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dimanche 9 février 2020

« Allemagne. L’AfD : un parti d’extrême droite entre recherche de respectabilité et radicalisation par Jérôme Vaillant » N°4817 14e année


« LES SUCCES électoraux du parti Alternative pour l’Allemagne (AfD) lors des élections régionales de l’automne 2019 en Saxe, Brandebourg et Thuringe en Allemagne de l’est [1] ont braqué les projecteurs sur la situation intérieure de l’Allemagne unifiée trente ans après la chute du Mur de Berlin (1989). Ces succès intervenaient alors que l’Allemagne connaissait une recrudescence d’attentats d’extrême droite, à vrai dire pas seulement en Allemagne de l’est mais particulièrement en Allemagne de l’est. Les manifestations de Chemnitz (Saxe) autour de la mort d’un Allemand, victime de migrants, à l’automne 2018, avaient rassemblé des militants des mouvements nationalistes, hostiles à l’islam Pegida, Pro Chemnitz auxquels s’était jointe l’AfD. L’assassinat le 2 juin 2019 du président administratif du district de Kassel (en Hesse à l’ouest), Walter Lübcke, et la tentative d’un jeune néonazi de forcer la porte de la synagogue de Halle (en Saxe-Anhalt à l’est), le 9 octobre 2019, dans l’intention avouée de tuer autant de juifs que possible ont été des signaux d’alarme pour l’opinion allemande et ont alerté l’opinion publique internationale toujours sensible à la réapparition de phénomènes néonazis en Allemagne. Ces événements posent la question de savoir dans quelle mesure l’émergence politique d’un parti d’extrême droite tel que l’AfD favorise cette recrudescence d’un terrorisme auquel on ne voulait pas croire ? Les succès électoraux de l’AfD ont, en tous cas, confirmé que l’extrême droite politique en Allemagne était, pour la première fois depuis 1945, parvenue à s’établir durablement dans le pays. L’AfD est aujourd’hui représentée dans tous les parlements régionaux d’Allemagne et a obtenu 12,6% des voix lors des élections fédérales du 17 septembre 2017. Jusqu’alors on admettait que la Seconde Guerre mondiale, en raison de la barbarie nazie et en particulier de la Shoah, avait largement immunisé les Allemands contre les tentations néonazies et d’extrême droite qui n’était, en effet, jamais parvenue jusqu’alors à s’établir dans le système fédéral des partis, même si un pourcentage non négligeable de la population restait sensible à ses arguments, de 10 à 20% selon les études. [2] La rupture de ce tabou permet aujourd’hui à ce potentiel de s’exprimer et de se structurer politiquement.
Cette mise en perspective de L’AfD s’articule en trois parties : L’extrême droite : un phénomène récurrent mais longtemps contenu (I) ; La fondation de l’AfD comme parti eurosceptique et son évolution vers un parti islamophobe (II) ; Et maintenant ? (III).
La suite ci-dessous :


Jean Vinatier
Seriatim 2020

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