Info

Nouvelle adresse Seriatim
@seriatimfr
jeanvin22@gmail.com



vendredi 21 janvier 2011

Keynes : Perspectives économiques pour nos petits-enfants (1930) N°833 4e année

Dans les Essais de persuasion publiés en 1931 par John Maynard Keynes, le dernier texte, « Perspectives économiques pour nos petits-enfants » ne manquent ni d’intérêt, ni d'ironie ainsi la conclusion: « Si les économistes parvenaient à se cantonner dans le rôle d'hommes modestes et compétents sur le même plan que les dentistes, ce serait merveilleux! »

« Nous souffrons actuellement d'une mauvaise épidémie de pessimisme économique. Il est courant d'entendre dire que la période de grands progrès économiques qui caractérisa le XIXe siècle est close; que l'amélioration rapide de la vie va maintenant marquer un ralentissement – du moins en ce qui concerne la Grande-Bretagne; et que la prospérité va plutôt diminuer qu'augmenter dans la décade qui commence.

Je pense que c'est là une interprétation tout à fait erronée de ce qui nous arrive. Nous souffrons, non des rhumatismes propres à la vieillesse, mais de douleurs de croissance inhérentes à une poussée trop brusque, de ce qu'a de pénible la transition d'une période économique à une autre. L'augmentation du rendement technique s'est produite sur un rythme trop rapide pour que nous puissions y adapter l'emploi de la main-d'œuvre; l'amélioration des conditions matérielles de l'existence a été un peu trop précipitée; les systèmes bancaires et monétaires du monde ont empêché les intérêts de tomber aussi vite que l'exige un pur équilibre. Pourtant, même dans ces conditions, les dégâts et les pertes n'atteignent que 7 1/2 pour cent du revenu national; nous gaspillons 1 shilling et 6 pence par livre, et il ne nous reste ainsi que 18 shillings 6 d., alors que nous pourrions avoir 1 livre si nous étions plus raisonnables; et cependant ces 18 shillings 6 d. représentent autant que la livre, il y a cinq ou six ans. Nous oublions qu'en 1929, la production brute de l'industrie de la Grande Bretagne fut plus grande que jamais, et que l'excédent de notre balance commerciale, disponible pour de nouveaux placements à l'étranger, une fois nos importations payées, dépasse pour l'année dernière, celui de toutes les autres nations, et est de 50 % plus élevé que l'excédent des États-Unis. Ou encore – si l'on veut faire cette comparaison – supposons que nous réduisions nos salaires de moitié, que nous répudiions les 4/5 de notre dette d'État, et que nous transformions nos excédents de richesse en or improductif, au lieu de les prêter à 6 % ou davantage, nous ressemblerions à la France actuellement tant enviée. Mais serait-ce un avantage ?

La dépression mondiale actuelle, l'anomalie monstrueuse que constitue le chômage dans un monde plein de besoins, les fautes désastreuses que nous avons commises, nous rendent incapables de voir ce qui se passe au-dessous de la surface et d'interpréter le sens véritable des événements. Mais je prédis que les deux conclusions pessimistes opposées et qui font tant de bruit dans le monde actuellement se verront démenties de notre vivant – la conclusion pessimiste des révolutionnaires qui estiment que tout va si mal que seul un bouleversement radical peut nous sauver, et la conclusion pessimiste des réactionnaires qui considèrent que l'équilibre de notre vie économique et sociale est si fragile que nous ne pouvons tenter aucune expérience.

Mon intention, dans cet article cependant, n'est pas de considérer le présent ou l'avenir immédiat, mais de me dégager des contingences trop actuelles et de m'envoler vers l'avenir. Quel niveau de vie économique pouvons-nous espérer atteindre dans 100 ans d'ici ? Quelles sont les perspectives, économiques pour nos petits-enfants ?

Des temps les plus reculés que nous connaissions mettons de 2.000 ans avant Jésus-Christ jusqu'au début du XVIIIe siècle, il n'y eut pas de grands changements dans les conditions d'existence de l'homme moyen vivant dans les centres civilisés de la terre. Des hauts et des bas bien entendu. Épidémies, famines, guerre. Entre temps, des années dorées. Mais pas de changement progressif violent. Certaines périodes sont peut-être de 50 % meilleures – au maximum de 100 % meilleures que d'autres au cours des, quatre mille ans qui s'achèvent, mettons en 1700. Ce rythme lent du progrès, ou cette absence de progrès, provenait de deux raisons : l'absence singulière de toute invention technique importante, et l'incapacité d'accumuler des capitaux.

L'absence de toute invention technique importante, pour ainsi dire des temps préhistoriques jusqu'aux temps modernes, est véritablement singulière. Presque tout ce qui compte, et que le monde possédait au commencement des temps modernes, était déjà connu de l'homme à l'aube de son histoire. Le langage, le feu, les mêmes animaux domestiques qu'aujourd'hui; le blé, l'orge, la vigne et l'olivier, la charrue, la roue, la rame, la voile, le cuir, le lin et la toile, la brique et la poterie, l'or et l'argent, le cuivre, l'étain et le plomb – puis le fer qui s'ajouta à cette liste avant l'an 1.000 avant Jésus-Christ – la banque, la politique, les mathématiques, l'astronomie et la religion. On ne trouve pas de trace de la première apparition de ces choses.

À une époque donnée, avant l'aube de l'histoire, peut-être même dans un de ces intervalles paisibles situés avant le dernier âge de glace – il dut y avoir une vie de progrès et d'invention comparable à celle que nous vivons aujourd'hui. Mais à travers toutes les annales de l'histoire, on ne trouve rien de la sorte.

Les temps modernes ont débuté, je crois, avec la formation d'un capital qui se fit au XVIe siècle. Je crois – ceci pour des raisons dont je ne veux pas charger cet exposé – que cette formation a pour origine une hausse des prix et les bénéfices consécutifs qui en résultèrent, lors de l'apparition de nouveaux trésors d'or et d'argent rapportés par l'Espagne du Nouveau Monde dans l'Ancien. De ce temps à nos jours, la puissance d'accumulation que constituent les intérêts composés et qui semblait en sommeil depuis des générations, ressuscita et retrouva ses forces. Et la puissance que représentent des intérêts composés sur un laps de temps de deux siècles, est telle qu'elle confond l'imagination.

Pour illustrer ce fait, qu'on me laisse donner quelques chiffres qui sont le résultat de calculs auxquels je me suis livré. Le montant des placements étrangers de la Grande-Bretagne aujourd'hui est estimé à environ £ 4.000.000.000. Ceux-ci nous rapportent un intérêt d'un taux d'environ 6 1/2 %. Nous en rapatrions la moitié, et les dépensons; l'autre moitié, soit 3 1/2 %. demeure à l'étranger où ils s'accumulent et forment avec les autres capitaux des intérêts composés. Ceci se passe depuis environ 250 ans.

Car je fais remonter les premiers placements étrangers de la Grande-Bretagne au trésor que Drake vola à l'Espagne en 1580. Cette année-là, il revint en Angleterre, chargé des trophées prodigieux de la Toison d'Or. La reine Élisabeth était une des principales actionnaires du consortium qui finança l'expédition. Avec ses bénéfices, elle remboursa toute la dette étrangère de l'Angleterre, rétablit l'équilibre budgétaire, et se trouva encore en possession de £ 40.000. Elle plaça celles-ci dans la Compagnie du Levant qui fit des affaires florissantes. Avec les bénéfices de la Compagnie du Levant, on fonda la Compagnie des Indes Orientales, et ce sont les bénéfices de cette magnifique entreprise qui constituèrent la base des placements anglais à l'étranger. Or, il se trouve que £ 40.000 placées à 3 ¼ % d'intérêts composés, correspondent environ au volume des placements de l'Angleterre à l'étranger de nos jours et à des dates différentes; elles équivaudraient aujourd'hui à une somme de £ 4.000.000.000, ce qui, je l'ai déjà indiqué, est le montant actuel du total de nos placements à l'étranger. Ainsi, chaque livre rapportée par Drake en 1580 est devenue aujourd'hui 100.000 livres. Telle est la puissance des intérêts composés.

C'est du XVIe siècle, et le mouvement ne fera que s'accentuer à partir du XVIIIe, que commence le grand âge de la science et des inventions techniques; il atteint son plein apogée au XIXe siècle : charbon, vapeur, électricité, pétrole, acier, caoutchouc, coton, industries chimiques, machines automatiques, production en série, T.S.F., imprimerie, Newton, Darwin et Einstein sans compter mille autres découvertes et grands hommes, trop célèbres et trop connus pour qu'on les nomme, constituent le bilan de cet âge d'or.

Quels en sont les résultats ? En dépit d'un accroissement considérable de la population du globe qu'il a fallu doter de maisons et de machines, le standard de vie en Europe et aux États-Unis a été amélioré, je crois, de 400 pour cent. L'accroissement du capital dépasse 100 fois celui d'aucun autre temps. Et dorénavant nous ne devons pas attendre d'accroissement important de la population.

Si le capital augmente, mettons de 2 % par an, le matériel qui constitue les capitaux du monde aura doublé en 20 ans, et sera 7 fois 1/2 plus important d'ici 100 ans. Réfléchissez à ce que cela représente en objets matériels : maisons, moyens de transports, etc.

Parallèlement, le perfectionnement technique de la fabrication et des transports marque un rythme accru au cours des dix dernières années qui n'a pas de précédent dans l'histoire. Aux États-Unis, dans les usines, la production par tête était de 40 % plus élevée en 1925 qu'en 1910. En Europe, nous avons encore un retard qui tient à des obstacles temporaires, mais on peut cependant se risquer sans crainte, à affirmer que l'accroissement qui résulte des progrès de la technique se chiffre par 1 % d'intérêt composé par an. Il y a toutes les chances que la révolution technique, qui jusqu'à présent s'est surtout fait sentir dans l'industrie, s'en prenne bientôt à l'agriculture. Nous sommes peut-être à la veille de transformations, et progrès aussi durables dans la production alimentaire, que ceux auxquels nous avons, déjà assisté dans la production du sous-sol, des objets manufacturés et des moyens de transports. Dans très peu d'années – j'entends au cours de notre propre existence – il nous sera peut-être possible d'accomplir tous les actes que demandent l'agriculture, l'extraction des mines, et la fabrication des objets en ne fournissant que le quart des efforts auxquels nous sommes habitués.

Actuellement l'extrême rapidité avec laquelle se produisent tous ces bouleversements nous blesse, et nous oblige à résoudre de difficiles problèmes. Les pays qui souffrent le plus modérément sont ceux qui ne sont pas à l'avant-garde du progrès. Nous sommes atteints d'un nouveau mal, dont certains lecteurs ne connaissent peut-être pas encore le nom – le chômage technologique. Il désigne le chômage causé par la découverte de procédés nouveaux qui économisent la main-d'œuvre alors que la découverte de nouveaux débouchés pour celle-ci s'avère un peu plus lente.

Mais il n'y a là qu'un état temporaire de réadaptation. Tout ceci signifie, en fin de compte, que l'humanité est en train de résoudre le problème économique. Je prédirais volontiers que le niveau de vie dans les pays qui évoluent sera d'ici 100 ans, de 4 à 8 fois aussi élevé qu'aujourd'hui. Cette hypothèse n'a rien d'invraisemblable en partant de nos connaissances actuelles. Mais l'on peut envisager un progrès beaucoup plus considérable encore.

Supposons pour un instant que d'ici 100 ans, nous soyons tous en moyenne 8 fois plus riches économiquement que nous ne le sommes aujourd'hui. Il n'y aurait là rien de surprenant.

Or il est vrai que les besoins des êtres humains peuvent paraître insatiables. Mais ils peuvent être rangés selon deux catégories : les besoins absolus, en ce sens que nous les éprouvons quelle que soit la situation de nos semblables; les besoins relatifs, en ce sens que nous ne les éprouvons que si leur satisfaction nous procure une sensation de supériorité vis-à-vis de nos semblables. Les besoins qui rentrent dans la seconde catégorie, qui satisfont notre désir de supériorité, peuvent bien en effet être insatiables, car plus le niveau s'élève, plus eux aussi grandissent. Mais cela n'est pas vrai pour les besoins absolus – et on atteindra peut-être bientôt le point (bien plus tôt peut-être que nous ne le supposons) où ces besoins seront si bien satisfaits que nous préférerons consacrer nos énergies à des buts autres que des buts économiques.

Et voici donc ma conclusion, que vous trouverez, je pense, de plus en plus stupéfiante, au fur et à mesure que vous y réfléchirez :

Ma conclusion est la suivante : en admettant qu'il n'y ait pas d'ici là de grande guerre ou un accroissement considérable de population, le problème économique peut être résolu, ou du moins en bonne voie de solution d'ici cent ans. Cela signifie que le problème économique n'est pas – si l'on considère l'avenir – le problème éternel de l'humanité.

Qu'y a-t-il là, vous – demanderez-vous, de stupéfiant ? Mais ceci que – si au lieu de considérer l'avenir, nous considérons le passé, nous nous apercevons que le problème économique, la lutte pour sa subsistance a toujours été jusqu'à présent le problème le plus absorbant de la race humaine, non seulement de la race humaine, mais de toute l'espèce biologique, qu'il s'agisse des formes de vie les plus primitives.

Et la nature nous a expressément façonnés de telle sorte que nos impulsions et nos instincts les plus profonds, se trouvent tournés vers la solution des problèmes économiques. Le problème économique résolu, l'humanité sera dépourvue de son but traditionnel.

Sera-ce un avantage ? Si l'on conserve un peu de foi dans les valeurs véritables de la vie, cette perspective du moins laisse entrevoir certains avantages. Pourtant je songe avec terreur au réajustement de ses habitudes et de ses instincts que devra effectuer l'homme moyen, alors qu'il faudra qu'il se débarrasse en quelques décades de ce qui lui fut inculqué au cours de générations multiples.

Pour employer une expression d'aujourd'hui, ne faut-il pas s'attendre à une dépression nerveuse collective? Nous en avons déjà un vague exemple dans les dépressions nerveuses que l'on rencontre assez fréquemment de nos jours en Angleterre et aux États-Unis, chez la classe des femmes aisées, malheureuses femmes pour la plupart, que leur richesse a lésées de leurs occupations et de leur tâche normale, qui ne trouvent pas assez amusant lorsque l'aiguillon des nécessités, économiques ne les y oblige pas, de faire la cuisine, de nettoyer ou de raccommoder, et qui pourtant ne parviennent pas à trouver autre chose à faire de plus attrayant.

À ceux qui peinent pour gagner leur pain quotidien, les loisirs apparaissent comme une gourmandise ardemment désirée, – jusqu'au jour où ils peuvent à leur tour y goûter.

Connaissez-vous l'épitaphe classique que composa pour elle-même la vieille femme de ménage ?

Ne me plaignez, amis, ne me pleurez jamais
Car je ne ferai rien durant l'éternité.

Telle était sa conception du ciel. Comme d'autres espèrent des loisirs, elle se réjouissait à la perspective du jour où elle n'aurait rien à faire qu'à écouter; car son poème comportait un second verset que voici :


Les cieux résonneront de psaumes, de musique,
Mais moi je ne prendrai jamais part aux cantiques.

Cependant ce ne sera que pour ceux qui prendront part aux cantiques que la vie sera tolérable – mais combien peu d'entre nous savent chanter!

Ainsi pour la première fois depuis ses origines, l'homme se trouvera face à face avec son véritable, son éternel problème – quel usage faire de sa liberté, comment occuper les loisirs que la science et les intérêts composés lui auront assurés, comment vivre sagement et agréablement, vivre bien ?

Ce sont les hommes d'affaires, absorbés par leur tâche, actifs et aptes à faire de l'argent, qui nous entraîneront tous avec eux vers la terre promise de l'abondance économique. Mais ce seront les gens qui peuvent continuer à vivre, et à cultiver l'art de vivre pour lui-même jusqu'à ce qu'ils aient atteint une plus haute perfection, qui ne se vendent pas pour exister, qui seront à même de jouir de cette abondance lorsqu'elle sera atteinte.

Il n'y a pas de pays et pas de peuple à mon avis, qui puisse envisager un âge de loisirs et d'abondance sans appréhension. Car nous avons été trop longtemps habitués à peiner et à lutter, et non à jouir. C'est un problème effroyable pour un être quelconque, qui n'a pas de talent particulier, que de s'occuper, surtout lorsqu'il n'a plus de racines par lesquelles il communique avec la terre, de liens qui l'attachent aux coutumes et aux conventions chères à une société qui vit de traditions. À en juger par les occupations et l'attitude des classes riches aujourd'hui dans toutes les parties du monde, la perspective est fort déprimante. Car ce sont elles qui constituent, si j'ose dire, nos avant-gardes et qui découvrent pour nous la terre promise, et vont en éclaireurs y planter leurs tentes. La plupart ont échoué lamentablement, de ceux qui ayant des revenus suffisants pour être libérés de tout devoir, de toute tâche et de toute attache, se trouvaient devant ce problème à résoudre.

J'ai la conviction, qu'ayant acquis un peu plus d'expérience, nous ferons un usage tout différent des libéralités toutes neuves de la nature, que n'en font les riches d'aujourd'hui et nous tracerons un plan d'existence très différent du leur.

Pendant des années, le vieil Adam laissera en nous de telles empreintes que tout le monde aura besoin de travailler pour être satisfait. Nous ferons davantage nous-mêmes que ne font les riches d'aujourd'hui, trop heureux de conserver de légers devoirs, de nous conformer à de petites tâches et de vieilles routines. Mais en dehors de cela, nous nous efforcerons de mettre dans nos tartines, plus de beurre que de pain – de partager le peu de travail qu'il restera à faire, entre autant de personnes qu'il est possible. Trois heures par jour, et une semaine de 15 heures, constitueront une transition utile pour commencer. Car 3 heures de travail par jour suffiront encore amplement à satisfaire en nous le vieil Adam.

Il faut nous attendre aussi à des modifications d'un autre ordre : lorsque au point de vue social, l'accumulation des richesses ne jouera plus le même rôle, l'on verra se modifier sensiblement le code de la morale. Nous pourrons nous débarrasser de nombreux principes pseudo-moraux qui nous hantent depuis deux cents ans, et qui ont contribué à faire passer pour les plus hautes vertus certains des penchants humains les plus méprisables. Le mobile de l'argent sera estimé à sa juste valeur. On verra dans l'amour de l'argent – non pour les joies et les distractions qu'il vous procure mais pour lui-même – un penchant plutôt morbide, une de ces inclinations plus ou moins criminelles, plus ou moins pathologiques, que l'on remet, non sans un frisson, entre les mains du psychiatre. Nous serons alors libres de rejeter toutes sortes de coutumes sociales et d'habitudes économiques, telles que certaines distributions de richesses, de récompenses ou d'amendes, auxquelles nous demeurons attachés malgré leur caractère injuste et honteux, pour les services qu'elles rendent en encourageant la formation des capitaux.

Il existera toujours de nombreuses personnes dotées d'un vaste besoin d'agir utilement, qui demeureront à poursuivre aveuglément la richesse – si elles ne trouvent pas à se rabattre sur d'autre proie. Mais nous ne serons plus tenus du moins à les encourager et à les approuver. Nous pourrons alors examiner de plus près qu'aujourd'hui en quoi consiste réellement ce besoin d'agir utilement, et que nous possédons tous à des degrés différents. Ceux qui en font montre se préoccupent davantage des conséquences lointaines de leurs actions que de leurs avantages ou de leur répercussion immédiate pour leur entourage. Ils cherchent toujours à conférer à leurs actes une immortalité empruntée et illusoire en reportant l'intérêt de ceux-ci plus avant dans le temps. Ils n'aiment pas leur chat mais ses petits, pas tant ses petits que les petits de ceux-ci, ainsi de suite jusqu'à l'extinction de la race féline. Pour eux, la confiture importe peu si elle ne doit pas être faite le lendemain et jamais le jour même. Ainsi, en remettant toujours à plus tard, espèrent-ils conférer à la fabrication d'un pot de confiture l'immortalité.

Puis-je vous rappeler ici le Professeur de « Sylvie et Bruno » :

« C'est le tailleur, Monsieur, qui vient vous présenter votre petite facture, murmura une voix à travers la porte.

– Bon, bon, je puis vite régler son affaire, dit le professeur à ses enfants. Attendez-moi une petite minute. Quel est le montant de votre facture cette année, mon brave homme ? » Le tailleur était entré pendant qu'il causait.

« Eh bien, ma foi, cela fait tant d'années que je la double, reprit le tailleur d'un ton plus bourru, que je voudrais bien toucher l'argent cette fois-ci. Ça fait 2.000 livres.

– Oh! peu de chose ! observa nonchalamment le Professeur tandis qu'il mettait la main à son gilet, comme s'il avait toujours au moins pareille somme sur, lui. Mais ne voulez-vous pas attendre encore juste un an et que cela fasse 4.000 ? Réfléchissez combien vous seriez riche, grand Dieu! Si vous vouliez vous pourriez être roi!

– Je ne crois, pas que je tienne beaucoup à être roi, dit l'homme pensif. Mais il me semble que cela fait bien beaucoup d'argent. Ma foi, je crois bien que j'attendrai.

– Mais bien sûr, dit le Professeur. Je vois que vous êtes plein de bon sens. Au revoir, mon bonhomme!

– Est-ce qu'il vous faudra lui payer un jour ces 4.000 livres, demanda Sylvie, lorsque la porte se fut refermée sur le créancier.

– Jamais, ma fille, lui répondit formellement le Professeur. Il continuera à doubler, sa facture jusqu'à sa mort. Vois-tu, cela vaut toujours la peine d'attendre un an de plus pour obtenir deux fois plus d'argent! »

Peut-être n'est-ce pas une simple coïncidence qui fait que la race qui a le plus contribué à ancrer l'idée d'immortalité au cœur des hommes, et à en introduire la promesse dans nos religions, soit aussi celle qui ait le mieux servi le principe des intérêts composés et demeure la plus attachée à l'institution humaine la plus efficace.

Je ne vois donc rien qui nous empêche de revenir un jour à certains des principes les plus sûrs et les plus solides de la religion, à ces vertus traditionnelles qui veulent que l'avarice soit un vice, la pratique de l'usure un délit, et l'amour de l'argent méprisable; et que ce soient ceux qui pensent le moins au lendemain, qui se trouvent être sur le sentier de la vertu et de la sagesse. De nouveau, nous estimerons davantage la fin que les moyens et attacherons plus de prix à ce qui est bien qu'à ce qui est utile. Nous honorerons ceux qui seront capables de nous apprendre à cueillir chaque heure et chaque jour dans ce qu'ils ont de meilleur et avec le plus de vertu, les personnes adorables, qui savent jouir de toutes choses, des lys des champs qui ne peinent pas et ne peuvent non plus se filer. Mais prenez garde ! le temps n'est pas encore venu; cent ans au moins encore il nous faudra prétendre vis-à-vis de nous-mêmes et vis-à-vis des autres que, comme disent les sorcières de Macbeth, ce qui est laid est beau, car ce qui est laid est utile et ce qui est beau ne l'est point. L'Avarice, et l'Usure, et la Méfiance sont des Dieux qu'il nous faut conserver encore un petit moment. Car eux seuls peuvent nous guider à travers le tunnel des nécessités économiques, vers la lumière.

Je m'attends donc, dans un temps assez rapproché, au plus grand changement qui ait jamais eu lieu, dans les conditions matérielles de vie d'une collectivité humaine. Mais bien entendu, tout ne se passera que progressivement et il n'y aura pas de catastrophe. En réalité, il y a déjà eu un commencement. Et l'on verra de plus en plus de gens, de plus en plus de noyaux à l'abri de toute préoccupation économique. Le point sensible aura été atteint le jour où cet état se sera tellement généralisé que se seront modifiés les devoirs que l'on a envers son voisin. Car il sera raisonnable de s'occuper encore de l'avenir économique, des autres lorsqu'il ne sera plus raisonnable de, s'occuper du sien.

L'allure à laquelle nous atteindrons la félicité économique dépend de quatre éléments : notre faculté de contrôler l'accroissement de la population, notre volonté d'éviter les guerres et guerres civiles, notre assentiment à confier à la science ce qui est proprement du domaine de la science, et le montant de l'épargne que représentera l'écart entre notre production et notre consommation ; ce dernier facteur n'offrira aucune difficulté, si les trois premiers sont respectés.

En attendant, rien ne nous empêche de nous préparer lentement à nos destinées, en nous cultivant et en nous instruisant dans l'art de bien vivre, tout en recherchant de nouveaux buts.

Mais surtout, n'attachons pas une importance excessive au problème économique, et ne sacrifions pas à des nécessités présumées des valeurs d'une signification plus profonde et plus durable. L'étude des problèmes économiques devrait être confiée à des spécialistes – de même que l'on confie les soins de la bouche aux dentistes. Si les économistes parvenaient à se cantonner dans le rôle d'hommes modestes et compétents sur le même plan que les dentistes, ce serait merveilleux!

Fin. »

Jean Vinatier
SERIATIM 201

Source :


Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Arabie Saoudite, Argentine, Arménie, Australie, Bahamas, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzégovine, Brésil, Burkina Faso, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Costa-Rica, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Gabon, Gambie, Géorgie, Guatemala, Guinée, Guinée, Haïti, Honduras, Inde, Indonésie, Irak, Iran, Islande, Israël, Jamaïque, Jordanie, Kenya, Laos, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Malawi, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Niger, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Qatar, République Centrafricaine, République Dominicaine, Russie, Rwanda, San Salvador, Saint-Marin, Sénégal, Serbie, Singapour, Slovénie, Somalie, Suisse, Taiwan, Thaïlande, Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM, Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Saint-Pierre–Et-Miquelon), Ukraine, Uruguay, Venezuela, Vietnam, Yémen

jeudi 20 janvier 2011

Obama/Hu Jintao : la Chine une satrapie d’Asie ? N°832 4e année

Il n’y a malheureusement aucune comparaison possible entre l’accueil fait à Hu Jintao et celui réservé au président du G20, Nicolas Sarkozy. Evidemment, on n’accorde pas la même attention à un animateur qu’à un dirigeant d’une puissance montante même si on la sermonne !
Le soin pris par les autorités américaines, du Président aux présidents de la Chambre, du Sénat de fixer les bornes de l’ambition chinoise à quelque chose de malsain voire de maladroit. Le président des Représentants, le républicain, John Boehner résume, à lui seul, toute cette morgue :
"Les dirigeants chinois ont le devoir de faire mieux et les Etats-Unis celui de leur demander des comptes" (in Le Monde)
Cette phrase aurait pu être dite par un César rétorquant à Cléopâtre ou bien par un Marc-Aurèle agréant toutes les fidélités de ses vassaux d’Asie (in La chute de l’empire romain)
Sans doute les Américains voulaient-ils gommer de leurs mémoires les déconvenues de Robert Gates en visite à Pékin au moment de la sortie du nouvel avion militaire furtif chinois le J-20.
Plus encore, cette puissance étoilée ne parvient pas à se départir de l’idée que le monde ne peut être divisé qu’en deux, un bon et un méchant. On est bien loin du traité de Tordesillas qui délimitait par souverain pontife interposé, les influences de deux royaumes conquérants, l’Espagnol et le Portugais. Le problème est que la Chine n’entend pas du tout entrer dans une logique de confrontation. Elle pose ses marques, assure ses indépendances, défend son marché intérieur et aspire à une vie harmonieuse selon son credo. Que cette marche vers un nouvel empire du Milieu soulève des problèmes nul n’en disconvient mais faut-il, pour autant, laisser les Etats-Unis bâtir leur propre film et dicter les paroles des uns et des autres ? Naturellement pas. Le monde doit être multipolaire. Si l’Europe était une puissance politique, sans doute, ces comportements seraient différents.
Le plus extraordinaire dans cette visite marquée par tant d’avertissements et si peu d’habileté, est cette certitude américaine de gouverner les cinq continents, de dire son fait sans se regarder soi-même. Reprocher à la Chine son égoïsme quand les Etats-Unis font tourner la planche à billets comme s’ils étaient les seuls au monde et se gardent bien de faire leur mea culpa après la crise financière dans laquelle ils ont une responsabilité écrasante. Se croire, enfin, les grands prêtres des Droits de l’Homme alors que Guantanamo, les enlèvements de tel ou tel individu décidés d’une manière unilatérale sont là pour appeler à la modestie sans oublier l’invasion, hors les lois internationales, de l’Irak en 2003. Quand on est si peu respectueux d’un modèle de société que l’on vante pourquoi la Chine ne s’offusquerait-elle pas qu’on la pointe du doigt ?
Ce propos n’érige pas du tout la Chine en modèle. Il est simplement étonnant que deux puissances dotées d’autant d’atouts que de faiblesses loin de se compléter ne s’escriment qu’à se caresser les côtes quitte à se blesser.
Pourtant, à Washington, bien des groupes ou lobbies pensent que la Chine ne devrait être qu’une satrapie !

Jean Vinatier
Copyright©SERIATIM 2011

Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Arabie Saoudite, Argentine, Arménie, Australie, Bahamas, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzégovine, Brésil, Burkina Faso, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Costa-Rica, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Gabon, Gambie, Géorgie, Guatemala, Guinée, Guinée, Haïti, Honduras, Inde, Indonésie, Irak, Iran, Islande, Israël, Jamaïque, Jordanie, Kenya, Laos, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Malawi, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Niger, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Qatar, République Centrafricaine, République Dominicaine, Russie, Rwanda, San Salvador, Saint-Marin, Sénégal, Serbie, Singapour, Slovénie, Somalie, Suisse, Taiwan, Thaïlande, Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM, Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Saint-Pierre–Et-Miquelon), Ukraine, Uruguay, Venezuela, Vietnam, Yémen

mercredi 19 janvier 2011

Mohamed Hédi Cherif: « Le Tricentenaire de la dynastie husseïnite est une date importante dans l’histoire de la Tunisie » N°831 4e année

Un petit retour sur l’histoire de la Tunisie d’avant la République proclamée en 1957, par le professeur Mohamed Hédi Cherif qui souligne, justement, l’importance de cette dynastie beylicale. N’est-ce pas Sadok Bey(1813-1882) qui proclama en 1861 la première constitution écrite du monde arabe : séparation des pouvoirs, égalité des droits entre les musulmans, les juifs et les chrétiens ?


Ci-dessous le lien :
http://habibbourguiba.net/index.php/articles-et-documents/iv-de-la-monarchie-a-la-republique/101--la-dynastie-husseinite-par-mohamed-hedi-cherif-1977


Jean Vinatier
Copyright©SERIATIM 2011

Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Arabie Saoudite, Argentine, Arménie, Australie, Bahamas, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzégovine, Brésil, Burkina Faso, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Costa-Rica, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Gabon, Gambie, Géorgie, Guatemala, Guinée, Guinée, Haïti, Honduras, Inde, Indonésie, Irak, Iran, Islande, Israël, Jamaïque, Jordanie, Kenya, Laos, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Malawi, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Niger, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Qatar, République Centrafricaine, République Dominicaine, Russie, Rwanda, San Salvador, Saint-Marin, Sénégal, Serbie, Singapour, Slovénie, Somalie, Suisse, Taiwan, Thaïlande, Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM, Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Saint-Pierre–Et-Miquelon), Ukraine, Uruguay, Venezuela, Vietnam, Yémen

mardi 18 janvier 2011

Jean-François Bayart : « Indécences franco-tunisiennes » N°830 4e année

Ci-dessous le lien vers un fort bon article d’analyse de l’ancien directeur du CERI et toujours directeur de recherche au CNRS :



Jean Vinatier
SERIATIM 2011
Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Arabie Saoudite, Argentine, Arménie, Australie, Bahamas, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzégovine, Brésil, Burkina Faso, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Costa-Rica, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Gabon, Gambie, Géorgie, Guatemala, Guinée, Guinée, Haïti, Honduras, Inde, Indonésie, Irak, Iran, Islande, Israël, Jamaïque, Jordanie, Kenya, Laos, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Malawi, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Niger, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Qatar, République Centrafricaine, République Dominicaine, Russie, Rwanda, San Salvador, Saint-Marin, Sénégal, Serbie, Singapour, Slovénie, Somalie, Suisse, Taiwan, Thaïlande, Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM, Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Saint-Pierre–Et-Miquelon), Ukraine, Uruguay, Venezuela, Vietnam, Yémen

lundi 17 janvier 2011

« Tunisie : Voilà de quoi est capable la Jeunesse » N°829 4e année

Je reproduis un article d’un journaliste congolais, Patrick Eric Mampouya. Tout le monde a les yeux rivés sur le monde arabo-musulman oubliant un peu vite que la Tunisie se situe en Afrique. En Afrique Noire, aussi, la révolution tunisienne pourrait électriser !


« Mohamed BOUAZIZI Héros de la révolution Tunisienne
Voilà ce qui arrive quand un régime "suffisant" et autiste refuse de voir que sa population n’a plus les mêmes aspirations que ceux qui prétendent la gouverner.
Les mêmes causes produisant les mêmes effets, le cas de la Tunisie fera nécessairement tache d’huile….
A présent la question de l'emploi des jeunes sera l'élément moteur de toutes les contestations sociales dans la majorité des pays dirigés par des pouvoirs dictatoriales et autocratiques.
La Côte d’Ivoire (toutes tendances confondues) a rêvé d’un changement politique d’envergure, la Tunisie l’a fait. "Tunisie amie" : c’était la formule laconique d’une pub de tour opérator vantant le statut hautement touristique de ce pays. Aujourd’hui, tous les damnés de la Terre aiment la Tunisie. Pas pour le tourisme mais pour tous les risques que son peuple a pris avec succès.
Il y a encore une semaine, le pays ami, c’était la Côte d’Ivoire, laboratoire de la révolution anti-françafrique. Mais la tournure lassante que prennent les évènements dans ce pays a désenchanté chacun.
Comme l’histoire est capricieuse !

Figurez-vous que Marx avait prévu la révolution communiste de 1917 en Angleterre. Au bout du comte elle est arrivée en Russie. Les Africains avaient encore récemment tout misé sur la Côte d’Ivoire, bastion de la résistance contre la nébuleuse appelée "Communauté Internationale" et sa pléiade de dictateurs placés en Afrique comme des pions sur un jeu d’échec avec ses rois, ses reines et ses fous.
La Tunisie a coiffé la Côte d’Ivoire au poteau. Ben ALI, le tombeur de BOURGUIBA est lui-même tombé, emporté par les effets de sa propre dictature. Véritable fou (aussi fou qu’Omar BONGO), Ben ALI, au pouvoir depuis 25 ans, n’a pas hésité de tirer sur la foule de manifestants qui en voulait à son pouvoir.
Après avoir promis qu’il n’allait plus postuler pour un énième mandat en 2014, il croyait amadouer ses compatriotes. 24 h après sa promesse de gascon, le tyran chérifien a finalement pris la tangente vers une destination connue pour abriter les potentats africains : les Emirats Arabes.
La chute de ce baobab du Maghreb a fait saliver de plaisir les peuples des pays d’Afrique qui ont à leur tête des Présidents à la longévité politique excessive. Autant dire, tous, sauf les ghanéens, une exception culturelle au milieu d’un vaste réseau de populations à la merci de dictateurs déments.

Congo-Tunisie

Les similitudes extravagantes de la Tunisie de Ben ALI avec le Congo Brazzaville de Denis SASSOU NGUESSO sont frappantes. A part le développement économique que même les observateurs les plus critiques ne dénient pas au pays du dictateur déchu, népotisme, despotisme, kleptomanie, dérives, délires, démesure caractérisent les régimes de Denis SASSOU NGUESSO et de Ben ALI. Et les Congolais (plus que tous les autres Africains) de songer avec une soif indescriptible à un scénario à la tunisienne.
"Ils l’ont fait !" se sont dits les Congolais en songeant au sort que les Tunisiens ont réservé à un Président réputé cruel et invincible. Mais alors s’ils "l’ont fait" c’est que "nous aussi, on peut le faire" ; une équation politique pas forcément logique mais à laquelle l’énergie du désespoir donne crédit.
C’est que les déterminations ne sont pas les mêmes selon que le mouvement social concerne les Congolais ou les Tunisiens, les Africains au sud du Sahara ou les Africains du Maghreb.
La crise tunisienne a démarré suite à des revendications banales de type alimentaire. Puis l’étincelle est devenue immense brasier, un vaste incendie alimenté par les actions concertées d’une multitude de groupes de pression structurés et de groupes informels. Or les Congolais, échaudés par plusieurs guerres civiles et par un pouvoir politique féroce, ont désormais peur du moindre bruit de bottes.
Mais en même temps, le cas tunisien a démontré qu’aucun régime, fut-il foncièrement militarisé et profondément policier, n’est immuable. D’où cette soudaine mobilisation lisible dans la diaspora africaine, particulièrement congolaise.
"Tia bwa landakana" (battre le fer quand il est chaud), ha ba dila nguba ni ha ba sukula nwa. Autant d’invitations à une prise de conscience dans une situation de crise politique internationale. Il y a la Cote d’ivoire, il y a la Tunisie, l’Algérie. A qui le tour ?

Courage, fuyons !

Sans être dans le secret des Dieux, on peut néanmoins imaginer l’impact de la révolution tunisienne chez les homologues congolais du clan Ben ALI.
On a vu que les membres du clan Ben ALI tiennent à leur vie et, la fuite est une stratégie de survie qu’ils ont mise en pratique. Certains avec succès, d’autres non.
Antoinette SASSOU NGUESSO a dû s’intéresser au mode de gestion de sa sauvegarde développée par l’épouse de Ben ALI face à la vindicte publique. On dit (Libération du 14 janvier 2010) que Mme ALI Ben avait déjà filé à l’anglaise vers Dubaï quand ça commençait à sentir le roussi.
La question est la suivante : les Willy, Kiki et autre Edgar NGUESSO ont –ils songé à assurer leurs arrières ? La réponse est sans doute Oui !

L’exil sera dur

Lieu classique d’asile des dictateurs ayant échappé à la mort dans leurs pays respectifs, la France a fermé ses portes à Ben ALI. Exit le pays de l’ami SARKOZY. Avec l’affaire des biens mal acquis, le clan NGUESSO devrait, dans ce cas, envisager un autre lieu d’exil si jamais les Congolais sifflent, comme en Tunisie, la fin de la partie.

Faut-il s’étonner du silence français ?

Par Emmanuel MARTIN
Alors que les éditos s’enchaînent sur la question du silence, non pas de la France, mais de son exécutif sur la question des violences en Tunisie, la Ministre française des Affaires étrangères a déclaré que la France pourrait prêter son savoir-faire à la Tunisie, et à l’Algérie, pour... sécuriser les manifestations.
La patrie des droits de l’homme va aider des dictateurs à "encadrer" la révolte légitime de leur peuple ? Ce ne serait pas la première fois. La "pacification" new look en somme. N’est-ce pas finalement dans la continuité non seulement de la politique africaine de la France depuis les indépendances, mais aussi d’une vieille tradition française profondément anti-libérale ?

L’ami Ben ALI

En effet, interrogée mardi 11 janvier dans l’hémicycle par le député Jean-Paul LECOQ sur "cette incohérence de notre pays : d'un côté la France appelle au respect de la démocratie en Côte d'Ivoire alors que de l'autre elle soutient de manière indéfectible la dictature de M. Ben Ali" Michèle ALLIOT-MARIE, Ministre des Affaires étrangères a pu déclarer dans sa réponse, qui inclut l’Algérie, : "Nous proposons que le savoir-faire qui est reconnu dans le monde entier de nos forces de sécurité permette de régler des situations sécuritaires de ce type... C'est la raison pour laquelle nous proposons aux deux pays dans le cadre de nos coopérations, d'agir en ce sens pour que le droit de manifester puisse se faire en même temps que l'assurance de la sécurité". En bref, allons aider Ben ALI en Tunisie et les généraux en Algérie à rester au pouvoir, mais en faisant un peu moins de morts ?
Après tout, pour Michèle ALLIOT-MARIE, en France "nous n’avons pas nous ériger en donneurs de leçons". Ou quand ça nous arrange donc. Et Michèle ALLIOT-MARIE n’est pas la seule : Frédéric MITTERRAND, qui n’a décidément rien à envier à son tonton en matière de soutien aux dictatures, estimait lui dimanche sur Canal + que "dire que la Tunisie est une dictature univoque, comme on le fait si souvent, me semble tout à fait exagéré".
Pour Luc CHATEL comme pour le porte-parole du gouvernement François BAROUIN, "la France n’a pas à s’ingérer dans les affaires de la Tunisie". Quand à Éric BESSON, si prompt à aboyer en matière d’immigration, et qui donc devrait avoir au moins réfléchi aux causes de l’immigration, il n’a soudainement "pas d’avis particulier sur la situation en Tunisie".
Même quand, un peu plus tard, un professeur d'informatique à l'université de technologie de Compiègne, Hatem BETTAHAR, est tué par des tirs de la police à Douz ? Enfin le premier Ministre François FILLON s’exprime pour s’alarmer de "l'utilisation disproportionnée de la violence". (Selon la Fédération internationale des ligues de droits de l'homme (FIDH) il y aurait eu alors 66 morts depuis le début du mouvement de protestations).
Le premier ministre François FILLON a ainsi appelé "l'ensemble des parties à faire preuve de retenue et à choisir la voie du dialogue". Le "dialogue" ? En Tunisie ? M. FILLON est visiblement mal informé : le dialogue suppose que les deux parties puissent s’exprimer, il suppose la liberté d’expression. Bien sûr, il ne s’agit pas ici de prôner la révolution en appelant à la violence et à la destruction plutôt qu’au dialogue, mais simplement de critiquer la fausse naïveté d’un premier ministre.
Ce manque total de principes, cette "hyper Realpolitik", tout cela est consternant. L’ami de la France, c’est le peuple tunisien, opprimé depuis trop longtemps ; et non un dictateur qui étouffe son peuple au nom d’un développement en partie illusoire et pour protéger ses intérêts corrompus. Quant à l’argument "Ben ALI plutôt que les islamistes", il ne vaut pas grand’ chose : l’intégrisme religieux pousse sur le terreau de l’oppression.

SARKOZY et les dictateurs africains

Il aurait donc fallu condamner la répression sanglante. Mais le gouvernement français ne fait que suivre la ligne de son Président. Et ce Président ne fait que suivre la ligne de ses prédécesseurs.
On se souvient pourtant un soir de victoire électorale, un certain Nicolas SARKOZY faisant un vibrant appel "à tous ceux qui sont persécutés par les tyrannies et les dictatures" : La France serait "du côté des opprimés du monde".
En recevant KADHAFI sur les pelouses de l’Élysée ? En soutenant sans le dire Ali BONGO ou Denis SASSOU NGUESSO dans des élections tripatouillées en 2009 ? Ou Ben ALI en 2008 en Tunisie, pays où "l’espace des libertés progresse", car "tout n’est pas parfait en Tunisie, certes. Tout n’est pas parfait en France non plus". Oui, visiblement, tout n’est pas parfait en France non plus...

La France anti-libérale

Le vice français est profond : c’est la suspicion à l’égard de la liberté individuelle. Qu’on ne s’y trompe pas : la gauche française soutenait un système qui marchait au goulag et au laogaï. Par humanisme paraît-il. La voir critiquer aujourd’hui le soutien gouvernemental à Ben ALI fait donc sourire. Elle n’a rien à envier à une droite conservatrice : droite comme gauche françaises sont viscéralement anti-libérales.
Contre la liberté entrepreneuriale qui seule permet le développement, elles défendent le monopole (caractéristique d’ailleurs de ce système mafieux qu’on nomme la Françafrique), ainsi que le dirigisme et l’étatisme, qui mènent à l’autoritarisme et au flicage.
Quand le jeune BOUAZIZI s’est immolé, c’est pour le droit de vendre des fruits et légumes pour subvenir aux besoins de sa famille alors que des policiers lui avaient confisqué son matériel.
Les Tunisiens ne sont pas anarchistes : ils veulent simplement que leur État corrompu arrête de "s’ingérer dans leurs affaires", qu’il les laisse respirer. Enfin. »



Jean Vinatier
Copyright©SERIATIM 2011

Source:


http://mampouya.over-blog.com/

Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Arabie Saoudite, Argentine, Arménie, Australie, Bahamas, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzégovine, Brésil, Burkina Faso, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Costa-Rica, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Gabon, Gambie, Géorgie, Guatemala, Guinée, Guinée, Haïti, Honduras, Inde, Indonésie, Irak, Iran, Islande, Israël, Jamaïque, Jordanie, Kenya, Laos, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Malawi, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Niger, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Qatar, République Centrafricaine, République Dominicaine, Russie, Rwanda, San Salvador, Saint-Marin, Sénégal, Serbie, Singapour, Slovénie, Somalie, Suisse, Taiwan, Thaïlande, Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM, Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Saint-Pierre–Et-Miquelon), Ukraine, Uruguay, Vatican, Venezuela, Vietnam, Yémen

Esther Benbassa : 2 interventions de l’auteure de « Être Juif après Gaza » N°828 4e année

Ci-dessous deux interventions de l’historienne Esther Benbassa accordées à Rue89.com

« C'est la faute des élites si la France se rabougrit »

« Israël-Palestine : le Crif bafoue la liberté d'expression et s'en vante »

In Seriatim:

Jean Vinatier
SERIATIM 2011

Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Arabie Saoudite, Argentine, Arménie, Australie, Bahamas, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzégovine, Brésil, Burkina Faso, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Costa-Rica, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Gabon, Gambie, Géorgie, Guatemala, Guinée, Guinée, Haïti, Honduras, Inde, Indonésie, Irak, Iran, Islande, Israël, Jamaïque, Jordanie, Kenya, Laos, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Malawi, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Niger, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Qatar, République Centrafricaine, République Dominicaine, Russie, Rwanda, San Salvador, Saint-Marin, Sénégal, Serbie, Singapour, Slovénie, Somalie, Suisse, Taiwan, Thaïlande, Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM, Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Saint-Pierre–Et-Miquelon), Ukraine, Uruguay, Venezuela, Vietnam, Yémen

samedi 15 janvier 2011

Christophe Boisbouvier: « Sarkozy : l’Afrique ? Connais pas ! » N°827 4e année

En lien un excellent article de Christophe Boisbouvier journaliste au mensuel La revue dirigé par le fondateur de Jeuneafrique.com, Béchir Ben Yahmed



Jean Vinatier
SERIATIM 2011

Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Arabie Saoudite, Argentine, Arménie, Australie, Bahamas, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzégovine, Brésil, Burkina Faso, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Costa-Rica, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Gabon, Gambie, Géorgie, Guatemala, Guinée, Guinée, Haïti, Honduras, Inde, Indonésie, Irak, Iran, Islande, Israël, Jamaïque, Jordanie, Kenya, Laos, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Malawi, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Niger, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Qatar, République Centrafricaine, République Dominicaine, Russie, Rwanda, San Salvador, Saint-Marin, Sénégal, Serbie, Singapour, Slovénie, Somalie, Suisse, Taiwan, Thaïlande, Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM, Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Saint-Pierre–Et-Miquelon), Ukraine, Uruguay, Venezuela, Vietnam, Yémen

Ramy Brahem : « La Tunisie a décidé d’en finir » N°826 4e année

Voici en lien, un long article de Ramy Brahem pour le média belge Investig’Action dirigé par Michel Collon :


Jean Vinatier
SERIATIM 2011

Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Arabie Saoudite, Argentine, Arménie, Australie, Bahamas, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzégovine, Brésil, Burkina Faso, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Costa-Rica, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Gabon, Gambie, Géorgie, Guatemala, Guinée, Guinée, Haïti, Honduras, Inde, Indonésie, Irak, Iran, Islande, Israël, Jamaïque, Jordanie, Kenya, Laos, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Malawi, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Niger, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Qatar, République Centrafricaine, République Dominicaine, Russie, Rwanda, San Salvador, Saint-Marin, Sénégal, Serbie, Singapour, Slovénie, Somalie, Suisse, Taiwan, Thaïlande, Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM, Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Saint-Pierre–Et-Miquelon), Ukraine, Uruguay, Venezuela, Vietnam, Yémen

vendredi 14 janvier 2011

Peter Forsskâl : Pensées sur la Liberté Civile (1759) N°825 4e année

C’est en parcourant le dernier bulletin de la SFEDS (société française d’étude du dix-huitième siècle) que j’ai découvert un lien vers Peter Forsskâl, théologien et botaniste suédois né en Finlande en 1732 et décédé, en 1763 au Yémen pendant la fameuse expédition du Danois Carsten Niebuhr. Peter Forsskâl est l’auteur d’une thèse, hautement politique, en 1759, « Pensées sur la liberté civile » qui ne fut traduite du suédois qu’en 2009. Grâce au travail du professeur, Jean-François Battail et de son épouse, ce texte est accessible en français. Avant d’en découvrir les 21 paragraphes, cliquez sur le lien (ici) afin de mieux connaître, si nous ne le savez pas, tout l’arrière plan historique, social et universitaire de l’Europe du Nord au XVIIIe siècle. Une Europe, selon moi, trop souvent négligée.
Puisque nous sommes en Suède, je terminerai en rappelant mon grand plaisir à la lecture des travaux érudits et passionnants du professeur Gunnar von Proschwitz, historien des idées et des mots au siècle des Lumières, très sensible, également, aux personnalités du roi Gustave III et de Beaumarchais sur lesquels il écrivit.


« PENSÉES SUR LA LIBERTÉ CIVILE

§ 1.

Plus on peut vivre selon ses propres inclinations, plus on est libre. De ce fait, rien, hormis la vie, ne peut être plus cher aux hommes que la liberté. Aucun être sensé n´y renonce ou ne la restreint sauf à y être contraint par la violence ou la crainte d´un mal encore plus grand.

§ 2.

Un bienfait tant chéri des hommes n´a besoin d´aucune limitation là où chacun aime la vertu. Mais nous sommes souvent enclins aux vices et aux injustices. Il faut donc que des limites nous soient assignées, la liberté doit perdre sa part nuisible, et c´est seulement ainsi que l´on peut de toute sa volonté faire ce qui est juste, à savoir être utile aux autres et à soi-même, mais sans nuire à personne.

§ 3.

Quand cela est accordé à chacun dans une société, il existe alors une authentique liberté civile.
Celle-ci implique donc que nul obstacle ne détourne quiconque de ce qui est décent et utile au bien public, que toute personne honnête puisse vivre en sécurité, obéir à sa conscience, jouir de ses biens et contribuer à la prospérité de la société dans laquelle elle vit.

§ 4.

Cette liberté, ceux qui peuvent la menacer le plus sont toujours ceux qui dans le pays ont le plus de pouvoir de par leurs fonctions, leur position sociale ou leurs richesses. Non seulement ils abusent aisément du pouvoir qu´ils possèdent mais ils risquent aussi de vouloir sans cesse étendre leurs droits et leurs prérogatives, de sorte que les autres habitants ont lieu de les craindre de plus en plus.

§ 5.

Car la liberté d´une société ne réside pas entièrement dans le fait que les sujets n´aient pas à redouter la violence du Souverain. C´est un grand pas, et le premier, vers le bonheur de tous. Mais les sujets peuvent aussi s´oppresser mutuellement. Et dans de nombreuses Républiques, comme la polonaise ou les italiennes, où l´on fait grand cas du terme séduisant de liberté, la plupart des gens ne sont pas moins les esclaves des aristocrates.

§ 6.

À la question de savoir quel serait le pouvoir suprême le plus dangereux dans un pays, celui du souverain ou celui des citoyens, je répondrais que le second est plus insupportable mais le premier plus irrémédiable, et donc celui qu´on doit craindre et redouter le plus. Car s´il n´est pas écarté, l´autre ne pourra jamais l´être. Au nom de maîtres absolus, et avec leur pouvoir, la gouvernance est très souvent exercée par des sujets injustes, indignes de la faveur de leur souverain mais pleins d´assurance du fait qu´ils en bénéficient. Pour plusieurs raisons, il est aussi plus difficile de remédier à la violence de souverains puissants. Une idée excessive du caractère sacré des têtes couronnées protège grandement jusqu´aux plus injustes des Princes. Beaucoup s´imaginent qu´on ne peut jamais trop accorder à un être humain à ce point élevé au dessus des autres et si proche du pouvoir divin: les Rois de Barbarie, du fait qu´ils sont tenus pour saints, jouent impunément avec la vie de leurs sujets. Les Non-jurés en Angleterre ont estimé en conscience ne pas devoir être fidèles à une dynastie infidèle. Et sans chercher loin des exemples, quand la Suède était appauvrie en hommes, en nourriture et en argent lors des guerres de Charles XII, on croyait néanmoins que ce rude héros* n´entraînait pas son pays à la ruine mais le défendait. Ainsi, les sujets ne connaissent pas toujours l´injustice du Souverain, et quand ils la connaissent, il n´est pas facile pour autant de s´en délivrer. En cas de besoin, les Princes défendent seuls leurs avantages, ils décident seuls de toutes choses. Les profits et la puissance de tout un pays sont aux mains d´un seul. Mais, quand certains sujets sont opprimés par d´autres, cette iniquité apparaît aux yeux de tous; et quand plusieurs abusent simultanément de leur pouvoir, la majorité triomphe plus aisément de leurs desseins et de leurs forces dispersés. Ainsi, le respect du public et leur propre force ne peuvent assurer leur sécurité. Leur seul refuge est alors de dissimuler l´injustice qu´ils commettent. Mais ils ne peuvent la dissimuler longtemps si chacun peut critiquer dans des écrits publics ce qui va à l´encontre de l´intérêt général.

* Voir Enväldets skadeliga påföljder [Les conséquences nuisibles de l´absolutisme], Stockholm, 1757

§ 7.

La vitalité et la force de la liberté civile résident donc principalement dans un Gouvernement limité et une liberté d´expression illimitée; sous condition de mesures sévères contre tous les écrits qui incontestablement sont contraires aux bonnes mœurs, blasphèment le nom de Dieu, insultent des individus, et incitent à des vices manifestes.

§ 8.

Les révélations divines, les sages constitutions et l´honneur des individus n´ont rien à redouter d´une telle liberté d´expression. Car la vérité triomphe toujours lorsqu´il est permis de manière égale de la contester et de la défendre.

§ 9.

Au contraire, la Liberté d´expression porte le savoir à son plus haut niveau, écarte toutes les dispositions pernicieuses, met un frein à toutes les injustices des fonctionnaires, et elle constitue pour le Gouvernement la plus sûre des défenses dans un royaume libre. Car elle fait que le peuple tout entier chérit un tel mode de gouvernement. En Angleterre, on n´entend guère parler de sombres menées contre des lois fondamentales bien établies. Dans ce pays, il est cependant possible de remédier précocement aux désordres du seul fait de la libre expression du mécontement public. En revanche, dans un royaume qui ne nous est pas inconnu*, nous avons eu un exemple significatif du fait que quand une liberté inégalement répartie est maintenue par la haine et la contrainte, cela conduit aisément à la violence et aux actions désespérées ; du fait que celui qui possède trop peu préfère tout perdre plutôt que de voir sans envie et sans soif de vengeance la liberté d´une bonne partie de la société et la sienne propre dérobée par ses semblables et concitoyens. Car celui qui n´a pas grand chose à perdre est prêt à le risquer sans grand regret lorsqu´il est en mesure d´infliger de lourdes pertes à son ennemi et persécuteur. Ce n´est certes pas louable, mais néanmoins courant. De ce fait, la liberté doit être préservée à l´aide de la liberté. Elle est en grand danger si les mécontents sont traités par la contrainte et l´oppression, que leur mécontement soit justifié ou non. Un Gouvernement sage préfère donner au peuple l´occasion d´exprimer son mécontentement par la plume que par d´autres armes, ce qui d´une part a un rôle instructif, d´autre part calme les esprits et prévient le vacarme et les troubles.

* Le Danemark

§ 10.

Il a été dit précédemment (§ 3.) que la liberté civile fait que toute personne honnête peut vivre en sécurité, obéir à sa conscience, jouir de ses biens et contribuer à la prospérité de la société dans laquelle elle vit. Je me propose d´expliquer en bref chacun de ces points.
La loi confère beaucoup de sécurité à notre vie en stipulant que nul ne peut impunément attenter à l´intégrité physique d´un honnête homme. Mais l´on peut néanmoins entendre des accusateurs et voir s´exécuter le verdict des juges même lorsque aucun crime n´a pu être imputé à la personne incriminée. Car la société ne peut exister sans tribunaux, et les juges ne sont pas toujours impartiaux. La haine et l´acharnement effréné du peuple ont parfois aussi entraîné la chute des citoyens les plus innocents. Il n´y a pas plus grand danger que celui-là, tant pour notre vie que pour notre réputation ; et soit l´on ne peut rien y faire, soit la liberté de se défendre publiquement devrait permettre malgré tout d´apaiser la colère du peuple et de dissuader les juges de tout artifice. Si néanmoins cela ne peut s´accomplir, la compensation la plus juste pour une telle iniquité demeure que celui qui a été injustement condamné puisse comme en Angleterre révéler à ses compatriotes qu´il meurt innocent.

§11.

La conscience repose bien souvent sur des opinions erronées. Celles-ci ne doivent en rien être tolérées si elles sont nuisibles aux hommes et à la société, comme les règles fallacieuses des Jésuites. Mais le plus souvent, ceux qu´une conscience faillible semble rendre dangereux deviennent de bons citoyens pourvu que la société puisse s´adapter quelque peu à leurs errements. Les Mennonites répugnent à prêter serment, mais on peut faire entièrement confiance à leur oui et à leur non. Beaucoup d´entre eux ne peuvent se résoudre à attaquer l´ennemi, mais ils collectent volontiers de l´argent pour la subsistance des soldats. Qu´il puisse ainsi exister des différences entre religions sans que la concorde civile soit perturbée, l´exemple de la Pennsylvanie, heureuse et rapidement peuplée grâce à la liberté, le montre amplement. Sous l´effet de la liberté elle-même, les religions égarées cèdent peu à peu devant la force de la vérité et déclinent, alors que souvent, poussées sous l´effet de persécutions à un zèle démentiel, elles se répandent plus vivement, à la manière d´un feu qui couve. Enfin, étant donné qu´il n´existe aucun lieu où chacun serait infaillible, il est de peu d´importance que l´on se trompe ouvertement, comme en Angleterre, ou de manière hypocrite, comme partout ailleurs.

§ 12.

Dans une société, on possède des biens d´une part en tant que membre de l´Etat, de l´autre à titre privé. Dans la première catégorie, il y a les revenus publics et ce que l´on en a acquis, ainsi que les emplois publics. Dans la seconde, il y a ce que chacun possède. Les lois doivent les protéger toutes deux contre la violence et les préserver des abus. Chaque habitant doit avoir une part équitable des charges et des bénéfices de la collectivité. Car la société nous appartient en commun, et il doit en aller de même pour la liberté. Les impôts du pays ne doivent donc pas reposer sur la trop lourde contribution de quelques-uns, mais chacun doit apporter son écot à la collectivité selon ses ressources. L´espoir d´accéder aux emplois publics et aux honneurs de la Société ne doit non plus jamais être dénié à quiconque en est digne.

§ 13.

S´il fallait passer des épreuves appropriées pour accéder à tout emploi public; si ceux qui les avaient passées ne pouvaient être promus qu´au rang immédiatement supérieur après avoir rempli leur fonction dans l´emploi précédent; et si le premier échelon était dévolu à celui qui le premier avait fait preuve de ses capacités; alors les emplois ne tomberaient pas en de mauvaises mains, et ni la haute naissance, l´argent ou les protecteurs ne pourraient mieux assurer une promotion que l´ardeur au travail et la capacité individuelle.

§ 14.

Aucune épreuve n´est plus facile et plus fiable qu´un interrogatoire sur la théorie et la pratique de l´activité postulée. C´est ainsi que l´on procède pour les ecclésiastiques chez nous, et pour tous les fonctionnaires en Chine. Cependant, on risquerait fort de ne pas choisir le meilleur si l´on pouvait poser les questions que l´on voulait et juger selon son bon plaisir. Aussi est-il nécessaire de préciser pour chaque emploi certaines connaissances, certains livres, certaines instructions et missions de service dont il faudra publiquement rendre compte.

§ 15.

L´on est aisément autorisé à utiliser ses propres biens à son profit et à celui de la société. Mais parmi tous les biens, certains ne peuvent être acquis aussi facilement par chacun qu´il le faudrait dans l´intérêt de la société.
Personne ne peut se procurer des terres là où il le désire en travaillant ou en payant, bien que beaucoup, et c´est grand dommage pour la société, en possèdent plus qu´ils n´en exploitent. Ainsi, des lois telles que celles de Moïse chez les Hébreux sur la part limitée attribuée une fois pour toutes à chaque famille, Moïse, livre 3, 25:13-16.23.24.40 et 41, ou de Licinius chez les Romains (500 jugera, soit 257 1/7 arpents) étaient bien utiles tant pour stimuler l´économie du pays que pour mieux équilibrer les droits des habitants.

§ 16.

Rien ne nous appartient plus en propre que les forces de notre corps et de notre esprit; rien n´est donc plus juste que de pouvoir assurer sa subsistance de manière honnête, de pouvoir pratiquer des arts et des sciences utiles. Chacun doit donc pouvoir tirer librement sa subsistance de l´agriculture, de l´artisanat, du commerce, des activités intellectuelles, tant que la quantité ne devient pas nuisible à la société.

§ 17.

Des travailleurs utiles sont chassés de la Campagne du fait que les lois ne permettent pas à ceux qui, dans les villages et les chaumières, n´ont pas eu la chance de se voir attribuer un lopin de terre, d´avoir d´autre protection que les infirmités et la vieillesse qui les rendent presque invalides. De ce fait, dès qu´ils veulent suivre l´appel si naturel de la liberté et devenir leur propre maître, ils fuient vers les villes où ils peuvent aisément vivre à leur guise ou servir avec indolence. Mais là où chacun à la campagne peut être le maître dans sa chaumière, comme c´est le cas en Angleterre et en Allemagne, beaucoup de travailleurs restent dans leur terroir natal, se multiplient, se livrent à des activités utiles, se mettent au service de l´agriculture; et c´est tellement mieux que de choisir la vie urbaine, demeurer célibataire, être extravagant, paresseux, tout cela pour entretenir le luxe des riches, escorter les voitures des nobles, tuer le temps par le sommeil et la luxure, et être une charge pour soi-même et pour sa patrie.

§ 18.

Pour l´avancement des arts et leur liberté, des écoles publiques, où l´on pourrait dès que l´ardeur et l´intelligence le permettraient être parfaitement formé à toutes sortes de savoirs et de métiers, et où l´on pourrait sans délai être reconnu comme maître dans sa propre spécialité, seraient particulièrement utiles. Mais le nombre de pratiquants dans chaque domaine devrait être fixé en fonction des attentes et des besoins de la Société.

§ 19.

En revanche, nos corporations renfermées sur elles-mêmes et la formation des apprentis favorisent grandement la paresse, la contrainte, le dépeuplement, la luxure, la pauvreté et la perte de temps.

§ 20.

Même ce que l´on appelle les arts libéraux ne sont nullement libres en Suède. Ailleurs, ils méritent mieux leur nom. En Allemagne, chacun peut transmettre publiquement à d´autres le savoir qu´il a lui-même acquis. En outre, ou bien il faudrait que chacun soit d´emblée dissuadé de faire du savoir livresque sa principale préoccupation, ou bien en conséquence que personne ne soit dissuadé de vivre en toute liberté de l´activité la plus innocente.

§ 21.

Enfin, c´est aussi un droit important dans une société libre de pouvoir librement contribuer au bien public. Mais pour cela, il faut que l´état de la Société puisse être connu de tous et que chacun ait la possibilité d´exprimer librement ses idées sur ce sujet. Là où cette condition n´est pas remplie, la liberté n´est pas digne de ce nom. Ce qui touche à la guerre et à certaines négociations internationales doit rester secret un temps et ne pas être connu du plus grand nombre, mais ceci non à cause des citoyens loyaux mais de l´ennemi. Il y a bien moins de raisons de dissimuler aux yeux des habitants les activités pacifiques et tout ce qui concerne le bien-être du royaume. Sinon, il advient facilement que seuls les étrangers animés d´intentions hostiles percent tous les secrets à l´aide d´émissaires et de bourses, tandis que les habitants du pays eux-mêmes, pourtant susceptibles de donner de judicieux conseils, ignorent la plupart des choses. En revanche, quand tout est connu du pays, ceux au moins qui sont attentifs voient ce qui est profitable ou nuisible, et ils le révèlent à tous là où existe la liberté d´expression. Ce n´est qu´alors que les délibérations publiques peuvent être guidées par la vérité et l´amour de la patrie, dont dépend le bonheur collectif et celui de tous les individus.

Dieu tout puissant, qui veille à la félicité des hommes, accroît notre liberté suédoise, et préserve-la jusqu´à la fin des temps.

Peter Forsskal »

Jean Vinatier
Copyright©SERIATIM 2011

Sources :

Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Arabie Saoudite, Argentine, Arménie, Australie, Bahamas, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzégovine, Brésil, Burkina Faso, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Costa-Rica, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Gabon, Gambie, Géorgie, Guatemala, Guinée, Guinée, Haïti, Honduras, Inde, Indonésie, Irak, Iran, Islande, Israël, Jamaïque, Jordanie, Kenya, Laos, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Malawi, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Niger, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Qatar, République Centrafricaine, République Dominicaine, Russie, Rwanda, San Salvador, Saint-Marin, Sénégal, Serbie, Singapour, Slovénie, Somalie, Suisse, Taiwan, Thaïlande, Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM, Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Saint-Pierre–Et-Miquelon), Ukraine, Uruguay, Venezuela, Vietnam, Yémen

De Tunis un avertissement au monde N°824 4e année

Le Président Ben Ali ne se représentera pas en 2014 et peut-être pourrait-il quitter le pouvoir avant. Se souvient-il que vingt-trois ans plus tôt, il avait, par une révolution de palais, contraint Bourguiba à la démission ?
Quoi qu’il se passe dans les jours à venir, le peuple tunisien a, d’ors et déjà, surpris le monde. Des femmes et des hommes apparemment sans leaders se sont emparés de la rue faisant vaciller un pouvoir policier. Dans  les chancelleries et chez les tenants du Marché, on redécouvre, peut-être ce soir, qu’au-delà de leurs autarcies et de leurs multiples combinaisons il y a des êtres humains et non des seuls segments de marché. En fait ce que les exécutants de l’économie libérale balayaient d’un revers de la main c’était le citoyen et il s’est rebellé !
Révolte Internet, Facebook, twitter ou Wikileaks, peu importe le moyen de diffusion car l’inconscient collectif a pris le pas. Peut-être que cette nuit les manifestants ne savent pas leur belle victoire.
L’Union européenne s’est murée dans le silence, la fameuse Union pour la Méditerranée, fruit de la volonté sarkozienne, n’a joué aucun rôle. En France, la frilosité de la classe politique était patente avec cerise sur le gâteau la gaffe monumentale de Michèle Alliot-Marie à l’Assemblée nationale. Silence, également des organisations lycéennes, étudiantes si rapides à trouver d’ordinaire des injustices: un message de solidarité avec la jeunesse tunisienne n’aurait-il pas été heureux ? Il est vrai que les manifestations des jeunes Grecs n’avaient déjà pas suscité de sursaut, et pas davantage lors des protestations des étudiants britanniques ! De l’Union européenne rien ne viendra ! Serions-nous le continent des vieux et des jeunes vieux ?
Les révoltes et qui sait les révolutions se feront certainement depuis toutes les nouvelles puissances : Brésil, Russie, Chine, Inde, Turquie avec des relais dans des pays frappés par les injustices sociales criantes. Si l’on regarde bien l’histoire, les pensées révolutionnaires ont pris leur essor depuis les nations les plus avancées économiquement. Karl Marx n’est donc pas démodé !Jean Vinatier

Qui aurait pensé qu’en l’année 2011 d’Afrique surgirait une révolte citoyenne et l’homme africain n’est pas en retard de l’Histoire……. !

Copyright©SERIATIM 2011

Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Arabie Saoudite, Argentine, Arménie, Australie, Bahamas, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzégovine, Brésil, Burkina Faso, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Costa-Rica, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Gabon, Gambie, Géorgie, Guatemala, Guinée, Guinée, Haïti, Honduras, Inde, Indonésie, Irak, Iran, Islande, Israël, Jamaïque, Jordanie, Kenya, Laos, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Malawi, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Niger, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Qatar, République Centrafricaine, République Dominicaine, Russie, Rwanda, San Salvador, Saint-Marin, Sénégal, Serbie, Singapour, Slovénie, Somalie, Suisse, Taiwan, Thaïlande, Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM, Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Saint-Pierre–Et-Miquelon), Ukraine, Uruguay, Venezuela, Vietnam, Yémen

jeudi 13 janvier 2011

Hervé Juvin: "Nous sommes de plus les sujets du marché" N°823 4e année

Je relaie la dernière intervention d'Hervé Juvin, toujours instructive, depuis le site de Realpolitktv

Un pessimisme européen ?
envoyé par realpolitiktv. - L'info video en direct.

Jean Vinatier

SERIATIM 2011


Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Arabie Saoudite, Argentine, Arménie, Australie, Bahamas, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzégovine, Brésil, Burkina Faso, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Costa-Rica, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Gabon, Gambie, Géorgie, Guatemala, Guinée, Guinée, Haïti, Honduras, Inde, Indonésie, Irak, Iran, Islande, Israël, Jamaïque, Jordanie, Kenya, Laos, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Malawi, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Niger, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Qatar, République Centrafricaine, République Dominicaine, Russie, Rwanda, San Salvador, Saint-Marin, Sénégal, Serbie, Singapour, Slovénie, Somalie, Suisse, Taiwan, Thaïlande, Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM, Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Saint-Pierre–Et-Miquelon), Ukraine, Uruguay, Venezuela, Vietnam, Yémen

mercredi 12 janvier 2011

Hôtel de la Marine : un bien d’Etat N°822 4e année

L’Etat ne pouvant vendre l’hôtel de la Marine ex-garde-meuble de la Couronne, il envisage de le louer à des investisseurs privés parmi lesquels celui mené par Alexandre Allard, déjà rendu célèbre par la démolition party du Royal Monceau et qui voudrait avec des fonds qatari transformer le lieu en une sorte d’hôtel avec en son rez-de-chaussée des espaces marchands qui enlaidiraient la place de la Concorde en plus d’en modifier l’aspect visuel.
C’est l’époque « Veau d’or » qui le veut, on ne sait rien proposer sans les boutiques !
Naturellement, on retrouve l’architecte Jean Nouvel avec plus loin, sans doute, en attente le designer Philippe Stark. Toujours les mêmes noms qui reviennent ! Alexandre Allard a recruté un ancien ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, chargé de convaincre les femmes et les hommes influents a priori réticents d’applaudir à ce chantier qui changerait la destination première de la construction réalisée par Gabriel, un bâtiment ayant abrité les splendides réalisations des artisans qui ont donné tout leur talent pour la magnificence de l’Etat.
Valéry Giscard d’Estaing a dit non de même que Jack Lang. Au passage, regrettons le silence du maire de Paris, Bertrand Delanoë. Le Monde a publié, également, un texte demandant le retrait de ce projet signé par plusieurs historiens dont Régis Debray, Pierre Nora, Jacques Le Goff, Jean-Noël Jeanneney, Alain Decaux, Mona Ozouf et Michel Winock.
Olivier de Rohan-Chabot, frère de l’actuel duc, sénateur et ancien président du conseil régional de Bretagne, bat la campagne ou plutôt les salons pour que ce projet n’aboutisse pas. Fort de son implication dans de nombreuses associations pour la sauvegarde du patrimoine français, Olivier de Rohan Chabot compte surtout sur les nombreuses signatures des citoyens pour peser en défaveur du projet. L’entourage du nouveau ministre de la Défense, Alain Juppé aurait résumé d’une expression le projet Allard & qatari: « ça pue », titre retenu pour l’avant-dernière chronique de Jean-Dominique Merchet.

Pour signer la pétition : cliquez ici

Jean Vinatier
Copyright©SERIATIM 2011

Sources :

Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Arabie Saoudite, Argentine, Arménie, Australie, Bahamas, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzégovine, Brésil, Burkina Faso, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Costa-Rica, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Gabon, Gambie, Géorgie, Guatemala, Guinée, Guinée, Haïti, Honduras, Inde, Indonésie, Irak, Iran, Islande, Israël, Jamaïque, Jordanie, Kenya, Laos, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Malawi, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Niger, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Qatar, République Centrafricaine, République Dominicaine, Russie, Rwanda, San Salvador, Saint-Marin, Sénégal, Serbie, Singapour, Slovénie, Somalie, Suisse, Taiwan, Thaïlande, Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM, Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Saint-Pierre–Et-Miquelon), Ukraine, Uruguay, Venezuela, Vietnam, Yémen

mardi 11 janvier 2011

Côte d’Ivoire & Tunisie : Nicolas Sarkozy devant César Obama ? N°821 4e année

Nicolas Sarkozy était à Washington pour préparer la réunion du futur G20 parisien et par l’espérance que le Président américain honorerait de sa présence le G8. Sans surprise, Washington et Paris disaient leurs vues communes contre le terrorisme (cela ne mange pas de pain) tout en ayant des vues différentes (il en fallait bien une) sur la réforme monétaire mondiale : le Président Obama refusant, naturellement, tout projet qui remettrait en cause la suprématie du dollar…
Parions, qu’en marge de tous les sourires et toutes les ententes splendides, les Etats-Unis ne demandent à Nicolas Sarkozy des comptes sur les événements africains. Pour un homme qui n’a guère fait mystère de son attirance envers cette puissance césarienne au point de faire passer notre armée sous les fourches caudines de l’Oncle Sam via l’OTAN puis de l’engager en Afghanistan et d’ouvrir, aussi, en grand toute l’Afrique francophone, cette exigence aura un goût amer. L’axe pro-américain n’épargne certainement pas à Paris de prouver sa capacité à conduire une sorte de « police déléguée » dans tout cet espace, de justifier ainsi le bon choix de Washington qui appuyait le candidat Sarkozy dés 2006 et qui devrait lui renouveler sa confiance pour 2012.
Ce n’est donc pas un hasard si le ministre Bruno Le Maire et futur directeur de campagne s’est fait fort de soutenir le Président Ben Ali alors que la révolte de la jeunesse ne faiblit pas en dépit les morts et de la soudaine promesse du régime de créer une multitude d’emplois. Une partie de l’armée renâclerait, désormais, à réprimer. Paris a toujours fait preuve d’une grande mansuétude envers ce Président : n’a-t-il pas évité la percée des fondamentalistes musulmans dans les années 90, préservant, au passage son pays de malheurs que l’Algérie connaissait alors ? Paris a fermé les yeux sur la corruption de l’entourage de Ben Ali et sur les ambitions des Trabelsi dont certains commirent des actes de piraterie en capturant des yachts dans les eaux territoriales françaises.
Tant en Côte d’Ivoire qu’en Tunisie la France se sait sur la corde raide vis-à-vis de ces populations et des ressortissants présents sur notre sol. Une maladresse aurait des conséquences négatives. Depuis aujourd’hui, le gouvernement américain s’inquiète officiellement de la situation dans cette partie d’Afrique. La vigilance américaine est totale et certainement sourcilleuse. Barack Obama, n’en déplaise à certains, veille et sans doute plus que ses prédécesseurs, à conforter l’influence universelle de son pays. Rappelons-nous comment le maintien de la base US à Okinawa s’est imposé brutalement au Premier ministre japonais, pourtant hostile, au point de l’obliger à la démission. Le choix politique français activé en 2007 d’adhérer plus complètement qu’auparavant aux desseins hégémoniques washingtoniens contraint l’Elysée non pas tant à s’en remettre mais à justifier de sa qualité d’allié de premier rang.
Terminons par un bémol : sans cette nouvelle donne politique élyséenne, la France serait de toute manière dans une position délicate avec cette différence qu’elle n’aurait de compte à rendre qu’à elle-même….. encore faudrait-il vouloir l’assumer !

Jean Vinatier
Copyright©SERIATIM 2011

Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Arabie Saoudite, Argentine, Arménie, Australie, Bahamas, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzégovine, Brésil, Burkina Faso, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Costa-Rica, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Gabon, Gambie, Géorgie, Guatemala, Guinée, Guinée, Haïti, Honduras, Inde, Indonésie, Irak, Iran, Islande, Israël, Jamaïque, Jordanie, Kenya, Laos, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Malawi, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Niger, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Qatar, République Centrafricaine, République Dominicaine, Russie, Rwanda, San Salvador, Saint-Marin, Sénégal, Serbie, Singapour, Slovénie, Somalie, Suisse, Taiwan, Thaïlande, Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM, Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Saint-Pierre–Et-Miquelon), Ukraine, Uruguay, Venezuela, Vietnam, Yémen

7 janvier 2011 :Le moment Malesherbes de Jean-Louis Nadal N°820 4e année

Le 7 janvier dernier, le discours du procureur général près la Cour de cassation, Jean-Louis Nadal, a fait l’événement et la presse a publié quelques extraits. La lecture de ce texte de 7 pages me rappelle immanquablement les fameuses Remontrances des magistrats d’avant 1789 et surtout du président de la Cour des aides, Chrétien-Guillaume Lamoignon de Malesherbes qui fut ministre de Louis XVI avant de devenir son avocat puis une victime illustre de la Terreur.
Entendre ou voir un magistrat se dresser contre ce qui lui semble être une atteinte fondamentale à des institutions, à la légitimité d’un corps, à l’idée qu’il se fait de sa fonction ne manque pas de grandeur et ébranle l’auditoire déjà impressionné par les ors, la vue de tous ces hommes dont les hermines magnifient les robes et les décorations.
C’est la soudaineté de la vigueur du propos d’un haut magistrat qui donne ce coup de dague bien désagréable au Président de la République bien incapable de faire un nouveau discours dit de la Flagellation comme Louis XV le fit le 3 mars 1766. Toute majesté est bien évanouie en 2011.
Certains n’ont pas omis de critiquer le discours de Jean-Louis Nadal parce qu’il le faisait au moment de sa retraite. Certes ! Je crois, néanmoins, que le dénigrement systématique de l’Etat, de la fonction publique et in fine de ce qui fait la société française obligeait le Procureur général à dire sa remontrance, d’être donc Cassandre.

Ci-dessous en lien depuis le site des Jeunes avocats de France le discours en entier :

Jean Vinatier

SERIATIM 2011

Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Arabie Saoudite, Argentine, Arménie, Australie, Bahamas, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzégovine, Brésil, Burkina Faso, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Costa-Rica, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Gabon, Gambie, Géorgie, Guatemala, Guinée, Guinée, Haïti, Honduras, Inde, Indonésie, Irak, Iran, Islande, Israël, Jamaïque, Jordanie, Kenya, Laos, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Malawi, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Niger, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Qatar, République Centrafricaine, République Dominicaine, Russie, Rwanda, San Salvador, Saint-Marin, Sénégal, Serbie, Singapour, Slovénie, Somalie, Suisse, Taiwan, Thaïlande, Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM, Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Saint-Pierre–Et-Miquelon), Ukraine, Uruguay, Venezuela, Vietnam, Yémen