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mardi 15 juin 2010

François Leclerc : « Tourner la page » N°712 3e année

Ma tendinite au bras gauche ne faiblissant pas, je ne peux toujours pas écrire !
Ci-dessous un article de
François Leclerc (blog Paul Jorion) fort instructif qui nous indique que nous continuons à être sur un volcan:

« Durant toute la journée de lundi, les démentis ont plu de toute part, ne faisant qu’accréditer la rumeur dont avait fait état le Frankfurter Rundschau, un journal qui ne passe pas particulièrement pour faire partie de la presse à sensation. L’Espagne serait au bout du rouleau, un plan d’activation du fonds de stabilité financière européen en préparation. Les mauvais esprits – il n’en manque pas – remarquant que ce scénario rappelait fâcheusement celui de la Grèce, avant qu’elle ne bénéficie d’un soutien longtemps dénié de toutes parts.
Une conférence téléphonique des ministres du G7 avait opportunément eu lieu dans la matinée, dont il était juré qu’elle n’avait pas été consacrée à l’affaire qui mobilisait toutes les attentions. Décidément !
Les rares banquiers et financiers espagnols qui acceptaient de s’exprimer faisaient entendre un tout autre son de cloche : ils reconnaissaient que les banques espagnoles étaient devant le marché international des capitaux comme devant porte close. Plus personne ne voulant se risquer à prêter à un secteur bancaire en pleine crise, sans désormais même faire trop le détail entre ses composantes, faute de visibilité. L’opacité du système financier se retourne contre lui dans les mauvais jours : il est dans l’incapacité de lui substituer la transparence, car elle rendrait encore plus vulnérable.
La BCE s’affirme plus que jamais le seul recours de la quasi totalité des banques espagnoles pour se maintenir à flot, tandis qu’est annoncée pour jeudi une émission obligataire de l’Etat, celui-ci risquant de devoir faire appel aux faveurs de la banque centrale, afin que la souscription se fasse dans des conditions acceptables, faute de mieux. Selon le quotidien El Pais, 16,5% de la totalité des prêts de la BCE sont désormais consentis à l’Espagne, un pourcentage en très rapide progression depuis le mois de mai dernier.
Le sommet européen des chefs d’Etat, convoqué jeudi prochain dans le cadre de la préparation du G20 des 26 et 27 juin, ne se saisira pas nécessairement officiellement du dossier, mais il devra impérativement le traiter. Car c’est non seulement l’Espagne qui est en cause, mais une nouvelle fois tout l’édifice européen. En raison cette fois-ci de l’éclatement de la dette privée espagnole, qui secoue son système bancaire et en impose la restructuration forcée à toutes enjambées, afin d’éviter qu’il ne sombre. Une perspective qui ne fait qu’ajouter aux tensions provoquées par la désastreuse dégradation de la note de la Grèce par Moody’s, qui anticipe par ce geste la nécessité d’une restructuration inévitable de la dette du pays.
Les rapports pleuvent tout autant, qui s’efforcent de chiffrer les expositions des banques européennes au risque. Que celui-ci résulte des obligations d’Etat dont ils regorgent et dont les prix baissent au fur et à mesure que leur rendement croit – en particulier des pays désormais dits à risque – ou des prêts de toute nature qu’elles y ont consenti au secteur privé. Tour à tour, la Royal Bank of Scotland (RBS) et, à tout seigneur tout honneur, la Banque des règlements internationaux (BRI), ont dévoilé des chiffres convergents qui montrent, en particulier, l’énormité des engagement des banques allemandes, britanniques et françaises. Un millier de milliards de dollars auraient été prêtés par ces dernières en Espagne, Grèce, Portugal et Irlande, non compte-tenu de tous les prêts effectués à ceux-ci par un système bancaire européen qui compte un millier d’établissements.
Les marchés, qui sont bien placés pour le savoir, n’ignorent pas par ailleurs que le système bancaire européen est loin d’avoir purgé ses bilans des actifs toxiques résultant du démarrage de la crise financière aux Etats-Unis.
Deux constatations sont tardivement faites à propos du système bancaire européen. Il se révèle extrêmement interconnecté, pris dans des rapports qui ne peuvent qu’évoquer une dangereuse consanguinité, et donc globalement très sensible aux crises nationales. Tous les indicateurs sonnent par ailleurs en même temps l’alarme, annonciateurs de la montée des périls. Chaque jour plus fréquentés, les facilités de dépôt de la BCE, sont tous les soirs un havre pour les liquidités bancaires, le pire des signaux possibles. Il est également à noter que les compagnies d’assurance, qui semblaient étonnement épargnées, en viennent à manifester à leur tour des accès de faiblesse. C’est le cas d’Axa, qui a annoncé vendre des actifs britanniques auparavant considérés comme stratégiques, afin de se renflouer.
La glissade engagée avec la Grèce se poursuit donc en Europe, dans la crainte qu’elle finisse par devenir incontrôlée. Mais la riposte engagée par les gouvernements continue de ne pas être à la hauteur des enjeux et à se tromper de cible.
Le gouvernement italien vient à ce propos de briser un tabou, que la crise espagnole rendait de toute façon de plus en plus impossible à respecter. Dans le cadre de la préparation du sommet européen de jeudi, Franco Frattini, ministre des affaires étrangères, vient de déclarer que « L’Italie est prête à refuser de donner son accord (au texte de la déclaration finale) s’il n’y a pas une référence à la dette globale, pas seulement à la dette publique, mais aussi à la dette privée ». « Ne parler que de la dette publique reviendrait à se priver de nombreux éléments qui devraient renforcer cette stratégie », a-t-il ajouté. Contrairement à l’Espagne, l’Italie a en effet une dette privée relativement contenue, alors que sa dette publique est parmi les plus élevées d’Europe, 115,8% du PIB.
A ce sujet, la grande question des stress tests des banques continue d’agiter le monde de la finance. Josef Ackerman, P-DG de la Deutsche Bank, vient de déclarer qu’il serait extrêmement dangereux de rendre public leurs résultats. Et pour cause ! Ce n’est en effet pas uniquement par respect au culte du silence qui prévaut hors du sérail dans le monde financier que celui-ci est réclamé. Rien qu’en Allemagne, le réseau des banques régionales (des Länder) continue d’être très atteint en raison de sa détention en grande quantité d’actifs toujours en attente d’être dévalorisés.
Quand, par ailleurs, la Société Générale française annonce que son plan stratégique, intitulé en toute modestie « Ambition », vise les 6 milliards d’euros de bénéfice net en 2012, doublant son objectif 2010, et que parallèlement les actifs gérés en extinction (c’est à dire invendables) n’auront un impact que de 0,7 à 1 milliard sur le résultat net en 2010, on est en droit de s’interroger sur la valeur de ces projections. Surtout quand il est précisé par la banque que la taille de ce portefeuille d’actifs toxiques sera réduite d’uniquement 60%, et ce d’ici seulement 2015.
Enfin, il ne peut être mis entre parenthèses dans l’évaluation de la situation des banques qu’elles seraient bien en peine de lever sur les marchés les capitaux que nécessiterait la reconstitution de leurs fonds propres, si les stress tests devait en révéler la nécessité. Frilosité des investisseurs oblige, qui constatent la dégringolade des valeurs financières intervenue en Bourse ces derniers temps.
Sur le devant de la scène, nous assistons pendant ce temps-là à de bien curieux spectacles. En premier lieu celui de l’aveugle qui à Berlin a soutenu la paralytique, la principale préoccupation de Nicolas Sarkozy et d’Angela Merkel semblant être de camoufler à tout prix leurs désaccords et non de rechercher une issue convaincante à la crise européenne. Se concentrant sur les compromis qu’ils peuvent passer, tout en évacuant ce qui reste irréductible et qui est l’essentiel.
Mettant en avant à peu de frais un accord à propos de la taxation des banques et des transactions financières – dont ils savent pertinemment qu’il sera retoqué à Toronto lors du G20 – ils se réfugient derrière une gouvernance économique de l’Union européenne, qui a pourtant fait dans la dernière période la preuve flagrante de sa paralysie, sinon de son inanité. Une capitulation sans gloire de Nicolas Sarkozy, dont on se demande si la contrepartie obtenue ne serait pas une certaine mansuétude allemande à propos des mesures d’austérité floues qu’il a fait annoncer par son premier ministre. L’heure est aux effets d’annonce, une fois de plus.
En alternance, un autre spectacle nous est présenté par la commission de Bruxelles, qui annonce le lancement d’une consultation publique. L’idée est que, « en cas de développements négatifs qui constituent une menace sérieuse pour la stabilité financière ou pour la confiance du marché envers un pays membre ou l’UE », les autorités nationales pourraient de manière temporaire « interdire ou imposer des conditions » pour les ventes à découvert et les transactions sur les CDS. Afin de diminuer encore la portée de cette éventuelle mesure, il est proposé de donner un rôle de coordination à la future autorité européenne chargée de superviser les marchés financiers (ESMA), qui est censée être constituée l’année prochaine, afin qu’elle donne son avis à ces mesures qui seraient limitées à trois mois dans tous les cas. Encore un effort !
En retard d’une crise, Herman Van Rompuy, le président de l’Union européenne, a mis en cause les « excès d’indulgence » qui ont prévalu durant les onze premières années d’existence de l’euro, dans un entretien au Financial Times. « Cela a fait l’effet d’un somnifère. On ne s’est pas rendu compte des problèmes sous-jacents », a-t-il estimé, voulant évoquer par là les facilités que la monnaie unique avaient offertes aux Etats sur le marché obligataire, oubliant ou ne voulant pas voir le reste du panorama, du côté du privé, comme s’il portait des oeillères. Il regrette maintenant que les marchés « surréagissent », selon lui, exprimant non sans naïveté la position des hommes politiques qui se sentent dépassés ou trahis par ceux-ci et qui voudraient les punir, mais tout de même pas trop sévèrement. Se raccrochant à des valeurs sures, comme l’austérité, ne se rendant pas compte, tout à leur stratégie d’occupation du terrain, qu’ils appuient eux-mêmes ainsi sur la détente du mécanisme auquel ils ne savent pas ou ne veulent pas faire face.
Récitant sa leçon afin de justifier cette stratégie reposant sur le miracle annoncé de la réduction des déficits publics, Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, estime qu’il faut aller jusqu’à l’équilibre. Le déficit zéro, si on le prend au pied de la lettre. Car sinon, « on ne ramènera pas la confiance chez les entreprises et les particuliers ». Et, « si on ne ramène pas la confiance, on ne réussira pas a retrouver une croissance solide ». A ce niveau pénétrant d’analyse, les esprits se figent, les corps se tendent.
Un rapport de l’OCDE et la Cnuced (ONU), qui vient d’être publié, pourrait s’il en était tenu compte remettre les idées en place. Analysant les politiques anti-crise des gouvernements du G20, il estime que, « en date du 20 mai, le montant total des engagements publics – à travers des actions, des prêts et des garanties – dépassait les mille milliards de dollars », précise-t-elle. On est loin devant du montant des aides directes aux banques, dont le remboursement – quand il est intervenu – sert de prétexte à leur donner quitus.
Aujoud’hui pas encore entreprise, la digestion de ces mille milliards en est au stade des voeux pieux. Pour accompagner celle de la bulle privée, qui n’est qu’en cours et plus douloureuse que prévue. Les placards sont pleins d’actifs dont on ne sait pas quoi faire, car ils empoisonneraient l’air libre s’ils en étaient sortis. On les trouve dans les banques centrales, les banques et compagnies d’assurance ou encore chez Fannie Mae et Freddie Mac, aux Etats-Unis.
Un nouveau tour de passe-passe va-t-il être trouvé pour gagner du temps, tel un accommodement de plus avec le Seigneur ? Ou bien faudra-t-il, dans la douleur, se résoudre à un jour entrouvrir ces portes pour tenter de sauver le grand malade qu’est le capitalisme financier en le réformant profondément ? Ou bien encore, celui-ci, faute de s’y résoudre ne va-t-il pas continuer à imploser, nous gardant en otage ?
Il restera toujours une autre issue : tourner la page !
François Leclerc »




Jean Vinatier
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Source :
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