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jeudi 7 septembre 2017

«Le soufisme, de l’amour mystique au djihad défensif par Julie Descarpentrie » N°4306 11e année



« A l'heure de la menace djihadiste et de l'instrumentalisation de l'islam par les fondamentalistes, nombre de responsables politiques tels que Mohammed VI, A. Bouteflika ou le Premier ministre indien Narendra Modi, tentent de promouvoir le soufisme afin de présenter une alternative au salafo-wahhabisme qui, depuis la création de la Ligue islamique mondiale, ne cesse de faire des adeptes dans le monde. Ainsi, alors que les salafistes contemporains appellent au meurtre des mécréants (kuffar) et se réclament d'Ibn Tammiyya, d'Abd el-Wahhab ou de Sayyid Qutb, les soufis quant à eux, constituent une minorité discrète qui tend à véhiculer des valeurs de paix et d'amour à travers les écrits d'auteurs tels qu'Ibn Arabi. Considéré comme l'un des principaux fondateurs de l'ésotérisme islamique, ce gnostique arabo-andalous du XIIe siècle est l'auteur de nombreux poèmes qui prônent l'amour de Dieu et de l'humanité toute entière. C'est ainsi que, considérant que les êtres humains sont des âmes divines et que chaque religion constitue l'une des facettes de l'Unicité divine, les soufis en appellent à la tolérance religieuse, si l'on en juge par les vers suivants : « Je professe la religion de l'Amour, et quelque direction Que prenne sa monture, l'Amour est ma religion et ma foi. »[2] « Que ton âme soit la substance de toutes les croyances, car Dieu est trop vaste et trop immense pour être enfermé dans un credo à l'exclusion des autres. » [3]
Malheureusement, l'appel des dirigeants à favoriser cette branche de l'islam est loin de faire l'unanimité et les soufis constituent l'une des cibles privilégiées des sunnites orthodoxes et des djihadistes takfiristes car, bien que sunnites, leurs pratiques hétérodoxes de l'islam sont accusées d'être des innovations (bid'ah). A ce titre, on constate qu'ils pratiquent un islam qui, par certains égards, s'apparente au ritualisme hindou car le soufisme ne se cantonne pas à la lecture des textes fondateurs ; il se pratique auprès d'un maître dont les enseignements visent à faire ressentir l'amour du Prophète et à se fondre en Lui ; dans l'Un.[4] Ainsi la vie du pratiquant se distingue-t-elle de la simple observance des cinq piliers de l'islam. Outre l'aspect ésotérique et transcendantal, le dévot respecte également le culte des saints, a recours à des chants et danses quasi extatiques, effectue des pèlerinages sur la tombe de saints soufis et voue un amour certain à son maître qui a le titre de cheikh. Ce dernier étant considéré comme un intercesseur entre le Prophète et ses disciples, il est cependant voué aux gémonies par les sunnites orthodoxes et notamment par les wahhabites qui voient en lui - mais aussi dans les Imams chiites - un usurpateur et un associateur (shirk).[5]
La suite ci-dessous :

Jean Vinatier
Seriatim 2017



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