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vendredi 9 décembre 2016

Climat intérieur N°4272 10e année



Il s’est, sans doute, passé quelque chose d’assez nouveau dans la pratique la Ve République qui vit, en quelque sorte, la « déposition du Président de la République » par son Premier ministre, ce dernier, ensuite, quittant la place pour se lancer dans cette campagne des primaires de la rue de Solferino. Ce geste étant, sans doute, la conséquence naturelle du « Tu quoque mi fili»
La disposition du théâtre politique n’est plus : François Hollande, Nicolas Sarkozy, deux chefs de l’Etat happés par la boule du jeu de quilles (ce qui n’est pas rien), la mise à l’écart d’Alain Juppé, ancien Premier ministre chiraquien et ministre sarkoziste. Certains ont tout de suite évoqués une forme de « Brexit ». L’émergence de François Fillon voulue par un électorat bien-pensant et âgé jugeant que leurs écus auraient encore de l’espérance avec un homme leur promettant la sévérité pour les sans-dents et l’opulence pour les gens d’au-dessus n’est pas en soi un acte révolutionnaire mais un placement strictement convenu. Pourtant, la cinglante défaite de Matteo Renzi qui appliquait une politique « thatchérienne » dont François Fillon se veut le chantre devrait les faire réfléchir.
De l’autre côté de la scène, la gauche s’apprête à vivre sa primaire où deux mois durant ils offriront débats et disputes au terme duquel d’ailleurs Manuel Valls pourrait être le grand battu si l’on tient compte de l’ambiance générale qui tend à escamoter de son socle ceux qui prétendent avoir, de droit, la première place.
Le terme du quinquennat de François Hollande s’achève dans la déconfiture et la mise au pas des citoyens et des magistrats : la création d’un méga fichier signé par Bernard Cazeneuve devenu Premier ministre, et la Cour de cassation placée sous l’autorité directe du gouvernement. Les premiers magistrats s’en alarment à juste titre sans y pouvoir grand-chose. Ces deux faits qui ne soulèvent aucune protestation de la Ligue des Droits de l’Homme et autres ONG font de la France un Etat le plus policier d’Europe et ce ne sont pas les médias maintenus en vie par subventions interposées qui brandiront le moindre étendard.
Il règne donc en France une toute petite cour d’une ancienne puissance souveraine  qui croit dénicher une formule thatchérienne dont les anglais ne veulent plus et les américains moins encore ainsi que la moitié de l’Europe continentale alors même que l’autre côté du Channel et de l’Atlantique, Londres et Washington mettent un terme à une mondialisation qu’ils ne pouvaient tenir d’un bout à l’autre pour se recentrer sur eux-mêmes et retrouver toute leur puissance respective. Ainsi quand les anglo-américains vont de l’avant, la France fait un pas en arrière en criant en avant : cet attelage rompra.
Dans le tragique de la politique française qui ne sait plus penser pour ce qu’elle est, il y a cette idée qu’en complaisant aux idéaux berlinois, le pays aurait un peu de dessert. Mais l’Allemagne d’Angela Merkel qui sue l’ennui, ne voit que midi à sa porte et répugnera toujours à être à la tête d’une Europe puissance politique. La chancelière est une caissière. Le déséquilibre patent entre Berlin et Paris ne se résoudra pas par l’adoption d’un modèle économique qui met les gens à et dans la rue. A la vérité, la France ne voulant plus de la politique, estime que la seule l’adhésion à une doxa ultra-libérale serait le sésame. Or, la France n’a été puissante économiquement que dans le moment où sa pensée politique était au firmament.



Jean Vinatier
Seriatim 2016



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