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mardi 2 mars 2010

France-Russie : Si Paris osait…. –N°645- 3e année

Du déplacement express de Nicolas Sarkozy en octobre 2007 en Russie à la réception donnée au Président Medvedev à Paris en mars 2010, on peut bien écrire que les relations entre les deux pays ont parcouru un chemin assez étonnant. Pouvons-nous parler d’un front franco-russe ? En tout cas, à parcourir ce 1er mars, quelques titres de la presse française, c’est un sentiment dubitatif qui domine :
« France-Russie : Nicolas Sarkozy veut jouer la carte Medvedev » Daniel Vernet dans Slate,
« Medvedev peaufine son image à Paris » dans La Tribune.« Le mystère Medvedev » dans Le JDD.
En dehors d’un accord sur le gaz et de la finalisation de l’achat de quatre bâtiments français de projection et de commandement (BPC) ou porte-hélicoptères, Mistral, et de l’inauguration d’une exposition phare pour démarrer l’année franco-russe, ne devrait-on pas être en harmonie avec les hésitations journalistiques ? En 2009, les échanges franco-russes n’ont-ils pas chuté de 23 %, à 17,1 milliards de dollars ?
En vérité, que voyons-nous ? Moscou réussit avec succès à réintégrer l’Ukraine dans son espace en attendant de faire de même avec la Biélorussie ce qui replacerait la Russie réellement sur le continent européen. Le gouvernement russe est au centre de tous les grands maillages énergétiques d’Asie Centrale et évaluent des perspectives géo-économiques avec la Chine pour la mise en valeur de la Sibérie.
Paris ne se résout pas à avoir une relation diplomatique claire et franche avec Moscou : étant dans l’OTAN et clairement dans le camp américain, nous ne possédons plus une grande liberté de manœuvre. Certes, a-t-on réussi à vendre quatre porte-hélicoptères qui ne sont, cependant, qu’un bon coup à l’instar de ce que nous espérons concrétiser avec les Emirats Arabes Unis et le Brésil.
Cependant, la Russie a besoin de l’Union européenne et plus précisément de l’Allemagne et de la France, les deux seules puissances aux yeux du Kremlin qui ont pour la première un poids économique et pour la seconde, une importance politique. Pourquoi ? Face à la Chine et aux Etats-Unis, pays dont le climat politique intérieur ne cesse pas de se dégrader, la Russie a besoin d’appuis qui l’aideraient à avancer, à se consolider. Or, nouer des partenariats économiques, géopolitiques avec Moscou impliqueraient pour Angela Merkel et Nicolas Sarkozy non seulement d’être unis et d’avoir dans les cartons une vision géostratégique qui, naturellement, ne satisferait pas Washington. Après tout conclure avec la Russie ne serait-ce pas s’entendre avec l’Asie ? Ne serait-ce pas débuter un revirement diplomatique, laisser le champ libre à des orientations ?
Paris cale autant que Berlin devant le Rubicon. Nicolas Sarkozy serait, sans doute, par tempérament, prêt à aller de l’avant mais, il ne peut écarter d’un revers de la main les appuis financiers qui lui ont permis de devenir Président de la République et, gageons que son entourage le lui rappelle : « Qui t’a fait roi »….
Berlin se regarde constamment en force industrielle incontournable de l’Europe centrale et estime, également, ses accords énergétiques avec le Kremlin, comme allant de soi tout en ne voulant pas d’union politique.
Depuis Moscou, Medvedev et Poutine qui forment deux pièces d’un même puzzle inclinent à ruser avec l’Union européenne, faute de mieux. Ainsi, laissent-ils courir le bruit d’une possible adhésion à l’OTAN ! La ficelle est un peu grosse mais elle a trois buts : le premier de montrer aux opinions publiques leur bonne volonté commune ; le second, de diviser les membres de l’OTAN ; le troisième de peser sur le Président Obama pendant les houleuses négociations concernant Start-2.
Alors que dire ? Eh bien! Pour la Russie, c’est la France qui est l’élément politique capital. Pourquoi ? Toute perspective ou même esquisse d’axe franco-russe suffit à paniquer les anglo-saxons (Anglais et Américains) qui ne redoutent rien d’autre qu’une unité continentale. Londres se souvient, encore, que Vergennes, avait réussi l’exploit d’empêcher le Royaume-Uni de trouver un quelconque allié européen (Ligue des Neutres ou entente franco-russe) pendant la guerre contre les Insurgents. Deux siècles plus tard, cette éventualité donne encore des sueurs froides à la City ! C’est pour cette raison que l’achat du Mistral par la Russie suscite autant de colère parmi les financiers anglo-saxons.
La France se trouve à un carrefour. La logique de notre histoire nous conduit à faire notre politique indépendamment de quiconque, nous sommes, aujourd’hui, freinés par les conséquences d’alliance militaire et donc politique avec les Etats-Unis. Si Nicolas Sarkozy escompte pouvoir devenir un interlocuteur obligé entre Washington et Moscou, il connaîtra la déception : la Maison Blanche opposera un refus catégorique limitant, ainsi, malheureusement nos possibilités.
Nous distinguons bien que la Russie, la France et, derrière l’Allemagne, ont tout à gagner à s’allier mais, qu’en refusant de rompre avec des vues qui ne servent que les intérêts d’une tierce puissance et de puissants acteurs financiers, nous nous trouvons dans cette impasse qui donne un aspect étrange à la visite du Président Medvedev.


Jean Vinatier

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http://www.seriatimonline.com/2008/05/medvedevpoutine-une-dyarchie-russe.html
http://www.seriatimonline.com/2007/10/nicolas-chez-vladimir-impair-et-manque.html


Sources :

http://www.slate.fr/story/17953/france-russie-nicolas-sarkozy-veut-jouer-la-carte-medvedev
http://www.lejdd.fr/International/Europe/Actualite/Le-mystere-Medvedev-175802/


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