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samedi 27 juin 2015

Grèce : de Bruxelles à Oufa N°3163 9e année



Juillet serait-il le mois de l’émancipation : 4 juillet 1776, 14 juillet 1789, 5 juillet 2015 ?
Alexis Tsipras a pris tout le monde par surprise en appelant le peuple Grec à se prononcer par référendum sur les dernières propositions de l’Eurogroupe. Si le référendum ne porte pas sur l’euro, il est bien évident que les oppositions (en Grèce, en Europe, au FMI) martèleront comme un seul homme qu’il s’agit bel et bien de sa félicité. D’ici le 5 juillet, chaque journée sera caniculaire. L’entrée de la politique sur un sujet que Bruxelles et le FMI désespéraient de cantonner à la seule rigueur comptable, les fait éructer.
Jean-Claude Junker a dit qu’un vote populaire ne pourrait jamais aller contre les traités européens : les Français, Hollandais, Irlandais en savent quelque chose. Mais jusqu’à présent Bruxelles trouvait des dirigeants suffisamment corrompus (Sarkozy) pour jouer le rôle du méchant face à leur propre peuple. Avec Alexis Tsipras, le scénario s’arrête.
Nous arrivons à cette situation parce que l’Allemagne, Bruxelles et le FMI ne surent qu’abasourdir les négociateurs grecs arrivés devant eux au lendemain de leur victoire électorale. La France n’a joué aucun rôle sauf à minauder devant Angela Merkel. François Hollande tout occupé à peaufiner le14 juillet qu’il veut placer en suite de la manifestation officielle du 11 janvier, risque bien d’avoir une sacré gueule de bois le 6 juillet au matin….
Pour l’heure, il est de bon ton de cataloguer les combinaisons sur lesquelles Alexis Tsipras écrirait sa partition après le 5 juillet en oubliant le sommet des BRICS à Oufa, en Russie, les 9/10 juillet. L’Eurogroupe, en excluant le ministre des finances de Grèce et en ignorant l’événement eurasien, affiche le plus parfait aveuglement. Si le « Oui » l’emportait entraînant la démission de Tsipras et de nouvelles élections avec, peut-être, son retour, Bruxelles serait toujours dans l’impasse. Regardons-bien les choses en face, Bruxelles ne maitrise plus le calendrier géopolitique, celui du temps, ce qu’Athènes, en dépit de tous les sarcasmes répandus par nos médias, n’a jamais négligé. Le rapprochement avec la Russie en est un : le contrat gazier. Il ne manquerait plus qu’une déclaration commune d’intention sino-russe ou bien des BRICS, assurant  à la Grèce un avenir monétaire et commercial dans un cadre différent…..
Bruxelles n’a jamais accepté le choix des électeurs grecs en janvier dernier, n’a pas digéré que Tsipras applique son programme : en un mot il n’était pas bien-pensant comme François Hollande, qui renia tout.  Sans  gêne aucune, Junker et Moscovici (socialiste ?) ont reçu ouvertement les partis opposés à Syriza et à l’ANEL : il leur faudra faire vite pour organiser un « il pleut sur Santiago » (nom de code pour le coup d’Etat au Chili en 1973), rédiger un nouveau projet d’accord d’ici mardi mais sans paraître céder sur le fond, le tout reposant sur une communication stratégique et perfide.
Le FMI ne se démarque pas officiellement de Bruxelles mais Christine Lagarde prépare sa campagne pour un second mandat et, de toute évidence, ne peut ni ne pourra sauver, à la fois, le dollar et l’euro. La victoire du « NON » l’obligerait à abattre plus vite ses cartes en faveur du billet vert sachant les décisions qui seraient prises à Oufa, l’installation des institutions financières des BRICS affichant les convergences, russe, chinoise et indienne. Quant à l’Europe plus naine qu’une naine politique, elle a les yeux rivés sur des livres de la dette, ne s’occupant qu’à s’assurer le service des huissiers et autres aide-chicane : la zone euro de l’Union européenne en est là  ignorant que la régulation migratoire tient de moins en moins : d’ici à ce que les vacanciers de Ramatuelle voient surgir des cargos au lieu des yachts…..
Bravo pour le geste gaullien d’Alexis Tsipras, la flamme s’est ranimée……

Jean Vinatier
SERIATIM 2015


« L’Etat profond « français » par Maxime Chaix» N°3162 9e année



Je relaie l’article rédigé pour Dedefensa, par Maxime Chaix, traducteur du chercheur canadien, Peter Dale Scott, auteur, notamment, de « L’Etat profond américain » aux éditions Demi-Lune

« [….]
Politiques profondes de l’État français, hydrocarbomonarchies et jihad anti-Assad

Après les attentats de Paris au début de l’année 2015, j’avais dénoncé l’implication de l’État français dans le soutien militarisé et clandestin d’une opposition « syrienne » pas aussi « modérée » qu’elle nous avait été décrite par les médias et le gouvernement. (16) L’année précédente, le Président Hollande avait lui-même reconnu cette politique profonde de déstabilisation et d’ingérence en Syrie, consistant à armer secrètement des factions rebelles depuis 2012 ; (17) selon Le Canard Enchaîné, elle n’aurait été interrompue qu’en janvier 2015, les livraisons d’armes des services français aux rebelles « modérés » étant « souvent interceptées, voire revendue[s] au Front Al-Nosra (Al-Qaïda) ou à l’État islamique » (18) – et ce quelles que soient les intentions desdits services et de leurs responsables. Celles-ci ne sont pas encore clairement établies : en 2014, le député et ancien juge antiterroriste Alain Marsaud avait exprimé sa « conviction » que les renseignements français avaient infiltré, voire soutenu, des milices extrémistes en Syrie, souhaitant alors la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire. (19)
Dans tous les cas, en coordonnant sa politique syrienne avec le Qatar et d’autres pays hostiles à Bachar el-Assad, l’État français a offert son appui diplomatique à des « rebelles » dont la modération est loin d’être avérée. En 2012, le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius avait d’ailleurs déclaré au journal Le Monde que les jihadistes du Jahbat al-Nosra – c’est-à-dire d’al-Qaïda en Syrie – faisaient du « bon boulot » sur le terrain, (20) Daech faisant alors partie de cette milice avant la scission en avril 2013 entre al-Nosra et l’EI. (21) L’année précédente, d’autres groupes jihadistes liés à al-Qaïda, dont le GICL d’Abdelhakim Belhadj, avaient été intégrés aux opérations de l’OTAN en Libye. (22) Au préalable, la DGSE et les services secrets qataris avaient joué un rôle actif dans la déstabilisation de Benghazi, (23) afin de faciliter le déclenchement de cette guerre « planifiée depuis des mois » – selon l’ancien responsable de la DST, le préfet Yves Bonnet. (24) Puis l’intervention occidentale fut lancée en mars 2011, 5 000 soldats des forces spéciales qataries ayant été déployés pour soutenir des factions islamistes (25) dans cette campagne militaro-« humanitaire » aux conséquences désastreuses. (26)
Alors qu’un parlementaire européen du FN – dont je combats pourtant le parti national-xénophobe –, est attaqué en « diffamation » par le Qatar via un avocat lié à Jacques Chirac et un autre conseil proche de François Hollande, (27) rappelons que le chef d’al-Qaïda en Syrie – Mohammed al-Joulani – a récemment pu s’exprimer 47 longues minutes sur Al-Jazira, la chaîne officielle qatarie. (28) Durant cette opération de guerre psychologique, (29) il a indiqué que le numéro un d’al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, avait appelé ses troupes à ne pas cibler les intérêts occidentaux pour ne pas desservir le combat contre Bachar el-Assad. (30) Au vu de ces informations alarmantes, la plainte du Qatar contre le député Philippot constitue non seulement une aberration orwellienne, mais également une ingérence flagrante dans les affaires intérieures françaises. Néanmoins, cette démarche est ouvertement soutenue par la maire de Paris, (31) bien qu’elle porte gravement atteinte aux libertés d’expression et de la presse (32) – pourtant « sacralisées » depuis les attentats tragiques de janvier 2015 dans la ville qu’elle administre.
À des niveaux plus profonds, cette plainte illustre d’inquiétantes relations profondes entre l’État français et le Qatar, et plus généralement entre l’Exécutif et les hydrocarbomonarchies du golfe Persique. En effet, il est clair que de puissants intérêts énergétiques, financiers, industriels et géostratégiques renforcent ces relations bilatérales. (33) Cependant, à travers des politiques clandestines mais avérées, ces monarchies dictatoriales soutiennent des réseaux terroristes au Moyen-Orient, (34) et même à travers le monde. (35) Dans le cas de la Syrie, depuis la montée en puissance d’un nouveau réseau extrémiste – coagulé autour du Jahbat al-Nosra et appelé l’« Armée de la conquête » –, les médias français ne font pas mystère d’une alliance entre le Qatar, l’Arabie saoudite et la Turquie pour soutenir cette milice d’al-Qaïda et faire tomber le régime de Bachar el-Assad. (36) Sur le terrain, il semblerait que Daech en soit le principal bénéficiaire, selon le journaliste Jean-Michel Quatrepoint. (37)
Le paradoxe qui découle de ces politiques aventuristes est que la démocratie est menacée en Occident au nom de la lutte antiterroriste, alors que les principaux réseaux jihadistes sont aujourd’hui des alliés des pouvoirs profonds de l’OTAN, du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) et d’Israël (38) dans la déstabilisation de l’« Axe chiite » (Iran, Irak, Syrie, Sud-Liban). Dans ce contexte politique schizophrène, nous observons en Occident une succession de dérives autoritaires légitimées par la lutte antiterroriste, alors que des milices jihadistes sont discrètement soutenues par les puissances occidentales et leurs alliés au Moyen-Orient. Il en résulte un débat public orwellien, dans lequel la plupart des groupes terroristes sont présentés comme des ennemis de la démocratie – ce qu’ils sont indiscutablement –, alors que des intérêts supérieurs conduisent les États occidentaux à les utiliser contre des nations « ennemies ». Du fait d’une certaine orwellisation médiatique, (39) la majorité des populations occidentales ignore ces politiques profondes et s’abstient de protester contre des mesures ultrasécuritaires imposées au nom de la lutte antiterroriste. Ainsi, depuis l’adoption de la loi sur le renseignement, nous observons le renforcement et la légitimation du système répressif et liberticide de l’« État profond » en France, (40) et plus généralement en Occident. Il convient donc, avant de développer cet argumentaire, de définir cette notion fondamentale.
[….]
La suite ci-dessous




Jean Vinatier
SERIATIM 2015

jeudi 25 juin 2015

Jaume Caselles - Missa Pange Lingua Sacris Solemniis (1751) N°3161 9e année


Taxis contre UBERPOP N°3160 9e année



Les chauffeurs de taxis donnèrent un  libre cours à leur colère générale qui allât jusqu’au renversement de véhicules UBERPOP, le secouement de leurs passagers et la poursuite des chauffeurs. Les médias, pour lesquels il faut peu de chose, qualifièrent les scènes « d’extrême violence ». Il n’y eut pas cet état mais la lassitude de n’être pas entendu par un gouvernement qui d’un côté adhère au libéralisme le plus éhonté (traité transatlantique) et de l’autre, pour de basses raisons politiciennes, ne modifient en rien le règlement d’une corporation.
Le chauffeur de taxi n’est pas populaire et ne fait rien pour se rendre sympathique mais l’important, ici, est de souligner le rapport de force plus que déséquilibré entre lui et le concurrent d’UBERPOP. Le premier doit s’acquitter d’une formation et d’une licence pouvant grimper à plus de 350 000 euros, une somme qui implique un emprunt quasiment pour la vie, quand le second débarque sans bourse délié, sans formation et sans responsabilité.
Le ministre de l’Intérieur se prononce pour l’interdiction d’UBERPOP. A quelques mois des régionales et, certain que Bruxelles intimera au gouvernement de s’incliner…après décembre 2015 ce qu’il fera sans problème, la ficelle est un peu grosse. L’idéal ne serait-il pas que le gouvernement racheta les licences existantes et réforma totalement la profession de taxi afin de la mettre en concurrence équilibrée ? Un tribunal de Californie a reconnu la qualité de salarié à un chauffeur d’UBERPOP, un jugement qui oblige cette société à s’acquitter d’un certain nombre de charges. Qu’attend donc le gouvernement français pour agir dans ce sens ?


Jean Vinatier
SERIATIM 2015

« Un monarque est un dieu… par Pierre de Bérulle, cardinal » N°3159 9e année



Ci-dessous ces quelques lignes éblouissantes de théologie politique d’un très haut prélat, Pierre de Bérulle (1575-1629):

« Un monarque est un dieu, selon le langage de l’Écriture ; un dieu non par essence, mais par puissance, un dieu non par auteur mais par grâce ; un dieu non pour toujours, mais pour un temps ; un dieu non pour le ciel  mais pour la terre ; un dieu non subsistant, mais dépendant de celui qui est le subsistant de par soi-même, qui étant le dieu des dieux, fait les rois dieux en ressemblance, en puissance et en qualité de dieux visibles, images du Dieu invisible »1

Source :

1-Jouhaud (Christian) : Richelieu et l’écriture du pouvoir – Autour de la journée des Dupes, Paris, Gallimard, 2015, p.242

Jean Vinatier
SERIATIM 2015

La France enfin écoutée ! N°3158 9e année



Au moment où le Parlement vote la loi sur le renseignement sort l’affaire des écoutes enclenchée par la NSA sur les Présidents, Chirac, Sarkozy et Hollande : quelle ironie ! C’était bien la peine de faire un Patriot Act ! Suis-je bête, ce texte est d’abord contre nous !
Qu’on se rassure, François Hollande ne fera rien pour chagriner l’empereur du Potomac qui ne semblait pas attacher d’importance à cette affaire. Il est d’usage, selon des sources américaines, de s’écouter entre alliés (un jeu de mots ?)….Les Etats-Unis s’estiment les seuls au monde et ont fait depuis longtemps de la France une sorte de colonie après deux échecs : en 1944 avec l’AMGOT ;  en 1966/67 quand ils durent décamper de leurs casernes otaniennes : à chaque fois De Gaulle ! C’était avant !
Depuis, ils ne cessent pas de revenir. Le FBI a ses bureaux dans les aéroports parisiens, l’université américaine de Paris se déploie dans le VIIe arrondissement, tout le quartier École militaire raisonne de l’accent yankee, nouvelle acquisition  par l’AUP d’un immense hôtel particulier entre le Quai d’Orsay et la rue de l’Université, des hordes de cyclistes américains sorties de l’ex-caserne Dupleix circulent très souvent sur les trottoirs quand ce ne sont pas les affreux gyropodes, les Food-trucks sont, eux, encouragés par la mairie de Paris et ainsi de suite.
Les Etats-Unis font avec Paris ce qu’ils firent avec le Texas, s’implanter en territoire étranger, édifier un fort Alamo puis se déclarer indépendant d’une manière ou d’une autre de l’autorité légitime.
La France est soumise à l’oncle Sam. Pourquoi nous écouter ? Sans doute quelques grands stratèges américains ont-ils pris pour argent comptant les aventures d’Astérix, l’un des irréductibles, et se disent qu’un jour ou l’autre les indigènes pourraient se réveiller. L’opposition de Jacques Chirac à l’invasion de l’Irak est encore dans la mémoire collective américaine : on est potentiellement dangereux même si nous nous gavons de séries US et de toute la panoplie du soft power!
François Hollande se calera sur le comportement d’Angela Merkel qui avait eu la surprise d’apprendre que son  téléphone personnel était très partagé : il n’y aura rien ! Au contraire, nous devancerons le traité Transatlantique, nous nous démènerons contre la Russie, contre la Syrie….etc. La collaboration est une expérience…. Lors de la grande soirée annuelle Vanity Fair qui se déroule traditionnellement dans la résidence de l’ambassade de France à Washington, notre représentant ne peut même pas choisir ses invités. Imagine-t-on le magazine Elle faisant la même chose à l’ambassade US ?
Les Etats-Unis font la politique de leurs intérêts, nous, nous n’avons plus besoin de raisonner ainsi, faute d’être souverains. Il n'y a plus de "Roi en France" mais des "gouverneurs"


Jean Vinatier
SERIATIM 2015