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samedi 17 octobre 2020

Le séparatisme décapite…..N°4990 14e année

 

La décollation en pleine rue et devant le lycée où il enseignait du professeur d’histoire, Samuel Paty, par un tchétchène de 18 ans soulève l’indignation de la France.

Cette exécution publique d’un enseignant en charge de l’histoire de la France est très puissante et révélatrice des dommages profonds causés par les mollesses et les circonvolutions des gouvernements. La réaction de la députée MODEM, Michèle de Vaucouleurs, reprochant presque à ce professeur d’avoir eu la mauvaise idée de présenter des caricatures de Mahomet est très significatif et ne surprend pas...Qu’en pense François Bayrou ?

Que je sache, les caricatures contre le Pape, le Christ, le clergé ne manquent pas : quel est l’intégriste qui a flingué ou tué ? A ma connaissance aucun. On ne voit pas pourquoi un français de confession musulmane serait une victime parce qu’il devrait regarder des dessins humoristiques  mettant en scène le Prophète?

Il y a quelques jours, le Président de la République faisait un grand discours contre le séparatisme, notamment, islamique et annonçait un projet de loi qui pêchait pour deux raisons : d’abord le seul fait de consacrer une loi aux séparatismes est avouer qu’ils existent et que l’on en reconnaît sa force face à la nation une et indivisible fragilisée, incertaine, tiraillée ; ensuite en gommant séparatisme du titre du projet de loi, l’exécutif prêtait le flanc à une duplicité.

Tous les fanatiques s’excitent devant la faiblesse des gouvernants et vivent plus encore leur « mission purificatrice ».

La République rendra un hommage national à Samuel Paty et ensuite ? Au-delà du choc, des émotions, des grands discours, quel sera l’acte concret ?

A Conflans-Sainte-Honorine, l’Histoire de France a été décollée


Jean Vinatier

Seriatim 2020



vendredi 16 octobre 2020

D’où vient le temps qui passe par Etienne Klein N°4989 14e année

Conférence du 8 janvier 2014

Étienne Klein, né à Paris le 1er avril 1958, est un physicien et un philosophe des sciences français. Il dirige le Laboratoire de recherche sur les sciences de la matière tout en menant une intense carrière de vulgarisation autour des questions soulevées par la physique contemporaine, notamment par la physique quantique et la physique des particules. 

 

 Jean Vinatier 

Seriatim 2020

 

Couvre-feu : frondes éparses et fontaines monétaires N°4988 14e année

Au lendemain des attentats contre le Bataclan, je me souviens d’une tribune publiée par des jeunes qui évoquaient l’importance de leur café du matin dans un bistrot où ils avaient l’habitude de s’y poser. Le quotidien est un poids au sens de l’habitude ou de la routine dans une société qui a perdu de vue depuis 1945 ce qu’étaient sur son sol une occupation, une guerre, des batailles civiles, des situations politiques insurrectionnelles….

Le COVID entré dans nos allées et venues en janvier 2020 ne serait pas prêt de nous lâcher avant, au moins l’été 2021 selon les dires présidentiels. Ce n’est pas la première fois d’un virus ou un bacille occupe un pays : le dernier en date était la grippe espagnole, celle-ci n’entraînant, au passage, aucune restriction de déplacement, de bouleversement de la vie quotidienne, permettant aux familles de faire le deuil d’un parent cher…etc..

Du « nous sommes en guerre » du 14 mars au couvre-feu du 14 octobre 2020 lequel s’accompagne d’une réactivation d’une loi d’urgence sanitaire stoppée le 10 juillet dernier, ne sommes-nous pas sous une occupation qui ne serait pas le fait d’une armée visible mais d’un virus (qui existe mais dont se sert) mobile, doué pour permuter, s’adaptant aux situations, doté , pourquoi pas d’une IA ou au moins de la 5G ?

Le langage militaire adopté par l’exécutif n’est pas anodin, il indique à la nation ce que pourrait être la prochaine étape : par exemple, la loi martiale. La réunion du virus et du langage militaire contribuent à grandir la peur et la colère.

La France, entre, pour l’heure dans une période plus proche de frondes éparses que d’une révolution qui nécessiterait un corpus idéologique actuellement dans les limbes parce que notre pays ne sait plus si il est une nation ou un agrégat séparatiste.

On parle d’une « gilet-jaunisation » des villes comme Paris. Lors de la dernière manifestation des gilets jaunes dans la capitale, on vit des parisiens applaudir aux coups de matraque : jusqu’alors, pendant des siècles les parisiens balancèrent les meubles sur les forces de police et dressèrent des barricades…..Ce point dit, on ne peut exclure qu’à terme une fédération, des courroux, des frondes éclate mais un gouvernement assuré d’un flot monétaire ininterrompu via la BCE et les marchés aurait tôt fait d’affaiblir. C’est ce qui se passe actuellement. Dès que le gouvernement annonce un tour de vis nouveau, vous apprenez, le lendemain, la liste de toutes les aides ouvertes à davantage de secteurs, de catégories de la population.

La manœuvre est habile : d’un côté, on impose le corset, de l’autre on fournit le liquide. Dans une population très individualisée et vieillissante, dégoûtée des partis traditionnels, des syndicats aplatis, appâtée par des distractions télévisuelles et jeux vidéos, plongée dans des faits divers à foison et des revendications des minorités victimes, ne possédant plus la connaissance basique de son histoire, s’adonnant aux uchronies qui achèvent de tout mélanger, il est aisé pour un gouvernement de la tenir en lisière et de se faufiler pour que passent des réformes sans que les Français puissent manifester dans les rues….

Le pouvoir n’oublie pas 2022 : après avoir réduit à peu les élections municipales, il cherche à déplacer les élections, régionales et départementales en usant du stratagème de la commission indépendante ou des experts. L’on nous dit que les élus concernés ne seront pas dupes de la manœuvre mais combien étaient-ils pour exiger l’annulation des municipales ? Une minorité...Cela n’a l’air de rien mais, après les municipales, le pouvoir espère, pour son profit, malaxer les élections au niveau cantonal et régional. Après la commune, le canton (département),la région. Quand on sait le taux d’abstention monté dernièrement pour une législative partielle à 87 %, un candidat est élu par 10/15 % des suffrages exprimés. En faisant accepter aux citoyens leur abstention et s’assurant de la passivité des élus qui y trouvent leur compte, l’élection présidentielle de mai 2022 serait porteuse d’un tel découragement accentué par le face-à-face programmé Macron/Le Pen, que l’actuel Chef de l’État aurait un second mandat avec les seuls 30 % de suffrages exprimés dont il aurait la bonne moitié : réélu avec moins de 15 %…..

Les clercs autour du Chef de l’État ne touchent pas aux processus électoraux, ils les évident vicieusement, lentement, imperceptiblement assurés de la bienveillance des fontaines suprêmes : les marchés, la BCE apportant le carburant monétaire pour étouffer ou individualiser autant que possible les frondes assuré de l’unité de la police, de la magistrature, de l’armée, de l’aristocratie actuelle qui ne se divisent pas.

Le ravage d’un virus qui existe mais fortement accompagné est patent.

A titre d’exemple, l’unique pays où est intervenu un renversement politique par les généraux en accord avec la population, c’est le Soudan le 11 avril 2019…..


Jean Vinatier

Seriatim 2020

 

jeudi 15 octobre 2020

De la start-up nation au sans contact nation N°4987 14e année

Lors de la première phase COVID qui fit connaître à la France pendant deux mois un confinement général, l’objectif gouvernemental se concentrait sur les générations âgées. A partir de l’été, les salariés ou population active seront dans le viseur. Depuis hier soir, les jeunes concentrent les tirs « protecteurs de l’exécutif ». Dans le deux cas, le message est clair : vous pouvez (vous devez) aller travailler, aller dans les amphis mais vous ne n’aurez plus l’autorisation de la convivialité familiale, de la fête entre potes. Métro/boulot en mode entassé/serré comme des sardines mais dodo seul ou presque. Les covid/clusters définis d’une manière étonnante est logique avec la tactique gouvernementale : piloter un virus que nul ne nie, afin d’étouffer des clameurs multiples…..et/ou bien d’accélérer un programme politique totalitaire ou post-démocratique.

Le monde artistique (théâtre, cinéma, café/théâtre, café/concert, festivals…etc.) passe à la trappe : plutôt à gauche mais qui voterait Macron face à Le Pen en 2022 ? C’est une option cynique mais vue ainsi. L’opéra seul s’en sortirait car il draine une population plutôt aisée : pour ce cas, le gouvernement serait prêt à des largesses financières…. C’est l’autre aspect, peu regardé par le public : le pouvoir prend soin de gêner le moins possible les classes opulentes, de leur assurer leur manne économique en envoyant les masses au turbin.

Cloisonner, séparer les générations, les rangs sociaux, définir des périmètres clusters sont autant de murs sociétaux. Les petits commerces, les TPE, les PME/PMI seront des victimes supplémentaires laissant une place magistrale aux grands groupes, aux compagnies multinationales. Le COVID apparaitra de plus en plus comme un rouleau compresseur, arasant toutes les scories pour laisser la place nette à d’autres acteurs à moins que de nouveaux événements viennent contrebalancer le mouvement en cours.

La peur sert à tenir les peuples en lisière : terrorisme et santé sont un duo épatant pour ce faire, s’attachant, aussi, l’obéissance complète des forces de l’ordre, de la magistrature, de l’armée. Au printemps dernier, le pouvoir actuel a mesuré et même s’est étonné avec quelle efficacité en mobilisant 100000 hommes, il tenait un pays de 70 millions d’âmes. Nul doute que cette expérience-là, l’autorise aujourd’hui, à  tester le couvre-feu ici et là et à réactiver la loi d’urgence sanitaire sur tout le territoire.

Le virus, au nom duquel on généralise le sans-contact serait donc épidémique: via sa pathologie, les effets, sociétaux, démocratiques, institutionnels demain…..

Regardons bien aussi comment les en-têtes officiels changent ainsi, la République française disparait au profit de Préfecture, de Gouvernement…et ainsi de suite. C’est imperceptible et pourtant.

Qui aurait pu croire qu’en 2017, le successeur de François Hollande parviendrait à mettre la France En Marche vers le sans contact général ? De la start-up nation au sans contact nation ?

2022, sans-contact ?

 

Jean Vinatier

Seriatim 2020

 

mercredi 14 octobre 2020

François Ier (autour de) par Didier Le Fur N°4986 14e année

Didier Le Fur que je rencontrais souvent à la BnF, est un historien brillant. Il a reçu le Grand Prix de la Biographie politique en 2017 Storia voce: Une autre histoire de la Renaissance : Jean Vinatier 

Seriatim 2020

 

L’Intendance de Tours à la fin du XVIIe siècle (Touraine, Anjou, Maine) N°4985 14e année

Conférence Ecole Nationale des Chartes:“Brigitte Maillard, professeur émérite d’histoire moderne à l’université François-Rabelais de Tours, autour de son ouvrage publié aux éditions du CTHS, en mars 2019. La généralité de Tours, l’une des plus vastes du royaume, regroupait trois provinces au passé prestigieux : Anjou, Maine et Touraine. Le Mémoire demandé par le duc de Beauvillier, gouverneur de Loches et Beaulieu-lès-Loches en Touraine, a été rédigé en 1697-1698, Thomas Hüe de Miromesnil, grand-père du garde des sceaux de Louis XVI, étant l’intendant. Il a connu un grand succès ; de nombreuses copies sont présentes en France et à l’étranger mais l’original n’a pas pu être retrouvé. Il est bien documenté : Miromesnil a fait appel entre autres à quatre érudits régionaux, qui ont pu être identifiés. L’exposé sur chacune des provinces respecte un même plan, très méthodique, mais les informations ne sont pas d’égale valeur. Le texte, un des plus longs dans la série, est publié ici pour la première fois dans son intégralité. En savoir plus : http://www.chartes.psl.eu/fr/intendan..." » Jean Vinatier 
Seriatim 2020

 

Du couvre-feu à la cocotte-minute N°4984 14e année

Par gradation, la France entre dans une seconde période de confinement. Les mots et les formules changent mais le principe qui les guide ne varie pas depuis le fameux « nous sommes en guerre » du 14 mars sans que le mystère autour du Coronavirus ne cesse pas. Nous côtoyons un virus 5G, très intelligent, intuitif, s’adaptant aux situations, sachant distinguer une rame de métro bondée d’un restaurant à la terrasse pleine : ce virus nous mène aux absurdités et accroit les maladies mentales, contraint nos sentiments. La salle de sport de grand luxe L’Usine, a obtenu de rouvrir à la condition que ses membres fournissent une attestation médicale : verra-t-on des queues chez tous les médecins ?  En quoi une attestation médicale vous épargnerait-il la contamination ? D’ailleurs l’obligation d’une attestation médicale ne nous transforme-t-elle pas en malade ? Coronavirus5G veille….

Le plus grave dans cette histoire est ce subtil et pernicieux cran de sureté que l’on met sur chaque citoyen, une sorte de bracelet électronique que le pouvoir réglerait en fonction d’une situation dont il serait le seul juge. Tous les regards se tournent vers l’Elysée ou l’exécutif. Quel est cet exécutif ? Un Père en peu comme dans Equilibrium. Dans ce film le Père (pouvoir), ôtait, via des médicaments obligatoires (prozium) aux humains les sentiments, les humeurs, les caractères ce qui entrainait, naturellement, la destruction des livres, des œuvres d’art et confiant à des brigades (Recteur Grammaton, ecclésiaste) de terrasser les rebelles (déviants)

Approchons-nous de cet univers-là, de tentative de prise de contrôle des masses, ici, une nation, de lui grignoter sa liberté sans qu’il ne puisse protester, le convainquant de son irréversibilité ? Est-il si innocent que le pouvoir s’accommode d’une violence prédominante jusqu’à a un palier fatidique pour nous assommer ?

Quand le Président de la République, ridiculise ceux qui critiquent la 5G, les qualifiant « d’amish », il oublie soigneusement de dire que sa plaidoirie en faveur de cette technologie avancée prend pour modèle celui de Chine, (Nokia et Eriksson étant en grand retard) le pays de la reconnaissance faciale, du parti unique, du président à vie….Autant de signaux inquiétants qui passent comme une lettre à la poste. Sans y prêter garde, le citoyen deviendrait un déviant….

De l’autre côté de l’Atlantique, se déroule la campagne électorale la plus singulière depuis l’élection en 1789 de Georges Washington où  un virus, certains diront opportun, parasite. Avec cette nouveauté que les réseaux sociaux se substituent aux traditionnels meetings, effaçant même les deux candidats qui pourraient se contenter d'en n’être plus que des hologrammes quand les médias avec vitrine officielle se posent en interface biaisée….perturbant une presse française qui ne sait plus sur quel cheval miser, échaudée par 2016.

L’euro-amérique ou ensemble Atlantique est en crise mentale profonde, qui sait son expansion terminée. L’empire romain atteignant son apogée crut à son éternité et c’est à ce moment-là qu’il ne put aller plus loin (incapacité à projeter les légions), de passer d’une économie de pillage à un autre modèle économique et social (esclave). L’empire romain s’est affaissé sur lui-même bien plus que sous les coups des barbares dont beaucoup devinrent romains avant  s’en repentir. L’ensemble Atlantique n’est plus le monde connu c’est-à-dire le seul monde dans lequel on va et vient. D’autres forces se levent conséquence de cette domination.

Il est très paradoxal de noter que l’Union européenne répudie avec plus de force encore qu’auparavant, la dimension politique au profit d’un espace mercantilo-financier totalitaire colorié en vert électrique quand les anglo-américains essaient de trouver une parade pour recommencer une aventure qui, forcément, ne nous sera pas favorable.

Plus un pouvoir perd la main, plus il croit au pire. Ainsi, en nous posant un couvercle ou couvre-feu, alimente-t-il une cocotte-minute….

 

 

 

Jean Vinatier

Seriatim 2020

 

vendredi 9 octobre 2020

Louis XVIII avant Macron: acte "restitutionnel" N°4982 14e année

 Emmanuel Macron promeut une diplomatie « restitutionnelle » dans l’affaire du retour au Bénin de différents objets que la France coloniale entreposa dans ses musées. Pour/contre ?

Le précédent ne date pas de 1945 mais de 1815 quand le Congrès de Vienne se pencha sur le retour des œuvres pillés dans leur cadre d’origine principalement en Allemagne, en Italie, en Espagne. Louis XVIII chargea Vivant-Denon de négocier cette question avant qu’il ne démissionne en octobre 1815 se refusant à voir les longs convois quitter le Louvres. Il est vrai que le même Vivant-Denon ayant été chargé par Napoléon de la saisie des biens culturels espagnols, il lui était pénible d’en assurer le retour !

1815 : ordre européen et ordre moral où la légitimité sera au centre des discussions. L’entrée sur la scène des œuvres d’art comme parties prenantes du rétablissement de l’ordre politique légitime en Europe était une première, complétait le retour à l’état d’avant. Les siècles précédents toutes les armées pillaient, brulaient : le maréchal-duc de Richelieu, lors du pillage du Hanovre (1757) ne reçut-t-il pas de ses soldats le surnom de Petit père la maraude…et sans doute, le descendant du cardinal aurait-il fait sienne la remarque singulière de Bénédicte Savoy :« les œuvres sont des « objets du désir », quand ils ne sont pas des trophées en temps de guerre, qu’ils peuvent être ôtés de leur lieu de création en toute légalité ou bien spoliés, sinon volés, en période de conflit. »

En 1945, les vainqueurs mirent sur pied des commissions pour recenser les pillages nazis et organiser le retour dans les musées et les familles les biens ainsi pris, une tâche toujours pas achevée de nos jours. L’on sait que les Grecs réclament encore à l’Angleterre la restitution des frises du Parthénon, que l’empire Ottoman essaya de contrôler les fouilles archéologiques, de même que l’Egypte royale.

Lors de la seconde guerre d’Irak, Jacques Chirac déplora le pillage des musées irakiens, de même que les vols sur les sites archéologiques dans ce pays puis, quelques années plus tard, en Afghanistan, en Libye et en Syrie. Il ne semble pas que des moyens bien considérables se déploient pour assurer le retour de ces pièces antiques.

C’est donc à partir du XIXe siècle que le bien culturel entre dans le champ diplomatique et de la doctrine juridique internationaliste où deux courants s'affrontent depuis, celui des opposants, essentiellement légaliste, et celui des partisans, davantage moraliste.

La restitution d’œuvres béninoises historiques par la France s’opère dans le cadre d’une politique de rapprochement ou relation plus nouvelle, à prédominante morale, certains écriront de repentance. Le plus délicat est de déterminer comment ses oeuvres arrivèrent dans nos musées : pillage, trophée, récompense ? Un travail délicat car les royaumes d’alors n’existent plus et les frontières africaines modernes étant le fait des puissances coloniales, elles ont souvent séparé des tribus, des royaumes. Il serait aussi nécessaire de tenir compte, s’ils existent, des traités signés alors.

Pendant la campagne de 2017, le candidat Macron évoquait bien la période coloniale comme « crime », de même que la présence française en Algérie. On est bien dans cette ligne de morale repentante où il est tenté de demander à la victime, pardon indépendamment du fait qu’elle le demande ou pas : ici, nous avons un acte unilatéral français qui reçoit l’agrément du pays concerné. Tant que les objets culturels ne sont pas entrés dans les collections nationales qui sont inaliénables, le gouvernement légitime peut les rendre c’est un acte souverain approuvé par le parlement.  Rien n’empêche que ces mêmes biens reviennent en France dans le cadre d’exposition temporaire, de prêt ou même de conservation si le pays dépositaire ne s’estime pas en mesure d’en assurer la protection. Tout cela peut entrer dans les clauses entre les deux pays.

Pour/contre ? La morale, la légalité, une césure délicate, au cas par cas. En 1852, lors de la succession du maréchal Soult, un grand pilleur, le gouvernement espagnol tenta en vain d’obtenir la restitution des œuvres.

La différence entre Louis XVIII et Emmanuel Macron est que dans le premier cas, c’est un congrès européen qui impose à une puissance vaincue de rendre quand dans le second cas, il s’agit d’un geste moral…..

 

Sources :

 

A écouter: https://www.franceculture.fr/emissions/series/1815-annee-zero-leurope-a-lheure-des-restitutions-doeuvres-dart

 

Bénédicte Savoy Patrimoine annexé. Les biens culturels saisis par la France en Allemagne autour de 1800, aux Éd.de la maison des sciences de l’homme, en 2003

« La restitution des œuvres d’art en 1815 vue par la doctrine internationaliste du XIXe siècle. La victoire du moralisme sur le légalisme », in Les univers du droit. Mélanges en hommage à Claude Bontems, Paris, L’Harmattan, 2013, p. 345-359.

 

 

https://www.lemonde.fr/livres/article/2011/02/23/la-restitution-des-oeuvres-d-art-de-corinne-hershkovitch-et-didier-rykner_1484090_3260.html

 

https://musees-occitanie.fr/encyclopedie/themes/peinture-sculpture/la-galerie-espagnole-de-louis-philippe-au-louvre-1838-1848/

 

http://www.univ-montp3.fr/boeglin/cours/memoires/delatouche_espagnols.pdf

 

 

Jean Vinatier

Seriatim 2020

 

 

jeudi 8 octobre 2020

Décolonisation –France 2 : réflexions autour de N°4981 14e année

 France 2 a diffusé un documentaire en deux parties sur la décolonisation dans l’empire français (1934-1962) alors même que le pays est traversé par des questions identitaires, communautaristes ou séparatistes, religieuses, racialistes, indégénistes et même anti-mâles (Alice Coffin), que l’on a déboulonné quelques statues ou abîmées certaines d’entre elles.

Cette projection, en rien innocente, défaillait sur deux points :

D’abord elle était à charge, une seule charge émotionnelle constante, ensuite, le téléspectateur déboulait dans une décolonisation sans qu’il apprenne une histoire de la colonisation. Débuter par le commencement, à savoir le pourquoi du processus de la colonisation, ici, française, aurait donné un champ plus juste. Une fois de plus, il  est opéré une césure arbitraire sans le moindre préambule : départ l’exposition coloniale de 1934, fin accords d’Evian en 1962.

Le mot de colonie, aujourd’hui vilipendé, est utilisé couramment pour caractériser la conquête de la terre par l’Homme depuis le continent africain. Dans l’Antiquité, une colonie était une terre où vivait, par exemple, des Romains libres. La colonie marquait, aussi, l’expansion d’une cité (Carthage, Athènes, Rome, Troie…etc). Ce phénomène colonial s’étendait à tous les continents avec des noms peut-être différents. Le fait de coloniser est intrinsèquement lié au nomadisme humain qui peut être autant pacifique que guerrier mais qui entraîne forcément des chocs entre les hommes puisque tout le monde nomade !

La dimension diabolique et inhumaine de la colonisation est assez récente depuis que l’expansion maximale est atteinte par les Européens et désormais les Américains pour tracer de nouvelles routes, de nouveaux horizons. Ce sont eux qui dans l’Histoire humaine ont parcouru l’ensemble de la planète. L’expression académique de « grandes découvertes » est tout à fait juste : dès le moment où les Européens de la Renaissance (le mot est important car il les relie de nouveau à l’Antiquité, au monde romain donc du monde connu) dotés de nouveaux outils, d’une foi puissante, ils se lancent sur tous les Océans pendant plus de deux siècles. Les circumnavigations étant l’apothéose de l’exploration géographique terrestre. A l’inverse de la Chine qui arrête les grandes expéditions navales au XVe siècle, les Européens les poussent au plus haut degré. Les établissements d’abord des comptoirs deviennent depuis l’Angleterre en Amérique des colonies privées ou royales. A cette montée en puissance, se joignent la traite et l’esclavage depuis les côtes africaines dont les circuits financiers seront à Londres et feront la fortune de villes comme Nantes.

La colonisation moderne celle développée au XIXe siècle par les puissances européennes en quête de nouveaux territoires marchands et militaires tournés vers l’Afrique et l’Asie, débute quand la traite et l’esclavage sont abolis. Ainsi la colonisation de pays entiers par les Européens auront ce paradoxe de conquérir et d’abolir officiellement aussi la traite et l’esclavage. S’opère donc un mélange colonie/esclavage/traite où le colonisateur a, à la fois supprimé la traite et l’a pratiquée avant de coloniser. Notons que les controverses actuelles sur la colonisation/décolonisation se déroulent dans l’espace euro-américain, en Orient, en Asie, en Afrique ces joutes sont bien absentes, le mouvement des non-alignés étant historique.

C’est depuis l’intérieur de nos propres Etats européens confrontés à des migrations soutenues par des réseaux, ONG et Etats que monte une lave incandescente qui met à vif, l’affaiblissement des Etats-nations (identité nationale) face à des minorités victimes. Sans cette qualité de « victime » point de percée médiatique, point de juste narration. L’ancien colonisé est une victime agrégée à d’autres victimes : sexuelles, genrées, religieuses,  issues des handicaps…etc. Quelques part, la victime s’estime l’être d’une colonisation autant physique que sociologique ou mentale : par exemple, domination de l’homme sur le femme. Dans l’espace euro-américain, colonisé et victime se lient pour annoncer le débat celui de la décolonisation totale des esprits, des identités (nationale, séparatiste, individuelle) ouvrant une boîte de pandore ou un tonneau des danaïdes avec qui sait en ligne de mire, décoloniser l’Homme.

 

 

Jean Vinatier

Seriatim 2020