la Déraison dans l’Histoire » pour France 5), Romain Goupil, Jean Nouvel, Claude Lanzmann, Patrick Bruel, Jacques Higelin, Bernard Lavilliers, Jorge Semprun, Umberto Eco…
[5] Lire ici même : « “L’amour, ça se fait à deux ”, par Nicolas Demorand et Bernard-Henri Lévy », février 2010.
[6] Comme l’a relevé Didier Porte, dans sa chronique du 3 décembre sur le site « Arrêt sur images » (attention, le contenu est peut-être réservé aux abonnés).
[7] Un spectacle qui a ravi la directrice de Paris Match. Celle-ci a offert à nos yeux éblouis et à nos oreilles compatissantes, une vidéo de légende sous le titre « BHL fait exploser le Flore ! ».



Jean Vinatier
SERIATIM 2010

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Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Arabie Saoudite, Argentine, Arménie, Australie, Bahamas, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzégovine, Brésil, Burkina Faso, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Costa-Rica, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Gabon, Gambie,Géorgie, Guatemala, Guinée, Guinée, Haïti, Honduras, Inde, Indonésie, Irak, Iran, Islande, Israël, Jamaïque, Jordanie, Kenya, Laos, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Malawi, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Niger, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Qatar, République Centrafricaine, République Dominicaine, Russie, Rwanda, San Salvador, Saint-Marin, Sénégal, Serbie, Singapour, Slovénie, Somalie, Suisse, Taiwan, Thaïlande, Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM, Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Saint-Pierre–Et-Miquelon), Ukraine, Uruguay, Venezuela, Vietnam, Yémen

vendredi 3 décembre 2010

Cantona : tester la trouille des banquiers N°799 4e année

Les banques et leur avocate, Christine Lagarde sont montées au créneau après les propos d’Eric Cantona. En suggérant aux citoyens de fermer leurs comptes en banque, seul moyen, selon lui, d’obliger les banques à revenir à la décence, le comédien et footballeur n’a fait que traduire le fond d’une opinion publique européenne de plus en plus maugréante. Les sommes faramineuses distribuées en bonus par les banques à leurs collaborateurs raisonnent désagréablement aux oreilles des peuples. Les plans d’aides qui arrivent en vague successive pour renflouer les établissements de tel et tel pays ont pour corollaire les coupes bugétaires dans les services sociaux et l’accroissement de la pression fiscale. Combien de banquiers ont fait l’objet d’une procédure judiciaire pour leurs fautes ? Zéro.
Nul n’a été surpris par la morgue de l’anglophone de Bercy, Christine Lagarde à l’encontre d’Eric Cantona, lui intimant de jouer à la baballe, pas davantage par la suffisance de Baudoin Prot enfermé dans sa bulle dorée. Puisque les Etats n’osent plus barrer la route à la puissance financière apatride, pourquoi les peuples resteraient-ils indéfiniment les bras croisés : ne les dépouillent-on pas pour redorer les blasons des gens de finance ?

L’option préconisée par Eric Cantona est-elle la bonne ? Non bien sûr. Dans les années 60, la réponse aurait été « oui ». Mais le problème n’est pas là, Eric Cantona exprime une idée que le citoyen lambda a dans son for intérieur sans oser la rendre publique. Paul Jorion l’a dit lors de l’émission de Frédéric Taddeï et l’anglais Percy Kemp a souligné que tant que le consommateur aurait le pas sur le citoyen rien ne changerait. Grâce à cette vedette, l’homme de la rue pourra  l’exprimer ouvertement : les banquiers sauront, maintenant, qu’ils seront une cible principale de la contestation.
Jusqu’à présent, les citoyens sont restés calmes : pas une seule émeute réelle dans toute l’Europe exception faite de la Grèce, mais la patience à des limites que les gouvernements ne devraient pas négliger. Seriatim a rappelé que les Etats devraient se souvenir de Philippe le Bel, d’Edouard III, de Louis XIV.
Eric Cantona peut se satisfaire d’avoir vu réagir les banques prouvant leur degré de trouille. Ce Système toujours présenté comme une forteresse imprenable telle une bastille ne résisterait pas à un vrai assaut.

Jean Vinatier
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jeudi 2 décembre 2010

Wikileaks: le bon grain de l’ivraie N°798 4e année

Le site de Julian Assenge a diffusé des centaines de milliers de documents relevant  de la politique du Pentagone en Iraq, en Afghanistan et quelques centaines pour les affaires étrangères des Etats-Unis. Alors ! Wikileaks : Al Quaïda d’Internet ? Julian Assenge, le Ben Laden du Web ?L’Amérique a-t-elle été victime d’un 11 septembre informatique ?
Il est intéressant de relever que les premières livraisons de Wikileaks ont moins suscité de commentaires que celle relative aux câbles et dépêches diplomatiques, à croire que découvrir des annotations supposées évidemment croustillantes sur les intimités des puissants de ce monde suffisaient à émoustiller tant le média que le lecteur. Pourtant l’intérêt est, semble-t-il, ailleurs. Certes, les écrits des diplomates américains ne contiennent aucun secret d’Etat auquel cas le site Wikileaks aurait été illico presto fermé. Néanmoins, les productions intellectuelles de ces diplomatiques sont d’abord une mine pour les historiens d’habitude contraints d’attendre 10, 20, 60 ans avant de consulter les sources et les porter à la connaissance du public ; ensuite, un formidable moyen pédagogique auprès des lycéens et des étudiants. Les enseignants en histoire et en sciences politiques pourraient établir bien des travaux à partir de ces documents. Nous avons sous les yeux, le labeur quotidien des diplomates qui nous fournit un éclairage tout à fait neuf parce que pour la première fois sans distance spatiale. Les lycéens et étudiants ont donc sous la main l’occasion assez rare de suivre l’évolution d’un ministère, de ses représentations dans un monde singulièrement désorganisé dont la principale puissance cherche un second souffle pour faire perdurer sa primature. Pour eux Wikileaks a fait œuvre utile : vies diplomatiques et outils technologiques étant alignés.
Outre l'aspect pédagogique, bien des zones d’ombres demeurent à la lecture des premières dépêches. Certains affirment que ce sont les services secrets américains, eux-mêmes, qui seraient les fournisseurs des scoops de Wikileaks, Julian Assenge serait, alors, utilisé puis diabolisé tel un nouveau Ben Laden de l’automne 2010 : un mandat d’arrêt international a été délivré à son encontre pour de sombres histoires de viols, on tique un peu. Doit-on croire qu’un simple soldat américain gay déprimé a pu tout enregistrer des affaires irako-afghanes sur un CD de Lady Gaga?Mise en scène ou pas ?
Si les contenus diffusés par le site ne nous apprennent rien, par exemple, sur les relations Tel-Aviv/Washington, les bases US, on a le sentiment assez désagréable que tout ce que l’on retiendrait de cette masse se résumerait : la Chine a piraté Google, l’Iran est un « état fasciste », la Russie est corrompue, autant de pays dans la ligne de mire politique des administrations Bush, Obama et contre lesquels les opinions publiques doivent être formatées.
Autre détail qui ne manque pas d’interroger : comment les mêmes médias qui ont si peu critiquer Bush lors de l’invasion en Irak peuvent se contenter de traduire ou reproduire tel ou tel document sans se livrer au moindre travail critique ? Il y a là vis-à-vis de leurs lecteurs un déficit flagrant. Est-ce, comme le disait Hubert Védrines, au micro de France-Inter parce que « la presse est dans un tel état qu’elle ne peut résister » ? Cependant, au détour d’extraits publiés par Le Monde, les Français apprendront que Nicolas Sarkozy n’hésitait pas à dénigrer le gouvernement auquel il appartenait devant des diplomates américains, une attitude bien évidemment condamnable.
Faut-il vouer aux gémonies le choix de Wikileaks ? Si les diplomates, gens de gouvernement et les « experts » haussent les épaules quand ils ne s’alarment pas de la disparition du secret diplomatique, le pékin moyen à l’occasion d’attiser pour certains un voyeurisme inintéressant, pour d’autres une curiosité appuyée sur des dépêches et des mémos. Pour le reste, tout ce qui est réellement du secret défense demeure tout à fait inaccessible. Comme l’a écrit, hier, l’historien anglais, Timothy Garton Ash, les documents plus confidentiels que secrets "relèvent de l’intérêt général", ni plus, ni moins. Pour le cas présent, la gêne occasionnée par ces fuites est tout à fait momentanée, elles indiquent tout de même que les ambassadeurs et hauts fonctionnaires américains travaillent bien plus qu’on ne le dit, font leur labeur avec conscience et qu’ils ne se distinguent en aucune façon de leurs homologues des cinq continents.
Le message de Julian Assenge n’est-il pas, que par-dessus les médias sans nerfs, seuls les citoyens sont intéressés à séparer le bon grain de l’ivraie ? Utopique ?



Jean Vinatier
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mercredi 1 décembre 2010

Nicolas Sarkozy rebelote 2012…… N°797 4e année

Un parti socialiste qui part dans tous les sens devrait inciter la droite à garder le silence et qui plus est son chef, montrant aux yeux de la nation sa position au-dessus de la mêlée des représentations politiques ! Eh bien! Non, France Soir annonce en première page de son édition du jour que l’actuel Président veut concourir à un second mandat. Nous sommes, non pas en décembre 2011 mais le 1er décembre 2010. Ainsi de la gauche à la droite, toutes les machines de guerre s’ébranlent beaucoup trop tôt au risque de lasser, d’énerver grandement les Français.
Qu’est-ce qui a bien pu décider Nicolas Sarkozy à déclarer son choix si tôt et pourquoi agir comme s’il était un candidat ordinaire ? Peur d’une concurrence au sein de l’UMP ? Crainte que son impopularité se poursuivant en 2011 tout second mandat lui serait interdit ? Problèmes conjugaux soudains ? Une conséquence des fuites de Wikileaks ? Peur des suites des affaires Karachi et des frégates saoudiennes ?
Est-ce, également, une tactique de l’Elysée : occuper le terrain médiatique par des effets d’annonces alors que, désormais, plus aucune grande loi réformatrice ne sera votée par le Parlement, à l’exception de petites lois catégorielles, habile façon de faire du pied à tous les corps de métier.
Mais, en fait, il ne s’agit que de l’envie du pouvoir, tout simplement. Comme le notent les diplomates américains, Nicolas Sarkozy ne supporte pas d’attendre. Son impatience est telle qu’il s’affranchit prestement de toutes les précautions et se jette à l’eau, se moquant comme d’une guigne des vagues qui nous inonderont.
Il n’y a plus ni lièvre, ni tortue en France, les politiques considèrent la communication en mesure d’abolir le temps, le souffle, la mesure. Cette rebelote 2012 s’annonce donc sous les plus mauvais augures.

Jean Vinatier
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mardi 30 novembre 2010

271 Picasso à un électricien : c’est du vol ? N°796 4e année

« Selon que vous serez riche ou puissant…. » Pierre Le Guennec se répète, peut-être, cette morale de Jean de La Fontaine. Electricien à la retraite qui avait travaillé dans plusieurs maisons de Picasso entre 1970 et 1973, il aurait reçu 271 œuvres diverses du peintre pour sa période 1900 à 1932. L’ensemble est évalué à 60 millions d’euros ! Pierre Le Guennec affirme que c’est la dernière épouse de Picasso qui lui aurait donné un carton rempli de toutes ces œuvres.
Après avoir demandé l’authentification aux descendants de l’artiste, Pierre Le Guennec s’est retrouvé accusé de recel et placé en garde à vue. Bigre ! Et d’entendre les avocats du Tout-Paris dire qu’il était impensable que Picasso ait pu donner…à un électricien. Même son de cloche chez les héritiers, les mêmes qui n’ont pas répugné à autoriser une marque automobile à user du patronyme de leur ancêtre…qui avait en horreur la voiture !
Imaginons ces toiles données à une Bettencourt, un Banier, un Arnault, un Pinault, un Dassault, un Rothschild, croyez-vous que l’on supposerait le moindre recel ?Non, on parlerait de don. On a là, en direct, un mépris de classe absolument navrant, d’une véritable méchanceté. Cet électricien serait-il un tueur de cote ?
Ayant travaillé pour et avec des plasticiens en compagnie de mon ami Djuro, j’ai pu voir que l’artiste était bien souvent surprenant, résolument non cartésien. L’artiste est capable de tout de la pingrerie la plus crasse à la générosité la plus surréaliste, de marchandages les plus incroyables, de vous offrir le lundi pour tenter de vous reprendre le mercredi…Humeurs et émotions le gouvernent. Tous ces comportements se démultiplient lorsqu’il est en couple, en concubinage ou entre de multiples conquêtes.
Il serait tout de même sage d’accorder la présomption d’innocence à ce brave Breton avant de le marquer du sceau de l’infamie.

Jean Vinatier
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