Info

Nouvelle adresse Seriatim
@seriatimfr
jeanvin22@gmail.com



dimanche 26 janvier 2014

« De la colère en l’Occident fantôme » par Vincent Teixeira N°1604 7e année

Belle écriture !

« [….]
« Chante, déesse, la colère d’Achille, le fils de Pélée ». Mènis, la colère, est donc le premier mot de l’Iliade, et ainsi commence l’épopée fondatrice du monde occidental, par la colère d’Achille, véritable « scène primitive » de l’Occident et de sa littérature. D’emblée, ce poème de la guerre, opposant les Achéens et les Troyens, dans lequel certains virent la première illustration de l’opposition entre les Grecs et les Barbares, ou des conflits à venir entre l’Occident et l’Orient, nous plonge dans un monde plein de bruit et de fureur, en proie à la colère. Ainsi, au commencement, si l’on ose dire, fut la colère, liée à la violence. Et si le chaos est pour les Grecs à l’origine de l’univers, la colère est à l’origine du chant, avant le verbe, à tel point que, selon l’injonction de l’aède, elle mérite d’être chantée par la déesse. D’emblée donc, se manifeste l’alliance de la colère et de la poésie, de l’arc et de la lyre. Alliée aux pouvoirs du chant, de la parole, « c’est la passion qui parle » (Essais, Livre II, chap. XXXI), comme dira Montaigne, tout en critiquant les effets néfastes de la colère. Mais ne serait-elle pas aussi l’expression même de la révolte, du droit à l’insoumission, tel que l’exalte Thoreau dans ses injonctions à résister à l’emprise des illusions créées par la civilisation, pour que nous cherchions à être des hommes, avant d’être des sujets ?
[….]
À travers cet envoûtement et ce façonnage des individus pour la production et la consommation, c’est toute la vie intérieure, dans la multiplicité de ses singularités, qui se trouve malmenée, piétinée, engloutie dans le monde de la marchandise et réduite au nivellement de l’homme unidimensionnel dont parlait Herbert Marcuse dès 1964. Car tout étant catastrophiquement lié, les vitesses d’un « progrès » (essentiellement économique, consistant à transformer les humains en machines à produire et consommer) qu’on ne maîtrise plus, au-delà des grandes menaces nucléaire, écologique, financière, nous enchaînent à un mouvement perpétuel de production-consommation-reproduction de marchandises, pour toujours « plus de jouir » et de fausses nouveautés – en réalité, une adaptation sans cesse renouvelée à la création incessante de besoins artificiels. Dans un monde, aujourd’hui vacillant, régi par des automatismes économiques incontrôlables, la frénésie d’hyperconsommation, stimulée par le neuro-marketing, est devenue elle-même automatique, presque irrationnelle, et a englobé tous les domaines, y compris celui dit de la culture, réduit à des produits culturels, pris dans l’engrenage de « nos horreurs économiques », selon l’expression de Rimbaud. À maints égards, cette culture de masse qu’on nous vend, quand elle n’est pas un escamotage caricatural ou réducteur, est devenue une culture jetable dont les produits passent par le formatage du merchandising, sont remplaçables, voués comme les autres à la même obsolescence, se détruisant (dans le temps) pour pouvoir en racheter de nouveaux. Ce prêt-à-jeter, distribué par la grande braderie du prêt-à-consommer, prêt-à-penser, a instauré le règne de l’éphémère, du changement permanent, du « transitoire », dirait Baudelaire, mais aussi une dépossession de l’humain, de sa sensibilité et de la singularité de son imaginaire, devenus objets de conquête de la société industrielle. Cercle vicieux dont on peut se demander s’il ne va pas en s’invétérant jusqu’à laisser entrevoir une obsolescence de l’homme lui-même ? Dans le même temps, conjointement, c’est la planète tout entière qui est soumise à des dévastations irréversibles, et à la détérioration des conditions de vie, artificialisation des êtres vivants, de la nature, des espaces, de la nourriture, des corps, comme des consciences.
[….] »
La suite ci-dessous :
http://www.pauljorion.com/blog/?p=61723

« Comprendre les temps qui sont les nôtres », Odile Jacob, le 6 mars :
http://www.pauljorion.com/blog/?p=61687

 
Jean Vinatier
SERIATIM 2014

Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Angola, Arabie Saoudite, Argentine, Arménie, Australie, Bahamas, Bangladesh, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzégovine, Brésil, Burkina Faso, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Costa-Rica, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Equateur, Ethiopie, Ghana, Gabon, Gambie, Géorgie, Guatemala, Guinée, Guinée, Haïti, Honduras, Inde, Indonésie, Irak, Iran, Islande, Israël, Jamaïque, Jordanie, Kazakhstan, Kenya, Laos, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Malawi, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Niger, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Philippines, Qatar, République Centrafricaine, République Dominicaine, Russie, Rwanda, San Salvador, Saint-Marin, Sénégal, Serbie, Singapour, Slovénie, Somalie, Suisse, Syrie, Taiwan, Thaïlande, Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM, Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Saint-Pierre–Et-Miquelon), Ukraine, Uruguay, Vatican, Venezuela, Vietnam, Yémen

 

Aucun commentaire: