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dimanche 8 septembre 2019

« Raser gratis ou saigner à blanc, la fausse alternative par Ambroise de Rancourt « N°4636 13e année


« L’Occident vit aujourd’hui une ère d’une complexité et d’une richesse absolument immenses, qui met nos responsables publics face à des dilemmes existentiels. Peu nombreux sont ceux qui semblent dotés des armes intellectuelles et politiques leur permettant de les comprendre et, partant, de les traiter. En 2017, Emmanuel Macron, parlant d’Éric Zemmour, de Michel Onfray et d’Emmanuel Todd, employait cette formule pittoresque : « Ils font du bruit sur de vieux instruments ». C’est précisément le sentiment qui domine, en particulier chez les jeunes générations, face à une classe politique française qui s’est trompée sur à peu près tous les sujets depuis plus de trente ans, et dont l’actuel président de la République est le parfait continuateur.

« Ils font du bruit sur de vieux instruments »

Ils se sont trompés, d’abord, sur la mondialisation. Ils n’ont pas su prévoir qu’en sacrifiant l’industrie française, ils creusaient le lit d’un déficit commercial devenu structurel depuis 2004. Ils n’ont pas su prévoir, non plus, que le formidable transfert de capacités productives des pays du Nord vers les pays du Sud ferait le lit de la paupérisation généralisée des classes moyennes – et non, comme ils le pensaient, du triomphe d’une économie de services toujours plus créatrice de valeur, les basses œuvres étant laissées, sourire aux lèvres, aux pays du Tiers-Monde.
Ils se sont également trompés sur l’Union européenne, qui devait être, dans l’imaginaire politique national, une extension de la puissance française sur la scène mondiale. Mais à l’inverse, l’instauration du marché unique, puis de l’euro, et l’élargissement continu et irraisonné de l’Union européenne, culminant en 2004 et 2007 avec l’entrée de douze pays d’Europe centrale et orientale, ont achevé de transformer l’UE en une plateforme libre-échangiste où les politiques de déflation salariale devaient, de fait, s’imposer à tous. Une plateforme dont la paralysie décisionnelle serait l’alibi permanent des injonctions aux réformes structurelles qu’elle adresse à ses membres, perpétuellement classés selon leur degré de soumission à des dogmes tombés en désuétude aux yeux du reste de la planète.
 Ils n’ont pas voulu voir, non plus, que le retrait désordonné de l’Etat de la sphère économique, mené tambour battant depuis 1986 et gravé dans le marbre par les traités européens, allait entraîner une incapacité du politique à peser efficacement et fortement sur les choix stratégiques face auxquels nous place le XXIe siècle – scientifiques, technologiques, environnementaux. Pendant que fleurissaient les Etats stratèges, de Washington à Pékin, nos élites se préoccupaient d’organiser la molle impuissance des pouvoirs publics à mener à bien les immenses – et, il faut bien le dire, passionnants – chantiers collectifs des prochaines décennies. Ce qui relève, dans cette entreprise de destruction, de l’idéologie autosatisfaite, de la malhonnêteté ou du cynisme, reste à déterminer.
Ils ont également échoué à anticiper l’affaissement des liens collectifs qui découlerait de ce désengagement de l’Etat et du politique, encore attisé par la montée en puissance de l’individu souverain, émancipé, auto-normé, maillon toujours plus libertaire d’une économie toujours plus atomisée. Un individu qui semble percevoir aujourd’hui la formidable solitude dans lequel l’ont laissé l’incapacité du politique à bâtir un destin national, mais aussi la fragmentation communautaire de la société française, de territoires perdus des zones urbaines en zones rurales laissées en déshérence. C’est en ce sens que les Gilets jaunes ont constitué un moment politique doté d’une symbolique sans précédent : celle d’une supplique adressée à « ceux d’en haut » pour qu’ils répondent au sentiment d’abandon qu’éprouvent « ceux d’en bas ».
La suite ci-dessous :

Jean Vinatier
Seriatim 2019

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