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dimanche 22 novembre 2015

« Palmyre, une géopolitique des ruines par Jean-Pierre Payot » N°4051 9e année



« Passionné d’archéologie, Jean-Pierre Payot est agrégé d’histoire géographie et formateur au CEPEC International. Il a publié "La guerre des ruines. Archéologie et géopolitique", Paris, Choiseul. »

« Ce qui se joue à Palmyre s’inscrit dans un cadre géopolitique spécifique. Deux conceptions du monde et de l’humanité s’affrontent au travers de l’usage des ruines archéologiques.

LE 21 mai 2015, après une vaste offensive, DAESH s’empare de Palmyre. L’antique cité syrienne, préservée jusque-là des assauts des djihadistes, se trouve tout à coup submergée et occupée. Au-delà d’une certaine stupeur cet événement ne va pas sans provoquer, à travers le monde, une inquiétude légitime. Le souvenir des bouddhas de Bamyan au destin funeste refait soudainement surface. Palmyre va-t-elle subir le même sort que celui que les Taliban avaient infligé en 2001 aux célèbres monuments afghans ? Ce n’est pas la première fois dans l’histoire de l’humanité que des « conquérants », au nom de leur dieu ou de leur idéologie particulière, mettent à mal des trésors de l’humanité. On sait ce qu’il advint de nombre de statues, d’objets, ou même de villes mises à sac sous les coups de boutoir des « barbares », venant de contrées obscures et pénétrant sans coup férir dans tel ou tel empire « civilisé », qu’il fût romain ou chinois… On sait aussi les ravages que purent commettre, sur différents patrimoines, toutes les formes historiques de colonisation dans le monde. Plus récemment, des guerres intestines, en particulier dans le « Tiers monde », et surtout des guerres conventionnelles de grande ampleur, menées par exemple au Moyen Orient, ont été particulièrement néfastes pour les richesses archéologiques et patrimoniales détenues par les pays victimes de ces conflits. L’exemple syrien apparaît donc comme un épisode supplémentaire dans la longue histoire des destructions culturelles depuis sans doute l’origine de l’homme. Et pourtant ! A observer de près ce qui est en train de se dérouler à Palmyre, on ne peut manquer de constater l’originalité de la situation.
Les enjeux dont la cité fait l’objet, du fait de l’existence d’une certaine profondeur historique et symbolique liée au site même, présentent en effet un caractère très spécial. Cette profondeur explique pleinement les risques qui pèsent désormais sur ce joyau syrien. Déjà, les populations sur place subissent de terribles violences par les occupants. Mais outre le scandale provoqué par ces violences et leur caractère inadmissible, se pose la question de savoir ce qu’il pourrait advenir de la cité dans son intégrité physique et historique. Les djihadistes n’ont pas manqué d’envoyer un signal fort de leurs intentions à l’égard des monuments antiques, en détruisant deux sanctuaires après la prise de la ville. Ils n’ont pas hésité par ailleurs à poser un grand nombre de mines ; de quoi anéantir complètement le site. Et pourtant… L’essentiel des colonnes, des pilastres et des murs de Palmyre est encore debout. Est-ce à dire que DAESH, traversé par des scrupules aussi soudains qu’improbables, redoute tout à coup de réduire en cendre les lieux ? Certainement pas. La destruction toute récente de l’arc de triomphe de Palmyre prouve le contraire. Et ce n’est pas la contre-offensive actuellement menée par les forces de la coalition qui nourrissent d’une manière ou d’une autre d’éventuels atermoiements du tout nouvel Etat Islamique. Il est certain que tant qu’il a la main mise sur ce morceau de territoire, DAESH continue d’utiliser à son gré sa récente conquête. En fait, l’usage qu’il en fait, nous le verrons, est éminemment politique (d’aucuns diraient machiavélique). Ou, dans la mesure où il est étroitement lié à des enjeux ayant trait à la possession d’un territoire, il est essentiellement géopolitique. Quoi qu’il en soit, pour nous occidentaux, la question est de savoir s’il faut réellement craindre pour la survie de Palmyre. L’antique et honorable cité doit-elle être sauvée ? Cette question est certes partagée par les deux camps mais les spéculations sur lesquelles elle se base demeurent résolument opposées…
[….]
La suite ci-dessous :

Jean Vinatier
Seriatim2015




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