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lundi 14 janvier 2019

Avant l’acte X N°4621 13e année


La lecture de la lettre aux Français du Président Macron est un long propos adressé à lui-même : débat borné, questions écrites dont les réponses vont de soi. Toute cette démarche est huilée de telle façon que rien n’en puisse sortir qui contreviendrait au programme présidentiel de 2017.
Nous sommes bien éloignés de la ferveur qui s’emparait de la France en 1789 lors de la rédaction des cahiers de doléances, Louis XVI laissant une entière liberté rédactionnelle à ses sujets, trop diront certains, par inconscience diront d’autres. Le Roi voulut le doublement du Tiers en décembre 1788 : il jugeait logique de libérer la parole, de biffer la censure sur la presse et se préparait certainement à soutenir le Tiers Etat échaudé après les réactions des privilégiés lors des deux assemblées des Notables en 1787 et 1788. L’agonie du Dauphin puis sa mort le 4 juin 1789, le Roi ne voulut plus être qu’un monarque dans son particulier, s’abîma dans la douleur laissant le Tiers Etat naviguer et s’enhardir…On connaît la suite.
Deux siècles plus tard, il est beaucoup moins question de liberté et d’émancipation, l’horizon est moins ensoleillé : il ne faut jamais oublier que tout ce que fait l’actuel gouvernement a pour objectif de dégager l’horizon à un mois des élections européennes. Les Gilets jaunes ne seront plus en avril, ou bien conséquence de leur usure, ou bien de leur écrasement physique.
La Lettre aux Français n’est pas une ouverture mais une nasse à partir de laquelle le successeur de François Hollande espère compléter sa grande manœuvre politique : aplatir Mélenchon, favoriser une liste de gauche macron-compatible (PS, Benoît Hamon, les Verts, Place publique de Raphaël Glucksmann), se garder un tout petit PC en digue d’appoint, à droite évider Les Républicains via notamment les affaires judiciaires (affaire Fillon réapparait : simple hasard ?), générer une liste centro-juppéiste tout à fait macron-compatible. Dans l’absolu, Emmanuel Macron souhaiterait n’avoir qu’une liste, la sienne. Son inconvénient accréditerait l’idée qu’un seul parti serait en faveur de l’actuelle Union européenne. Pour éviter cette critique, favoriser deux autres listes sœurs. Armé de la sorte, Emmanuel Macron se tournerait d’un bloc contre Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan se retrouvant dans la même situation qu’au soir du second tour de la présidentielle de 2017.
Hier à La Mutualité, Marine Le Pen a lâché nombre de flèches contre Emmanuel Macron, désireuse qu’elle était de rejouer le débat où elle s’empêtra avant de parler assez souvent de l’Union européenne plaidant la nécessaire alternance au Parlement de Strasbourg. Cette nouveauté ne peut se séparer des manœuvres italiennes : Matteo Salvini s’est déplacé en Pologne pour poser les premiers jalons de ce que pourrait être un ensemble souverainiste au parlement. Les difficultés actuelles du gouvernement de Teresa May pour parvenir à un BREXIT découragent certainement celles et ceux qui prônaient une sortie. L’option qui apparait au sein des différents mouvements populistes ne serait plus de sortir de l’Union européenne mais de s’y ancrer davantage, de miner l’actuel édifice, d’en prendre à terme possession. Cette possible stratégie aurait le mérite de ne plus effrayer le citoyen lambda lequel est terrorisé dès qu’on évoque l’Euro et Bruxelles. On ne sait pas si les architectes de l’Union européenne qui ont beaucoup prévu, ont évacué cet entrisme renversant que suggèrent les propos de Matteo Salvini ?
La réplique d’Emmanuel Macron se bornerait, pour l’heure, à signer le 22 janvier un second traité de l’Elysée avec Angela Merkel le premier datant de 1963 et avait alors pour signataires le Général de Gaulle et Conrad Adenauer. En 1963 la France était souveraine, dotée d’une économie florissante et non délocalisée, la RFA disposait d’une industrie, épargnée par les bombardements alliés, et veillait à la discrétion dans les relations internationales, il y avait donc un rapport assez équilibré entre les deux nations avec, notamment, un objectif éducatif, l’enseignement du français en Allemagne et vice-versa ce qui aurait fait de l’axe Paris-Berlin, une voie bilingue très prometteuse. L’on sait que ce traité ne fut rien. En 2019, Angela Merkel est une dirigeante en fin de parcours, Emmanuel Macron est impopulaire et même plus. L’Allemagne a réussi la réunification, favorisé l’entrée des anciens pays membres du pacte de Varsovie dans l’Union européenne qui ont longtemps été un réservoir humain à bas coût pour son industrie. Aujourd’hui Berlin est la puissance hanséatique qui conduit l’Europe et très naturellement, elle accroit son budget militaire, s’affirme davantage hors de ses frontières. Son empire couvre largement l’actuelle Union. Quant à la France, affaiblie, embourbée dans une dette colossale, son industrie éparpillée, épouillant son identité, elle ne cherche plus à redevenir une puissance mais tente par des renoncements de convenir aux desiderata berlinois. C’est peu dire que le second traité de l’Elysée n’est pas une pâle copie du premier, il n’est qu’un écran de fumée tragique.
Les Gilets jaunes poursuivent leur route et gardent les ronds-points si importants à tous égards : ils s’enracinent dans le paysage, suscitent des élans similaires dans d’autres pays : les Argentins rêvent d‘en devenir. Chaque semaine apporte son évolution et surprend à chaque fois par la tactique retenue. Les Gilets jaunes sont une longue mèche, l’Elysée une grenade dégoupillée ?


Jean Vinatier
Seriatim 2019

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