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vendredi 7 février 2020

Macron et la stratégie commune européenne N°4814 14e année


A l’Ecole de guerre, ce jour, le Président de la République a plaidé pour une stratégie de défense et de dissuasion de la France et a appelé les Européens à un « aggiornamento » dans leur approche d’une sécurité commune.
Depuis le départ du Royaume-Uni de l’Union européenne, la France est le seul Etat doté de la force atomique sans que  les accords de Lancaster ne subissent la moindre relecture sur ce point.
Paris dispose à première vue d’une force incomparable au sein de l’Union européenne.

Dans l’Opinion Jean-Dominique Merchet notait qu’Emmanuel Macron faisait face à trois handicaps sur lesquels il n’avait guère de prise :
-la relance générale de l’armement des Etats-Unis à la Chine
-l’absence totale de pensée bruxelloise sur les dossiers stratégiques
-la montée du sentiment anti-nucléaire porté par le Pape, l’ONU et les partis Verts.

Quand le Chef de l’Etat annonce que les « intérêts vitaux de la France ont une dimension européenne », il choisit une formule qui flatte l’oreille tout en masquant la réalité : à savoir le désintérêt de l’Union européenne pour ce qui est de la pensée et de la projection stratégique. A-t-on entendu Bruxelles lors du référendum en Nouvelle-Calédonie exprimer son souhait de voir la France garder sa place maritime considérable, juste derrière les Etats-Unis, dans l’Océan Pacifique ? Non.
Pourquoi l’Union européenne est-elle absente de toute géostratégie ? Tout simplement parce qu’elle ne se fixe pas pour but d’arriver à la souveraineté, ni de construire un Etat. Dès lors, il n’est guère surprenant que Bruxelles ne s’en remette qu’à l’OTAN avec l’approbation bruyante de l’Allemagne !
A la vérité, le Chef de l’Etat, comme à l’accoutumée, joue sur le « en même temps » sans avoir de marge de manœuvre : ainsi, la France est-elle subordonnée à l’OTAN et au Pentagone en tout comme on le voit au Sahel.
En résumé, la France est dans une situation paradoxale : d’un côté elle dispose de la force atomique, de l’autre souverainement elle ne pourrait l’utiliser du fait même de son adhésion à l’OTAN. Ensuite,  la redondance présidentielle à rappeler que « nos intérêts vitaux» sont dans une Union européenne totalement hors champ géostratégique et dont bien des Européens nous jalousent « nucléairement » bien souvent sous couvert d’écologie, accroit notre immobilité.  Dans ce contexte, l’arme atomique est réduite à peu et « l’aggiornamento » européen un vœu pieux.

Jean Vinatier
Seriatim 2020

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