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dimanche 15 février 2009

Antilles : effet boomerang en France ? N°400 - 2eme année

En novembre 2008, les Guyanais descendaient dans les rues pour protester contre la vie chère et le coût de l’essence ! Deux mois après, la Guadeloupe puis la Martinique font de même. De l’autre côté, dans l’océan indien, la Réunion et Mayotte pourraient reprendre le flambeau ; et l’on dit même, qu’en Nouvelle-Calédonie les tensions grandissent !
Dans le
JDD, la députée de Guyane, Christiane Taubira, résume d’une phrase l’énigme antillaise : « L’outre-mer n’est pas une danseuse, mais un territoire spolié »¹ au profit de quelques sociétés et familles sous le regard bienveillant de l’Etat. Le LKP qui regroupe à Pointe-à-Pitre, tous les mécontents de l’île, écarte toute idée d’une question raciale pour l’origine des manifestations. Brusquement, la métropole découvre que les DOM sont restés dans des schémas économiques anachroniques. En effet les Antilles ont la caractéristique d’avoir le dos tourné à l’ensemble Caraïbe et à la côte des Amériques du Sud et Centrale ! L’Etat craint-il encore une volonté d’indépendance comme celle qui a surgi à partir de 1784 quand Louis XVI institua une assemblée provinciale qui accordait une relative autonomie ? La France se souvient-elle des guerres menées par des guadeloupéens, des martiniquais et hommes de Saint-Domingue entre 1792 et 1802 tels
Louis Delgrès et Toussaint-Louverture restés au cœur de toutes les mémoires ? Peut-être, les émeutes des années 1952 et 1967 justifient-elles la prudence élyséenne !
Les Antilles font-elles tellement peur à la métropole que les partis politiques et les syndicats pratiquent la politique de l’autruche. Les revendications de LKP figureront-elles au menu de la réunion du 18 février ? Grand mystère ! C’est donc le pauvre Yves Jégo, secrétaire d’Etat à l’Outre-mer, très dépensier en CO2 par les navettes entre les îles et Paris, qui concentre toutes les moqueries !
Si Nicolas Sarkozy rigolait à propos des manifestations qu’il ne voyait pas, désormais il les verra partout jusque dans l’Atlantique et l’océan indien ! Pourquoi le gouvernement tient-il à séparer l’outre-mer de la métropole dans le cas présent ? Les Antillais défilent pour le pouvoir d’achat, l’emploi, la santé, l’éducation, la justice sociale comme deux millions de métropolitains le 29 janvier dernier ! A Paris comme dans les Antilles, le patronat récuse tout effort : les békés ne sont ni plus ni moins influents que les « Messieurs du CAC40 ». Les Antillais se voient refusés comme aux salariés en France la moindre augmentation. Il y a bien des deux côtés de l’Atlantique une revendication générale similaire.
Faudrait-il rechercher la prudence gouvernementale du côté d’une appréhension du réveil des minorités françaises? La France se targue de toute une série de textes autour des minorités visibles lesquelles sont toujours presque invisibles. Dans le service public, combien en avons-nous dans les hautes sphères administratives civiles et militaires ? Idem pour le privé, où sont-elles parmi les cadres dirigeants et les PDG des entreprises ? Comparés aux Etats-Unis, notre bilan n’est guère flatteur. Nul ne peut le nier, l’élection de Barack Obama pourrait, demain, bousculer les atermoiements français. Yazid Sabeg, le commissaire à la diversité, nommé par le Président de la République, gardera-t-il longtemps le silence ?
Devant une contestation sociale qui ne cesse de grandir en force et de s’étendre partout où flotte le drapeau tricolore, le gouvernement n’est-il pas en plus devant le défi de sortir la France de l’esprit colonial ou de ce qu’il en reste ?


Jean Vinatier

©SERIATIM 2009

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Source :


1-
http://www.lejdd.fr/cmc/societe/200907/taubira-on-frole-l-apartheid-social_187665.html

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