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vendredi 27 février 2009

France : régions et remarques ! N°407 - 2eme année

Quelques jours avant la remise officielle de son rapport sur la réforme territoriale de la France le 5 mars, le comité Balladur a jeté par les vitres du carrosse des éléments sur le contenu de son travail. Et c’est une succession de hurlements, de protestations : les débats promettent d’amples disputes. Autant dire que cette réforme connaîtra bien des rebondissements.
Faute de connaître la totalité du rapport, les comptes rendus établis par la presse montrent que pour l’heure tout est bien dans le brouillard le plus épais. Le point d’orgue de cette proposition de la réorganisation territoriale est bel et bien de faire de la région l’entité administrative fondamentale au lieu et place du département. C’est donc la réforme capitale de ce quinquennat.
Avoir 15 ou 22 régions ne signifie pas grand-chose, il faut avant tout savoir constituer des ensembles régionaux dotés d’une identité cohérente sur les plans, géographique, historique, linguistique, économique, social. Si l’on regarde
les cartes ci-dessus (Seriatim d’hier) nous constatons bel et bien que le comité Balladur n’a pas d’autre choix que de s’appuyer sur l’histoire de la France, même s’il a la prudence de dire qu’il a veillé à proposer des régions dont la superficie se situe dans la moyenne européenne. La carte Balladur est-elle réaliste ?Prenons quelques cas.
Rendre Nantes, la capitale des ducs, à la Bretagne est logique, de même réunir la Haute et la Basse Normandie ou reconstituer l’ensemble bourguignon (Bourgogne et Franche-comté) obéit à un bon sens historique. Idem pour l’Aquitaine qui incorporerait les Charentes et le Poitou dont Poitiers fut la capitale ducale, notamment sous Aliénor (1122-1204). Maintenir séparés Midi-pyrénées et Languedoc-Roussillon est moins heureux puisque les deux régions couvrent l’ancien comté de Toulouse. Unir la Lorraine et l’Alsace est une audace : ne fonde-t-on pas un ensemble germanophone ? L’extension de l’Ile de France vers le nord n’est pas une surprise : le domaine royal ne s’est-il pas formé autour de Senlis, de Beauvais et de Soissons ? La disparition de la Picardie est, par contre, une surprise. L’identité picarde est réelle, son patois compte autour de 500 000 locuteurs dans tout le nord de la France et jusque dans le Hainaut belge.
La création de villes métropoles est dans la logique de la région : mais pourquoi en proposer trois pour la région PACA (Marseille, Toulon, Nice) quand l’Auvergne et le Limousin –si il y a une union - n’en aurait aucune ?
A première vue la carte Balladur a une relative cohérence mais elle n’est encore qu’une esquisse et elle donne à réfléchir.
Pourra-t-on se contenter d’applaudir à ces quinze régions sans aller plus loin ? Evidemment pas. Toute la vie politique en sus de l’organisation administrative reposait sur le département, la colonne vertébrale de l’Etat et de la République. N’allons-nous pas vers une république fédérale et donc passer par une révision constitutionnelle ? Ne serons-nous pas obligés de revoir à la baisse le nombre des députés, de sénateurs ? Que deviendront les élus régionaux et ceux des conseils généraux ? Pour l’heure, l’institution d’un « conseiller territorial », pour incroyable que cela soit, n’implique pas leur disparition ! En terme d’emplois, faudra-t-il autant de fonctionnaires territoriaux ? A l’évidence non.
Bien d’autres questions et problèmes sont et seront à soulever au fur et à mesure que le rapport du comité Balladur sera lu et relu. Mais, on mesure très bien que cette transformation de la France suppose que le Chef de l’Etat soit un homme unanimement respecté et à la hauteur de sa fonction. En un mot, il faut qu’il ait toute « Sa Majesté » comme Louis XV lors de la réforme Maupeou en janvier 1771 : est-ce encore le cas ? Rappelons que le Général de Gaulle a chuté en mars 1969 sur un sujet d’importance similaire ! Nicolas Sarkozy pourra-t-il s’exempter du référendum ?
Quel que soit l’angle sous lequel on prend cette affaire, le chambardement provoqué ira bien au-delà de la seule émergence régionale. Tout le monde est d’accord pour réformer mais tout le monde veut gagner, personne ne veut perdre au change : tous les roitelets sont sur le pont !
Alors que la dégradation du climat social s’accélère que les contestations catégorielles fusent de tous les côtés et que les tensions politiques ajoutent une nervosité supplémentaire, est-il prudent de débuter cette tâche révolutionnaire ? Pour Nicolas Sarkozy la réponse est oui : son ego effondre tous les murs…pense-t-il !

Jean Vinatier

©SERIATIM 2009

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