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lundi 11 octobre 2010

Domenico Losurdo : « Le Nobel de la guerre aux Messieurs du « Nobel de la paix » N°762 4e année

Voici un article, relevé sur le site Voltairenet.org bien intéressant au lendemain de l’attribution du Prix Nobel de la Paix à un dissident chinois, Liu Xiaobo Il s’agit d’un article de Domenico Losurdo universitaire italien, professeur de philosophie (et aussi d’histoire) à l’université d’Urbino.

« Ces dernières semaines a eu lieu en Australie un vif débat. Dans un article publié par Quartely Essay et en partie anticipé par l’Australian, Hugh White a mis en garde contre d’inquiétants processus en cours : à l’ascension de la Chine, Washington répond par la traditionnelle politique de containment, en renforçant de façon menaçante son potentiel et ses alliances militaires ; Pékin, en retour, ne se laisse pas facilement intimider et « contenir » ; tout cela peut provoquer une polarisation en Asie d’alliances opposées et faire émerger « un risque réel et croissant de guerre de vastes proportions et même de guerre nucléaire ». L’auteur de cette mise en garde n’est pas un illustre inconnu : il a derrière lui une longue carrière d’analyste des problèmes de défense et de politique étrangère, et fait partie en quelque sorte de l’establishment intellectuel. Ce n’est pas un hasard si son intervention a provoqué un débat national, auquel a aussi participé le Premier ministre, Julia Gillard, qui a réaffirmé la nécessité du lien privilégié avec les USA. Mais les cercles jusqu’au-boutistes australiens sont allés bien plus loin : il faut s’engager à fond pour une Grande alliance des démocraties contre les despotes de Pékin. Pas de doute : l’idéologie de la guerre contre la Chine s’appuie sur une idéologie de longue date qui justifie et même célèbre les agressions militaires et les guerres de l’Occident au nom de la « démocratie » et des « droits de l’homme ». Et voici qu’à présent le « Prix Nobel de la paix » est conféré au « dissident » chinois Liu Xiaobo : un sens de l’opportunité parfait, d’autant plus parfait si l’on pense à la menace de guerre commerciale contre la Chine brandie cette fois de façon ouverte et solennelle par le Congrès états-unien.

La Chine, l’Iran et la Palestine

Parmi les premiers à se réjouir du choix des Messieurs d’Oslo s’est trouvée Shirin Ebadi, qui a immédiatement surenchéri : « Non seulement la Chine est un pays qui viole les droits de l’homme mais c’est aussi un pays qui appuie et soutient de nombreux autres régimes qui les violent, comme ceux qui sont au pouvoir au Soudan, en Birmanie, en Corée du Nord, en Iran… » ; en outre, c’est un pays qui est responsable de la « grande exploitation des ouvriers ». Donc, il faut boycotter « les produits chinois » et « limiter au maximum les échanges économiques et commerciaux avec la Chine » [1]. Et une fois de plus : la contribution à l’idéologie de la guerre conduite au nom de la « démocratie » et des « droits de l’homme » est claire, et la déclaration de guerre commerciale est ouverte. Mais alors, pourquoi Shirin Ebadi a-t-elle eu en 2003 le « Prix Nobel de la Paix » ? Le prix a été attribué à une femme qui a une vision manichéenne des relations internationales ; dans la liste des violations des droits de l’homme il n’y a pas de place pour Abou Ghraib et Guantanamo, pour les complexes carcéraux dans lesquels Israël enferme en masse les Palestiniens, pour les bombardements et les guerres déclenchées sur la base de prétextes faux et mensongers, pour l’uranium appauvri, pour les embargos à tendance génocidaire mis en acte en défiant l’écrasante majorité des membres de l’ONU et de la communauté internationale… Et pour ce qui concerne la « grande exploitation des ouvriers » en Chine, Shirin Ebadi parle sans nul doute à tort et à travers : dans le grand pays asiatique, des centaines de millions de femmes et d’hommes ont été soustraits à la faim à laquelle ils avaient été condamnés en tout premier lieu par l’agression impérialiste et par l’embargo proclamé par l’Occident ; et ces jours-ci on peut lire dans tous les organes de presse que les salaires des ouvriers sont en train de progresser à un rythme assez rapide. En tous cas, si l’embargo contre Cuba fait rage exclusivement contre les habitants de l’île, un éventuel embargo contre la Chine provoquerait une crise économique planétaire, avec des conséquences dévastatrices même pour les masses populaires occidentales, et bien le bonjour aux droits de l’homme (du moins aux droits économiques et sociaux). Il n’y a pas de doute : en 2003, celle qui a reçu le « Prix Nobel de la Paix » est une idéologue de la guerre, médiocre et provinciale. A-t-on voulu récompenser une activiste qui, si ce n’est sur le plan international, du moins sur le plan intérieur à l’Iran, entend défendre la cause des droits de l’homme ? Si cela avait été l’intention des Messieurs d’Oslo, ils auraient dû récompenser Mohammed Mossadegh qui, au début des années 1950 s’engagea à construire un Iran démocratique mais qui, ayant eu l’audace de nationaliser l’industrie pétrolière, fut renversé par un coup d’Etat organisé par la Grande-Bretagne et les USA, ces pays qui se dressent aujourd’hui en champions de la « démocratie » et des « droits de l’homme ». Ou bien les Messieurs d‘Oslo auraient-ils pu récompenser quelque courageux opposant de la féroce dictature du Shah, soutenu par les habituels, improbables champions de la cause de la « démocratie » et « des droits de l’homme ». Mais alors, pourquoi en 2003 le « Prix Nobel de la Paix » a-t-il été attribué à Shirin Ebadi ? A ce moment-là, tandis que l’interminable martyr du peuple palestinien subissait un nouveau tour de vis, la Croisade contre l’Iran se profilait clairement. Une reconnaissance attribuée à une militante palestinienne aurait été une contribution réelle à la cause de la détente et de la paix au Proche-Orient. Les militants palestiniens « non-violents » manquent-ils ? Il est difficile de qualifier de « non-violent » Obama, le leader d’un pays qui est engagé dans diverses guerres et qui dépense à lui seul en armements autant que tout le reste du monde pris dans son ensemble. En tous cas, les « non-violents » ne manquent pas en Palestine, et non-violents sont en tous cas les militants qui arrivent de tous pays en Palestine pour défendre ses habitants d’une violence déferlante, et qui, parfois, ont été balayés par des tanks ou par des bulldozers de l’armée d’occupation. Sauf que les Messieurs d’Oslo ont préféré récompenser une militante qui depuis lors n’a de cesse d’attiser le feu de la guerre en premier lieu contre l’Iran, mais maintenant contre la Chine aussi.

Après la consécration et la transfiguration de Liu Xiaobo, le président états-unien est tout de suite intervenu : et il a demandé la libération immédiate du « dissident ». Mais pourquoi, en attendant, ne pas libérer les détenus sans procès de Guantanamo ou au moins faire pression pour la libération des innombrables Palestiniens (parfois à peine adolescents) emprisonnés par Israël, comme le reconnaît même la presse occidentale, dans des complexes carcéraux terrifiants ?

Les Messieurs d’Oslo, les USA et la Chine

Avec Obama nous tombons sur un autre « Prix Nobel de la paix » aux caractéristiques assez singulières. Quand il l’a obtenu, l’an dernier, il avait déclaré qu’il avait l’intention de renforcer en Afghanistan la présence militaire des USA et de l’OTAN et de donner une impulsion aux opérations de guerre. Conforté aussi par la prestigieuse reconnaissance qu’il avait reçue à Oslo, il a été fidèle à sa parole : ils sont maintenant bien plus nombreux qu’à l’époque de Bush, ces escadrons de la mort qui du haut du ciel « éliminent » les « terroristes », les « terroristes » potentiels et les suspects de « terrorisme » ; et ces hélicoptères et avions sans pilotes qui font office d’escadrons de la mort font rage aussi au Pakistan (avec les nombreuses victimes « collatérales » qui s’en suivent) ; l’indignation populaire est si forte et répandue que même les gouvernants de Kaboul et d’Islamabad se sentent obligés de protester contre Washington. Mais Obama ne se laisse certes pas impressionner : il peut toujours exhiber son « Prix Nobel de la paix » ! Ces jours derniers, a filtré une nouvelle qui fait froid dans le dos : en Afghanistan, se trouvent des militaires états-uniens qui tuent par divertissement des civils innocents, en conservant ensuite quelque partie du corps des victimes comme souvenir de chasse. L’administration états-unienne s’est empressée de bloquer immédiatement la diffusion des détails ultérieurs et surtout des photos : choquée, l’opinion publique états-unienne et internationale aurait pu ensuite faire pression pour la fin de la guerre en Afghanistan ; pour pouvoir la continuer, cette guerre, et la rendre encore plus âpre, le « Prix Nobel de la paix » a préféré infliger aussi un coup à la liberté de la presse.

Mais on peut faire ici une considération de caractère général. Au 20ème siècle, ce sont les USA qui ont été le pays qui a vu couronner du « Prix Nobel de la paix » le plus grand nombre d’hommes d’Etat : Théodore Roosevelt (pour qui le seul « bon » Indien était celui qui était mort), Kissinger (le protagoniste du coup d’Etat au Chili et de la guerre au Vietnam), Carter (le promoteur du boycott des Jeux Olympiques de Moscou en 1980 et de l’interdiction d’exportation de blé à l’URSS, est intervenu en Afghanistan contre les freedom fighters musulmans), Obama (qui intervient maintenant, contre les freedom fighters, entre temps devenus terroristes, a recours à un monstrueux appareil de guerre). Voyons sur le versant opposé de quelle façon les Messieurs d’Oslo se positionnent à l’égard de la Chine. Ce pays, qui représente un quart de l’humanité, ne s’est engagé dans les trois dernières décennies dans aucune guerre et a promu un développement économique qui, en libérant de la misère et de la faim des centaines de millions de femmes et d’hommes, leur permis d’accéder en tous cas aux droits économiques et sociaux. Eh bien, les Messieurs d’Oslo n’ont daigné prendre en considération ce pays que pour attribuer trois prix à trois « dissidents » : en 1989 le « Prix Nobel de la paix » est décerné au XIVème Dalai Lama, qui avait quitté la Chine depuis déjà trois décennies ; en 2000 le Nobel de littérature est attribué à Gao Xingjan, un écrivain qui était désormais citoyen français ; en 2010, le « Prix Nobel de la paix » couronne un autre dissident qui, après avoir vécu aux Etats-Unis et avoir enseigné à Columbia University, retourne en Chine « en vitesse » [2] pour participer à la révolte (tout autre que pacifique) de la Place Tienanmen. De nos jours encore, il parle ainsi de son peuple : « Nous les Chinois, si brutaux » [3]. Ainsi, aux yeux des Messieurs d’Oslo, la cause de la paix est représentée par un pays (les USA) qui se croit souvent investi de la mission divine de guider le monde, qui a installé et continue à installer des bases militaires menaçantes dans tous les coins de la planète ; pour la Chine, (qui ne détient aucune base militaire à l’étranger), pour une civilisation millénaire qui, après le siècle d’humiliations et de misère imposé par l’impérialisme, est en train de revenir à son antique splendeur, ceux qui représentent la cause de la paix (et de la culture) sont seulement trois « dissidents » qui n’ont désormais plus grand-chose à voir avec le peuple chinois et qui voient dans l’Occident le phare exclusif qui illumine le monde. Nous voyons sans aucun doute ré-émerger ici dans la politique des Messieurs d’Oslo l’antique arrogance colonialiste et impérialiste.

Alors qu’en Australie résonnent des voix inquiètes des périls de guerre, à Oslo on redonne du lustre à une idéologie de la guerre de funeste mémoire : les guerres de l’opium ont été célébrées en son temps par J. S. Mill comme une contribution à la cause de la « liberté » de l’ « acquéreur » en plus de celle du vendeur (d’opium), et par Tocqueville comme une contribution à la cause de la lutte contre l’ « immobilisme » chinois. Les mots d’ordre agités aujourd’hui par la presse occidentale ne sont pas très différents ; presse qui ne se lasse pas de dénoncer le despotisme oriental immobile. Il faut en prendre acte : peut-être sont-ils aussi inspirés par de nobles intentions, mais avec leur comportement concret les Messieurs du « Prix Nobel de la paix » ne méritent à l’heure actuelle que le Nobel de la guerre.

Dominique Losurdo

Professeur d’histoire de la philosophie à l’université d’Urbino (Italie). Il dirige depuis 1988 la Internationale Gesellschaft Hegel-Marx für dialektisches Denken, et est membre fondateur de l’Associazione Marx XXIesimo secolo. Dernier ouvrage traduit en français : Nietzsche philosophe réactionnaire : Pour une biographie politique

Traduction Marie-Ange Patrizio



[1] Corriere della Sera du 9 octobre 2010.

[2] Marco Del Corona, dans le Corriere della Sera du 9 octobre 2010.

[3] Ilaria Maria Sala, La Stampa, 9 octobre 2010. »


Jean Vinatier
SERIATIM 2010

Sources:


2-Sur l’auteur, Domenico Losurdo voir sa fiche sur Wikipedia :


Compte-rendu d’une interview (2007)

3-Quelques éléments de biographie autour de Liu Xiaobo:

In Liberation :


Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Arabie Saoudite, Argentine, Arménie, Australie, Bahamas, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzégovine, Brésil, Burkina Faso, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Costa-Rica, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Gabon, Gambie,Géorgie, Guatemala, Guinée, Guinée, Haïti, Honduras, Inde, Indonésie, Irak, Iran, Islande, Israël, Jamaïque, Jordanie, Kenya, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Malawi, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Niger, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Qatar, République Centrafricaine, République Dominicaine, Russie, Rwanda, San Salvador, Saint-Marin, Sénégal, Serbie, Singapour, Slovénie, Somalie, Suisse, Taiwan, Thaïlande, Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM, Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Saint-Pierre–Et-Miquelon), Ukraine, Uruguay, Venezuela, Vietnam, Yémen

jeudi 7 octobre 2010

Chine/Etats-Unis :vers une guerre des monnaies souveraines ? N°761 4e année

Guerre des monnaies ! Dominique Strauss-Kahn dit la craindre tandis que le secrétaire d’Etat au Trésor américain, Timothy Geithner, martèle, en pleine campagne électorale, que le yuan doit réévaluer et très vite. Le Premier ministre chinois, en déplacement en Europe à l’occasion de la réunion du G7, a renvoyé dans les cordes José Manuel Barroso qui reprenait mot pour mot les termes venus des rives du Potomac.
La Chine est-elle en guerre contre le dollar ? On ne peut répondre par « oui » ou « non ». Sa logique n’est pas d’entrer en confrontation avec une autre puissance mais de continuer son développement tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de son territoire mais aussi de renforcer continuellement sa prépondérance en Asie. Rappelons que la langue commerciale qui prédominera en Asie sera le mandarin bien devant l’anglais.
Les Etats-Unis, après avoir loué chaque matin pendant des années l’eldorado chinois et engagé à toutes les délocalisations possibles au risque de mettre au chômage un grand nombre de leurs concitoyens, entonne, maintenant, un autre refrain. En bref, le gouvernement américain qu’il soit démocrate ou républicain, veut maintenir coûte que coûte son hégémonie.
Si, aujourd’hui, on écrit beaucoup sur le déclin de cette grande puissance, force est de constater qu’elle n’a pas été contrainte de renoncer à aucune de ses 1000 bases militaires sur les cinq continents lesquelles coûtent une véritable fortune. Pas davantage, nous ne voyons sa politique étrangère faire preuve de retenue : de la guerre en Mésopotamie à celle d’Afghanistan et, peut-être, demain au Pakistan, Washington passe d’un affrontement à un autre sans se soucier du poids financier. La Maison Blanche veut reprendre la main en Amérique, Centrale (Honduras) et du Sud (Equateur), de même qu’elle place ses pions au Kirghizistan.
S’il y a quelque chose qu’on ne puisse pas reprocher aux Américains, à la différence de l’Union européenne, c’est bien d’être certains d’eux-mêmes. En apparence tout continue : l’Arabie saoudite sauve le Pentagone grâce à un contrat d’armement record (60 milliards de dollars), la Chine sauve le Trésor américain T-bonds) et ce dernier sauve la Fed qui, à son tour, sauve Wall Street. Nous sommes devant un serpent US qui tout en se mordant la queue n’en poursuit pas moins sa route !
Les Etats-Unis entendent bien que la « démocratie » (la leur) règne partout ouvrant à leurs financiers et parfois leurs alliés des marchés sans cesse croissants. Mais voilà, cette feuille de route se heurte de plein fouet à la Chine. Cette Chine serait décidément bien ingrate puisqu’elle a pu réussir son décollage économique grâce au dollar. Les dirigeants chinois et l’ensemble du pays sont animés par un ardent patriotisme reléguant, pour l’heure, au second plan, tout idéal démocratique. Les autorités pékinoises comprennent parfaitement la nécessité de garder la pleine maîtrise de leur monnaie à l’opposé du Japon incapable de reconquérir son « yen ».
Fidèles à leur tactique les Américains veulent un combat frontal, binaire : le bon contre le méchant. Si l’Union soviétique s’est prêtée à cette posture, la Chine, soyons-en assurés, fera tout pour l’éviter.
Le grand danger et Seriatim l’écrivait l’année dernière, est précisément de laisser se mettre en place un conflit monétaire dollar contre le yuan : tout le monde serait perdant y compris Pékin et Washington. L’Union européenne, loin de considérer l’euro comme une monnaie politique, brille par sa pusillanimité et n’envisage même pas, par exemple, de proposer à l’ensemble des nouvelles puissances émergentes une quelconque stratégie afin d’établir un contre-poids. Hélas, sortir de sa torpeur et reconnaître, qu’après tout que l’Union européenne puisse se saisir d’une occasion historique fait claquer des dents à toute « l’élite » de ce continent. Ne pas déplaire à l’empereur du Potomac ou la FED est la seule chose qui s’impose. Au-delà des cercles bruxellois, de nombreux européens croient sincèrement qu’ils ne peuvent avoir de place qu’au sein de l’univers mental et consumériste américain et s’ils râlent c’est pour obtenir, une meilleure écoute.
La France qui présidera la G20 de novembre 2010 à novembre 2011 saura-t-elle oser ? Malheureusement le Président Sarkozy est durablement déconsidéré à l’extérieur, à la tête d’un pays tout proche de la crise nerveuse. Communiquer restera, alors, un pis aller.

Jean Vinatier
Copyright©SERIATIM 2010

In Seriatim :
Juillet 2009

Octobre 2009 :

Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Arabie Saoudite, Argentine, Arménie, Australie, Bahamas, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzégovine, Brésil, Burkina Faso, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Costa-Rica, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Gabon, Gambie,Géorgie, Guatemala, Guinée, Guinée, Haïti, Honduras, Inde, Indonésie, Irak, Iran, Islande, Israël, Jamaïque, Jordanie, Kenya, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Malawi, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Niger, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Qatar, République Centrafricaine, République Dominicaine, Russie, Rwanda, San Salvador, Saint-Marin, Sénégal, Serbie, Singapour, Slovénie, Somalie, Suisse, Taiwan, Thaïlande, Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM, Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Saint-Pierre–Et-Miquelon), Ukraine, Uruguay, Venezuela, Vietnam, Yémen

mercredi 6 octobre 2010

Grèce, Moldavie, Serbie : apéritifs chinois avant festin ? N°760 4e année

Hier, Arte, a diffusé deux reportages consacrés à la Chine dont le premier rapportait l’installation d’entrepreneurs et de travailleurs chinois dans le port de Hambourg. Le détail intéressant était le suivant : savez-vous comment les Chinois caractérisaient cette ville allemande ? Han Bao ce qui signifie, château des chinois ou place forte. Il serait tout à fait opportun de connaître de quelle manière les autorités pékinoises qualifient des cités comme Paris, Moscou, Londres, New York, Los Angeles…etc.
En décembre 2009, Seriatim notait le soudain intérêt de la Chine pour la Grèce, déjà empêtrée dans les difficultés générées par son déficit. Un an après et à la veille d’une réunion sino-européenne, Rémy Godeau directeur de la rédaction de l’Est Républicain a publié un fort bon édito :
« Parfois, un détail cache un bouleversement historique. Ainsi la Chine s'est-elle dite prête à aider la Grèce, en faillite. À la veille du sommet sino- européen, cette offre tient du baiser du diable. Depuis trente ans, l'Empire du Milieu suit une stratégie de rattrapage économique aussi cynique qu'implacable. Elle se base sur une triple offensive. Un : sécuriser l'accès aux matières premières. Deux : devenir la locomotive de l'Asie, pour mieux disputer aux États- Unis le leadership sur le Pacifique. Trois : détourner savoir-faire et technologies de l'Occident afin de devenir premier exportateur mondial, sans craindre de laminer nos industries. Menée d'une main de fer, sans souci de coopération internationale, la tactique a réussi au-delà des espoirs. Les enfants de Mao sont des capitalistes hors pair. Et d'abord grâce à la sous- évaluation du yuan qui a permis d'inonder le monde de « made in China ». À la tête de 2 400 milliards de dollars, Pékin a beau jeu de proposer son soutien à Athènes. Non sans arrogance, elle exige des contreparties commerciales. Le prix de la survie avant le coup final. Car la volonté de la Chine est bien de diviser l'Europe pour mieux y régner. En chinois, crise (weiji) ,signifie danger et opportunité. »
Un des lecteurs Français de Seriatim installés prés de Pékin m’a écrit au sujet du refinancement de tout ou partie de la dette grecque et il observait ce qui suit :
« (1) Cette fois, c’est entendu, l’Union européenne montre son incapacité à s’accorder sur un apport en ressources à ce pays, ce qui légitime des doutes sur une union monétaire imprécise sur ces objectifs.
(2) Pour l’année en cours, 27 % des Emprunts d‘Etat des pays de l’union européenne ont été souscrits par la Chine. Cette situation n’est pas sans conséquence, notamment, en rapport avec les exigences fixées par Pékin à toute nouvelle souscription d'emprunt :
a) Accélération des transferts technologiques (sensibles) vers la Chine, laquelle situation aggrave la désindustrialisation de la France ;
b) Demande par la Chine de la suppression des quotas (notamment dans le domaine textile et alimentaire) ce qui accroît la détérioration de notre balance commerciale (avec des risques sanitaires) ;
c) Augmentation du cours de l’Euro (même constat) ;
d) Acceptation de la non-réévaluation du Yuan (même constat).
En somme, non seulement notre indépendance économique devient totalement inexistence mais nous sommes peu ou prou soumis au diktat de l’étranger. »
La Serbie, la Moldavie (financement d’un pont sur le Danube déjà surnommé le « China bridge ») concentrent une partie des calculs du pays du Petit livre rouge. Séduire des Etats situés en marge de l’Union européenne et/ou qui attendent leur ticket d’entrée est une politique parfaitement habile et cynique. D’ailleurs, l’ensemble de l’Union européenne est à prendre puisque à défaut d’être une puissance politique, elle est exclusivement mercantile. L’Allemagne a un statut à part. La puissance de son industrie délocalisée juste de l’autre côté de ses frontières alliée à une politique de salaires plus faible par exemple qu’en France lui donne une capacité d’exportation redoutable. Avec tout cela, l’Allemagne pratique consciencieusement une diplomatie de voyageur de commerce, ni plus ni moins. Pour le gouvernement chinois, une semblable nation est la perle rare. Berlin jouera donc un rôle clef, Paris n’étant qu’un wagon parmi les autres…..
Entre le mépris affiché par Washington pour l’Union européenne et les appétits chinois sans oublier la géostratégie énergétique russo-turque, les 27 pays de l’Union ont du souci à se faire. Et l’euro ? A l’instar du Yen, l’Euro est un bas de laine que la banque chinoise peut remplir en convertissant une partie de ses dollars.

Jean Vinatier
Copyright©SERIATIM 2010

Source :

Sebastian Bruck: “A dragon-tailed Trojan horse?”

In Seriatim:

Grèce : la Chine en sauveur, décembre 2009

Moldavie: débarquement chinois août 2009

Serbie: Pyrrhus victorieux? Février 2008

Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Arabie Saoudite, Argentine, Arménie, Australie, Bahamas, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzégovine, Brésil, Burkina Faso, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Costa-Rica, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Gabon, Gambie,Géorgie, Guatemala, Guinée, Guinée, Haïti, Honduras, Inde, Indonésie, Irak, Iran, Islande, Israël, Jamaïque, Jordanie, Kenya, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Malawi, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Niger, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Qatar, République Centrafricaine, République Dominicaine, Russie, Rwanda, San Salvador, Saint-Marin, Sénégal, Serbie, Singapour, Slovénie, Somalie, Suisse, Taiwan, Thaïlande, Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM, Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Saint-Pierre–Et-Miquelon), Ukraine, Uruguay, Venezuela, Vietnam, Yémen

mardi 5 octobre 2010

Kerviel : Punir le valet pour épargner le maître ! N°759 4e année

Jérôme Kerviel : la chute du maillon faible ? Le condamner à 3 ans de prison ferme et le contraindre à verser 4,9 milliards d’euros de dommages et intérêts, nous voilà revenu au temps de ces condamnations franquistes quand un « communiste » devait purger des peines de 200 ans ou bien aux Etats-Unis, pays des sentences inouies.
Le mois précédent Bernard Tapie recevait plus de deux cents millions de la part du ministère des Finances. Deux jours plus tôt, Jacques Chirac bénéficiait d’un non-lieu prononcé par un certain procureur Courroye. Aujourd’hui, c’est un trader désigné à l’opprobre. Ce fait ne va pas alléger l’atmosphère singulièrement mauvaise alors que les syndicats font ce qu’ils peuvent pour contenir leurs bases en disant oui à des grèves illimitées.
Une chose est certaine, les banquiers parisiens sont soudés par leurs cercles, leurs familles, leurs cursus et leurs amitiés politiques. Un Jérôme Kerviel n’a pas le droit à l’erreur, il vient de nulle part et il est un maillon faible facile à représenter auprès de l’opinion publique. C’est ce qui vient de faire Hugues Le Bret. Cet ancien directeur de la communication de la Société Générale et jusqu’à ces derniers jours, Président de Boursorama (il le redeviendra dans six mois ?) sort un ouvrage intitulé, excuser du peu : « La semaine où Jérôme Kerviel a failli faire sauter le système mondial »¹. On ignorait la Société générale aussi imposante : que pèse-t-elle face aux mastodontes asiatiques ? C’est du même ordre que la dette grecque devant provoquer l’implosion de toute l’Europe et au-delà !
En fidèle de Daniel Bouton et en sympathie avec l’actuel PDG de la banque, Hugues Le Bret raconte seulement la communication établie par son employeur une fois l’affaire Kerviel en route. Ouvrage de commande (semble-t-il) le système se défend et mise sur la seule arme qu’il possède, la communication.
Le plus insupportable est de sentir que le fait d’appartenir à un certain milieu vous exempte de toute peine. Que Jérôme Kerviel ait commis des erreurs, nul ne le conteste mais que la banque s’en lave les mains et continue à préconiser à ses traders d’accomplir des performances au risque de la ligne rouge, voilà qui est bien cynique ! Jérôme Kerviel est jeté sur la place publique pour contenter les foules seulement ces mêmes foules comprennent malgré tout qu’on les abuse. Petit à petit les gouttes d’eau remplissent le vase….
Souvenons-nous de La Fontaine, selon que vous serez riche et puissant…..


Jean Vinatier
Copyright©SERIATIM 2010

Note :

1-http://actualite.portail.free.fr/france/05-10-2010/un-ex-cadre-de-la-societe-generale-raconte-sa-gestion-de-l-affaire-kerviel/

Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Arabie Saoudite, Argentine, Arménie, Australie, Bahamas, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzégovine, Brésil, Burkina Faso, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Costa-Rica, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Gabon, Gambie,Géorgie, Guatemala, Guinée, Guinée, Haïti, Honduras, Inde, Indonésie, Irak, Iran, Islande, Israël, Jamaïque, Jordanie, Kenya, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Malawi, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Niger, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Qatar, République Centrafricaine, République Dominicaine, Russie, Rwanda, San Salvador, Saint-Marin, Sénégal, Serbie, Singapour, Slovénie, Somalie, Suisse, Taiwan, Thaïlande, Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM, Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Saint-Pierre–Et-Miquelon), Ukraine, Uruguay, Venezuela, Vietnam, Yémen

lundi 4 octobre 2010

La Tour du Pin (1911-1975) : « Tous les pays qui n’ont plus de légende…» N°758 4e année

C’est à 19 ans, en 1930, que Patrice de La Tour du Pin, héritier d’un des plus glorieux nom de France (dauphins de Viennois), écrivit ce poème, La quête de la joie soulevant l’enthousiasme de Jules Supervielle - et de Gide, de Montherlant - qui le fit découvrir et publier d’abord dans la prestigieuse revue de la NRF avant une première édition chez de La tortue en 1933.
Chrétien fervent pour lequel « tout homme est une histoire sacrée » il s’efforcera de faire jaillir au fur et à mesure de ses publications, une « théopoésie » qu’il expliquera ainsi : « J’ai toujours dit que Dieu était pour moi l’Inter-essant, et vous savez que la poésie est mon mode habituel de traduction de la vie, mais tout se passe comme si la vie me demandait d’être traduite et Dieu d’être signifié par moi. »¹
La Tour du Pin passa la majeure partie de sa vie au château du Bignon-Mirabeau (Gâtinais) ou vécurent les Mirabeau, père et fils, la veuve de Condorcet, ancêtre du poète.²
Ci-dessous le beau Prélude à La quête de la joie :

« Tous les pays qui n’ont plus de légende
Seront condamnés à mourir de froid….

Loin dans l’âme, les solitudes s’étendent
Sous le soleil mort de l’amour de soi.
A l’aube on voit monter dans la torpeur
Du marais, des bancs de brouillard immenses
Qu’emploient les poètes, par impuissance,
Pour donner le vague à l’âme et la peur.

Il faut les respirer quand ils s’élèvent
Et jouir de ce frisson inconnu
Que l’on découvre à peine dans les rêves,
Dans les paradis parfois entrevus ;
Les médiocres seuls, les domestiqués
Ne pourront comprendre son amertume :
Ils n’entendent pas, perdu dans la brume.
Le cri farouche des oiseaux traqués.

C’était le pays des anges sauvages,
Ceux qui n'auraient pu se nourrir d’amour ;
Comme toutes les bêtes de passage,
Un secret les menait toujours ;
Parfois ils restaient au sein des élus,
Abandonnant la fadeur de la terre,
Mais ils sentaient battre dans leurs artères
Le regret des cieux qu’ils ne verraient plus !

Alors ils s’en allaient des altitudes
Poussés par l’orgueil et la lâcheté ;
On ne les surprend dans les solitudes
Que si rarement ; ils ont tout quitté,
Leur légende est morte dans les bas-fonds,
On les rencontre dans les yeux des femmes,
Et ceux des enfants qui passent dans l’âme,
En fin septembre, tels des vagabonds.

On les voit furtifs, qui rôdent dans l’ombre
Et ne doivent pas s’arrêter très loin ;

Ils vont se baigner par les nuits très sombres
Pour que leurs ébats n’aient pas de témoins.
-Mais plus rare et solitaire le cri
Plus effrayant qui brise la poitrine,
Et va se perdre aux cimes de l’esprit
Comme un appel lointain de sauvagine.

Tous les hameaux l’entendront dans la crainte,
Le soir, passés les jeux de la chair ;
Il s’étendra sur la bande, la plainte
D’une bête égorgée en plein hiver ;
Ou bien ce cri de peur dans l’ombre intense
Qui déchire brusquement les étangs,
Quand s’approchent les pas des poursuivants
Et font rejaillir l’eau dans le silence.

Si désolant sera-t-il dans les plaines
Que tressailliront les cœurs des passants;
Ils s’arrêteront pour reprendre haleine
Et dire : c’est le chant d’un innocent !
Passé l’appel, résonneront encore
Les échos, jusqu’aux profondeurs des moelles,
Il prendra son vol, comme un son de cor,
Vers le gouffre transparent des étoiles !

Toi, tu sauras que ce n’est pas le froid
Qui déchaîne un cri pareil à cette heure;
Moins lamentable sera ton effroi,
Tu connais les fièvres intérieures,
Dans les ventres sourds, pliés à se tordre,
L’aube du désir chez les impuissants,
Et tu diras que ce cri d’innocent,
C’est l’appel d’un fauve qui voudrait mordre ! »



Jean Vinatier
Copyright©SERIATIM 2010

Notes :

1- Julliard (Suzanne) : Anthologie de la poésie française, Paris , Ed de Fallois, 2002, p1123
2-Histoire du château du Bignon-Mirabeau :

Source :

Eric Benoit « Patrice La Tour du Pin -La poésie en quête de joie » :

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Baudelaire : « Chant d’automne » N°757 4e année

Ce « Chant d’automne » n’est-il pas aussi celui de notre monde ?


« Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ;
Adieu, vive clarté de nos étés trop courts !
J’entends déjà tomber avec des chocs funèbres
Le bois retentissant sur le pavé des cours.

Tout l’hiver va rentrer dans mon être : colère,
Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,
Et, comme le soleil dans son enfer polaire,
Mon cœur ne sera plus qu’un bloc rouge et glacé.

J’écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ;
L’échafaud qu’on bâtit n’a pas d’écho plus sourd.
Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
Sous les coups du bélier infatiguable et lourd.

Il me semble, bercé par ce choc monotone,
Qu’on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.
Pour quoi ? – C’était hier l’été ; voici l’automne !
Ce bruit mystérieux sonne comme un départ. »



Jean Vinatier
SERIATIM 2010

Source:  in Les fleurs du mal -Spleen et idéal, LVI

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dimanche 3 octobre 2010

Serge Federbusch et "l'imposture de Delanoë" N°756 4e année

Entretien de mai 2010:




Quart d'heure de célébrité Serge FEDERBUSCH gauche moderne
envoyé par enquete-debat. - L'info video en direct.

Jean Vinatier



SERIATIM 2010







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jeudi 30 septembre 2010

Sarkozy, Chirac, Delanoë : les comptes d’entre nous ! N°755 4e année

Le dernier rapport de la cour régionale des comptes remis au maire de Paris fin juin mais porté à la connaissances des élus et des médias qu’en septembre, n’a pas enclenché une vraie fronde contre cette équipe municipale dispendieuse des sous des parisiens (les impôts locaux iront crescendo) notamment en ce qui concerne les nouveaux emplois et fonctions que Bertrand Delanoë a réservé à une coterie : on relèvera au passage un étrange délégué général au design ainsi que des rémunérations annuelles autour de 240 000 euros !
Au début de cette semaine, le conseil de Paris devait approuver sans difficulté l’accord intervenu entre la mairie de Paris et Jacques Chirac pour clore le chapitre des emplois fictifs tout en évitant que celui des emplois inutiles de cette actuelle mandature ne s’ouvre. Cet accord arrangé sous l’égide de Nicolas Sarkozy, a placé en porte-à-faux les conseillers municipaux de droite obligés d’un côté de fulminer pour envoyer un signe à leurs électeurs mais contraints, de l’autre côté, de se limiter à un baroud d’honneur surveillés par l’œil élyséen. Mais, oui, Sarkozy et Delanoë s’entendent et se complètent fort bien, presque un couple ! Le Président se satisfait, ô! combien, d’un maire qui métamorphose la ville en Homo festivus city et n’a guère de moyens pour contrer la hausse insensée des prix des appartements qui renvoie au-delà de la capitale les couches populaires, les classes moyennes au profit des touristes fortunés, des parvenus des cinq continents, des milliardaires (certains maffieux), des riches retraités français : avec ces nouveaux propriétaires, pas de danger d’un soulèvement ou d’une révolte, ni même d’une grogne : Paris, ville des Sargasses !
Et Jacques Chirac ? C’est le grand gagnant de cette histoire et l'on amuse le public au sujet de son « emprunt de 500 000 euros » : qui peut gober une telle baliverne ? Nicolas Sarkozy a besoin de sa bienveillance pour éviter toute autre candidature de droite pour 2012 tandis que Bertrand Delanoë s’engouffre presto, presto pour jouer le grand seigneur, s’offrant même le luxe, de dire devant le conseil municipal qu’en 2011 il limiterait les plus hautes rémunérations. Voilà, braves gens, passez muscade. Tout le monde trouve son compte : Nicolas Sarkozy achéte un peu de tranquillité, Jacques Chirac retrouve une virginité que le tribunal ne lui enlévera pas dans les prochains jours et Bertrand Delanoë respire, voyant s’éloigner les ennuis bien content que la cour des comptes ne dispose pas d’un pouvoir judiciaire. Il avait bien tort de s’alarmer : la presse le chouchoute et lui pardonne tout, la droite parisienne n’a ni personnalités fortes, ni manœuvres d’action, ses seuls problèmes sont à gauche tel Jean-Marie Le Guen.
Ce tableau qui n’est en rien élogieux pour aucun des protagonistes indiffère tout le monde, voilà le plus navrant

Jean Vinatier
Copyright©SERIATIM 2010

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Pierre Manent : « L’islam un empire sans empereur » N°754 4e année

Pierre Manent, directeur d'études à l’EHESS et ancien assistant de Raymond Aron, a publié,, en 2006, un an après le « Non » des Français – et des Hollandais - au référendum, un passionnant ouvrage d’une centaine de pages, intitulé, La raison des nations –Réflexions sur la démocratie en Europe. Divisé en trois chapitres, la démocratie, la nation, la religion, tous attractifs et riches en réflexions parce que cet historien sait frapper au cœur de la cible, c’est à la lecture du troisième chapitre que j’ai trouvé ces pages (voir ci-dessous) consacrées à l’islam et que je propose à votre lecture :

« Si nous ne sommes pas en guerre avec l’islam, s’il importe en effet d’éviter de parler de « guerre des civilisations », c’est d’abord parce que les civilisations ne se font pas la guerre. Ce triste privilège est réservé aux corps politiques. Or, précisément, le problème politique de l’islam, c’est qu’il n’a pas trouvé sa forme politique. Je n’entends ici proposer aucune thèse sur l’islam, n’ayant aucun titre pour le faire, seulement rappeler un certain nombre de grands faits.
Nombre d’Européens, ou d’Occidentaux partant d’une bonne intention, adressent à l’islam le conseil pressant de se réformer, plus précisément d’accomplir les réformes religieuses, sociales et politiques qui permettront aux musulmans de participer enfin pleinement au monde commun et à l’humanité réunie qui se dessinent. Ce conseil nous vient d’autant plus naturellement que l’Europe a une expérience particulièrement longue et riche de ces changements profonds dans lesquels l’association humaine qui change préserve néanmoins sa continuité subjective. J’ai déjà relevé que c’était là une vertu toute spéciale du « temps national ». En particulier, la « nationalisation » du christianisme par la Réforme a abrité sa « subjectivation ». Ainsi que l’écrivait Hegel : « Luther n’aurait pas accompli sa Réforme s’il n’avait pas traduit la Bible en allemand. » L’aptitude à accueillir le changement et le désir d’appropriation subjective des contenus de vie, y compris ou spécialement des contenus religieux, dépendent l’un de l’autre. Ce désir prend en effet appui sur la confiance que nous avons dans notre capacité à perdurer dans notre identité personnelle à travers tous les changements de vie. Ce trait est-il propre à « l’Europe chrétienne » ?
Dans l’interprétation qu’il donne de lui-même, l’islam clôt les révélations monothéistes par une parole définitive, reçue et transmise tout entière par Mahomet. La loi divine est immédiatement positive et évidemment rationnelle. Sa mise en œuvre institue l’umma, « la meilleure communauté qui soit », une communauté d’égaux dans laquelle il n’y a pas de « pouvoir spirituel ». Il y a seulement des imams pour diriger la prière et des docteurs de la Loi pour interpréter celle-ci, mais ces derniers sont bien plus des juristes que des théologiens. On pourrait ajouter : l’islam ignore la distinction propre au monde chrétien entre l’Eglise visible et l’Eglise invisible, et donc la tension entre le pôle institutionnel et le pôle spirituel. Il est pour ainsi dire tout entier dans ses marques extérieures et objectives. C’est évidemment un grand principe de force que cette absence de divisions intérieures – entre temporel et spirituel, visible et invisible. Autre principe de force et d’objectivité, le rapport de l’islam au territoire : toute terre conquise où s’applique la Loi devient musulmane, vient faire partie de la « région de l’islam », « région » qui comporte normalement la continuité géographique. Hors de cette région, il y a la « région de la guerre », région où le djihad est légitime, et même requis, en tenant compte bien sûr des circonstances.
Ces rappels très sommaires suffisent à mon propos. Si nous cherchons à caractériser l’islam comme association humaine, je préfère dire, plus précisément, comme forme politique, nous dirons qu’il s’agit d’un empire, ou qu’il appartient à l’espèce des empires. Cette conclusion, fort importante en dépit de sa simplicité, ne suffit pas pour déterminer complètement la nature politique de l’islam. Mais celle-ci peut-elle être déterminée complètement ? Si on peut reconnaître la forme, ou l’empreinte, de l’empire, on ne peut dire qu’il y ait un régime politique caractéristique de l’islam. Ce qui s’en rapproche dans l’islam sunnite, majoritaire, c’est ce qu’on appelle l’utopie de Médine, soit l’ordre l’ordre politique parfait réalisé à Médine de 622 à 632, lorsque le Prophète devient législateur, chef de cité et chef de guerre. Mais, c’est là un modèle hors d’atteinte, même s’il peut bien sûr solliciter les imaginations. En pratique, le pouvoir revient au calife, qui est un personnage civil appartenant en principe à la tribu du Prophète, et qui doit préserver le fondement religieux de l’ordre social, à savoir la charia. Il recourt normalement à la consultation qui vise à l’unanimité. Le califat est une formule politique – le terme de « régime » ne conviendrait pas – si indéterminée que la vie politique musulmane connaît une division particulièrement marquée entre la légitimité et la nécessité. En attendant une impossible application du modèle parfait, on s’accommode d’une vie politique très éloignée de la Loi. Il est permis de voir là une des grandes causes de la difficulté de l’islam à pratiquer effectivement la démocratie : d’un côté la Loi indiscutable exclut ou limite sévèrement beaucoup de libertés personnelles que réclame la démocratie ; de l’autre, l’énorme latitude de conduite des princes, ou des chefs, est incompatible avec le respect des lois démocratiques. Il y a là un chiasme débilitant dont l’islam a beaucoup de peine à se dégager.
La forme politique de l’islam, c’est donc l’empire, dont la dernière concrétisation fut l’Empire ottoman. Jusqu’en 1924, les musulmans pensaient qu’il y avait des successeurs du Prophète. Mais, le 3 mars 1924, Mustafa Kemal abolit le califat. Depuis lors, l’islam est un empire sans empereur.
L’empire est une forme typique de la politique ancienne. On pourrait dire que « devenir moderne », en termes politiques, c’est trouver une alternative à l’empire. Ce qui caractérise le développement politique des Européens, c’est leurs efforts pour se gouverner eux-mêmes et, d’abord ou en même temps, prendre conscience d’eux-mêmes, à partir d’une matrice impériale double – l’Empire romain et l’Eglise chrétienne, « romaine » parce qu’elle épousa d’abord la forme impériale. Au terme de ce processus, des nations chrétiennes : la forme politique avait changé de définition – d’empire elle était devenue nation -, et la forme religieuse, de substance, ou substantif, était devenue attribut, ou adjectif. Il dépasserait tout à fait mon propos d’explorer plus en avant le sens, ou d’évaluer les mérites, de cette immense transformation, ou une transformation analogue. D’où l’infécondité politique des tardifs mouvements nationaux, ou nationalistes, en terre d’islam ; d’où le recours à l’idée de « nation arabe », qui désigne précisément ce qui manque. Nous sommes ainsi en présence d’un immense empire, ou plutôt d’une immense empreinte impériale sans empereur, d’une immense surface sensible – combien sensible !- sans articulation intérieure cohérente, et qui est donc traversée de vagues de mobilisation tantôt « nationaliste », tantôt « fondamentaliste », qui sont autant d’appels enfiévrés lancés vers la forme qui manque ou ne parvient pas à s’actualiser, vers la nation ou l’empire. L’ensemble musulman présente ainsi à la fois une force énorme due au nombre et à l’étendue, due aussi à la stabilité et à l’objectivité de la marque religieuse, et une immense faiblesse due à l’absence, jusqu’ici insurmontable, d’une forme politique effective qui permette de prolonger dans des appropriations nouvelles – transformantes et fidèles – les enseignements du Prophète.
Objectivité abrupte de l’islam, pente subjective de l’Occident. Des deux côtés, on est à la recherche de ce qui manque, à la recherche de son contraire ou de son complément. Là où l’islam cherche, jusqu’ici en vain, les voies d’une appropriation subjective qui puisse en faire la religion de libres sujets, les nations européennes cherchent, en vain jusqu’ici aussi, une définition objective d’elles-mêmes qui ne cesse de leur échapper. Voudraient-elles ne former qu’une rencontre aléatoire et flottante de libres sujets, elles se heurtent désormais à l’objectivité de l’islam. L’islam les oblige à s’interroger sur leur être. S’il est notre ennemi, alors c’est au sens où, comme le dit Theodor Däubler¹ dans un impressionnant poème, « l’ennemi est la figure de notre propre question ».





Pierre Manent note justement les manques de nation et d’une tête politique (calife ou empereur). Rappelons que les Anglais réussirent financèrent et d’encouragèrent la révolte arabe sous la conduite d’un prince Hachémite (éphémère roi à Damas avant de l’être en Irak) contre l’empire ottoman avant de l’arrêter brutalement avec le concours des Français (1919-1921). Londres et Paris brisèrent en deux ans l’espoir d’une nation arabe à la tête de laquelle un calife aurait retrouvé toute sa place. Ainsi, les puissances européennes acquises (contraintes) aux principes wilsoniens, agirent pour qu’ils ne se réalisent pas dans les pays arabes. Londres et Paris pensaient, en toute logique, à la pérennité de leurs empires coloniaux.



La maison Hachémite a gouverné les lieux saints (Médine et La Mecque) pendant des centaines d’années avant d’en être chassée par Ibn Saoud, premier roi d’Arabie saoudite.

Jean Vinatier


SERIATIM 2010

Note :
1- Poéte et essayiste de langue allemande né à Trieste en 1876, mort en Autriche en 1934. Pierre Manent fait, peut-être, allusion à son poème L’Aurore (1910)

Source :

Manent (Pierre) : La raison des nations –Réflexions sur la démocratie en Europe, Paris, Gallimard, 2006, pp.71-76 (Prix :11 euros)

Dernier ouvrage paru :
La métamorphose de la cité, Paris, Flammarion, 2010


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mercredi 29 septembre 2010

Nicolas Voisin, OWNI : « Le média, seul, n’a pas de pertinence économique » N°753 4e année


Nicolas Voisin, PDG de 22mars et directeur de la publication de Owni.fr from Philippe Couve on Vimeo.

Jean Vinatier

SERIATIM 2010


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Sur le chemin de l’après démocratie ? N°752 4e année

L’élection d’Ed Miliband à la tête du Labour n’a pas tellement retenu les commentateurs autrement que pour noter la concurrence singulière entre lui et son frère aîné, David, tous les deux forts brillants. Cependant, que seuls deux frères puissent prétendre à la direction d’un parti aussi ancien et respectable que le Labour sans qu’aucune autre personnalité n’émerge, n’est-ce pas le signe d’un dérèglement de la vie des partis politiques ?
Ed Miliband, nouveau chef de l’opposition à Sa Majesté, par ses paroles intriguent de prime abord ; bien qu’il se déclare plus à gauche que son frère, son élection ne signifierait pas un virage à gauche du Labour alors  qu’il prentendrait reconquérir l’électorat ouvrier.
La New Left lancée dans les années 50  eut pour talentueux orateur un certain Tony Blair qui transforma de fond en comble le Labour au point de le vider de toute substance idéologique et de le mettre sur l’orbite du libéralisme avec les conséquences que l’on sait. En fait, aujourd’hui, l’actuelle coalition au pouvoir et le Labour ne sont en véritable opposition, se rejoignent sur après tout, de l’économie aux « special relationships ». L’aveu d’Ed Miliband sur ledémenti d’un virage à gauche est patent, de même que l’idée de rassembler le monde ouvrier qui n’existe plus à moins qu’il n’assimile le pauvre au travailleur. Nous sommes dans un moment de théâtre politique et de basculement de la démocratie. Le Royaume-Uni, jusqu’à présent, le symbole historique du parlementarism,  du bipartisme et d’usages inscrits dans le marbre déraillerait-il?
L’exemple anglais nous rappelle que  la fin des idéologies a placé en porte-à-faux aussi bien les partis socialistes que les partis de droite : les premiers pour prendre le train en marche passèrent du socialisme pseudo marxiste à la sociale-démocratie pour se ranger, maintenant, sous l’étendard du social-libéralisme ; les seconds, dans l’ensemble avocats d’un captitalisme  industriel ont été happés par le néo-libéralisme et ne jurent, désormais, que par le capitalisme financier.
 En apparence, les grandes représentations politiques demeurent, continuant à nous servir la pâtée à chaque élection mais, en réalité, petit à petit, les peuples se voient daignés tout rôle affaiblissant in fine la viabilité de la nation. Les exemples des referanda de France, des Pays-Bas et d’Irlande sont tout à fait parlant : les trois furent bafoués ! Idem pour l’évolution étatique, les pays européens où l’Etat centralisé était le plus fort (France, Royaume-Uni) le voient s’effilocher dans tous les domaines et se défaire de sa providence : santé, éducation, sécurité (police, armée) et même justice (voir les propos du ministre Brice Hortefeux)…etc.
Peuple, Nation, Etat ainsi bousculés les partis politiques historiques (et derrière eux les partenaires sociaux) ne contestant pas véritablement ces chamboulements ne gardent plus d’eux-mêmes qu’une façade. Une démocratie peut-elle fonctionner sans Peuple, sans Nation ?

Les citoyens cessant de l’être et n’étant, alors, que des individus au tissu social réduit au strict minimum tomberont dans l’escarcelle des communautarismes, ethniques, religieux, écologique…etc. Les représentations politiques soit disparaîtront, soit prendront d’autres formes en n’ayant plus pour base ni le Peuple, ni la Nation.

L’élection d’un des deux frères Miliband à la tête du Labour accélère-t-il ce que certains auteurs appellent l’après démocratie ?

 

Jean Vinatier

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vendredi 24 septembre 2010

Mehdi Taje : « Les vulnaribilités et les facteurs d’insécurité au Sahel » N°751 4e année

Les enlèvements de nos compatriotes au Niger et au large du Nigeria rappellent à notre souvenir l’importance cruciale du Sahel où la France dispose d’intérêts considérables et des vues importantes.
Voici en lien un long et complet article sur le Sahel vu par un géopolitien tunisien :

 Un article de 2009 sur le même sujet et par le même auteur :

La vidéo :

In Seriatim Niger:


Jean Vinatier

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jeudi 23 septembre 2010

Mid-term : la roche Tarpéienne du Président Obama ? N°750 4e année

Des conseillers de Barack Obama claquent la porte de la Maison Blanche sur fond d’une campagne électorale des mid-term qui s’annonce ou pleine de surprise ou pleine d’enseignement. Le Tea Party, d’abord regardé avec une condescendance feinte de mépris des deux rives de l’Atlantique, a su capitaliser autour de lui bien des mécontents contre l’establishment qui regroupe pêle-mêle : le Congrès, la Maison Blanche, les banques, les lobbies, les agences nationales….etc. La présence de Sarah Palin, ex-gouverneur de l’Alaska, a accrédité l’idée, assez juste, que ce Tea party n’était qu’une création du parti républicain. Mais au fur et à mesure de l’accroissement de son audience et, surtout, des premières primaires, on s’aperçoit que ce qui devait être un splendide missile contre Barack Obama et les démocrates, l’était également pour les Républicains. Du coup, dans l’entourage d’Obama, on se prend à rêver que le Tea party pourrait empêcher les Républicains d’avoir la majorité dans les deux chambres. Mais cette espérance pour le parti démocrate pourrait fort bien devenir un soleil de janvier. Un récent sondage Gallup indiquait que les Américains souhaiteraient la création d’un troisième parti. Si les électeurs de novembre optaient pour renvoyer dos à dos Républicains et Démocrates (Congrès, postes de gouverneurs et d’attorney généraux ) nous serions devant un bouleversement de l’échiquier politique nord-américain sans précédent depuis la Guerre de Sécession voir la naissance des Etats-Unis.
Malgré le peu de publicité que les médias nationaux accordent à l’évolution intérieure américaine préférant nous dire le spacieux appartement de 15 millions de dollars acquis par le footballeur Thierry Henry, les informations captées ont de quoi assombrir les esprits. Un chômage en progression, une pauvreté grandissante, une reprise économique atone, une situation immobilière catastrophique : des quartiers entiers sont vides d’habitants, des maisons et des appartements sont proposés à 1 dollar, une classe moyenne, à son tour, happée par l’angoisse du lendemain. Dans ce contexte, la chute vertigineuse de la popularité du Président Obama, si l’on en croit les sondages, le ferait-il approcher de la roche Tarpéienne ?
En deux ans de mandat, le formidable espoir suscité par l’élection d’un Président de couleur et les idées novatrices sensées le suivre ont depuis disparu en totalité hormis la réforme de la santé. S’il s’affaiblit à l’intérieur, sa politique extérieure ne paraît plus être entre ses seules mains, d’autres plus agressives entretiennent tous les objectifs que s’étaient promis de réaliser non seulement les Républicains sous Bush mais également l’aile la plus autoritaire des démocrates pendant le mandat de Bill Clinton. Une trappe se refermerait-elle sur Barack Obama?
Il est assez singulier qu’un Président américain perde en un temps aussi court toutes les mannettes : n’aurait-il  plus que la déclamation ?

Jean Vinatier

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mercredi 22 septembre 2010

Edito : Pierrot et le loup N°749 4e année

Tandis que le Président Sarkozy, accompagné de sa femme et de son fils Louis dans l’enceinte des Nations Unies, se débrouillait comme il le pouvait pour montrer l’excellente humeur avec la chancelière au pas bien pressé, le plan vigipirate aurait passé à l’ultime échelon, écarlate bien que la place Beauveau ne le démente…mollement !
Voilà prés de huit jours, que la France serait à la veille de connaître un ou plusieurs attentats, qu’une mystérieuse kamikaze se préparerait à officier. Les patrouilles armées à blanc sont multipliées dans le métro et les gares mais, étrangement le bon peuple soupçonne à tort ou à raison, ce gouvernement de monter en épingle un risque afin de gommer de nos esprits toutes les turpitudes de ce même pouvoir.
Le gouvernement devrait se rappeler la fable de Pierrot et le loup !
Néanmoins, l’enlèvement de nos compatriotes au Niger ébranle l’exécutif : après l’exécution du Français en Mauritanie, l’Elysée recevrait un coup puissant en cas d’une autre fin tragique. Quoi qu’il en soit, il se pourrait bien que la victime collatérale de cette affaire soit la Présidente d’AREVA, Anne Lauvergeon. Son rival, Henri Proglio, ami du Président de la République, ajoutera-t-il à EDF cette société ?
Plan vigipirate écarlate ou pas, otages français plus règlements de compte dans les hautes sphères françaises, cela fait beaucoup : craignons que tout ne s’emmêle alors que des vies sont en jeu……

Jean Vinatier
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mardi 21 septembre 2010

Edito : Vent d’extrême en Europe N°748 4e année

L’extrême droite suédoise entre au parlement. Partout en Europe, les extrêmes surtout de droite cheminent : Marine Le Pen fleurterait avec 20 à 22% des intentions de vote. Quel que soit le pays du continent européen, les partis installés, pour certains historiques, sont dans une grande incapacité à se hisser à la hauteur de leur tâche d’intérêt général : sont-ils happés par d’autres forces, de redoutables puissances, appartiennent-ils à l’odre ancien ? Ils apparaissent aux yeux des citoyens comme des consciencieux élèves appliqués à mettre en place un nouveau catéchisme qui promet des jours austères aux masses et la vie dorée aux gens du voyage des paradis fiscaux.
Les idéologies ne sont plus, les Etats eux-mêmes vacillent sur leurs bases. Les citoyens des nations européennes s’inquiètent de l’effacement de tous les cadres collectifs, sociaux. Les relais syndicaux, intellectuels sont moribonds ou dans le coma. Sur fond de crise sociale aggravée, la prospérité des grandes entreprises et la morgue des banquiers accentuent le malaise : entre eux et les citoyens, plus rien ! En France, la haute fonction publique aurait-elle abandonné le navire pour les conseils d’administration ? Le peuple croit que les clercs vident l’Etat de toute sa substance.
Si aucun homme d’Etat ou de gouvernement n’a pris le pouvoir ou ne l’a conservé par un coup de force, quelque chose d’insidieux est en train de se mettre en place sur fond d’identité nationale, de revendication régionaliste, d’insécurité, de méfiance religieuse, de tenue vestimentaire, du nomadisme à roulotte fustigé…etc, c’est le populisme. La lente déliquescence des partis traditionnels accoucherait-elle d’un populisme en guise d’adieu à la scène ?

Jean Vinatier
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