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lundi 30 octobre 2017

Europe ? N°4430 11e année



Les événements catalans sur lesquels planent un mélange de crainte et d’incertitude ne peuvent être séparés des autres mouvements sur le territoire de l’Union européenne : ainsi, les élections en Autriche et en Tchéquie qui devraient amener des gouvernements de coalition droite/droite extrême, les deux referenda pour davantage d’autonomie en Vénétie et Lombardie plébiscités en attendant les élections législatives de janvier 2018 où le parti « Cinq étoiles » pourrait être le gouvernement ou bien un membre incontournable, la position fragilisée de la chancelière Merkel, non pas tant par la coalition qu’elle s’occupe à établir mais par le retour fracassant de la droite extrême au Bundestag (92 députés), le discours, enfin, du successeur de François Hollande sur l’Europe en Sorbonne qui posait de futures grandes lignes très politiques sur l’avenir de l’Union. Même si l’on y verra plus un exercice de communication que d’une pensée fondamentale, il n’empêche que l’importance donnée par le Chef de l’Etat heurte aussi la porte bruxelloise.
Où que l’on se tourne l’eau ne cesse pas de monter au sein de l’Union européenne. Les opinions publiques tourmentées par les vagues migratoires successives et peu rassurées par les propos lénifiants de leurs dirigeants exigent plus d’identité et de frontière. A Bruxelles, deux camps se concurrencent, l’un voudrait promouvoir une Europe des régions dominée par une sorte « d’Etat », le second se projetant dans une Union strictement plateforme économique, financière, humaine sans distinction de provenance, et se retrouvent sur un point, l’allégeance à l’empire du Potomac. Cependant depuis l’autre côté de l’Atlantique, le regard porté en direction de l’Europe est essentiellement double, le premier s’attachant à faire de notre continent leur base logistique, le second ne voulant pas d’une Europe même bruxelloise qui pourrait tout de même entamer leurs parts de marché.
Psychologiquement les dirigeants européens sont incapables de raisonner en dehors d’une sujétion, aujourd’hui essentiellement américaine : cela fait quasiment cent ans que Washington inonde, notamment, l’Europe, et recrute génération après génération des « élites » (politiques, mercantiles, artistiques, scientifiques, universitaires…etc.), font même du prosélytisme jusque dans nos villes et surtout leurs périphéries. Mentalement les « élites » françaises sont aujourd’hui dans l’incapacité de penser par elles-mêmes, elles croient l’anglo-américain parole d’Evangile et ont un mépris sans cesse croissant pour leur propre langue. Ainsi un Emmanuel Macron apologue de la francophonie alors qu’il venait d’en supprimer le ministère : faire croire quand on défait et déconstruit !
Si aujourd’hui tous les dirigeants européens apportent un soutien à Rajoy, qu’ont-ils fait pour prévenir les circonstances ? Rien. Que disait Bruxelles au moment du référendum écossais ? L’enthousiasme était presque public. Qu’a fait Bruxelles au moment où la province du Kosovo était retirée par la force et les bombardements à la Serbie ? Des applaudissements ! Qu’est aujourd’hui le Kosovo ? Un état fantoche dont le dirigeant est choisi par l’ambassadeur américain et abrite une immense base militaire étrangère. L’ancien ministre des finances de Grèce, Yaroufakis, relate dans « Conversations entre adultes » la férocité et la vulgarité des réunions avec la Troïka lors de la faillite d’Athènes. Il y a depuis Bruxelles une violence inouïe qu’un Junker rapportait en indiquant qu’aucun vote démocratique ne pouvait ni  ne pourrait contrevenir à « l’ordre européen ». Une violence pour quoi et pour qui ? L’Union européenne n’est ni souveraine, ni politique, ni indépendante, elle est un club avec un drapeau auxquels les dirigeants des 27 Etats lui délèguent des pans entiers d’autorité : pour quel résultat ?
L’Union européenne a permis le discours indépendantiste catalan ce qui n’exempte pas de responsabilité le gouvernement Rajoy. Bruxelles laissant apparemment à Madrid toute latitude pour reprendre la main; en cas d’échec, devra-t-on envoyer une armée secourir non pas Ferdinand VII mais Philippe VI pour rétablir un ordre européen ? En 1820, l’Europe issue du Congrès de Vienne avait redéfini la légitimité politique, de quelle légitimité bruxelloise s’agira-t-il en 2017 ? Une chose est sûre le fort de Trocadéro est en Espagne mais pas en Catalogne…


Jean Vinatier
Seriatim 2017

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