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vendredi 6 juillet 2018

Metternich l’homme d’avant mars 1848 N°4522 12e année



Luigi Mascilli Migliorini,  le grand spécialiste italien de l’époque napoléonienne, met en perspective dans cet ouvrage, le prince de Metternich (1773-1859) sur deux plans : premièrement, en qualité de père du congrès de Vienne qui  voudra clore la période révolutionnaire (1789-1815)  et tenter d’établir en Europe un nouvel équilibre entre les puissances lequel durera cahin-caha jusqu’en 1914 ; secondement, l’homme politique qui dirigera l’empire austro-hongrois une bonne trentaine d’années jusqu’en 1848.

Le futur prince de Metternich est né dans une famille de bonne noblesse rhénane au service de la maison de l’Auguste Maison  de Habsbourg. Il est formé, à Strasbourg, à la très réputée école diplomatique de Jean-Daniel Schoepflin d’où il  assistera médusé aux troubles révolutionnaires suite à la nouvelle de la chute de la Bastille. Le saccage des bâtiments, les violences physiques le marqueront à jamais : il abominera le désordre qui remet en cause ce qui est pour lui la légitimité. Marié à une nièce du prince de Kaunitz, le très écouté ministre de feue l’impératrice Marie-Thérèse, il deviendra l’homme de confiance du jeune empereur François II (1768-1835), dernier souverain du Saint-Empire romain germanique et premier de celui de l’Autriche-Hongrie en 1804.
Le prince de Metternich n’est, cependant pas, un homme obtus, habité par la nostalgie. Il a bien vu et vécu l’Europe napoléonienne dans leurs bouleversements, sociaux et géopolitiques. Mascilli Migliorini insiste bien sur son dépit de voir les Bourbons revenir en France, à Parme, à Naples les jugeant hors temps et sans adhésion populaire. C’est la nouveauté de ce début du XIXième siècle la légitimité détachée du divin, n’est plus reconnue qu’avec l’onction nationale.
Metternich, préoccupé par la pérennité de la maison de Habsbourg privée de la Couronne du Saint Empire germanique, focalise son attention sur  l’espace germanique redoutant une mainmise prussienne appuyée par la Russie. Sa double idée politique sera premièrement de former une sorte de fédération qui reconnaitrait à l’Autriche-Hongrie une prépondérance en Allemagne du Sud, en Italie jusqu’aux domaines pontificaux ; secondement d’irriguer l’Europe  post-1815 par une quadruple alliance (Autriche, Royaume-Uni, Prusse, Russie), que  les troubles révolutionnaires à Naples et en Espagne dans les années 1820, quoique matés, mettront à mal.
Depuis Vienne, il sera un conservateur modernisateur du jeune état autrichien, dépassé par l’Europe romantique et le printemps des peuples qui le balaieront d’un coup en mars 1848. Chassé du pouvoir, le prince de Metternich gardera par devers lui cette image de l’homme du passé. Il a tenté de concilier un ordre européen avec la légitimité des souverains, de gommer autant que ce peut la tempête révolutionnaire française par un concert entre les puissances, d’assurer à l’Autriche-Hongrie une place européenne incontournable alors même que se levait de nouvelles identités nationales Italienne, Prussienne.
Cet ouvrage de qualité, très riche n’est pas une biographie mais une présentation détaillée de l’homme politique Metternich. On regrettera un livre parfois touffu, notamment dans les six premiers chapitres. Cette abondance pour illustrer la personnalité intéressante et profonde du prince de Metternich découragera-t-elle un lecteur plus curieux que féru ?

Mascilli Migliorini (Luigi) : Metternich, Paris, CNRS éditions, 2018, 27€
Jean Vinatier
Seriatim 2018

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