Emmanuel Macron promeut une diplomatie « restitutionnelle » dans
l’affaire du retour au Bénin de différents objets que la France coloniale entreposa
dans ses musées. Pour/contre ?
Le précédent ne date pas de 1945 mais de 1815 quand le Congrès de Vienne se
pencha sur le retour des œuvres pillés dans leur cadre d’origine principalement
en Allemagne, en Italie, en Espagne. Louis XVIII chargea Vivant-Denon de négocier
cette question avant qu’il ne démissionne en octobre 1815 se refusant à voir les
longs convois quitter le Louvres. Il est vrai que le même Vivant-Denon ayant été
chargé par Napoléon de la saisie des biens culturels espagnols, il lui était
pénible d’en assurer le retour !
1815 : ordre européen et ordre moral où la légitimité sera au centre
des discussions. L’entrée sur la scène des œuvres d’art comme parties prenantes
du rétablissement de l’ordre politique légitime en Europe était une première,
complétait le retour à l’état d’avant. Les siècles précédents toutes les armées
pillaient, brulaient : le maréchal-duc de Richelieu, lors du pillage du
Hanovre (1757) ne reçut-t-il pas de ses soldats le surnom de Petit père la
maraude…et sans doute, le descendant du cardinal aurait-il fait sienne la
remarque singulière de Bénédicte Savoy :« les œuvres sont des « objets du désir », quand ils ne sont
pas des trophées en temps de guerre, qu’ils peuvent être ôtés de leur lieu de
création en toute légalité ou bien spoliés, sinon volés, en période de conflit. »
En 1945, les vainqueurs mirent
sur pied des commissions pour recenser les pillages nazis et organiser le
retour dans les musées et les familles les biens ainsi pris, une tâche toujours
pas achevée de nos jours. L’on sait que les Grecs réclament encore à l’Angleterre
la restitution des frises du Parthénon, que l’empire Ottoman essaya de
contrôler les fouilles archéologiques, de même que l’Egypte royale.
Lors de la seconde guerre d’Irak,
Jacques Chirac déplora le pillage des musées irakiens, de même que les vols sur
les sites archéologiques dans ce pays puis, quelques années plus tard, en
Afghanistan, en Libye et en Syrie. Il ne semble pas que des moyens bien
considérables se déploient pour assurer le retour de ces pièces antiques.
C’est donc à partir du XIXe siècle
que le bien culturel entre dans le champ diplomatique et de la doctrine juridique
internationaliste où deux courants
s'affrontent depuis, celui des opposants, essentiellement légaliste, et celui
des partisans, davantage moraliste.
La restitution d’œuvres béninoises
historiques par la France s’opère dans le cadre d’une politique de
rapprochement ou relation plus nouvelle, à prédominante morale, certains
écriront de repentance. Le plus délicat est de déterminer comment ses oeuvres
arrivèrent dans nos musées : pillage, trophée, récompense ? Un
travail délicat car les royaumes d’alors n’existent plus et les frontières africaines
modernes étant le fait des puissances coloniales, elles ont souvent séparé des
tribus, des royaumes. Il serait aussi nécessaire de tenir compte, s’ils
existent, des traités signés alors.
Pendant la campagne de 2017,
le candidat Macron évoquait bien la période coloniale comme « crime »,
de même que la présence française en Algérie. On est bien dans cette ligne de
morale repentante où il est tenté de demander à la victime, pardon indépendamment
du fait qu’elle le demande ou pas : ici, nous avons un acte unilatéral
français qui reçoit l’agrément du pays concerné. Tant que les objets culturels
ne sont pas entrés dans les collections nationales qui sont inaliénables, le
gouvernement légitime peut les rendre c’est un acte souverain approuvé par le
parlement. Rien n’empêche que ces mêmes
biens reviennent en France dans le cadre d’exposition temporaire, de prêt ou même
de conservation si le pays dépositaire ne s’estime pas en mesure d’en assurer
la protection. Tout cela peut entrer dans les clauses entre les deux pays.
Pour/contre ? La morale, la légalité, une césure délicate, au cas par
cas. En 1852, lors de la succession du maréchal Soult, un grand pilleur, le gouvernement
espagnol tenta en vain d’obtenir la restitution des œuvres.
La différence entre Louis XVIII et Emmanuel Macron est que dans le premier
cas, c’est un congrès européen qui impose à une puissance vaincue de rendre
quand dans le second cas, il s’agit d’un geste moral…..
Sources :
A écouter: https://www.franceculture.fr/emissions/series/1815-annee-zero-leurope-a-lheure-des-restitutions-doeuvres-dart
Bénédicte Savoy Patrimoine
annexé. Les biens culturels saisis par la France en Allemagne autour de 1800,
aux Éd.de la maison des sciences de l’homme, en 2003
« La restitution des œuvres d’art en 1815 vue par la doctrine
internationaliste du XIXe siècle. La victoire du moralisme sur le légalisme »,
in Les univers du droit. Mélanges en hommage
à Claude Bontems, Paris, L’Harmattan, 2013, p. 345-359.
https://www.lemonde.fr/livres/article/2011/02/23/la-restitution-des-oeuvres-d-art-de-corinne-hershkovitch-et-didier-rykner_1484090_3260.html
https://musees-occitanie.fr/encyclopedie/themes/peinture-sculpture/la-galerie-espagnole-de-louis-philippe-au-louvre-1838-1848/
http://www.univ-montp3.fr/boeglin/cours/memoires/delatouche_espagnols.pdf
Jean Vinatier
Seriatim 2020