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mardi 26 avril 2016

Traité de libre-échange d’un seul ? N°4117 10e année



Le sol anglais quitté, l’empereur du Potomac continue son périple sur le sol allemand, terrain particulièrement fertile qui compte pour chef, une chancelière singulièrement dévouée en dépit des déraillements qu’elle produit avec la Russie, avec la Turquie, sur la question migratoire, vis-à-vis de la BCE , de la Grèce  et ainsi de suite se rendant dangereuse  à  tout le continent…..
Barack Obama plaide pour une accélération des négociations afin que le traité dit de libre-échange puisse voir le jour à la fin de l’année 2016. Cependant, ce traité est impopulaire aux Etats-Unis et en Europe parce que l’on craint l’allégement du protectionnisme et comme des deux côtés de l’Atlantique, des campagnes politiques sont en cours, tous les candidats affectent de dire « Non », c’est cet opportunisme qui risque de tout faire capoter.
Pourquoi les Etats-Unis veulent ce traité de libre-échange dont le pendant est déjà Pacifique ? Le gouvernement fédéral et les multinationales entendent à la fois gouverner le monde et s’émanciper de la justice des Etats étrangers. Les deux objectifs principaux, hégémonie géopolitique et libération judiciaire des multinationales devant les tribunaux autres que ceux institués par elles, sont d’une puissance atomique. Et la Chine ? Elle est l’objectif du pouvoir américain qui, après l’avoir si fortement poussé, comme il le fit avec le Japon au XIXe siècle, pour des raisons d’ouvertures économiques, entend désormais veiller à brider cette nation d’un milliard d’hommes. Dans ce cas, il serait fondamental de s’assurer l’accord par un traité commercial de 360 millions d’Européens qui s’additionneraient aux centaines de millions d’Américains, Canadiens inclus en formant une masse suffisante pour rogner les appétits chinois.
Question : est-ce l’intérêt de l’Union européenne de déclarer la Chine puissance négative et les Etats-Unis puissance bienveillante? Poser cette question, c’est avancer le principe que l’Union européenne est déjà une puissance politique souveraine démocratique ayant sous elle une nation et un peuple : est-ce le cas ? L’Union européenne n’ayant pour seule démarche que celui du volet double économique et juridique, avance en position de faiblesse face à une puissance fédérale dotée de tous les instruments de la souveraineté : le déséquilibre est patent. Dans cet état, l’Union européenne ne peut que redouter toute puissance d’où qu’elle vienne. L’important n’est pas de savoir si tel Etat est bienveillant ou pas, mais bien de construire cet Etat européen ce qui n’est absolument pas l’idée bruxelloise. De leur côté, à trop mettre la pression les Américains courent le risque d’enflammer un continent déjà craquelé Brexit ou pas, question migratoire ou pas, cas Grec ou pas et ainsi de suite. En vérité la Maison Blanche opte pour cette accélération en espérant empêcher toute autre fissure irréparable.
Le traité de libre-échange dénommé justement OTAN économique parce qu’il garde pour les postes clefs les Américains qui ne veulent déléguer qu’avec la plus petite laisse, grandit forcément la méfiance générale. L’opacité  entourant les négociations depuis des années alimente les rumeurs et entretient logiquement et justement la suspicion générale à savoir la principale : les Etats-Unis exigent des Européens qu’ils se défassent de leurs restes de mesures protectionnistes mais se refuseraient à l’appliquer pour eux-mêmes. Un égoïsme affirmé pour une prépotence espérée : quelle autre place aurions-nous autre que celle du galérien ? Or, Nous, Européens ressentons Bruxelles comme le centre d’une tyrannie déjà projetée dans l’ère post-démocratique. Le fait même de se poser, de s’interroger de manière politique au sujet d’un traité commercial n’en déplaise aux économistes, annonce l’entrée ou le retour sur scène de la souveraineté démocratique.

Jean Vinatier
Seriatim2016

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