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lundi 26 septembre 2022

Italie : A destra tutti….N°5899 16e année

 Giorgia Meloni emporte une victoire claire, nette avec l’apport de Forza italia, la Lega, noi moderati (44,13%) face à une gauche qui totalise 26% (le parti démocrate raflant 19%) et le MS5 qui réalise un bon score 15,37% devenant de facto centriste populaire. La participation, en baisse de près de 7 points par rapport à 2018 montre qu’une majorité d’électeurs préfèrent rester sur en retrait, un comportement général en Europe.

Que va dire Ursula Von der Leyen face à la nouvelle Italie renouant avec un populisme qui agrège autant des partis de la droite classique qu’un mouvement postfasciste qui a bien pris le soin de policer son discours anti-bruxellois ? On a compris que Bruxelles disposait « d’instruments » pour plier tel ou tel gouvernement qui ne serait pas dans les clous. Cette menace maladroite venant d’une femme jamais élue et qui ne tient sa place que du consentement des Chefs d’Etat et de gouvernement ne fonctionne plus chez un peuple qui a, par devers-lui, une histoire longue et moins encore quand ce type de victoire risque de se propager en Europe ? L’Allemagne, elle-même, n’étant pas à l’abri d’un virage à moyen terme au vu de la crise en mode tsunami en cours. En France, Marine Le Pen se réjouit de cette victoire qui acte la fin du barrage républicain ou plafond de verre : les Républicains, justement en quête d’un président, sauront un peu plus que leur choix sera très engageant (compatibilité avec le RN ou bien avec Macron, la tentation centriste étant déjà largement prise).

Cela étant dit, la vie politique italienne n’est pas du tout cartésienne, elle est « combinazione », des sentiers fangeux à la voie romaine, et par là-même, surprend régulièrement l’étranger. Si l’on ne comprend pas cette façon immémoriale d’agir en politique, on sera forcément à côté. L’Italie est par nature assez insaisissable depuis la formation des Etats dans la péninsule que l’oncle de Vergennes, le diplomate Chavigny, appelait très finement vers 1732, « les puissances italiques »….L’unité italienne en 1870 ne changea pas grand-chose tant les régions, autrefois des Etats, continuèrent à peser ne serait-ce que par les idiomes locaux (un italien parle aujourd’hui encore le florentin et la langue locale). Le fascisme a donné l’illusion d’un bloc qui ne prit qu’à la surface car en plus des identités locales, le poids du Pape a joué un rôle de frein et le Vatican pesa de tout son poids pour faire triompher la République en juin 1946 ne pardonnant pas à la maison de Savoie la prise de Rome…

L’Italie virant à droite avec cette combinaison (et non alliance) aura un impact : ce pays étant une puissance économique qui assure l’arrière de la force industrielle allemande avec un endettement considérable, Mme Von der Leyen toute germanique qu’elle est, ne pourra lui parler comme à un valet mais d’un autre côté, il est aussi nécessaire de ne pas gommer tout le poids américain dans la vie politique italienne de l’après-guerre (loge P2) via la mafia et les partis en place et qu’aujourd’hui dans le choix stratégique de neutraliser l’Europe pour qu’elle ne soit pas sa rivale, et de la contraindre, par des menaces à prendre des mesures contraires à son intérêt (ainsi dans le conflit ukrainien), l’Italie joue un rôle de premier plan : Naples étant une base otanienne clés en Méditerranée.

Sur un autre plan qui est celui des partis dits « souverainistes », il n’y a toujours pas de continuum d’abord parce que par définition, un souverainiste a une frontière avec le souverainisme de son voisin, ensuite, parce que l’émergence des souverainistes (populistes ?) ne se développant qu’au sein de l’Union européenne qui a pour vocation de défaire les souverainetés sous couvert « de mercantilisme heureux » il faudrait donc renverser les actuelles institutions reposant sur les « valeurs » c’est-à-dire le  mondialisme, l’OTAN, les flux migratoires…etc revêtues de l’habit démocratique. Jusqu’à présent, il n’y a pas de doctrine euro-souverainiste bien que, désormais, les leaders souverainistes prennent soin de polir leurs acrimonies contre Bruxelles, l’euro et l’Otan sinon, ils resteraient au niveau de l’UPR ou de l’Italiefexit à 1,9%.

Les élections italiennes sont tout à fait dans le mouvement général européen qui va vers le blocage, le goulot d’étranglement par l’action de forces contraires peut-être la seule façon, à terme, de faire sauter le bouchon suffisamment haut pour évaporer la mousse et ne laisser que le vin….

Jean Vinatier

Seriatim 2022

jeudi 22 septembre 2022

Ukraine : le nucléaire sur la table des ogres ? N°5898 16e année

 Les discours de Poutine et Biden n’apaisent en rien le conflit en cours. Pour le Président américain principalement axé sur les midterms, il conviendrait ou bien que la Russie demande des pourparlers ou bien que la Russie ne s'effondre pas. Dans les deux cas, Joe Biden pourrait se targuer d’être un chef de guerre bienheureux. Cependant cette surenchère de la part tant de Vladimir Poutine que de Joe Biden n’est pas sans rappeler ce qu’il advint en 1914 : on rappellera que le Tsar Nicolas II décida, en premier la mobilisation, accédant autant aux pressions de son entourage que de celles du gouvernement français (visite de Poincaré à Saint-Pétersbourg en juillet 14). Il est juste aussi de rappeler que la seule puissance à voir larguer deux bombes atomiques sont les Etats-Unis, la première pour précipiter la reddition nippone, la seconde pour informer le monde (celui alors principalement visé était soviétique) qu’il n’y aurait plus qu’un seul « boss ».

La mobilisation russe quoique partielle, le mot fondamental est prononcé. Le danger dans cette situation est de relever que les situations intérieures prennent le pas sur les ambitions bonnes ou mauvaises à l’extérieur. C’est un basculement qui pourrait être fatal. 

Aujourd’hui, à la différence de la crise des missiles de 1962, où les seuls interlocuteurs étaient Moscou et Washington, les acteurs sont plus nombreux ; ainsi les puissances nucléaires au nombre de 9 (USA, Russie, Royaume-Uni, France, Chine, Inde, Pakistan, Israël, Corée du nord) mais aussi les puissances régionales qui n’existaient pas alors du fait de la décolonisation en cours….

Pour contrer la montée en force du bellicisme qui nous met en danger, une ligue des neutres ou bien de non-alignés serait un chemin à prendre. Encore faudrait-il un point commun qui existait, par exemple, à Bandung en 1955. En 2022, on compte 120 pays non-alignés (Amérique du Sud, Afrique, Asie - orientale et du sud ) qui pèsent peu, le décolonialisme ayant fait son temps. Surgissent des organisations (OCS, BRICS) qui sur les plans économiques et financiers essaient de manière intercontinentale d’explorer des voies de développement sans passer forcément par la case dollar. Une ambition intéressante et intelligente mais qui demande du temps et de la pratique quand les Etats-Unis disposant tant de l’alliance militaire (OTAN), que de bases multiples et d’une monnaie refuge sont en réalité sans adversaire équivalent et peuvent, par le softpower, la maîtrise du récit, influer, conditionner les masses. Ainsi, si le gouvernement chinois veut ne plus dépendre de l’Internet californien en 2024, sa population ne « rêve » que des lumières de Las Vegas ! L’Europe vit avec les lunettes USA sur le nez. En réalité, ce qui fait la force euro-américaine c’est l’idée selon laquelle nous partageons les mêmes valeurs et que le Royaume-Uni regardé comme la mère fondatrice de la démocratie autant que du capitalisme serait alors la clef de voûte du lien transatlantique. C’est une acceptation post-1945. Dans l’entre-deux guerres, les américains échouèrent complètement à vendre leur histoire Atlantique auprès des européens. 

Face à une puissance qui dispose de tout (les Etats-Unis seraient la seule puissance-continent à pouvoir vivre en une presque autarcie si elle changeait de principes économiques et surtout renonçait à son messianisme), les autres pays sont, en réalité, dans un désordre et une dispersion. Dans le conflit en Ukraine, Washington, très éloignée du champ des opérations et ne subissant aucun contre-coup des sanctions (élaborées par Biden !!) est sur un mont Pagnotte qui lui permet de regarder l’événement de haut sans être happé. C’est aussi un déséquilibre que le Royaume-Uni a connu avec « son splendide isolement » à la fin du XIXe siècle.

C’est ce désordre du monde qui permet l’exercice unilatéral de la prépotence. Si par malheur, la Russie usait de l’arme nucléaire, c'est l’Europe qui en pâtirait, pas les américains. L’important, actuellement, n’est pas tant de savoir si les Etats-Unis feront plier la Russie mais qu’avec cette guerre se perpétuerait, ensuite, l’exercice solitaire du faire ce que l’on veut illustré par les extraterritorialités (monétaire, judiciaire…etc.) On ne se rend pas suffisamment compte des privilèges que cette puissance s’octroie alors même qu’elle fut et reste la plus belliqueuse tout en prônant le mythe de la « petite maison dans la prairie ».

L’argument massue étant que d’un côté, il y aurait les démocraties (alliées aux USA) et de l’autre les régimes autoritaires. L’introduction de la morale dans les relations internationales épaulée par la défense des minorités quelles qu’elles soient sous couvert de « valeurs », de « démocratie » a dénaturé le rapport naturel entre les Etats d’autant plus que tout repose sur des variables en fonction des intérêts et des calculs du moment. On observera également que l’Europe et les Etats-Unis se servent de cette morale pour conforter leurs assises et nouer avec un néocolonialisme (la France en Afrique).

Sans connaître les événements de demain, les déclarations russo-américaines, chacune de son côté, affichent publiquement ce qui ne va pas dans le monde. Je ne crois pas que dépendre d’une seule puissance soit sain, pas plus que de permettre à telle ou telle autre de procéder à des violations territoriales. L’ONU devrait être cette assemblée non alignée, ce qu’elle n’est pas ayant renoncé à siéger en Suisse, neutre et qu’elle a laissé passer l’occasion pour l’océan Arctique de le placer sous son égide : ainsi pour la première fois aurait été possible de protéger et d’épanouir une aire de façon solidaire, prélude à la conscience mondiale. Au lieu de quoi, chaque pays en bordure y plante son drapeau….

Sans doute, cheminons-nous vers la tragédie. Mais via cette confrontation US/Russie, parviendrons-nous à mesurer le déséquilibre dangereux sur lequel nous sommes? 

Jean Vinatier

Seriatim 2022

mercredi 21 septembre 2022

Poutine lance les referenda dans le Donbass N°5897 16e année

 Les referenda des 23/27 septembre annoncés dans les régions contrôlées par la Russie en Ukraine auront un résultat que nul n’ignore. Vladimir Poutine qui doit intervenir ce matin apprendra au peuple russe qu’une partie de l’Ukraine demande son rattachement à la Russie. Ainsi, après ces consultations, la Russie serait comme Etat et nation en première ligne en cas de nouvelle offensive ukrainienne. Indiscutablement, un échelon de plus est gravi vers le point rouge que serait la mobilisation générale en Russie. De plus en plus, nous nous rapprochons non plus d’un conflit mais vers une guerre au sens classique du terme. Cependant, il faut aussi regarder le choix des referenda par Vladimir Poutine comme une manœuvre intérieure pour calmer les plus extrémistes.

Certainement entrons-nous dans la phase la plus périlleuse de ce conflit jusqu’aux midterms dont le résultat pourrait sinon bouleverser à tout le moins faire bifurquer la politique américaine selon le degré, de défaite des démocrates, de victoire des républicains. Néanmoins, dans tous les cas de figure, les Etats-Unis, comme le souligne fort justement Gérard Chaliand, sont en état de « guerre civile froide », seront face à des ébullitions intérieures que l’Union européenne ne veut pas admettre bien à l’inverse, par exemple, des BRICS, de l’OCS.

Le Président Zélensky qui n’a pas fait bénéficier de ses lumières l’OCS à Samarcande, joue également gros dans cette affaire référendaire puisqu’il tient des Etats-Unis bien plus que de l’Union européenne, elle-même divisée sur d’autres points.

Ainsi Vladimir Poutine continue-t-il à avancer ses pions. Le retrait russe devant l’armée ukrainienne (OTAN) est assez tactique sachant qu’au contraire de Kiev, Moscou n’a pas du tout mobilisé l’ensemble de ses forces. Quoique que le répète nos médias, Vladimir Poutine n’est pas isolé, l’Asie lui offre un espace vaste. Cependant, il est juste que le refus des occidentaux à creuser l’idée de maison commune avec la Russie (l’Europe de l’Atlantique à l’Oural…Charles de Gaulle) précipite cette puissance dans les bras chinois qui agit comme un aimant. Et cet aimant, Vladimir Poutine aurait bien aimé le contrebalancer par une entente avec l’Ouest. Sur ce point, regardons que Berlin et Moscou sont sur une ligne concurrentielle. En effet, l’Allemagne estime être le partenaire inévitable de Pékin, de Moscou, de Londres de Washington…et bien sur de Bruxelles. Une ligne géopolitique sur laquelle la Russie voudrait être. Non sans habileté, les Etats-Unis flattent la chancellerie allemande qui fait mouche chez Olaf Scholz qui ne cesse plus dans ses discours d’en appeler à un nouvel ordre germanique alors même que son économie vacille, que sa démographie lui interdirait d’avoir ce genre de discours à moins de faire de l’armée allemande une armée un peu turquisée….Il est assez fascinant d’observer cette appétence pour la puissance quand lâche les sures amarres.

Comme je l’écris dans différents Seriatim, le conflit en Ukraine élargit son champ magnétique géopolitique avec des tests de résistance tel celui de l’Azerbaïdjan contre l’Arménie via la Turquie alors même qu’Ursula von der Leyen se flattait d’avoir le couloir énergétique à venir depuis Bakou !!! Cette Europe qui pérore sur sa liberté ne fait que changer de chaines et de boulets.

D’ici les mid-terms, les discours se feront de plus en plus fort avec le risque de dérapage avec cet élément de taille à savoir la vie intérieure américaine qui constitue à bien des égards des dangers (je le répète) que nous ne mesurons pas ici. Emmanuel Macron hier au Nations Unies disait qu’il ne se résout pas à la fragmentation du monde, avouant son acceptation d’une monde sous la férule d’une seule puissance. Les organisations et ententes intercontinentales, pour l’heure dans les seuls champs économiques et technologiques, rendent inévitable non pas la fragmentation mais l’installation de pôles inconnus jusqu’alors.

Ainsi s’inscrivent les referenda en Ukraine peut-être sur le chemin de la Pologne du XVIIIe siècle partagée entre la Russie, la Prusse et l’Autriche dont on sait ce qu’en a écrit Vergennes en 1774 dès son entrée au ministère.

Jean Vinatier

Seriatim 2022

lundi 19 septembre 2022

Elisabeth II ou la couronne sertissant la nation N°5895 16e année

 La messe de funérailles, point d’orgue d’une semaine où le peuple britannique éblouit le monde…fut l’apothéose d’une nation mais dans la dignité, la ferveur, le respect. Il y a eu quelque chose de splendide que l’art inégalé du gouvernement britannique à maîtriser la cérémonie porta très haut... Cette perfection est la récompense de l’Histoire mais plus encore de cette fierté britannique, de cette identité jusqu’à la plus obscure taverne du royaume…Face à une Europe continentale malencontreuse qui s’emploie à fossoyer autant qu’il est possible au point, maintenant, de susciter ici et là des populismes divers pour l’heure d’infimes colères, Rule britannia fait figure de rock !

Évidement la disparition de la Reine Élisabeth II, au terme d’un règne de 70 années, a ce qu’il faut de « fin d’un monde » comme il en a été pour l’Impératrice Reine Victoria en 1901, pour que l’on pense comme certains qu’Elle est partie à temps. Charles III sera-t-il le sage Édouard VII qui, s’il avait vécu quelques années de plus, aurait sans doute empêché le déclenchement de la Première guerre mondiale ? A la différence des années 1900, le Royaume-Uni n’est plus dans son splendide isolement que lui permettait son empire d’alors, il est dans le monde où le Commonwealth, à la fois branlant mais suscitant l’envie de pays francophones d’y adhérer, est une barrière de corail fragile et il n’est pas jusqu’à l’intérieur du Royaume-Uni, en Écosse où raisonne aussi l’envie de tenter autre chose. Mais demeure l’ordre de l’Empire britannique…

Cette semaine hautement royale et identitaire, très Brexit, verra lui succéder des défilés moins ordonnés et plus furieux contre la vie chère et l’appauvrissement. Il se pourrait bien que le Royaume-Uni d’un côté et l’Italie de l’autre le 25 septembre ne fassent entendre des sons moins agréables que ceux des trompettes et des tambours.

Un règne de 70 années qui maintint autant qu’il put une allure britannique…qui n’alla cependant pas à permettre à Vladimir Poutine de s’incliner dans le cercueil d’Élisabeth II alors même qu’aucune entrée en guerre n’a eu lieu…Autrefois, ces moments ou instants permettaient de proposer un apaisement. Ici et là s’allument des feux, tout récemment entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, bien entre les mains du grand turc, qui tient l’Europe par sa fourniture de gaz, nous annonce de ce fait que cette Union si fière de s’émanciper énergétiquement risque de s’empêtrer dans de sacrés fils !

Mais revenons à cet adieu à la Reine et à ces journées exceptionnelles que le Royaume-Uni offrit au monde prouvant que jusqu’à présent rien n’était plus solide de la nation ici sertie de la Couronne de saint Édouard…..Rule britannia second hymne des britanniques depuis le milieu du XVIIIe siècle

 

Jean Vinatier

Seriatim 2022

samedi 17 septembre 2022

Samarcande : sans Poutine ? N°5894 16e année

 

L’Organisation économique de Shanghai est comme son nom l’indique une structure basée sur le développement des coopérations économiques entre des Etats asiatiques : elle n’est ni une Union européenne ni un OTAN. Cela n’empêche absolument pas les différents commentateurs de dirent d’une seule voix, que Vladimir Poutine en gênerait les membres et serait en manque de soutien.

La très active et redoutable campagne contre Vladimir Poutine monte en degré avec les déclarations de Mme Von der Leyen réclamant la livraison du Président russe et la mise en place d’un tribunal type Nuremberg…Il n’est donc guère surprenant de lire et de retrouver sur les plateaux des chaines d’information, un déballage continu allant dans ce sens. Ayant la maitrise du récit, de la narration et du séquençage, les États-Unis imposent un Netflix géopolitique. Ces lignes ne dédouanent pas Vladimir Poutine de l’invasion de l’Ukraine, j’observe, néanmoins, que lorsque Washington passa outre le vote onusien et après avoir affamé le peuple irakien pendant près de dix ans, cette capitale passa à l’offensive. Nul ne saisit les biens de particuliers américains, ni ne dénonçât presque pas les tortures et moins encore suggéra un quelconque tribunal : les États-Unis se déclarant unilatéralement hors de portée juridictionnelle…Mais voilà les États-Unis sont dans le camp vainqueur et c’est le vainqueur qui fait l’Histoire et sa présentation.

Dans le cas de la réunion à Samarcande, leurs dirigeants sont présentés comme des hommes non élus démocratiquement, le Premier ministre indien inclus : ls sont les tyrans. On dévoie sciemment un sommet décrit comme anti-occidental tout simplement parce que certains des gouvernements d’Asie chercheraient à se développer en dépendant le moins possible des euro-américains. On retrouve là quelques arguments qui motivaient au XIXe siècle les expéditions coloniales européennes (et américaines). Si l’Union européenne n’est plus motrice, les États-Unis ont pris son relais et sa population étant majoritairement européenne, est-il si extraordinaire que ressurgissent des anathèmes contre des Etats, des organisations qui estiment pouvoir tracer un chemin sans nous ?

Il est instructif de noter que pour essayer de réduire le développement de l’Organisation économique de Shanghai, Washington accepte de donner plus de voilure au Japon sur le plan militaire comme avec l’Allemagne en Europe.

Et Vladimir Poutine ? Le vote onusien a bien montré que l’unanimité n’y était pas. L’Asie commerce sans problème avec la Russie, Washington n’ayant pas réussi à fermer cette arrière-cour asiatique à la Russie, se met en place l’axe indopacifique en escomptant via une extension de l’Otan établir un containment autant chinois qu’asiatique.

Quoi qu’il en soit, chaque jour est démontré que l’invasion de l’Ukraine rempli d’aise ceux-là mêmes qui la dénoncent, que sur le terrain les forces ukrainiennes sont complétement entourées et guidées par des forces étrangères (des ukrainiens noirs !!!) qui ne se cachent presque plus. C’est de plus en plus une guerre entre la Russie et l’Otan, l’Ukraine n’étant qu’un terrain de match sanglant…Et Vladimir Poutine est poussé tant par l’Otan que par les plus extrêmes russes vers une confrontation totale. Jusqu’à présent, la Russie n’a pas décrété la mobilisation générale à l’inverse de l’Ukraine, si elle se faisait, serait franchie une ligne rouge…

A Samarcande, les dirigeants asiatiques ont conscience de ne pas pouvoir rivaliser économique, financièrement, militairement contre les USA. Ils ont en tête que s’ils n’acceptaient pas l’idée de coopération économique avancée par la Chine, ils deviendraient ou redeviendraient de simples succursales. A la différence des européens alignés sur les Américains, les pays-membres de « Shanghai » ne le sont pas ni vis-à-vis de la Chine, ni entre eux mais ils savent leur poids démographique et ils estiment que les flux économiques sont davantage en Asie que dans l’aire Atlantique.

Sur ce point-là si Vladimir Poutine n’est point isolé, il ne suscite pas  une alliance…. Mais peut-être qu’à l’instar des euro-américains qui entrent en guerre  contre la Russie sans la lui  déclarer, certains asiatiques soutiendront la Russie tout en le niant…A Samarcande, la route de la soie n’est pas à son terminus

Jean Vinatier

Seriatim 2022