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mercredi 6 décembre 2017

« The Financial Times : place aux héritiers de l’Europe…par Hélène Nouaille » N°4445 11e année



« J’ai écrit trois livres sur la démocratie (…).
Le second était d’enthousiasme (…).
Il parlait de l’élan démocratique, montrant qu’avec la démocratie,
il y avait eu cet extraordinaire épanouissement intellectuel.
Et que les deux étaient liés.
Jacqueline de Romilly, mai 2007.

« Avec des négociations sur le Brexit en cours et l’élection d’un président américain dont l’attachement à l’unité européenne est discutable, nous avons voulu donner à des jeunes esprits brillants qui vont hériter de l’Europe une chance de contribuer à construire leur futur. Qu’ont-ils pensé qui serait le meilleur pour leur continent ? ». Et le prestigieux Financial Times, institution britannique de référence pour les affaires économiques et financières, de publier les six meilleurs essais, dans le cadre d’un projet sur le Futur de l’Europe, en liaison avec les universités de Sciences Po à Paris, Bocconi en Italie (Milan), Trinity College à Dublin (Irlande), Jajiellonian university à Cracovie (Pologne), Hertie School of governance à Berlin et l’Université d’Athènes (Economics and business) (1). Avec un vœu : que « leurs contributions informent les décideurs et enrichissent leurs débats ». Ce qui se pourrait : parce que la feuille de choux de quatre pages fondées en 1888 sous le nom de London Financial Guide pour les « investisseurs honnêtes » et « les courtiers respectables » est aujourd’hui incontournable avec ses 600 journalistes autour du monde, ses pages rose saumon et sa diffusion sur la toile (70% de lecteurs en version numérique). S’il est indispensable aux institutions financières, il est « politiquement correct » pour les décideurs politiques de ne pas l’ignorer.

Quatre questions encadraient la réflexion (en 800 mots) demandée aux étudiants : plus ou moins d’intégration ? Remise en cause ou non des quatre libertés européennes (libre circulation des biens, des capitaux, des services et des personnes) ? Faut-il se concentrer sur l’eurozone plutôt que sur l’Europe à 27 ? Le leadership allemand est-il nécessaire ou même désirable ? Le jury, composé de sept membres de diverses nationalités appartenant ou non au Financial Times, s’est déclaré « très impressionné ». On aurait pu penser que les questions – techniques - auraient enfermé la libre imagination des étudiants : il n’en est rien. Deux types d’analyses, relève l’une des juges, en distinguant au passage que l’UE n’est pas l’Europe : « les technocratiques, centrées sur l’économie, et les autres, centrées sur le démos européen et la nécessité d’approfondir la connexion entre l’Union européenne et les citoyens ». Oui, la question de la démocratie a surgi avec force. Rien d’artificiel : nos étudiants savent renouer la chaîne des temps. Ils savent d’où ils viennent, ce à quoi ils tiennent et à qui ils le doivent : lorsqu’ils évoquent Machiavel (1469-1529), Edmund Burke (1729-1797) ou la révolution française, c’est en s’appropriant leur héritage. Et lorsqu’ils parlent démocratie, il ne s’agit pas d’une vieille lune : l’un d’entre eux – un Grec, de l’université d’Athènes, est-ce un hasard ? – promet que la « technologie digitale », qui permet aux citoyens connectés de retrouver une agora sans frontières, « peut être un antidote à la crise de crédibilité et de confiance dans les institutions démocratiques (…). Ce qui a une importance vitale : aujourd’hui, de larges minorités en Europe, spécialement parmi les générations les plus jeunes, ne voient pas la démocratie comme un bon système de gouvernance » (2). Peu importe qu’on puisse lui objecter l’obstacle de la langue – et d’autres : c’est sa préoccupation, la démocratie, qui compte. Et cette exigence traverse, explicite ou non, les six essais retenus.
La suite ci-dessous :

Jean Vinatier
Seriatim 2017

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