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dimanche 2 février 2020

« L’UE post-Brexit : de l’effacement accéléré au rebond espéré ? par Pierre Verluise » N°4810 14e année


« Jusqu’ici l’UE a surtout fait preuve de son incapacité à enrayer son effacement démographique, économique et stratégique, désormais accentué par le départ effectif du Royaume-Uni. Quelles pourraient être les conditions du rebond ?

POUR DES RAISONS démographiques, économiques et stratégiques, l’Union européenne s’efface progressivement du rang des puissances de ce monde. Dans une indifférence généralisée et un silence assourdissant, cette dynamique de déclin relatif était déjà vraie à 28, le Brexit l’accélère. En effet, le départ du Royaume-Uni réduit la superficie, la population, la production et la culture stratégique de l’UE.
Alors que l’espace UE-28 représentait 13,3 % de la population de la planète en 1960, l’UE 28 représente à peine 6,9 % de la population de la planète. La sortie du Royaume-Uni se solde par une diminution de 12,91% de sa population. Celle-ci passe de 513 millions d’habitants à 446,8 millions, soit d’environ 6,9 % de la population mondiale à environ 5,9 %. Autrement dit, l’UE sans le Royaume-Uni devient moins peuplée que l’UE à 25 au 1er mai 2004 (450 millions d’habitants). Compte tenu de sa faible fécondité, en 2050, l’UE dans sa configuration UE-27 du 1er février 2020 pèserait entre 4 et 4,5 % de la population mondiale. Réduite à un asile de vieux, l’UE aura bien du mal à défendre ses intérêts.
De 1980 à 2014, la part de l’espace UE-28 dans la production mondiale en Parité de pouvoir d’achat (PPA) a reculé de 31,2 % à 18,3 %, ce qui signifie que la place relative de l’espace UE-28 représente au 1er janvier 2020 moins des deux tiers de ce qu’elle pesait 34 ans plus tôt. Au vu des données pour 2016, l’UE-28 représentait à cette date 17,6 % du PIB mondial en PPA. L’UE sans le Royaume-Uni ne représente qu’environ 15,2 % du PIB mondial en PPA. Parce que le niveau de vie du Royaume-Uni est un peu supérieur à la moyenne de l’UE, son départ ne peut que se traduire par un abaissement du niveau de vie moyen de l’UE. Et les candidats sont tous plus pauvres - et corrompus - que la moyenne de l’UE, ce qui risque d’accentuer la dégringolade. Quelle perspective enthousiasmante !
Non sans rivalité avec la France, sabotant avec soin tout effort de construire une défense européenne dans l’espoir de plaire aux États-Unis, le Royaume-Uni n’a pas que des faits de gloire à son bilan. Il partage notamment avec la France de N. Sarkozy la responsabilité historique d’avoir été au premier plan d’une intervention militaire calamiteuse en Lybie (2011), outrepassant la résolution des Nations Unies pour laisser un chaos. Le résultat indirect est le bourbier du Sahel où Paris se sent de plus en plus seule. Il n’en demeure pas moins que le départ du Royaume-Uni de l’Union européenne – mais pas de l’OTAN- signe à la fois le départ d’une puissance nucléaire et d’un membre permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies. Certes, Paris s’échine depuis le lendemain du referendum à repenser de nouveaux liens stratégiques avec Londres, mais il n’empêche que la culture stratégique de l’UE se trouve amoindrie. Paris reste seule avec un désir de puissance sans lequel il n’est pas de puissance tout court.
Il faut rappeler enfin que l’expression Union européenne (UE) ne désigne pas ici seulement les institutions de l’UE mais encore ses pays membres et leurs citoyens. Contradictions, calculs d’opportunités [1], attentisme, paresse et courtes vues sont comme la mauvaise monnaie qui chasse la bonne. »
La suite ci-dessous :

Jean Vinatier
Seriatim 2020

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