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dimanche 16 décembre 2018

De l’acte V à l’acte VI : des ronds-points aux banquets ? N°4609 12e année


La semaine avait été dure : une intervention élyséenne qui n’était qu’effronterie, un attentat terrible à Strasbourg qui donna le top départ du gouvernement, des médias, des syndicalistes, des principaux partis pour inciter les gilets jaunes à rester chez eux.
Quoique consternés par l’attentat en Alsace, les gilets jaunes ont été partout sur le sol national y compris à Paris où ils parcoururent la capitale poursuivis par des forces fidèles à Emmanuel Macron qui veillèrent à empêcher tout rassemblement massif. Point de casseurs mais la pluie et le froid. Il fallait du courage pour tenir. Ils tinrent et avec quel résultat plus de 50 stations du métropolitain fermées, un RER paralysé, des bus presque invisibles, des banques barricadées, plus de huit mille CRS/gardes mobiles et 14 blindés mobilisés contre eux. Sans s’en rendre compte, les gilets jaunes entrent par la répétition hebdomadaire de grandes manifestions dans une sorte de pré-guérilla civile. Le danger pour le gouvernement serait qu’effectivement une guérilla (urbaine, péri-urbaine et rurale) devînt une réalité, que les gilets jaunes la vivent et que des tactiques et stratégies se fissent. Dans la durée, les forces de l’ordre ne pourraient avoir le dessus.
A moins de nouvelles annonces puissantes de l’exécutif, l’acte VI accréditerait l’idée que la France serait dans une situation de plus en plus dangereuse. Ce ne sont pas les réunions de concertation prévues dans les mairies avec leurs kits de communication sous la férule de la girouette Chantal Jouanno qui changeront d’un iota les idées très arrêtées des gilets jaunes et des édiles ruraux. Si l’Elysée avait voulu donner du crédit à ces concertations en mairie, censées évacuer le référendum d’initiative populaire, le palais n’aurait pas confié à la parisienne Chantal Jouanno la mission d’être « la figure incarnante » : elle ne représente rien et ne connait rien de la ruralité. Pourquoi n’est-ce pas un sénateur de terrain dont la sénatorerie compterait un grand nombre de petites communes et qui par son nom fédèrerait une confiance ? Paris croit être la France, dirige depuis le haut, ne comprend pas et n’entend pas le bas, un bas méprisé. Les kits de communication fournies veillent à sélectionner les thématiques, celle de l’immigration est biffée. Autant dire que le kit restera un gadget qui énervera beaucoup.
Les gilets jaunes sont face à un pouvoir arrogant, hautain, tout en morgue convaincu que la baisse de participation lors de l’acte V est une décrue réelle. C’est une erreur, à moins d’un revirement gouvernemental. Ce sont les noyaux durs ou ronds-points qui se renforcent, acquièrent de plus en plus d’intelligence. D’ailleurs la presse allemande ne s’y trompe pas quand Die Welt estime qu’Emmanuel Macron ayant cédé à la « populace jaune », il ne peut plus être une personne de confiance.
Le hasard fait qu’à la longue révolte des gilets jaunes, presque deux mois, coïncide des expositions  hommages à Louis-Philippe (Fontainebleau, Versailles) l’imposteur de 1830 dont le règne dur avec les humbles, aimable avec les puissants  atteignit un tel degré d’affadissement au point qu’il fut lâché par la bourgeoisie financière au premier coup de fusil boulevard des Capucines en février 1848…..Les ronds-points sont-ils la « campagne des banquets » de 1847/1848 ?


Jean Vinatier
Seriatim 2018

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