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dimanche 26 juin 2016

« L’histoire qui se fait : recomposition à l’anglaise par Hélène Nouaille » N°418610e année



La Chine et la Russie disent le minimum sur les conséquences du BREXIT mais savent pertinemment les nouvelles routes désormais ouvertes avec un Royaume-Uni, à nouveau dégagé.
Sans doute ne sommes-nous plus dans le même monde : c’est bien plus que la chute du Mur de Berlin. Le retour vers la haute mer du Royaume-Uni pourrait, à terme, déplacer le curseur pour le remettre et c’est là l’ironie, quasiment en Europe tandis que Donald Trump évoque déjà dans son discours une nouvelle indépendance pour les Etats-Unis. Le monde anglo-américain pivoterait-il sur lui-même ?

« Nuit courte en regardant se faire l’histoire. En regardant, sur le site de la BBC, tomber les résultats du vote britannique. Enfin à l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, une évidence. Le Brexit a gagné – ce courant souterrain pressenti, puis ignoré, qui donc en avait si bien parlé ? Recherche. « C’est l’histoire qui fait retour, cette histoire dont l’Europe croyait être sortie. Et dont elle espérait aussi faire sortir les autres. C’est que pour nous, Européens, “faire l’histoire” est un fardeau que nous avons déjà supporté et qui a failli nous écraser : les révolutions, la colonisation, deux guerres mondiales, la guerre totale, la Shoah… par combien de dizaines de millions de morts paye-t-on le privilège d’être les agents élus de l’Histoire ? » (1). Ce fardeau, faire l’histoire, 52% des Britanniques ont néanmoins choisi de le reprendre. Laissant en état de sidération ceux pour qui « reconnaissons-le, l’idéal de l’intégration européenne, qui faisait logiquement suite à l’engagement anti-totalitaire, a été l’horizon intellectuel des 20 dernières années ». Même quand un courageux osait écrire, dès 2009 : « Aujourd’hui, alors que nous assistons - pour dire vite - au passage d’un moment “kantien” à un moment “schmittien“, cet idéal européen me semble aussi sympathique que désuet ».

Dès le matin suivant, quelques-uns des observateurs internationaux avaient bien compris ce retour de l’histoire. L’ancien ambassadeur indien M. K. Bhadrakumar, que nos lecteurs connaissent, par exemple : « Il s’agit sans doute, potentiellement, du développement le plus sérieux dans la politique mondiale depuis la chute de l’Union soviétique. (Curieusement, les deux catastrophes sont arrivées ‘volontairement’). Qu’est-ce qui vient après ? Laissez moi dessiner trois cercles concentriques. Le futur britannique s’inscrit, bien sûr, dans le premier cercle ; suivi par le destin de l’Europe dans ces temps incertains ; et, enveloppant les deux premiers cercles, le mouvement dans les ‘co-relations de forces’ dans le système international et la politique mondiale ». Système tenu par quatre piliers-clés « les Etats-Unis, la Chine, l’Union européenne et la Russie » (2). Du côté de Moscou et Pékin, on défend une vision westphalienne du monde (traités signés en août et septembre 1648 entre le chancelier suédois Axel Oxenstierna, le cardinal Mazarin et l’empereur d’Allemagne – Saint Empire romain germanique émietté en quelque 350 principautés en conflit permanent) : en bref, on ne se mêle pas des affaires intérieures des autres. Mais on sait où sont ses intérêts. On s’est donc gardé de déclarations sur le Brexit, sauf à en souligner, après coup, les conséquences économiques. Toutefois, selon La Croix (3), le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, avait déjà déclaré fin mai que la Chine souhaitait « voir une Europe forte et impliquée dans l’économie mondiale ». Et l’agence chinoise Xinhuanet rapporte aujourd’hui longuement les propos tenus par Vladimir Poutine à Tachkent, lors du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai, le 24 juin : « Nous allons étroitement surveiller, analyser et chercher à minimiser tous les effets négatifs de cette décision sur notre économie (…). (Le Brexit) finira par avoir des conséquences pour le Royaume-Uni, pour l’Europe en général, et pour nous (…). Les conséquences auront un caractère mondial inévitable » (4).

Non pas que le président russe soit si inquiet pour l’économie : « Les marchés et devises sont déjà atteints, cela affectera inévitablement et cela a déjà affecté les indices des bourses, ainsi que les prix des biens traditionnels. Cependant, je suis convaincu que tout cela sera rétabli assez rapidement ».
La suite ci-dessous :





Jean Vinatier
Seriatim 2016






Et maintenant : le Royaume-Uni N°4185 10e année



Selon les prédictions faites durant la campagne référendaire, le Royaume-Uni devrait, puisque ayant fait le choix de nous quitter, connaître toutes les misères. Pour l’heure,  l’Union européenne fait triste mine et leurs ministres arpentent les jardins à la façon d’un canard sans tête….
Sans doute fait-on peu de cas du rayonnement britannique à travers le monde : la Reine, le Commonwealth, la langue, la City, l’ancienneté et la grandeur de son peuple…et ainsi de suite. Le Royaume-Uni est, désormais de facto libéré de toutes les contraintes fixées par l’Union européenne et peut, par exemple, renouer des relations normales avec la Russie.  Londres retrouve une liberté de manœuvre, il reste à lui donner de l’ordre et de la maitrise.
Le Britannique appartient, répétons-le, à une nation-monde, l’entrée dans l’Union européenne n’a ajouté qu’une possibilité de plus à son ambition : s’il s’en retire aujourd’hui, n’est-ce pas le signe que Bruxelles loin d’apporter les conditions de la prospérité, s’évertue à étendre les règlements et les entraves, à dissoudre son identité ? Quant à la City, paradis fiscal s’il en est et, contrainte à la modestie jusqu’à présent, pourra de nouveau accueillir à bras ouverts tout ce que la planète compte de richissimes. Brexit ou pas, la qualité professionnelle de la City est intacte.
La crainte serait que l’Ecosse parvienne à obliger Londres à lui concéder un second référendum sur son indépendance après l’échec du premier : est-on certain à Edimbourg que le succès serait assuré ? Si le nouveau gouvernement prévu à l’automne sait remettre sur le pays sur la croissance et le dope par une politique étrangère contrebalançant celle de l’Europe, croit-on que le pragmatisme écossais ne jouera pas ?
Le Brexit est une chance pour le Royaume-Uni sur le plan intérieur et extérieur. Londres dispose de bien plus d’atouts que l’Union européenne placée, désormais à découvert, sans tête : elle est le corps malade du moment !
Reste la grande question du traité transatlantique : Londres étant la courroie et l’aiguillon essentiels pour Washington et Bruxelles : qu’en sera-t-il ?
Et maintenant, le Royaume-Uni retrousse ses manches : Rule britannia….

Jean Vinatier
Seriatim 2016


samedi 25 juin 2016

Brexit = l’Union européenne décapitée ? N°4184 10e année



M’imaginais-je un jour passer une nuit entière à suivre le développement des résultats d’un référendum ? Et pourtant, ce fut le cas : les nations regroupées sous la bannière de l’Union Jack décidant par une nuit historique de quitter l’Union européenne (CEE) dans laquelle elles entraient quarante années plus tôt.
Le gouvernement britannique prenant acte du choix du royaume et entendant ne pas le contester sait qu’il entre dans les turbulences : écossaise, nord-irlandaise, galloise même, l’Angleterre, cœur central de l’île, seule restant solide et apparemment sûre de sa fondation.
Les mines allongées des dirigeants de l’Union européenne soulignent l’importance cruciale que revêtait le maintien du Royaume-Uni : la City, première place financière européenne, Londres capitale idéologique avec Washington de l’idéologie ultra-libérale, carrefours, géopolitique déterminant pour la signature des traités de libre-échange entre les Etats-Unis et Bruxelles, géostratégique fondamental avec l’OTAN. Le maintien du Royaume-Uni, quoique avec des privilèges et exemptions extraordinaires, dans l’Union européenne devait sceller le sort de toutes les nations pour entériner de fait une immense aire territoriale mercantile, financière, qui ne désobéirait ni aux volontés des Etats-Unis dans sa suprématie de l’Atlantique au Pacifique contre la Chine, la Russie, l’Inde, les BRICS, ni aux multinationales, ni aux immenses lobbies de tous les horizons sans omettre l’entrée sur scène des migrations imposées aux indigènes que nous sommes tous.
Pourquoi donc le Royaume-Uni s’est-il séparé du continent alors même qu’il devait en être la plaque tournante ? Pourquoi le candidat républicain Donald Trump a-t-il applaudi au Brexit et pas Hillary Clinton ?  Le monde anglo-américain partagé entre une prétention au messianisme pas seulement religieux et le risque d’une altération de ses fondamentaux, entre donc dans une crise majeure mais tue par tous les médias et les bons pensants : rappelons les actions de tous les contestataires anglais, américains, australiens et l’absence, au passage, de soutien des fameuses démocraties européennes où la France « patrie des Droits de l’Homme » brille par un mélange d’hypocrisie et de couardise.

A cette crise du monde anglo-américain s’ajoute plus clairement avec le Brexit, celle de l’Union européenne. L’Union européenne ne repose sur aucune faveur populaire, seule une oligarchie de technocrates installée par des chefs d’Etat et de gouvernement prétend anéantir toute distinction parmi les nations, refuse obstinément de devenir une puissance politique c’est-à-dire de se doter d’une souveraineté, de l’indépendance. Bruxelles est la soumission quotidienne à une puissance étrangère, à une organisation militaire qui agit comme une force d’occupation ; Bruxelles ne songe qu’à signer les traités transatlantiques, qu’à humilier la Russie, de faire sien l’aplatissement des pays, baltes et de l’Est (de la Pologne à la Roumaine). Les Européens que nous sommes ne nous reconnaissons pas dans cette Union qui se moque des volontés nationales et nous réduiraient à l’état de « réserve indienne ».
Le désarroi des européens se résume par l’intervention au-delà du médiocre de François Hollande qui craint les populismes. Cet homme qui a osé rendre hommage à la Résistance et au Général de Gaulle alors même qu’il a laissé, banques et entreprise françaises se faire racketter de 15 milliards par le gouvernement américain dans l’affaire du commerce avec l’Iran sous embargo de cet exécutif, qu’il a livré la branche énergie d’Alstom à Général Electric, entreprise américaine, au terme d’une série de chantages et de l’ emprisonnement d’un haut dirigeant de cette société, plaçant de facto nos sous-marins nucléaires sous la férule du Pentagone. C’est donc avec de tels personnages combinards seulement hantés par une réélection et s’aveuglant de leurs propres faiblesses internes que l’Union européenne devrait poursuivre sa route ? Il est à craindre que fidèles à leurs abandons, les 27 n’accélèrent en direction du plus d’Europe intégrée et appliquent le traité transatlantique pour être les fantassins des seuls intérêts d’une puissance d’Outre-Atlantique. Mais ce que ne veulent pas voir les bruxellois, c’est l’entrée en crise (économique et identitaire) de cette puissance. La candidature de Donald Trump étant, à cet égard, importante. Nous le savons aujourd’hui les 27 soutiendront Hillary Clinton, belliqueuse et suprématiste, une démocrate ayant repris toute la doctrine des néo-conservateurs républicains !
Partout s’avance et grandit la question identitaire menacée par la mondialisation et les globalisations. L’Europe géographiquement placée au centre du monde devrait être la plus sûre et la plus éclairée afin d’assurer les articulations avec les autres continents et les nations-monde. Elle ne le peut, bloquée, étouffée par l’actuelle Union européenne. La non-limitation des migrations et l’envie de placer la Turquie dans l’Europe en disent long sur le but à atteindre.
Le Brexit voté par les Britanniques et assumé par les députés et le gouvernement à l’exact opposé de ce que firent les Sarkozy, Hollande et consorts lors du référendum de 2005, prouve que la classe politique du royaume est capable d’oser et d’assumer. Il en ira bien différemment sur le continent. Bruxelles avec Junker et Tusk en tête, vomiront davantage les citoyens que nous sommes et ne voudront plus de consultation par voie référendaire. Cette fermeture aux peuples aura des conséquences sur la démocratie représentative, elle-même, totalement décrédibilisée. Bruxelles et les gouvernants ne veulent pas savoir notre degré de détestation envers eux.
Le maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne aurait permis de continuer la fiction de la narration démocratique et des droits de l’homme, son départ fait éclater le vernis. L’Union européenne aura-t-elle le destin du tableau de Dorian Gray….. ?


Jean Vinatier
Seriatim 2016








mercredi 22 juin 2016

Brexit : « j’aime l’Europe mais j’aime pas l’Union européenne »1 N°4183 10e année



Regardant ce soir Euronews, je vis John Major, succédant à David Cameron, assurer ses compatriotes que jamais la Turquie n’entrerait dans l’Union européenne (elle piétine depuis trente ans, assure-t-il) et que jamais l’espace de Schengen n’atteindrait la Tamise. Le reportage suivant, nous montra le ministre turc se déclarant assuré du soutien du gouvernement britannique pour faciliter l’adhésion de son pays.
La volonté de la chancelière allemande est bien de faciliter les migrations turques, ce vœu est soutenu par la Maison Blanche et tous les tenants des non-frontières. L’adhésion turque n’en sera que plus proche et l’espace de Schengen inclura l’île de langue anglaise.
Me répétant, je considère que les nations-monde comme le Royaume-Uni et la Turquie ne doivent pas s’insérer dans cette Union au risque de l’étouffer et de rendre impossible  son émergence ; au contraire, devons-nous établir avec leurs gouvernements des accords d’articulation dans tous les domaines devant renforcer la puissance de l’Union.
Jeudi et la nuit de jeudi à vendredi seront des moments intenses. Nous verrons bien si le peuple britannique aura su garder la tête froide face aux semonces, menaces parvenues de toutes les « élites ». On n’en finirait pas de dresser la liste de tous les corps de métier devant effrayer les habitants de cette île. Nigel Farage eut le mot de la fin de la campagne référendaire en disant que vendredi le Royaume-Uni aurait un drapeau ou celui de l’Union européenne ou celui de l’Union Jack…
Paraphrasant le comte d’Auteroche, j’écris, Messieurs les Anglais votez les premiers……


Source :

Jean Vinatier
Seriatim 2016

« Un nouveau séparatisme : la sécession en vue du rattachement par Alexandre Rybine » N°4182 10e année



Alexandre Rybine, jeune journaliste russe qui connut quelques tribulations en Syrie en 2012, nous livre un article d’intérêt et de réflexion.
J’ajoute un autre point :quel est son lien avec Alexandre Rybine, le garde du corps personnel de Staline ?

« En février-mai 1914, Vladimir Lénine écrit l’article « Du droit des nations à l’autodétermination ». On est à la veille de la première guerre mondiale, qui va détruire plusieurs empires et deviendra le catalyseur conduisant à la création d’une vingtaine de nouveaux états-nations. Dans les Balkans, les passions séparatistes sont en pleine ébullition, et toute l’Europe en débat. Ayant arraché aux Turcs une partie de leurs terres, le royaume de Serbie montre maintenant les dents à l’empire austro-hongrois, pour lui prendre la Bosnie, peuplée par un grand nombre de Serbes de souche. Les mouvements clandestins des serbes grandissent en Bosnie, faisant pression sur les agents de l’empire.
Suivant leur exemple, d’autres slaves vivant dans l’empire veulent l’indépendance, ils en ont assez de vivre sous la botte de la dynastie allemande des Habsbourg. Le séparatisme slave, les mouvements de libération des peuples peuvent à tout moment faire chavirer une Autriche-Hongrie en décrépitude. Lénine le voit bien et y réagit avec attention dans son article. La constitution d’Etats-nations signifie une victoire définitive du capitalisme sur le féodalisme, écrit le dirigeant des bolcheviks russes. Le capitalisme est un progrès par rapport au féodalisme, c’est pourquoi les séparatismes nationaux qui doivent conduire à la création de nouveaux Etats-nations venant remplacer le patchwork des anciens empires vont permettre le développement de l’humanité.
Dès leur arrivée au pouvoir en Russie, les bolcheviks s’attèlent au règlement des questions nationales. Le 15 novembre 1917 (une semaine après la prise du pouvoir), le Soviet des commissaires du peuple émet la Déclaration des droits des peuples de Russie. Le deuxième paragraphe se lit comme suit : « Le droit des peuples de Russie à l’autodétermination, jusqu’à la sécession et la constitution d’un état autonome ».
D’après Léon Trotsky, proche compagnon de Lénine à cette époque, la question nationale était pour le chef des bolcheviks la deuxième en importance après la question agraire.
Le même Trotsky écrit plus tard dans « L’histoire de la révolution russe » que les peuples qui auront fait sécession devront affronter leur propre bourgeoisie de manière autonome, et dans un deuxième temps seulement rejoindre l’état soviétique international. Voilà la logique des bolcheviks après la révolution d’Octobre. Quand la sécession, la constitution de nouveaux états a lieu, ce ne sont toutefois pas les prolétaires qui triomphent, mais les nationalistes et les libéraux. Les partisans du Moussavat en Azerbaïdjan, ceux du Dachnak en Arménie, les mencheviks en Géorgie, les nationalistes en Ukraine et en Estonie, et même en Finlande, qui se considère comme la province la plus progressiste de la Russie impériale, c’est la bourgeoisie qui triomphe et qui réprime durement les tentatives des révolutionnaires locaux d’instaurer le pouvoir des soviets (avant de passer en Russie soviétique, la guerre civile commence précisément en Finlande).
La suite ci-dessous :

Jean Vinatier
Seriatim 2016