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mardi 23 mars 2010

Obama : des ides de mars à la Toussaint…. N°659 3e année

Le Congrès a adopté par 219 voix contre 212 dans la nuit de dimanche le projet de réforme de santé pour lequel le Président Obama se bat depuis le début de son mandat. Aujourd’hui, il devrait en officialiser la promulgation.
Cette bataille menée sans concession par les républicains et nombre de démocrates contre le projet présidentiel de permettre l’accès aux soins de quelques 32 millions d’Américains laisse les participants épuisés dont le premier d’entre eux : Brack Obama quasiment exsangue faute de n’avoir pu rallier aucun républicain et qui a évité in extemis, l’éclatement de son propre parti, les Démocrates.
Que reste-t-il de la grande réforme ? Plus grand chose ! Il est, malheureusement, presque sûr que les Américains les plus défavorisés ne verront pas trop de différences avec la situation qui prévalait.
Le Président Obama ne pourra se reposer sur ses lauriers : le 2 novembre 2010 tout le pays votera pour les élections à mi-mandat (mid-term) pour les gouverneurs, les attorneys généraux et le Congrès (tous les sièges des Représentants et ceux de 36 sénateurs)
Le premier coup de canon a été tiré par douze attorneys généraux républicains (procureurs généraux élus pour 4 ans) d’Alabama, de Floride, du Michigan, du Nebraska, du Dakota Nord, du Dakota Sud, de Pennsylvanie, de Caroline du Sud, du Texas, d’Utah, de Virginie, de l’Etat de Washington qui ont décidé de contester collectivement devant la Cour suprême la validité de la loi signée par le Président au motif qu’elle violerait, selon eux, le droit des Etats fédérés.
Dés cette semaine, Barack Obama débutera une série de déplacements et de discours dans le pays. Prendra-t-il plus justement conscience du climat délétère régnant et, notamment, de l’inconnu que constitue le mouvement Tea Party ?Les esprits sont chauffés à blanc sur fond de crise sociale, économique, financière, sans précédent depuis les années 30, de tensions à la frontière mexicaine, de guerre dans l’Indu Kusch sans omettre la question chinoise et les turbulences d’alliés, la Turquie et Israël.
Pas de doute, Barack Obama marche sur une voie étroite, parsemée de toutes les embûches possibles en quête d’un destin qu’il voudrait exceptionnel, capable de renouveler le messianisme américain. Le peut-il ?
Philippe Grasset ne le pense pas dans son dernier article :

« Il veut être un nouveau Lincoln parce qu’il considère que Lincoln a fait l’unité de l’Amérique, et qu’il juge que son destin historique, pour sauver le pays du désastre, est de refaire, à son tour, l’unité d’une Amérique aussi divisée qu’elle l’était à la veille de la Guerre de Sécession, ou Civil War pour les oreilles vertueuses, que voulut Lincoln. Justement, il oublie que Lincoln voulut cette guerre et qu’il fallut cette guerre pour arriver à une unité imposée par le fer et par le feu, et dont il y aurait beaucoup à dire à cause de cela. Et, là-dessus, se trompant de stratégie, Obama se trompe aussi d’époque: pour être un second Lincoln, il faudrait la guerre, – et non pas une seconde guerre civile mais une guerre contre le système dont la crise de fonctionnement et de fondement constitue la cause directe et implacable de la désunion de l’Amérique. Bien sûr, de guerre BHO n’en veut à aucun prix, sinon dans les terres extérieures (Afghanistan).
Drôle d’ambition, ambition de l’illusion et de la croyance. Ainsi, dans cette ligne d’une “loi historique” qui appelle une révolution alors qu’il l’a fait voter comme un moyen d’éviter la révolution, Obama s’affirme du côté du système qui repousse obstinément cette sorte de législation qui a un ferment révolutionnaire et affirme que les vertus du système justifient qu’on ne l’attaque pas. En échange de cette illusion et de cette croyance, il pourrait bien avoir cette “seconde guerre civile” qui saura prendre les formes postmodernes qui la rendront originale par rapport au modèle initial. Si le vote du 21 mars s’impose effectivement comme historique, ce devrait être pour des raisons bien différentes de celles qu’on propose aujourd’hui. »

Barack Obama pêche certainement par idéalisme et un goût trop prononcé pour les compromis mais il a un comportement que nul ne pourra lui contester ou dénier : son courage.

Jean Vinatier

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lundi 22 mars 2010

Sarkozy n’est pas Alphonse XIII ! ? N°658 3e année

Les élections régionales ont été le moment pour les Français d’exprimer leur mécontentement envers Nicolas Sarkozy ! On est sûr d’une chose, il ne fera pas comme le roi d’Espagne Alphonse XIII qui abdiqua au lendemain de la victoire des républicains aux municipales le 14 avril 1931. Cependant, la défaite de l’UMP est d’abord la sienne: elle ne saurait avoir pour seule conséquence le départ et/ou l’arrivée de tel ou tel ministre. Pourtant, nous aurons un remodelage ministériel sur fond de rééquilibrage au sein de l’UMP. Nicolas Sarkozy voulant contrecarrer l’annonce par Dominique de Villepin d’un mouvement politique, a proposé à François Baroin le portefeuille du Budget qui en fera, si par faiblesse il l’accepte, l’homme le plus impopulaire dans les semaines à venir au fur et à mesure que le plan d’austérité se mettra en place.
Que ferait un vrai Président de la Ve République devant un désaveu national et en gardant par-devers lui un programme réformateur ? Très simplement, il dissoudrait l’Assemblée Nationale et, en cas de défaite de la majorité présidentielle, il démissionnerait. Mais Nicolas Sarkozy est aux antipodes de cette hauteur et du respect envers les citoyens, c’est un malin qui veut toujours s’en tirer par une pirouette.
La presse étrangère voit mieux que les journaux français, non seulement, le décrochage en cours entre le peuple souverain et le Président élu mais aussi l’éloignement à l’égard des deux principales formations, UMP et PS.
Effectivement à bien des égards, cette élection régionale est un soleil de janvier pour l’UMP et le PS, deux grands partis minés autant de l’intérieur que menacés de l’extérieur.
A l’intérieur, si l’UMP fait face à des tensions très fortes, le PS est confronté à la montée en puissance des présidents de région avec deux leaders, l’un vieillissant, Georges Frêche, l’autre en « mission », Ségolène Royal. La rue de Solférino doit, en outre compter sur les rivalités entre les têtes pensantes du parti.
A l’extérieur, si l’UMP n’a plus le MODEM sur son flanc gauche, elle doit conjurer la remontée en puissance du Front National. De son côté, le PS est entouré sur sa gauche par Front de gauche (Parti de gauche, parti communiste) et sur sa droite par Daniel Cohn-Bendit, le fondateur d’Europe-Ecologie, qui entend créer une « coopérative politique », appelant tous les mécontents de gauche, du centre et même plus.
La fragilité de l’UMP et du PS est patente, s’inquiète-on pour autant, du niveau des absentions ? Eh bien ! Pas du tout, les abstentionnistes sont comme les votes blancs, des citoyens invisibles. Etrange démocratie ! Y Sommes-nous encore?
Jean-Luc Mélanchon notait qu’il était anormal que le pouvoir n’entende ni les salariés qui manifestent, ni les citoyens qui votent. A un moment, il y aura un grand craquement.
Par son comportement et la violence de sa politique, le Président de la République a considérablement accéléré la prise de conscience par les Français qu’au-delà de réformes structurelles entreprises c’est la France elle-même qui serait atteinte d’ici peu de temps. En 2007 Nicolas Sarkozy se portait garant de l’exception française en battant le rappel des « grands hommes » et des citations historiques. En mars 2010, le magicien illusionne nettement moins.
Dans un bon article intitulé
« France, les derniers utopistes » Sylvain Buisson, correspondant à Paris, du quotidien suisse, Le Temps, écrit que l’idéal des Lumières n’a pas encore quitté les Français :
« Chez les voisins d’Europe du Nord, qui se considèrent comme plus pragmatiques et performants, cette prétention française à dompter le chaos est source d’infinis sarcasmes. Dans le domaine économique, on y voit une preuve de naïveté, d’archaïsme, d’ignorance face à la globalisation.
Mais il y a une autre manière de voir ce trait de caractère: comme une soif inassouvie d’utopie, une recherche d’alternative à un système dont on sait qu’il ne peut être le dernier mot de l’histoire humaine. Un refus orgueilleux, aussi, des évidences du monde.
C’est quelque chose que j’apprécierais plutôt chez les Français, commente
Dominique Bourg, figure française de la pensée écologique, qui enseigne à l’Université de Lausanne. D’une certaine façon, je préfère cette constante de râleur international à la façon dont beaucoup de peuples se sont couchés devant un système où 2% de la population mondiale possède 50% des richesses, et où 50% se partagent 1%.»
Le divorce entre un Chef d’Etat se chargeant de transformer la France à coup de réformes marathons pour complaire à ceux qui l’ont fait roi (financiers néo-libéraux) et les Français en proie à « une déprime post-messianique », est explosif. Rappelons-nous le propos du médiateur de la République,
Jean-Paul Delavoye (un élu UMP), « la France est dans une grande tension nerveuse »
Donnons, le dernier mot au journaliste du Temps bien au fait de ce que nous sommes :
« La France étant ce qu’elle est – insatisfaite, dissidente à l’ordre établi, en pensée sinon en actes – il y a fort à parier que d’autres, quelque part, continuent de chercher. L’idéal des Lumières, «le progrès par la liberté de la raison», garde son actualité, écrivait
le philosophe Marcel Gauchet en 2008 dans sa revue Le Débat. Avec la crise financière, et le discrédit au moins partiel du libéralisme, la vieille utopie française d’une humanité prenant en main son destin, pour inventer une société meilleure, peut retrouver sa raison d’être. A condition de lui donner un contenu qui soit autre chose qu’un pâle reflet des illusions du passé. »


Jean Vinatier

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Sources
:

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/b420652e-3531-11df-925b-5f428e6a0f99/France_les_derniers_utopistes

http://www.seriatimonline.com/2010/02/france-grande-tension-nerveuse-n639-3e.html


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samedi 20 mars 2010

Du duo franco-allemand à la Germanie ? N°657 - 3e année

Entre les deux tours des élections régionales, le climat intérieur français s’est singulièrement alourdi après les déclarations du Président de la République et du Premier ministre concernant les aggravations des sanctions contre les agressions et les insultes (mot bien vague) envers des policiers.
Pendant ce temps, la crise grecque que l’on pensait sur une voie plus apaisée, est soudainement réapparue dans toute sa vigueur sur fond d’une mésentente entre Paris et Berlin, l’Elysée faisant dire à Christine Lagarde toute une série de critiques sur la façon dont la chancelière allemande gérait l’économie de son pays, la plus grande puissance industrielle de l’Europe.
De son côté Angela Merkel n’a pas hésité à placer en concurrence Dominique Strauss-Kahn et Nicolas Sarkozy en ne désavouant pas la menace du Premier ministre grec, Georges Papandréou, d’en appeler au FMI : Strauss-Kahn sauveur de la Grèce ? Fureur sarkozienne assurée…
Pendant que les deux capitales européennes s’envoient des amabilités, le gouvernement allemand bouscule la zone euro en proposant de créer un Fonds Monétaire Européen (FME), la plus forte proposition depuis que les dettes des PIIGS sont sur le devant de la scène.
La Grèce est-elle l’arbre qui cache la forêt ?Certainement car derrière, se profile la nouvelle politique allemande relative au "couple franco-allemand", à la zone euro, à sa conception de l’Europe, à son rang dans le monde que l’on pourrait ranger sous les aspects :

1-Géopolitique : par les connections russes, turques et chinoises tout en restant une fidèle alliée du Royaume-Uni et des Etats-Unis (OTAN), rappelons-nous, il y a quelques mois, le discours de la chancelière devant le Congrès.
2-Economique et financier : par le renforcement de l’influence allemande en Europe Centrale (hinterland) et la montée en puissance de ses banques et ses industries.
3-Monétaire : par la création du Fonds Monétaire Européen, elle arrimerait ipso facto l’euro à sa politique économique.
4-Politique : en accélérant le processus de régionalisation.

Avec les aspects soulignés qui restent des hypothèses, le couple ou duo franco-allemand n’est-il plus qu’un poids du lendemain de la Seconde Guerre mondiale et de la Guerre froide ? Une Allemagne forte et sérieuse, une France handicapée par des finances déplorables, serait-ce tout ce qui reste de l’entente entre ces deux pays qui furent le moteur essentiel de la construction européenne ? Est-ce le moment de l’inventaire ?
L’entente franco-allemande est devant la réalité : tous les discours pompeux de la majorité des politiciens français sur ce point volent en éclats ; on garde bien de dire aux Français que de l’autre côté du Rhin, les partis allemands s’en moquent comme d’une guigne.
Paris pérore quand Berlin dresse ses plans.
L’Allemagne aurait-elle les moyens d’une nouvelle politique européenne en formant une union avec l’Autriche, le Benelux sauf la Belgique à cause des francophones ? La tentation est immense parmi les dirigeants allemands de renouer avec une conception de leur puissance qui ferait fi progressivement de la relation française.
Regardons, par exemple, la question géopolitique. L’Allemagne réfléchit en direction du Caucase (comme à la fin du XIXe) et de la Sibérie. Pour ce faire, d’étroites relations avec la Russie et la Turquie sont primordiales et ne surprennent pas au vu des antériorités historiques. Ainsi Berlin soutiendrait sans trop rechigner la politique du Kremlin de replacer sous son influence directe la Biélorussie et l’Ukraine. Le gouvernement allemand appuierait également l’action réformatrice du Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan dont l’un des buts est de faire de la Turquie le centre d’un espace turcophone de 850 millions de locuteurs depuis la Mer Noire jusqu’à la frontière chinoise. La présence de 4 millions de turcs en Allemagne est évidemment un élément important.
Depuis la Chine jusqu’à la mer du Nord, cette politique allemande, ainsi mise en œuvre, l’amènerait à une position clef au sein de l’Eurasie en gestation, laissant alors le Sud de l’Europe (France, Espagne, Italie…etc) non seulement devant des situations financières calamiteuses mais aussi face aux multiples incertitudes politiques qui grandiront pour tous les Etats du Grand Maghreb (Maroc, territoire du Sahara occidental, Mauritanie Algérie, Tunisie, Libye) et du Machrek depuis l’Egypte jusqu’en Mésopotamie et la péninsule arabique.
Et l’Euro ? Nul n’imagine que l’Euro puisse passer à la trappe. Partout on nous dit que la chose est impensable. En fait l’intérêt de l’Allemagne ne serait pas de faire disparaître la monnaie unique mais de l’avoir sous son aile d’où son idée d’un fonds monétaire européen.
Nous sommes à l’aube de très grands bouleversements qui feront la part belle aux Etats-continents : Chine, Inde, Brésil, Russie, l’Australie mais aussi Turquie et naturellement l’ensemble Canada-Etats-Unis. L’Europe allemande pourrait-elle se prévaloir d’être également un Etat-continent à la tête d’une Germanie qui placerait l’Europe Centrale dans son sillage et à l’extrémité du continent eurasien?
Serait-ce viable ? Quels sont les atouts entre les mains de la France ? Quelles sont les pensées devant de tels enjeux ?
Tout ceci mérite d’heureuses et audacieuses réflexions.


Jean Vinatier

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jeudi 18 mars 2010

Simone Veil, Jean Ferrat : deux immortels N°656 3e année

Tout poète est immortel, Jean Ferrat est donc immortel. Si Simone Veil avait repris, le jour de sa réception à l’Académie française sa célèbre chanson « Le poète a toujours raison/Qui voit plus haut que l'horizon/Et le futur est son royaume/Face à notre génération/Je déclare avec Aragon/La femme est l'avenir de l'homme » quelle allure et quel lien avec le poète disparu et inhumé dans la simplicité à Antraigues-sur-Volane ! Mais, le quai Conti n’est pas le quai des brumes. Si l’Académie siège dans ce qui fut, autrefois, par la volonté du cardinal Mazarin, le Collège des Quatre-Nations destiné à accueillir soixante écoliers de quatre « nations » récemment réunies au royaume (Alsace, Pays-Bas, Roussillon, Pignerol) elle se garde bien d’enseigner, de transmettre quoi que ce soit. Elle est le temple d’un clergé le plus souvent immobile et paresseux.
Devant le « Tout-Paris » et trois Présidents de la République avec une garde républicaine en tenue d’apparat, la réception d’une personnalité adorée comme Simone Veil, éblouit d’un trait de lumière heureux le ciel politique français singulièrement attristant. Une étoile filante sous les yeux des Français anxieux de ne plus pouvoir « reéblouir » le monde.
Simone Veil et Jean Ferrat ne se séparent pas, ils s’unissent, leurs vies marquées par les ignominies, nazie et pétainiste et par leurs combats, tout au long des décennies suivantes. Si le poète n’est plus, sa chanson demeure : elle emporte le verbe d’une Dame qui exhorte à ne pas renoncer, à garder la foi et le bien commun intacts.

Jean Vinatier

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mercredi 17 mars 2010

Niall Ferguson : « L’Amérique, l’empire fragile » –N°655 3e année

L’historien anglais, Niall Ferguson a publié, le 28 février dernier, dans le Los Angeles Times un fort passionnant article autour du temps des empires. Cet écrit intervient à point nommé quand nous voyons resurgir les querelles sino-américaines ou plus exactement le face à face dangereux Yuan Dollar et l’évolution indicative des rapports de la Turquie et d’Israël avec les Etats-Unis (sujets sur lesquels Seriatim fera des articles)
Vous trouverez ci-dessous
la traduction de cet article par la rédaction de l’excellent site Contreinfo.


« Depuis des siècles, les historiens, politologues, anthropologues, tout comme l’opinion publique, ont pensé les processus politiques en termes de saisons et de cycles. De Polybe à Paul Kennedy, de la Rome antique à l’Empire britannique, nous discernons un rythme propre à l’histoire. Les grandes puissances, comme les grands hommes, naissent, s’élèvent, règnent, puis disparaissent peu à peu. Que le déclin des civilisations soit culturel, économique ou écologique, il s’agit d’un processus prolongé dans le temps.

De la même manière, les défis auxquels sont confrontés les États-Unis sont souvent décrits comme évoluant lentement. C’est la transformation de la démographie - augmentant le ratio des retraités par rapport aux actifs - et non pas une politique inadaptée qui condamne les finances publiques des États-Unis à s’enfoncer dans les déficits. C’est la croissance inexorable de l’économie chinoise, pas la stagnation américaine, qui rendra le produit intérieur brut de la Chine supérieur à celui des États-Unis en 2027.

Concernant le changement climatique, l’heure de vérité pourrait être distante d’un siècle. Ces menaces semblent très éloignées par rapport au calendrier du déploiement des soldats américains en Afghanistan, dans lequel l’unité de compte est le mois, non l’année, et encore moins la décennie.

Et si l’histoire ne se déroulait pas de façon cyclique et lente, mais de manière arythmique - tantôt presque stationnaire, mais était également capable d’accélérations brusques, à l’image d’une voiture de sport ? Que faire si la chute ne se déroule pas durant plusieurs siècles, mais surgit tout à coup, tel un cambrioleur nocturne ?

Les grandes puissances sont des systèmes complexes, formés d’un nombre très important de composants en interaction, organisés de manière asymétrique. Ce qui signifie que leur assemblage s’apparente plus à une termitière qu’à une pyramide égyptienne. Ces composants opèrent quelque part entre l’ordre et le désordre. De tels systèmes peuvent paraître fonctionner de manière relativement stable pendant un certain temps, semblant être en équilibre, alors qu’en fait ils s’adaptent constamment. Mais vient un moment où les systèmes complexes atteignent un état « critique ». Un évènement déclencheur mineur peut provoquer une « transition de phase » faisant passer d’un équilibre d’apparence inoffensive à une crise - un seul grain de sable peut provoquer l’effondrement d’un tas entier.

Peu de temps après que se soient produites de telles crises, les historiens arrivent sur les lieux. Ces chercheurs se spécialisent dans l’étude des évènements atypiques [1] - ceux dont la fréquence d’apparition est faible. Il s’agit de moments de grande portée historique qui sont par définition hors norme, et sont donc situés dans les « queues » des distributions de probabilité - comme les guerres, les révolutions, les krachs financiers et la chute des empires. Mais les historiens peinent fréquemment à saisir la complexité lorsqu’ils tentent de décoder ces événements. Ils ont été formés à analyser les calamités en termes de causes à long terme, souvent à l’œuvre depuis des décennies. C’est ce que Nassim Taleb dénonce à juste titre comme une « illusion narrative » dans son ouvrage « The Black Swan. »

En réalité, la plupart des phénomènes statistiquement atypiques étudiés par les historiens ne sont pas des moments de paroxysme survenant dans des séquences déterministes d’histoire longue ; au contraire, ce sont le résultat de perturbations, et parfois de ruptures des systèmes complexes.

Pour comprendre la complexité, il convient d’examiner comment les scientifiques utilisent ce concept. Pensez à l’organisation spontanée des termites, qui leur permet de construire des monticules et des nids, ou à la géométrie fractale des molécules d’eau lorsqu’elles forment des flocons de neige aux motifs compliqués. L’intelligence humaine elle-même est un système complexe, un produit de l’interaction de milliards de neurones dans le système nerveux central.

Tous ces systèmes complexes partagent certaines caractéristiques. Dans de tels système, de faibles stimuli peuvent produire d’énormes changements, souvent imprévus - ce que les scientifiques appellent « l’effet amplificateur. » Les relations de causalité sont souvent non linéaires, ce qui signifie que les méthodes traditionnelles de généralisation à partir de quelques observations sont de peu d’utilité. Ainsi, lorsque les choses tournent mal dans un système complexe, l’ampleur de la perturbation est quasiment impossible à anticiper.

Il n’existe par exemple rien de tel qu’un incendie de forêt typique ou moyen. Pour utiliser le jargon de la physique moderne, une forêt avant le départ d’un feu est dans un état de « criticité auto-organisée » : elle est en équilibre au bord de la catastrophe, mais la dimension de celle-ci reste une inconnue. Verra-t-on se déclencher un incendie limité ou énorme ? C’est presque impossible à prédire. Le point clé, pour de tels systèmes, c’est qu’un choc relativement mineur peut entraîner une perturbation disproportionnée.
Toute construction politique de grande envergure est un système complexe. La plupart des grands empires ont une autorité centrale instituée - soit un empereur héréditaire ou un président élu - mais, en pratique, le pouvoir souverain de tout individu est une fonction résultant du réseau de relations économiques, sociales et politiques auxquelles il ou elle préside. En tant que tel, les empires présentent de nombreuses caractéristiques d’autres systèmes adaptatifs complexes - y compris la tendance à passer de la stabilité à l’instabilité très soudainement.
L’exemple connu le plus récent de déclin précipité est fourni par l’effondrement de l’Union soviétique. Avec le recul, les historiens ont décelé au sein du système soviétique les traces de tous les types de dégénérescence jusqu’à l’époque de Brejnev et en amont. Peut-être, comme l’affirme l’historien et politologue Stephen Kotkin, est-ce le cours élevé du pétrole dans les années 1970 qui a permis d’éviter la chute. Pourtant, tel ne semblait pas être le cas à l’époque. L’arsenal nucléaire soviétique était supérieur à celui des Etats-Unis. Et les gouvernements dans ce qu’on appelait alors le Tiers Monde, du Vietnam au Nicaragua, avaient basculé en faveur des Soviétiques durant les 20 années précédentes.

Pourtant, moins de cinq ans après que Mikhail Gorbachev ait pris le pouvoir, l’empire soviétique en Europe centrale et de l’Est avait implosé, suivi par l’Union soviétique elle-même en 1991. Si jamais un empire s’est effondré en un instant, au lieu de décliner doucement, c’est bien celui qui fut fondé par Lénine.

Si les empires sont des systèmes complexes qui, tôt ou tard succombent à de soudains et catastrophiques dysfonctionnements, quelles sont aujourd’hui les implications pour les États-Unis ? Tout d’abord, discuter des étapes du déclin pourrait n’être qu’une perte de temps. C’est l’hypothèse d’une chute brutale et inattendue qui devrait d’abord préoccuper les dirigeants politiques et les citoyens. Deuxièmement, la plupart des chutes d’empires sont associés à des crises financières. Les sonnettes d’alarme devraient donc retentir très fortement lorsque les États-Unis prévoient un déficit de plus de 1 500 milliards de dollars en 2010 - soit environ 11% du PIB, déficit le plus important depuis la Seconde Guerre mondiale.

Ces chiffres sont mauvais, mais au royaume du politique, le rôle de la perception est tout aussi crucial. En cas de crise impériale, ce ne sont pas les fondements matériels du pouvoir qui sont vraiment importants, mais les prévisions sur le pouvoir futur. Les chiffres du budget ne peuvent en eux-mêmes amoindrir la force des Etats-Unis, mais ils peuvent concourir à affaiblir une confiance installée dans la capacité des États-Unis à surmonter n’importe quelle crise.

Un jour, l’annonce inattendue de mauvaises nouvelles - cela pourrait être un avis négatif émis par une agence de notation - fera la une des journaux durant une période de calme. Et soudainement ce ne seront plus seulement quelques passionnés de ces questions qui s’inquièteront de la viabilité de la politique budgétaire américaine, mais le grand public, sans parler des investisseurs à l’étranger. C’est ce changement qui est essentiel : un système adaptatif complexe est en grande difficulté lorsque ses composants perdent foi en sa viabilité.
Durant ces trois dernières années, le système complexe de l’économie mondiale à basculé de l’euphorie à la récession - tout cela parce que quelques américains ont commencé à ne plus rembourser leurs prêts hypothécaires à risque, provoquant ainsi d’énormes trous dans les modèles économiques de milliers d’établissements ayant fait jouer un fort effet de levier d’endettement. La prochaine phase de la crise actuelle pourrait débuter lorsque l’opinion publique commencera à réévaluer la crédibilité des mesures monétaire et fiscales radicales qui ont été décidées en réponse.

Ni les taux d’intérêt à zéro, ni les relances budgétaires ne peuvent parvenir à un redressement durable si les populations, aux Etats-Unis et à l’étranger, décident collectivement, du jour au lendemain, que ces mesures se solderont par des taux d’inflation beaucoup plus élevés ou par un défaut de paiement pur et simple. Les taux des emprunts publics peuvent s’envoler si les prévisions sur la solvabilité future des Etats se modifient, aggravant la crise des finances publiques déjà mal en point en augmentant le coût du service de la dette nouvellement émise. Demandez donc ce qu’il en est à la Grèce.

Demandez-le également à la Russie. Une défaite militaire dans les montagnes de l’Hindu Kush représente depuis longtemps un signe avant-coureur de la chute d’un Empire. Ce qui est advenu il y a 20 ans rappelle qu’en fait la naissance, l’essor, le règne, le déclin et la disparition des empires ne se déroulent pas selon des cycles récurrents et prévisibles. Ce sont les historiens qui présentent rétrospectivement ces processus de dissolution impériale comme agissant lentement. Au lieu de quoi, les empires se comportent comme tous les systèmes adaptatifs complexes. Ils fonctionnent en équilibre apparent pendant une certaine période, d’une durée imprévisible. Puis, assez brusquement, ils s’effondrent.

Washington, vous voilà averti.

Niall Ferguson est historien, enseignant à Harvard, spécialiste de l’économie et de la finance. Il a publié récemment « The Ascent of Money : A Financial History of the World. »



Jean Vinatier

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Sources :

Los Angeles Times :
http://www.latimes.com/news/opinion/la-oe-ferguson28-2010feb28,0,2697391.story?track=rss

Contre Info:
http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2998


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mardi 16 mars 2010

Esther Benbassa : Être juif après Gaza N°654 3e année

A l’automne 2009 l’historienne Esther Benbassa, spécialiste d’histoire des Juifs et d’histoire comparée des minorités à l’EPHE, a publié un très court ouvrage intitulé, Être juif après Gaza. Peu de critiques se sont attardées sur les 74 pages de l’opuscule divisé en 5 chapitres panoramiques, charpentés de manière à ne laisser aucune place au superficiel : l’auteure va au cœur de chaque thème. Elle esquisse des possibles chemins en dépit de l’enchevêtrement des passions, des fanatismes engouffrés dans le Proche-Orient.
« Être Juif après Gaza » est un défi et une espérance.
Ci-dessous deux extraits du dernier chapitre :

« C’est parce je suis une Juive sans Dieu qu’Israël fait partie de la religion que je n’ai pas, mais c’est aussi parce que j’y ai grandi que je tiens à son existence et ne puis donc qu’être critique. On ne peut porter en soi ce pays, ni prolonger le compagnonnage que l’on a avec lui, si on le méprise..
[….]
Je ne veux pas être juive et rejeter Israël. Je ne veux pas non plus être juive et approuver cette guerre immorale que mène Israël. Ni sans Israël, ni avec Israël tel qu’il est aujourd’hui. Ni bien sûr, avec des institutions et des rabbins qui ont perdu tout sens éthique et continuent à clamer leur appui indéfectible à Israël lorsque celui-ci lance son offensive contre Gaza, prolongement d’une guerre coloniale, non d’une guerre de défense. Les Juifs, qui ont connu les tribulations d’une Europe nationaliste au XIXe siècle, celles de l’antisémitisme, des pogromes, puis du génocide, avaient droit à un Etat. Mais pas n’importe quel Etat. L’issue de la guerre des Six-Jours a mis définitivement fin à l’idée d’un Etat qui se battait pour exister. C’était une guerre de conquête, la deuxième guerre de conquête, en fait, qui n’avait elle, aucune justification. Et si les Juifs ont eu droit à un Etat, les Palestiniens n’y ont pas moins droit, quelles qu’aient pu être leurs erreurs de jeunesse. L’avènement de cet Etat-ci, et qui serait autre chose qu’un bantoustan ou un Etat-croupion, est le juste prix à payer pour que la complicité entre les Juifs et Israël, entre eux et le monde, ait quelque chance de perdurer. Sinon tôt ou tard, les Juifs prendront congé d’Israël, ainsi que les puissances internationales. Si beaucoup ne sont juifs que par l’identification à Israël, alors celui-ci se doit d’être éthique, pour qu’être juif ait encore un sens. Sinon, à quoi bon l’être ? L’être pour porter le poids de la honte de ce que fait Israël aux Palestiniens, de sa violence, de sa démesure. »¹




Jean Vinatier

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Site de l’auteure :

http://www.estherbenbassa.net/

Source :

1-Esther Benbassa : Être juif après Gaza, CNRS Editions, Paris, 2009 (4€), pp.61, 69-70


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lundi 15 mars 2010

Inde/Russie : une relation à 100 milliards de dollars ? –N°653 3e année

Les relations russo-indiennes datent de l’indépendance de 1947 et bien qu’elles connurent des hauts et des bas dans les années 90, la visite du Premier ministre, Vladimir Poutine, les 11-12 mars à New Delhi soulignent une coopération plus intime.
La Russie et l’Inde ont signé toute une série d’accords stratégiques pour un montant astronomique: 2 ou 3 centrales nucléaires, 16 nouveaux réacteurs nucléaires, construction d’usines de production de combustible nucléaire, accord de co-prospection de gisements d’uranium à travers le monde ; sur le plan militaire, le groupe Soukhoï est bien placé pour le co-développement du chasseur de la 5e génération (T-50) et le Premier ministre Indien, Manmohan Singh ajouterait bien 29 chasseurs MIG-29 K aux 19 déjà acquis.
L’Inde dirait-elle adieu aux Etats-Unis ?L’enjeu n’est pas seulement là ! Pour l’heure, elle dit bonjour à l’Asie. N’est-ce pas le continent moteur du monde ?
Dans un article de 2001 le professeur Gilles Troude de l’université Paul Valéry (Montpellier III), brossait avec finesse les perspectives qui se dessinaient pour l’Asie :
« Plus largement, face au monde unipolaire dominé par la puissance écrasante des Etats-Unis, qui ne connaissent plus aucun rival non seulement sur le plan économique, mais aussi dans les domaines militaire et politique, ne s'oriente-t-on pas lentement vers un triangle stratégique Inde-Chine-Russie, seul capable de rivaliser avec la superpuissance qui se veut maîtresse du monde ?
C'est ce que redoutent des spécialistes américains en affaires internationales, qui ont perçu les signes d'une coopération accrue entre la Russie, la Chine et l'Inde, et d'un sentiment croissant dans ces trois pays, spécialement après la campagne de bombardements de l'OTAN en Yougoslavie au printemps 1999, que la puissance américaine devait d'une manière ou d'une autre être tenue en échec. Bien que ces trois pays soient encore très loin de fusionner en un Axe eurasien anti-OTAN, ces analystes se disent inquiets du fait de l'apparition d'une menace potentiellement très grave : une alliance qui regrouperait environ 2 milliards et demi d'êtres humains, une puissance militaire formidable et un stock impressionnant d'armes nucléaires - puisque l'Inde est maintenant officiellement une puissance nucléaire - le ciment de cette coalition étant de contrer la domination globale de l'Amérique.Ce serait un désastre pour les Etats-Unis. »¹

Désastre ou pas ? Toujours est-il que le gouvernement indien a été déçu par les faibles réponses au sujet du Pakistan, pays qui est partie intégrante de l’espace indien. Sans doute Washington, la tête dans le guidon à propos de sa guerre AfPak contre « la terreur », ne mesure pas exactement le sens des profondes transformations en cours sur le sol asiatique. Ainsi ne voit-on pas les Etats-Unis privilégier des liens avec l’Afghanistan et le Pakistan, deux Etats récents, le premier corrompu, le second une création anglaise plutôt que de travailler à garder l’Inde dans son orbite et de faciliter par exemple, les transferts technologiques pour le nucléaire, ce que répugne jusqu’à maintenant, à satisfaire le Président Obama.
De son côté,
la Russie qui ne cesse pas de penser à l’avenir de la Sibérie, s’attache à consolider, à développer, par des partenariats énergétiques des relations avec les voisins asiatiques les plus prometteurs dont la Turquie, la Chine, l’Inde, l’Iran. Moscou n’a-t-il pas réussi à décourager les compagnies occidentales qui voulaient investir dans l’exploitation des gisements très prometteurs situés dans l’extrême orient russe ?
New Delhi et Moscou proclament, pourtant, hauts et forts qu’ils ne remettent pas en cause l’hégémonie américaine. Pourquoi ? La naïveté n’ayant pas cours dans le raisonnement des Etats, la Russie et l’Inde estiment que pour contrebalancer la Chine, les Etats-Unis sont nécessaires. Aussi, estiment-elles importants de juguler le fondamentalisme musulman : attitude qui plaît sur les rives du Potomac. De même, Medvedev veut-il signer les accords stratégiques START-II avec Obama afin que son pays soit regardé comme pacifique et bienfaisant.
Si l’on pousse l’observation plus loin, les grandes puissances asiatiques ne cherchent-elles pas le « Oui » américain le temps pour elles de construire les partenariats les plus adéquats, de trouver entre elles la bonne configuration avec qui sait, à terme, la réunification de la Corée, le règlement du Cachemire….etc ? D’ailleurs, Washington a-t-il le choix ? Si la diplomatie américaine entend toujours déstabiliser l’Asie, ne favorisera-t-elle pas sans le vouloir les rapprochements inter-asiatiques?
Il ne s’agit plus de savoir si l’Inde et la Russie sont des alliers naturels ou bien s’ils le seraient moins², mais de mesurer de quelle manière ces deux nations s’envisagent l’une par rapport à l’autre et vis-à-vis de leur environnement immédiat.
Cette longue série d’accords et de projets de partenariats russo-indiens peu commentés en Europe se justifie amplement. Il est fâcheux que la plupart des gouvernements de l’Union européenne répugnent à toute clairvoyance géopolitique, s’en remettant –mais jusqu’à quand – aux stratèges otaniens et à ceux du Pentagone. Il est vrai qu’à Bruxelles, le rêve sublime serait que
l’Inde et la Russie adhèrent à l’OTAN………..³


Jean Vinatier

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Sources :

1-Gilles Troude : « Les relations récentes entre la Russie et l’Inde » (article de 2001)
http://www.strategicsinternational.com/f3russinde.htm

2-
http://www.rfi.fr/contenu/20100312-inde-russie-signent-importants-accords-armement-energie
Colette Thomas : « Des alliés moins naturels » (article de 2007) :
http://www.rfi.fr/actufr/articles/085/article_49167.asp

http://www.atimes.com/atimes/South_Asia/LC16Df01.html
http://www.atimes.com/atimes/South_Asia/LC12Df03.html

In Seriatim :

http://www.seriatimonline.com/2009/10/siberie-sino-russe-et-asiatiquen551-3e.html


3-
http://www.seriatimonline.com/2007/10/demain-linde-dans-lotan.html

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dimanche 14 mars 2010

Edito : Soirée électorale- N°652- 3e année

Les Français en refusant de se déplacer en nombre pour renouveler les conseillers régionaux, sèment-ils réellement l’effroi parmi les femmes et hommes politiques présents sur les plateaux de télévision ? Pourquoi cette peur alors que ce scrutin n’a jamais passionné les foules ? Craindrait-on une répétition pour les élections présidentielles de 2012 ?
Pourtant, l’UMP et le PS comme d’habitude se départageront la majorité les sièges, Europe-Ecologie supplante le Modem dans le rôle de trouble-fête sans faire un bond en avant, Parti de gauche réalise un score honorable et le FN retrouve une audience. Il n’est pas du tout certain que le taux d’abstention retienne autant qu’on ne le dit les calculs de la classe politique et en particulier à l’UMP et au PS. Pour ces derniers, le seul fait que le bipartisme leur assure, une domination dans les assemblées, suffit à leur tranquillité quel que soit le degré de colère sourde des Français.
Le taux d’abstention indique, cependant, que l’implication du Président de la République, du Premier ministre et de 20 ministres, a abouti à un résultat calamiteux pour la majorité. L’Elysée transmet de mauvais messages en feignant que l’élection régionale ne puisse être nationale, de signifier aux Français toutes les réformes qui seront enclenchées jusqu’à l’automne 2011 et que quoi qu’il advienne la machine gouvernementale continuera sa course folle.
Malgré le brouhaha et les surenchères d’épithètes, rien ne change. La subite attention apportée aux abstentionnistes n’est qu’un prétexte pour jeter des pierres dans le jardin de l’opposant, alimenter des discordes. Les médias s’emballent comme d’habitude, tant leur intérêt est au maintient de ce système politique. Les citoyens qui n’ont pas voulu voter ou par choix politique ou par lassitude, voient bien qu’ils ont eu raison d’agir comme ils l’ont fait. Une idée commence à faire son chemin : c’est par la rue que passera la refonte du système politique et non par le seul bulletin de vote.


Jean Vinatier

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jeudi 11 mars 2010

Hep garçon, un Français ! Oui, « traditionnel » ou « panaché » ? -N°651-3e année

Gérard Longuet, président du groupe UMP au Sénat, a dit qu’il fallait un « Français traditionnel » pour succéder à Louis Schweitzer à la direction de la HALDE, visant, ainsi, Malek Boutih, né Français mais de père kabyle¹.
Pratiquement jusqu’au dernier jour de la campagne pour les régionales, certains élus de l’UMP n’ont pas cessé de sortir des petites phrases assassines sur leurs adversaires socialistes. Ali Soumaré puis Malek Boutih ont fait les frais de ce défoulement malsain mais peut-être moins spontané qu’on ne le dit.
Francis Delattre, maire de Franconville, Gérard Longuet, ancien d’Occident, représentent deux types d’hommes de droite qui trouvent leurs aises dans l’actuelle UMP débarrassée de toute référence au gaullisme et au chiraquisme, et satisfaite de s’inspirer d’idées venues du parti de Jean-Marie Le Pen. Si, pendant longtemps, les élus UMP ont avalé les couleuvres, désormais, avec la crise sociale explosive et l’impopularité du Président de la République, nombre d’entre eux veulent regrouper les électeurs et exercer de facto une pression sur Nicolas Sarkozy pour qu’il revoit sa politique d’ouverture.
Pour le Chef de l’Etat, l’UMP est un diffuseur de communications, dont les élus seraient les VRP constamment enthousiastes. Or, Nicolas Sarkozy craint d’une part, une remontée trop forte du Front National, doute, d’autre part, que l’UMP réussisse à enlever une ou deux régions aux socialistes et/ou conserve les deux situées à droite !
L’Elysée a beau dire qu’à scrutin régional, conséquence régionale, nul n’est dupe de l’affaiblissement considérable du Président en cas de déroute. Après tout, n’est-ce pas lui qui a lancé le débat sur l’identité nationale ? N’est-ce pas lui qui envisage une réforme administrative, davantage recentralisatrice que décentralisatrice ? Les élections régionales sont inévitablement nationales. Au lieu de rester en retrait, il s’est montré sans cesse, faisant de lui le personnage central de cette élection.
Dans ce climat nauséabond, les démons remontent à la surface. Un Gérard Longuet surprend-il en disant sa préférence pour un « Français traditionnel » ? Hélas, non. Le thème de l’identité nationale a été lancé sur la place publique non pour que les Français s’unissent mais pour qu’ils s’aperçoivent de leurs différences et par conséquent de ce qui les distinguent les uns des autres. Pourtant, la pièce identité avec la mention : nationalité française, balaie toute idée malvenue qu’il existerait des Français traditionnels quand d’autres ne le seraient que de fraîche date !
En ayant la nationalité française, tout citoyen fait corps avec toute l’histoire de la France et de ses valeurs.
Autant l’expression employée par George Frêche sur Laurent Fabius («
il n’a pas une tête catholique ») ne porte pas préjudice, autant celle employée par Gérard Longuet est ignominieuse, parce qu’elle induit l’existence de différents Français.

Le Français n’est ni un blanc, ni un noir, ni un jaune, ni un chrétien, ni un juif, ni un musulman, ni un bouddhiste, ni un athée, le Français est Français !


Jean Vinatier

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Source :

1-
http://www.republique-des-lettres.fr/10638-malek-boutih.php


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mercredi 10 mars 2010

Europe-Etats-Unis : panne d’essence ! –N°650- 3e année

Le Pentagone a tranché : EADS ne fournira pas les avions-ravitailleurs de la flotte aérienne américaine. Il y avait beaucoup d’électricité dans l’air depuis que Boing avait obtenu, le 29 février 2008, du GAO (Government Accountability Office) la dénonciation du contrat. Depuis lors, EADS s’évertuait à remporter la seconde manche.
La nouvelle est tombée comme la foudre sur le sol de l’Union européenne toute entière à espérer que jamais les liens ne se relâchent jamais avec Washington.
En l’espèce ce sont bel et bien les Américains qui larguent les amarres, optant pour la préférence nationale en ce qui concerne leur armée. D’ailleurs, peut-on le leur reprocher ? N’est-il pas naturel qu’un Etat observe avec le plus grand scrupule sa défense ? Mais voilà l’Union européenne ne serait-elle pas digne de confiance ? Serait-elle suspecte ? Qui sait !
La vente par la France
des porte-hélicoptères Mistral à la Russie (pensons aussi aux Rafale proposés aux brésiliens) n’aurait-elle pas courroucé le complexe militaro-industriel américain et nombre de dirigeants du Pentagone qui s’insupportent du double discours sarkozien ?
A longueur de journée, on nous bassine les oreilles avec la grande famille américano-européenne, certains avancent que d’ici à 2015 un Parlement transatlantique verrait le jour afin de consolider l’espace mercantile ?
Les Européens ne se battent-ils pas pour la bannière étoilée en Afghanistan et ne participent-ils pas au « containment » de la Chine ? Les Européens ne sont-ils pas rangés sagement dans les rangs otaniens ? Les gouvernements européens ne savent quoi faire pour contenter Washington.
Seul le Parlement sis à Strasbourg a regimbé devant la communication de données personnelles des citoyens aux autorités américaines.
Les médias évoquent la colère européenne. Pierre Lellouche, pourtant peu suspect d’américanophobie, gonfle ses muscles. La colère est justifiée mais que nous proposeront-ils ? Allons-nous prendre des sanctions commerciales ? Allons-nous revoir nos engagements militaires ? Hélas, tous les cris que nous percevons depuis les pièces des ministères des 27 pays de l’Union ne pèseront pas grand chose et ne précipiteront rien. Pourtant en rompant avec EADS, c’est toute l’Europe qui est atteinte. Or, si nous hurlons, nous n’avons plus les mains libres sauf à oser rompre. C’est beaucoup trop demander à des gouvernements qui pratiquent le dos rond en fronçant le sourcil. Que fera Nicolas Sarkozy : prendra-t-il des décisions ? Cet événement servira-t-il de leçon, en tirerons-nous les conséquences ?
Ce contrat rompu unilatéralement comporte un volet militaire auquel il faut ajouter la recherche, les investissements financiers et bien sûr les contrecoups sociaux. A regarder de prés, cela fait beaucoup.
Le gouvernement de Barack Obama ne change guère de ses prédécesseurs républicains et démocrates : les Etats-Unis pensent à eux et raisonnent seulement en fonction de leurs desseins, convaincus d’être les seuls à être « l’esprit occidental » de la nouvelle Jérusalem.
Songeons également à ce que peuvent penser, notamment, les Chinois, les Etats de la péninsule arabique de cette nouvelle. Sans doute estimeront-ils que l’Union européenne se retrouve désemparée alors que les 27 Etats disposent de tous les atouts pour être leur propre puissance.
Et les peuples européens, quelle serait leur opinion ? Les gouvernements de l’Union s’en passeront volontiers, eux qui ont tellement contourné leurs voix et leurs votes depuis 2005.
En dépit de tout, les salons parisiens et bruxellois ne cesseront pas la danse même sur un volcan ! Des Etats-Unis au bord d’une crise politique majeure, une Union européenne sans phare ni balise, il a bonne mine le contrat du siècle des avions ravitailleurs : l’essence est rompue.


Jean Vinatier

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Edito : Hermines et robes dans la rue pour nous !-N°649- 3e année

Hier, la très forte mobilisation de la magistrature et des avocats contre le projet de réforme pénale présenté par Michèle Alliot-Marie inaugure-t-il d’un nouveau type de manifestation ? Aucune revendication salariale mais un grand cri unanime : son indépendance et la défense de la société française.
La fronde des hermines et des robes détonne par rapport à toutes les autres manifestations qui ont toujours pour point central, l’amélioration des conditions de travail. Là, les magistrats, les avocats se dressent contre un projet gouvernemental qu’ils estiment dangereux pour la société française.
C’est au nom de nos libertés que le corps judiciaire et avocat arpentent la rue. C’est en vertu des principes du droit dans une démocratie qu’ils se mobilisent.
Quel dommage qu’aucun syndicat policier ne se soit joint au cortège : la police n’est-elle pas au service des citoyens ? Les policiers ne devraient-il avoir à cœur de s’insurger contre des fichiers attentatoires aux libertés ? Eh bien non, visiblement la police semble encore incapable de voir autre chose que la garantie de préserver la garde à vue de toute intrusion.
Espérons que la protestation du monde judiciaire faite en notre nom serve d’exemple aux autres corps français.


Jean Vinatier

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samedi 6 mars 2010

Grèce : joie boursière, peuple immolé –N°648- 3e année

Vendredi la grève générale a paralysé la Grèce. L’Allemagne a dit et répété que le gouvernement socialiste de Georges Papandréou ne recevrait pas un cent d’euro pour sortir de la crise budgétaire. Les bourses bondissent aidées par de moins mauvais chiffres du chômage américain.
Les Grecs sont seuls, abandonnés à leur sort sans que les syndicats européens ne daignent exprimer leur solidarité avec eux. L’égoïsme est total, tout le monde reste chez soi :
« Chacun sa merde » pour reprendre l’expression de Mme Merkel. « Vendez des îles » titrent certains médias germaniques : pourquoi pas la Thessalie ? Le ton employé à Berlin est tout simplement odieux.
Un siècle et demi plus tôt, l’Europe entrait en guerre contre l’Empire Ottoman pour défendre les patriotes grecs menés, notamment, par le comte Jean Capo d’Istria. Aujourd’hui, par sa veulerie, son silence, l’Union européenne montre cruellement à tous les peuples qui la composent qu’elle ne s’intéresse nullement à eux. Le peuple est une quantité négligeable tandis que des produits financiers titrisés suscitent l’enthousiasme, aiguisent les appétits les plus immoraux. Les vices du capitalisme actuel sont présentés comme les vertus de référence alors qu’ils nous conduisent tout droit vers le drame.
Les Grecs sont descendus dans la rue, certains d’entre eux ont légèrement agressé le secrétaire général des travailleurs (GSEE), Yannis Panagopoulos pour son engagement jugé a minima. Les bonnes âmes dénonceront l’action de quelques voyous sans s’interroger sur la responsabilité des leaders syndicaux et politiques dans cette crise sans précédent et qui s’étendra à l’ensemble de l’Union européenne.
Depuis deux ans, les Hellènes se battent malgré l’indifférence et le haussement d’épaules. Ils ont raison et ils devraient être soutenus. Ils sont nos « Cassandre ».
Les gouvernements de l’Union européenne en laissant les Grecs sous la coupe des créanciers avouent également que la démocratie les indiffère.
Les événements de ces dernières semaines mettent à nu tout ce que des années de propagande en faveur d’une Europe ont martelé.
L’Europe du traité de Lisbonne est une Europe contre les peuples et les patries. L’Europe du traité de Lisbonne est l’Europe des agioteurs. Il est ignominieux que l’on applaudisse des financiers faisant fortune en spéculant contre des monnaies. Spéculer contre une monnaie c’est spéculer contre l’avenir d’une nation.


Jean Vinatier

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jeudi 4 mars 2010

Roland Hureaux : Pourquoi la Grèce sortira de l’euro¹-N°647- 3e année

Seriatim reproduit l’excellent article publié le 3 mars dans Marianne par Roland Hureaux au sujet des conséquences nombreuses de la crise grecque.
Roland Hureaux est un haut fonctionnaire et ancien 1er adjoint du maire de Cahors, Michel Roumégoux.

« Il ne fait aucun doute que la Grèce sortira de l’euro à brève échéance. Les solutions qui pourraient permettre de l’y maintenir sont toutes exclues.
La première serait que l’Europe garantisse la dette d’Etat grecque qui ainsi deviendrait une dette de toute l’Europe. Le règlement de l’euro ne le permet pas et cela pour des raisons évidentes : le précédent serait inacceptable. La Grèce n’a pas demandé à l’Europe la permission de faire des déficits, bien au contraire, elle en a fait une partie dans son dos.
Si chaque pays pouvait ainsi tirer des chèques sur l’ensemble européen, on irait vite au laxisme généralisé. Et d’ailleurs même si cette pris en charge était possible, l’opinion allemande ne la permettrait pas sachant qu’à la fin, c’est l‘Allemagne qui devrait payer.

Les limites de la solidarité européenne

L’autre solution serait d’accroître les transferts financiers nets de l’Europe (celle de Bruxelles, pas de celle Francfort) en direction de la Grèce. Si l’aide budgétaire proprement dite n’est pas non plus permise, il serait en théorie possible d’accroître le montant des aides régionales que, à l’instar de tous les pays en retard, perçoit la Grèce.
De cela non plus il n’est pas question. Pour les mêmes raisons : le précédent serait là aussi dangereux et les réticences allemandes insurmontables. On sait d’ailleurs que si aujourd’hui il faut mettre 100, ce sera demain 200, puis 3000 et à la fin, les Grecs ne seraient plus que des assistés de l’Union européenne.
On mesure là les limites de la solidarité européenne, corollaire pourtant nécessaire de l’euro selon tous les économistes. Une étude passionnante de Laurent Davezies a montré que les flux de solidarité européenne, via le budget de l’Union ne représentaient qu’environ le dixième des flux nationaux ( par exemple de Ile de France vers le Limousin, à travers les retraites, les administrations etc.). Cela ne suffit pas pour compenser les effets dévastateurs de l’euro sur les économies les plus faibles.

Un plan de déflation ?

La troisième solution est d’imposer au peuple grec un plan de déflation drastique analogue à celui que le gouvernement Laval tenta d’imposer aux Français en 1934 ; réduction du nombre des fonctionnaires et de leurs salaires, réduction des retraites, coupes sombres sur les dépenses publiques. Soit le contraire de ce qu’a promis le nouveau gouvernement conduit par le socialiste Papandréou, fraichement élu.
Au vu de l’état d’esprit de l’opinion grecque, en particulier du succès des dernières grèves et de ce qu’on sait du tempérament rebelle des Grecs (sans que cela ait de notre part rien de péjoratif), il y a peu de chances qu’un tel plan aboutisse .Personne n’aime les plans de rigueur, à plus forte raison s’ils sont imposés de l’extérieur. Et même si ce plan réussissait, 5 ou 10 % de déflation ne suffiraient pas ; c’est 30 % au moins qu’il faut pour rétablir la compétitivité de l’économie grecque.
Il est bien évident que ces 30% de rééquilibrage ne pourront être obtenus que par une dévaluation et donc par la sortie de l’euro. C’est ce qui est sans doute nécessaire pour rétablir sinon l’équilibre du budget, du moins celui des comptes extérieurs. Pendant quelque temps après cette dévaluation, la Grèce deviendra la destination touristique la moins chère du monde. L’afflux des touristes devrait alors relancer l’ économie du pays.
Le cas grec n’illustre pas seulement l’absence de solidarité économique et financière au sein de la zone euro mais aussi l’absence de solidarité militaire, Les commentateurs n’ont pas manqué de souligner qu’une des causes du déficit grec était le montant anormalement élevé - pour l’Europe - de ses dépenses militaires ( 4,5 % du PIB) .

Le problème turc

La raison est que la Grèce fait face à un ennemi traditionnel , la Turquie, dix fois plus peuplé et avec lequel les relations demeurent tendues. Si la défense européenne n’était pas un vain mot, la Grèce n’aurait pas à s’en faire : elle saurait qu’en cas de problèmes avec la Turquie , elle pourrait compter sur la solidarité de tout le bloc des 26. Or c’est me contraire qu’elle doit envisager. Toute la machine européenne vit aujourd’hui dans une turcomania qui explique la poussée vers l’adhésion d’Ankara.
On retrouve là un peu le scénario yougoslave : l’Europe occidentale préfère les musulmans aux orthodoxes, couve d’un oeil doux les Turcs, dont on s’obstine à ne pas voir les retards en matière de droits de l’homme et, depuis le début, méprise les Grecs , alors même que ces derniers sont dans l’Europe et les autres non.
Quelles explications pour cette étrange attitude ? L’oubli de l’histoire et du rôle majeur joué par les Grecs à l’orée de l’Europe, la véritable, pas celle des bureaucrates ? La haine de soi qu’au gré de certains entretiendrait l’Europe ? Ou tout simplement l’influence diffuse de l’Amérique sur les esprits , une Amérique qui soutient la Turquie et s’est toujours méfiée des Grecs, trop proches des Russes ? On ne sait.

Le talon d'Achille de l'Europe

Qu’adviendra-t-il quand la Grèce sortira de l’euro ? Sur le plan économique, rien. Si les marchés étaient rationnels, l’euro devrait être renforcé comme une cordée l’est quand elle a largué ses poids morts. S’ils ne le sont pas et que l’euro baisse, ce serait tant mieux pour toute l’économie européenne.
Mais sur le plan financier, il y a peu de doute que la spéculation s’attaquerait alors à des pays plus importants que la Grèce et presque autant en difficultés, comme l’Espagne ou l’Italie. Leur situation serait la même que celle de la Grèce aujourd’hui : faute qu’une solidarité véritable soit possible et dans l’impossibilité de faire les réformes douloureuses que même les Français ne font pas, la sortie de l’euro serait inévitable.
A la fin, l’euro redeviendrait ce qu’il n'a jamais cessé d’être, le mark, c'est-à-dire une monnaie adaptée au tempérament du peuple allemand mais pas à celui du peuple grec, ni même à celui du peuple français ou du peuple italien.
Si les conséquences économiques d’un tel scénario sont parfaitement gérables, il aurait, sur le plan politique, l’effet d’un cataclysme : l’euro est le second étage de la construction européenne ; le marché unique es le premier. Se retrouvant à nu, ce dernier serait aussi fragilisé. Si Francfort chute, combien de temps tiendra encore Bruxelles ? Il est trop tôt pour le dire.
Il est une vieille expression grecque qui nous est familière : celle du talon d’Achille. La Grèce est bien le talon d’Achille de l’Europe. Il ne s’agit que d’une petite partie du corps mais c’est la survie de tout le corps qui est en jeu.

Roland Hureaux »

Jean Vinatier

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Sources :

1-
http://www.marianne2.fr/Pourquoi-la-Grece-sortira-de-l-Euro_a189634.html

http://roland.hureaux.over-blog.com/

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mercredi 3 mars 2010

Paul Jorion : Le feu en la demeure -N°646- 3e année

Seriatim reproduit l’article presslib’ de l’économiste Paul Jorion au sujet de l’euro :

Messieurs, Dames, des instances européennes, je m’adresse à vous : il y a feu en la demeure !
Vous ne sauverez pas la Grèce en lui enjoignant de baisser le salaire de ses fonctionnaires. Vous ne sauverez pas la Grèce en l’encourageant à combattre la fraude fiscale. Vous ne la sauverez pas non plus en créant une… cagnotte (on tombe ici dans le dérisoire !). Il est beaucoup trop tard pour tout cela. Et de toute manière, le problème n’est pas là.
Le 3 février, je participais à l’émission « Le Débat / The Debate » sur France 24. Si vous parlez l’anglais, écoutez je vous en prie ce que je dis quand la discussion s’enlise sur le sujet de savoir si les statistiques économiques de la Grèce ont été bidouillées oui ou non, et si vous ne parlez pas l’anglais, lisez s’il vous plaît la façon dont je résume mon intervention :
Je dis qu’il y a à nouveau un petit jeu sur les Credit-Default Swaps (CDS). Cette fois, ce n’est plus 1) Bear Stearns, 2) Lehman Brothers, 3) Merrill Lynch, c’est 1) Grèce, 2) Portugal, 3) Espagne. Ce que font en ce moment les marchés financiers n’est pas sans rappeler l’opération de George Soros qui coula la livre britannique en 1992 (quand on pense que le renouveau de la « science » économique est entre ses mains !)
Votre cagnotte pour la Grèce, si péniblement rassemblée, sera emportée par la bourrasque en quelques heures, et il vous en faudra immédiatement quatre autres : une autre pour le Portugal, une pour l’Irlande, une pour Chypre et une beaucoup plus grosse que les quatre autres mises ensemble, pour l’Espagne.
Vous aurez alors quelques jours pour reprendre votre souffle parce que la victime suivante ne fait pas partie de la zone euro puisqu’il s’agira du Royaume-Uni.
Il n’est pas question de salaires trop élevés : il s’agit de dominos, et de la même manière que le nom de Lehman Brothers était écrit dans le ciel le jour où Bear Stearns est tombée, le nom du Portugal s’inscrira au firmament le jour où la Grèce fera défaut sur sa dette.
Alors que faire ? Tourner les projecteurs vers la cause. Vers la combinaison mortifère des notations de la dette publique des États par les agences de notation et les positions nues des Credit–Default Swaps, ces paris faits par des gens qui ne courent aucun risque mais qui créent du risque systémique à la pelle, dans un seul but : d’énormes gains personnels.
Il est temps, Messieurs, Dames, d’envisager l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix.
Ne m’objectez pas que c’est compliqué : ce ne l’est pas, c’est déjà écrit en filigrane dans la norme comptable américaine FASB 133.
Ne me dites pas que cela va « affecter la liquidité » : à ce reproche, j’ai l’habitude de répondre que les parieurs ne créent de la liquidité que pour d’autres parieurs et que cela n’a donc aucune importance, mais aujourd’hui, j’ajouterai autre chose : « À ce stade-ci de désintégration probable de la zone euro : la liquidité, on s’en fiche ! »

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

Paul Jorion »


Jean Vinatier

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Source :

http://www.pauljorion.com/blog/?p=8523



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mardi 2 mars 2010

France-Russie : Si Paris osait…. –N°645- 3e année

Du déplacement express de Nicolas Sarkozy en octobre 2007 en Russie à la réception donnée au Président Medvedev à Paris en mars 2010, on peut bien écrire que les relations entre les deux pays ont parcouru un chemin assez étonnant. Pouvons-nous parler d’un front franco-russe ? En tout cas, à parcourir ce 1er mars, quelques titres de la presse française, c’est un sentiment dubitatif qui domine :
« France-Russie : Nicolas Sarkozy veut jouer la carte Medvedev » Daniel Vernet dans Slate,
« Medvedev peaufine son image à Paris » dans La Tribune.« Le mystère Medvedev » dans Le JDD.
En dehors d’un accord sur le gaz et de la finalisation de l’achat de quatre bâtiments français de projection et de commandement (BPC) ou porte-hélicoptères, Mistral, et de l’inauguration d’une exposition phare pour démarrer l’année franco-russe, ne devrait-on pas être en harmonie avec les hésitations journalistiques ? En 2009, les échanges franco-russes n’ont-ils pas chuté de 23 %, à 17,1 milliards de dollars ?
En vérité, que voyons-nous ? Moscou réussit avec succès à réintégrer l’Ukraine dans son espace en attendant de faire de même avec la Biélorussie ce qui replacerait la Russie réellement sur le continent européen. Le gouvernement russe est au centre de tous les grands maillages énergétiques d’Asie Centrale et évaluent des perspectives géo-économiques avec la Chine pour la mise en valeur de la Sibérie.
Paris ne se résout pas à avoir une relation diplomatique claire et franche avec Moscou : étant dans l’OTAN et clairement dans le camp américain, nous ne possédons plus une grande liberté de manœuvre. Certes, a-t-on réussi à vendre quatre porte-hélicoptères qui ne sont, cependant, qu’un bon coup à l’instar de ce que nous espérons concrétiser avec les Emirats Arabes Unis et le Brésil.
Cependant, la Russie a besoin de l’Union européenne et plus précisément de l’Allemagne et de la France, les deux seules puissances aux yeux du Kremlin qui ont pour la première un poids économique et pour la seconde, une importance politique. Pourquoi ? Face à la Chine et aux Etats-Unis, pays dont le climat politique intérieur ne cesse pas de se dégrader, la Russie a besoin d’appuis qui l’aideraient à avancer, à se consolider. Or, nouer des partenariats économiques, géopolitiques avec Moscou impliqueraient pour Angela Merkel et Nicolas Sarkozy non seulement d’être unis et d’avoir dans les cartons une vision géostratégique qui, naturellement, ne satisferait pas Washington. Après tout conclure avec la Russie ne serait-ce pas s’entendre avec l’Asie ? Ne serait-ce pas débuter un revirement diplomatique, laisser le champ libre à des orientations ?
Paris cale autant que Berlin devant le Rubicon. Nicolas Sarkozy serait, sans doute, par tempérament, prêt à aller de l’avant mais, il ne peut écarter d’un revers de la main les appuis financiers qui lui ont permis de devenir Président de la République et, gageons que son entourage le lui rappelle : « Qui t’a fait roi »….
Berlin se regarde constamment en force industrielle incontournable de l’Europe centrale et estime, également, ses accords énergétiques avec le Kremlin, comme allant de soi tout en ne voulant pas d’union politique.
Depuis Moscou, Medvedev et Poutine qui forment deux pièces d’un même puzzle inclinent à ruser avec l’Union européenne, faute de mieux. Ainsi, laissent-ils courir le bruit d’une possible adhésion à l’OTAN ! La ficelle est un peu grosse mais elle a trois buts : le premier de montrer aux opinions publiques leur bonne volonté commune ; le second, de diviser les membres de l’OTAN ; le troisième de peser sur le Président Obama pendant les houleuses négociations concernant Start-2.
Alors que dire ? Eh bien! Pour la Russie, c’est la France qui est l’élément politique capital. Pourquoi ? Toute perspective ou même esquisse d’axe franco-russe suffit à paniquer les anglo-saxons (Anglais et Américains) qui ne redoutent rien d’autre qu’une unité continentale. Londres se souvient, encore, que Vergennes, avait réussi l’exploit d’empêcher le Royaume-Uni de trouver un quelconque allié européen (Ligue des Neutres ou entente franco-russe) pendant la guerre contre les Insurgents. Deux siècles plus tard, cette éventualité donne encore des sueurs froides à la City ! C’est pour cette raison que l’achat du Mistral par la Russie suscite autant de colère parmi les financiers anglo-saxons.
La France se trouve à un carrefour. La logique de notre histoire nous conduit à faire notre politique indépendamment de quiconque, nous sommes, aujourd’hui, freinés par les conséquences d’alliance militaire et donc politique avec les Etats-Unis. Si Nicolas Sarkozy escompte pouvoir devenir un interlocuteur obligé entre Washington et Moscou, il connaîtra la déception : la Maison Blanche opposera un refus catégorique limitant, ainsi, malheureusement nos possibilités.
Nous distinguons bien que la Russie, la France et, derrière l’Allemagne, ont tout à gagner à s’allier mais, qu’en refusant de rompre avec des vues qui ne servent que les intérêts d’une tierce puissance et de puissants acteurs financiers, nous nous trouvons dans cette impasse qui donne un aspect étrange à la visite du Président Medvedev.


Jean Vinatier

Copyright©SERIATIM 2010

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In Seriatim : 2007-2010

http://www.seriatimonline.com/search/label/Russie

http://www.seriatimonline.com/2010/02/france-russie-mistral-et-pope-n629-3e.html
http://www.seriatimonline.com/2009/11/mistral-sur-les-relations-franco-russes.html
http://www.seriatimonline.com/2008/12/alexis-ii-et-vladimir-poutine-le-duo.html
http://www.seriatimonline.com/2008/09/uerussie-ne-pas-perdre-la-main-ne-pas.html
http://www.seriatimonline.com/2008/07/medvedev-parle-aux-paneuropens.html
http://www.seriatimonline.com/2008/05/medvedevpoutine-une-dyarchie-russe.html
http://www.seriatimonline.com/2007/10/nicolas-chez-vladimir-impair-et-manque.html


Sources :

http://www.slate.fr/story/17953/france-russie-nicolas-sarkozy-veut-jouer-la-carte-medvedev
http://www.lejdd.fr/International/Europe/Actualite/Le-mystere-Medvedev-175802/


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lundi 1 mars 2010

Gaspard Proust: Ne résistez pas, réservez vos places! -N°644 3e année

Pierre Desproges a eu un fils suisse, c’est Gaspard et Proust (Marcel), qui sait, aurait aimé rire en sa compagnie….
Allez le voir au Studio des Champs-Élysées entre le 6 février et le 4 avril vous ne le regretterez pas.
Quelques petites citations:

"On est assez content que vous ayez élu Nicolas, parce que pour une fois, vous avez un président qui ressemble à l'image qu'on se fait du Français : un beauf à gourmette au bras d'une pute à frange. »
« Rien que le bruit de l'amour, ça m'effraie : ce clapot sinistre, qui évoque au mieux l'assassinat d'une sole à coups de tong. »
« C'est l'histoire d'un cancer qui dit à la sclérose en plaques : "j'aime beaucoup ce que vous faites !"

http://www.gaspardproust.fr/

http://www.youtube.com/watch?v=KDs61bfmcrw

http://www.youtube.com/watch?v=FQRapaDtsyQ&NR=1

In Seriatim:

http://www.seriatimonline.com/search/label/Proust



Jean Vinatier

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