Info

Nouvelle adresse Seriatim
@seriatimfr
jeanvin22@gmail.com



jeudi 8 octobre 2009

Frédéric Mitterrand, Jean Sarkozy : le sexe et l’argent-N°545-3e année

« L'argent et le sexe, je suis au cœur de mon système, celui qui fonctionne enfin, car je sais qu'on ne me refusera pas »¹ Sans savoir qu’il aurait un maroquin ministériel, Frédéric Mitterrand n’aurait-il pas symbolisé involontairement dans « Mauvaise vie » le régime sarkozien ?
L’affaire Polanski quittait les Unes papier et Internet quand l’intervention musclée de Marine Le Pen dans
"Mots croisés", a ravivé un sujet délicat, celui des mineurs « vedettes » malgré eux du tourisme sexuel. En citant des passages de « Mauvaise vie » de Frédéric Mitterrand où selon elle il reconnaissait avoir succombé aux amours d’éphèbes indonésiens, la panique s’est installée dans les allées du pouvoir. Ce soir, le ministre de la Culture sur TF1 (et non France 2 ?) trouvera les mots et les formules pour se dégager de cette mauvaise passe mais le mal lui, restera. L’opinion publique n’oublie pas sa déclaration en faveur de Roman Polanski : elle a énormément choqué. Cette affaire tombe au plus mal pour le gouvernement lequel se targue d’être un régime moral, très sévère pour toutes les délinquances, toutes les déviances, et soucieux de multiplier sans fin les surveillances des citoyens.
L’actualité, malheureusement, apporte son lot d’affaires sordides et épouvantables. Se lient autant les viols que les actes pédophiles et le « tourisme sexuel ». Tout se mélange dangereusement : le risque est grand, par exemple, de lier homosexualité et pédophilie. Dans le cas présent, Frédéric Mitterrand étant père d’un fils, il est un bisexuel !
Les Français voient avec quelle légèreté certains artistes, intellectuels et hommes politiques tentent de traiter par le dédain les passages précités arguant du fait que « Mauvaise vie » est «
mi-biographique, mi-réelle » et ne craignent pas d’avancer comme argument que cet ouvrage va être édité aux Etats-Unis, pays, comme chacun sait, très tolérant, sur ce point !!!
La France se divise donc en deux : la Cour qui bénéficie de l’immunité et nous, le troupeau.
Le procès Clearstream fragilise déjà le pouvoir,l’affaire relative à Frédéric Mitterrand, nommé grâce à Carla Bruni, le plombe davantage.
Comme si cet événement ne suffisait pas, la nomination possible du fils cadet de Nicolas Sarkozy (23 ans) à la tête de l’Etablissement Public d’Aménagement de la Défense (EPAD) apparaît plus qu’une faute, une folie. Qu’est-ce qui peut justifier la présidence de Jean Sarkozy ? Strictement rien hormis le fait qu’il est fils de Président. La France avait cessé, sous Louis XV, de nommer des « colonels à la bavette », la République renouerait donc avec des pratiques qui ne peuvent qu’accroître le ressentiment et la haine !
En deux années, Nicolas Sarkozy mettrait-il en place un système de prévarication, de confiscation familiale du pays ? Il devrait se méfier, Silvio Berlusconi, quoique tout-puissant n’a plus depuis hier la moindre immunité…..
Sexe et argent, une alchimie aux explosions soudaines quand la France est à la recherche d’une nouvelle identité, d’une idéologie motrice.

Jean Vinatier

Copyright©SERIATIM 2009
Tous droits réservés

Commentaires : Si vous n’avez pas de compte Gmail, et pour éviter le noreply-comment veuillez envoyer vos commentaires à :
jv3@free.fr


Source :

1-
http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/10/08/la-mauvaise-vie-le-livre-par-lequel-le-scandale-arrive_1250864_823448.html#ens_id=1241480

In Seriatim :

http://www.seriatimonline.com/2009/09/clearstream-ou-laffaire-du-collier-de.html

http://www.seriatimonline.com/2009/05/carla-et-nicolas-nous-nous-amusons-et.html

Site de l’EPAD :

http://www.epad.fr/


Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Arabie Saoudite, Argentine, Australie, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzegovine, Brésil, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Gabon, Géorgie, Guinée, Haïti, Inde, Irak, Iran, Islande, Israël, Kenya, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Qatar, République Centrafricaine , République Dominicaine, Russie, Sénégal, Serbie, Somalie, Suisse, Thaïlande,Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM & Nouvelle-Calédonie, Polynésie), Ukraine, Uruguay, Venezuela, Vietnam, Yémen

mercredi 7 octobre 2009

Kazakhstan : le vol Paris-Paris fait escale à Astana –N°544-3e année

Hier le vol Paris-Paris s’est posé juste quelques heures dans la nouvelle capitale du Kazakhstan, Astana afin d’y signer 24 accords de partenariats industriels et énergétiques : un record !
Les deux plus importants sont : premièrement, le rachat par Total & GdF de la part détenue par la société publique Kazmunaigaz (1 milliard de dollars) dans l'exploitation du gisement gazier offshore de Khvalinskoye en mer Caspienne ; deuxièmement la signature d’un protocole d’accord par le consortium d’entreprises (Spie, Manesmann-France, Europipe, GTS, Arcelor-Mittal) assorti de « négociations exclusives » pendant un an pour la construction et la pose d'un oléoduc sous-marin reliant le champ pétrolifère géant offshore de Kashagan à Bakou.¹
Au cours de cette escale, la France entendait marquer son intention de faire du Kazakhstan un allié stratégique, pays situé au cœur de l’Asie ou de l’Eurasie. Le Kazakhstan a des frontières au Nord et à l’Ouest avec la Russie, à l’Est avec la Chine, au Sud avec l’Ouzbékistan et le Turkménistan et borde la mer Caspienne source de vastes enjeux énergétiques.
De prime abord cette pluie d’accords au sens général impressionne: Paris débarque presque à l’improviste dans un pays qui a déjà noué un certain nombre de partenariats puissants avec la Chine, la Russie, les Etats-Unis sans compter la foule de sociétés et de compagnies pétrolières et gazières ; les citer toutes seraient fastidieuses.
On peut, cependant, relever que les antagonismes « monde Atlantique »/Asie restent bien présents. D’un côté la Russie par la construction de l’oléoduc ESPO qui ira de la Sibérie orientale au Pacifique en 2012 entend bien que la société d’Etat kazakh, Caspian Pipeline Consortium (CPC) lui confirme l’acheminement du pétrole de Kashnagan. Si cela se faisait, la Chine en serait la grande bénéficiaire.
De l’autre côté, « le monde Atlantique » via le projet de gazoduc Nabucco, sous contrôle anglo-saxon et de l’Union européenne, attirerait vers lui le maximum de gaz ce qui affaiblirait la Chine et la Russie ! Mais, la Russie et l’Italie -ô unité européenne- se sont entendues pour construire le gazoduc South Stream qui drainerait le gaz antant russe que kazakh. La Turquie, bien évidemment, sollicitée de tous les côtés penche en faveur de la Russie.
Les Etats-Unis qui ont financé moult révolutions de différentes couleurs dans le Caucase et dans l’espace turcophone éprouvent de sérieuses difficultés à maintenir la pression dans cette aire géographique. En effet, le contrôle géopolitique de l'Ouzbékistan, du Kirghizistan et du Kazakhstan permettraient le contrôle de tous les itinéraires d’oléoducs entre la Chine et l'Asie centrale, tout comme l'encerclement de la Russie faciliterait le contrôle d’oléoducs et d'autres liens entre elle et l'Europe occidentale, la Chine, l'Inde et le Moyen-Orient. Les ouvrages de Zbigniew Brzeziński qui servent de bréviaires à la Maison Blanche insistent fortement : L’Eurasie est
« un super continent axial » ! « Un pays dominant en Eurasie – écrit-il - contrôle presque automatiquement le Moyen-Orient et l’Afrique. »²
Quel est le poids de la France dans ce grand jeu ? Avec Nicolas Sarkozy, il est toujours aventureux de dire si telle ou telle initiative est la conclusion d’une pensée réfléchie ou bien la joie de faire un coup comme au Brésil dernièrement !
Le Président tout puissant et fort peu démocratique du Kazakhstan, Noursoultan Abichevitch Nazarbaïev, s’il ne peut rivaliser avec le Chef d’Etat brésilien faute d’une économie solide, jouera autant qu’il le pourra sur les rivalités des différentes puissances. Cependant, membre de l’OCS (Organisation de Coopération de Shanghai), il a une marge de manœuvre plus étroite : la Chine, la Russie, la Turquie étant trois voisins immédiats et proches.
Lors du 2e forum économique d’Astana les 11 & 12 mars 2009 intitulé « Sécurité économique en Eurasie dans le système des risques globaux », le Président Noursoultan Abichevitch Nazarbayev appelait à l’établissement d’une nouvelle monnaie :

« Il faut passer à un système monétaire global qui doit se fonder sur une unité de compte commune et obligatoire pour tous les pays. Tous les pays doivent également participer à son émission et contrôler sa circulation »³
Plus nous nous rapprocherons des années 2012/2015, les batailles pour le contrôle de l’Eurasie ou de la Route des Huiles seront sources de grandes tensions et l’Iran sera aussi de la partie !



Jean Vinatier

Copyright©SERIATIM 2009
Tous droits réservés

Commentaires : Si vous n’avez pas de compte Gmail, et pour éviter le noreply-comment veuillez envoyer vos commentaires à :
jv3@free.fr

Sources :
1-
http://www.lematin.ch/flash-info/economie/energie-total-gdf-gaz-rachetent-50-khvalinskoye

2-F William Engdahl :”Revolution, geopolitics and pipelines” (2005):
http://www.atimes.com/atimes/Global_Economy/GF30Dj01.html

M K Bhadrakumar : “US standing in Caspian drips away » (2008) :
http://www.atimes.com/atimes/Central_Asia/JJ11Ag01.html

3-
http://fr.rian.ru/world/20090310/120489547.html

Autre:

http://www.unesco.org/most/kazakfr.htm


Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Arabie Saoudite, Argentine, Australie, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzegovine, Brésil, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Gabon, Géorgie, Guinée, Haïti, Inde, Irak, Iran, Islande, Israël, Kenya, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Qatar, République Centrafricaine , République Dominicaine, Russie, Sénégal, Serbie, Somalie, Suisse, Thaïlande,Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM & Nouvelle-Calédonie, Polynésie), Ukraine, Uruguay, Venezuela, Vietnam, Yémen

Jean Jaurès : «Ce sont les capitalistes d’Arcadie» -N°543-3e année

Seriatim vous propose de lire de larges extraits de la préface du député du Tarn Jean Jaurès à l’ouvrage d’un jounaliste fort célèbre Jules Huret, Enquête sur l’Europe sociale, édité en 1897 puis en 2000 aux éditions de l’Ecart
La vigueur de style de Jaurès est revigorante, instructive ! Hélas, les hommes politiques ne répondent plus de cette manière aux journalistes : le travail intellectuel en a pâti ! quelle correspondance….. !Bonne lecture.

« Monsieur,

Vous avez bien voulu me demander mon sentiment sur l’enquête que vous avez faite, il y a trois ans déjà, sur le socialisme. Voulez-vous me permettre tout d’abord un compliment qui a l’air d’une impertinence mais qui, je vous assure, est très sérieux ? Vous avez compris. Je me rappelle qu’il y a deux ans, à la Chambre, comme je disais : non, à M. Léon Say qui nous appelait socialistes d’Etat, il me répondit avec une stupéfaction admirable : Quoi ! vous n’êtes pas socialistes d’Etat ! qu’êtes-vous donc ? M. Léon Say confondait le socialisme d’Etat, qui respecte la propriété capitaliste et qui en tempère seulement les effets par une réglementation toute extérieure avec le socialisme collectiviste ou communiste qui veut transformer la propriété capitaliste en propriété sociale. Il ne soupçonnait même pas que bien loin d’être des socialistes d’Etat, nous tendons à la suppression de l’Etat, c’est-à-dire de la force contraignante qui donne à l’exploitation des non-possédants par les possédants une forme juridique. Quand la communauté sociale aura été vraiment organisée, quand il n’y aura plus, dans l’humanité réconciliée, antagonisme des classes, l’Etat lui-même disparaîtra. Vous n’avez commis, Monsieur, aucune erreur de ce genre : et vous connaissiez notre doctrine en ses principes aussi bien qu’en ses nuances avant d’interroger capitalistes et prolétaires. Et si les exemples d’ignorance illustre ne surabondaient, je ne me risquerais point à louer votre exactitude et bonne pénétration.
Ce sont les événements sensationnels de l’année 1891-1892, la manifestation du 1er mai, la fusillade de Fourmies, l’élection de Lafargue à Lille qui vous ont donné l’idée de cette enquête. Le socialisme nous est apparu alors dans la vive lueur de l’actualité : mais vous avez bien vu tout de suite qu’il n’était pas une surprise, un événement sans lendemain, une mode sans profondeur : en vérité, tout le mouvement des faits et des esprits depuis un demi-siècle y aboutit et s’y résume. Aussi votre enquête, bien qu’elle remonte à trois ans déjà, n’a pas vieilli : aujourd’hui comme alors le socialisme est toujours au premier plan et il s’y est développé.
[….]
Il me semble qu’on peut ramener à trois ou quatre, les pensées essentielles du haut-patronat, de la haute économie politique, et de la haute Banque sur le socialisme.
D’abord, à entendre les grands patrons comme celui de Roubaix, les ouvriers, sur l’excitation des meneurs et des politiciens, ne demandent qu’à travailler sans rien faire et à sommeiller délicieusement dans les grands hôtels bâtis par les patrons. Déjà, dans les Les Temps difficiles de Dickens, le parvenu Bonnedecby, nous assurait que les ouvriers ne rêvent que de manger de la soupe à la tortue avec des cuillers en or. Et il paraît que si tous les travailleurs au lieu de s’exténuer pour une minorité, recevaient l’intégralité du produit créé par eux, s’ils pouvaient, par suite, s’assurer peut à peu des logements confortables et commodes, il n’y aurait plus que confusion et barbarie : tous voudraient habiter des châteaux, et ou bien ils s’entasseraient à étouffer dans la chambre à coucher de madame la marquise ou bien pour faire à leur tour des appartements les plus luxueux, ils déménageraient sans cesse comme des misérables qui rôdent de garni en garni. On ne saura jamais ce que les capitalistes, en occupant solidement tous les châteaux, épargnent de courses folles aux prolétaires. Au moins, aujourd’hui, quand les pauvres déménagent, ils savent d’avance que s’ils quittent un taudis c’est pour un autre, leur choix est sagement circonscrit, et ils n’ont pas à disputer à leurs camarades des lambris d’une nuance préférée. « Là-dessus, lisez Eugène Richter, « nous dit le banquier allemand.
On nous dit encore : Mais le capital, c’est le produit du travail et de l’épargne ! Et puisque les capitalistes prêtent aux salariés le capital économisé par eux, pourquoi ne retireraient-ils pas, sous forme de dividende, de loyer, de rente, de fermage, de bénéfice, l’intérêt de leur argent ? Et M. Christophle, alors gouverneur du Crédit Foncier, choisit un doux exemple agricole : « J’ai économisé ; avec mes économies j’ai acheté un champ : si je le prête à un autre, je lui rends service : n’est-il pas juste qu’il me dédommage ? » A la bonne heure : mais je demande d’abord pourquoi les financiers choisissent des exemples aussi innocents, aussi idylliques. Pourquoi, au lieu de cette sorte de leçon pastorale ne nous expliquent-ils pas, avec précision, comment s’est constitué, comment a grandi leur capital à eux ? Avez-vous remarqué, Monsieur, comment, pour la première dois depuis l’origine de l’histoire (sauf la première période théocratique) les souverains nous cachent aujourd’hui le secret de leur action, les ressorts de leur pouvoir ? Les rois, les empereurs, Louis XIV, Frédéric II, Napoléon, nous ont laissé leurs mémoires, les hommes d’Etat, les diplomates, nous ont laissé les leurs. Nous savons précisément comment on fait ou défait les Constitutions, comment on vole une province, comment on gagne une bataille. Seuls les grands capitalistes, qui sont les vrais rois, et les vrais généraux de notre temps, s’enveloppent de mystère : nous n’avons ni les Souvenirs de M. Christphle, ni les Mémoires de M. de Rothschild, ni l’Histoire de ma vie de M. Bleichrœder. Et quand on les interroge, quand vous-même les interrogez, ils répondent par des histoires de berger. « Il y avait une fois un brave homme qui, avec son épargne, avait acheté un petit champ. » Ce sont les capitalistes d’Arcadie !
Au demeurant, et pour toucher au fond, la question est pour eux mal posée. Il ne s’agit pas de savoir si des particuliers, tant qu’ils détiendront les moyens de production, pourront faire travailler à leur profit les autres hommes. Cela va de soi. Ayant la propriété, ils ont la force et ils font la loi. Mais ce qu’il faut savoir, c’est si la société humaine se résignera longtemps encore à un mode de propriété qui soumet ainsi la multitude à quelques hommes. Une telle société, devant l’histoire et la conscience en peut avoir qu’un titre : c’est d’être nécessaire. Quand les hommes commencent à entrevoir la possibilité d’une société nouvelle, le titre de la société ancienne est par cela même caduc. Toute sa légitimité lui venait de sa nécessité et elle tombe avec celle-ci.
Ah ! je sais bien : vos interlocuteurs capitalistes affirment qu’un ordre social nouveau est impossible parce qu’il faudrait changer la nature humaine. « Il y aura toujours des pauvres et des riches », comme on disait il y a quelques siècles : « Il y aura toujours des nobles et des roturiers », comme Aristote disait il y a plus de deux mille ans. « Il est dans la nature humaine qu’il y ait des esclaves. » Et l’on confond ainsi de siècle en siècle, de société en société, de privilège en privilège, la nature humaine avec les formes sociales transitoires qui la déterminent un moment sans la captiver à jamais. Et d’ailleurs, qui condamne aujourd’hui le régime capitaliste ? Qui ne voit que l’éternel et l’universel égoïsme humain se révolte aujourd’hui contre une forme de société qui presque partout lui fait violence ? Oui, l ‘humanité est capable de dévouement, d’abnégation, de soumission, mais à une condition : c’est que la puissance même devant laquelle elle s’incline lui apparaisse comme irrésistible et supérieure. Or, la puissance du Capital n’apparaît ni comme sacrée, ni comme invincible. Elle n’a pas pour la conscience un caractère divin ou une beauté idéale : et à mesure que la nation prend conscience d’elle-même, et que les travailleurs s’éveillent et s’organisent, la transformation de la propriété capitaliste en propriété nationale au profit des travailleurs semble possible.
La société capitaliste n’a donc pas au-dessus d’elle un Dieu qui la légitime et un prêtre qui la consacre ; et elle a derrière elle un successeur qui grandit, qui la guette et qui demain la brisera. Comment donc l’universel besoin de bien-être, d’indépendance de vie heureuse, c’est-à-dire comment la nature humaine elle-même n’aurait-elle pas raison d’un régime qui n’inspire pas la vénération et qui tous les jours inspire moins de crainte ? C’est d’un mouvement irrésistible que nous allons tous à la Révolution ?
Et on n’y échapperait pas, même si la société nouvelle devait être la barbarie opprimante et déprimante que semblent imaginer nos contradicteurs. Mais ils s’en font l’idée la plus grossière la plus sommaire et la plus fausse. En même temps qu’elle organisera l’action sociale, elle suscitera et développera les énergies individuelles. Nul ne peut enfermer dans une formule étroite la complexité presque infinie de l’ordre socialiste en préparation. Il y aura deux pôles s’équilibrant l’un l’autre : la toute puissance sociale réalisant la justice, la toute puissance individuelle affirmant la liberté. Et tant pis pour ceux qui ne démêlent pas que le progrès même, que l’histoire même est la conciliation croissante des contraires et même des contradicteurs !
Aussi, quand on se borne à dire que le socialisme abolira la propriété individuelle, la formule est trop pauvre et fausse. Il abolira la propriété capitaliste, mais sous d’autres formes la propriété individuelle subsistera, et de ses rapports infiniment variés à la propriété sociale résultera la société la plus compliquée, la plus riche et la plus diverse qu’aient connu les hommes. Aujourd’hui même quand on se borne à dire que la société a pour base la propriété individuelle, on dit un mot qui n’a presque pas de sens et qui ne répond pas à toute la réalité. En fait, en même temps qu’elle est individuelle, la propriété est familiale puisque le père peut en disposer, au moins dans une très large mesure, que pour ses enfants. Elle est encore gouvernementale, puisque l’impôt en prélève incessamment une part. Mais surtout elle est capitaliste, car ce sont les lois générales et impersonnelles, la distribution de la propriété, et les individus sont aujourd’hui le point d’attache de la propriété bien plus qu’ils n’en sont les créateurs et les maîtres. Elle les tient et les gouverne bien plus qu’ils ne la gouvernent et la tiennent. Il ne faut donc pas opposer, comme on le fait trop sommairement, propriété individuelle et propriété sociale ; l’ordre socialiste les conciliera par l’infinie diversité de ses modes juridiques et économiques, et nous allons à la pleine liberté individuelle comme à la pleine justice sociale.
Comme ils se trompent donc ceux qui croient que nous sommes tentés d’abandonner dans je ne sais quels marchandages ou quelles équivoques de tactique une part quelconque de notre haut idéal ! Nous ne guettons pas des miettes de pouvoir tombées de la table du maître. Nous voulons et nous aurons le pouvoir tout entier pour notre idéal tout entier. Nous n’avons pas besoin d’être des émeutiers en un temps et en un pays où la légalité, m^me bien maniée, est révolutionnaire, et où le régime parlementaire peut être un formidable engin de dislocation et de rénovation.
Nous nous servons contre la société présente injuste et barbare, du mécanisme même qu’elle a créent et c’est dans le vieux clocher, avec la cloche qui a sonné toutes les fêtes bourgeoises, que nous sonnerons les temps nouveaux,


Bien à vous,

Jean JAURÈS »





Jean Vinatier

Copyright©SERIATIM 2009
Tous droits réservés

Note :

Jules Huret (1863-1915) a mené son Enquête sociale sur l’Europe pendant prés de 4 années.

Source :

1-Préface de Jean Jaurés in Jules Huret Enquête sur la question sociale en Europe, Paris, Perrin, Libraires & Editeurs, 1897, 2 tomes, pp I-II, V-XI
Tome 1 : Capitalistes et prolétaires
Tome 2 : Théoriciens et sectes


Commentaires : Si vous n’avez pas de compte Gmail, et pour éviter le noreply-comment veuillez envoyer vos commentaires à :
jv3@free.fr


Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Arabie Saoudite, Argentine, Australie, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzegovine, Brésil, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Gabon, Géorgie, Guinée, Haïti, Inde, Irak, Iran, Islande, Israël, Kenya, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Qatar, République Centrafricaine , République Dominicaine, Russie, Sénégal, Serbie, Somalie, Suisse, Thaïlande,Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM & Nouvelle-Calédonie, Polynésie), Ukraine, Uruguay, Venezuela, Vietnam, Yémen

mardi 6 octobre 2009

Du baril dollar au baril d’or ? –N°542- 3e année

L’article de Robert Fisk intitulé « L’effondrement du dollar » paru ce matin dans The Independant¹ aurait enclenché une progression spectaculaire de l’or sur les places financières. Certaines puissances (Russie, Chine, Japon, Brésil, Inde et les pays du Golfe) envisageraient de constituer un panier de monnaies (Euro, Yuan, Yen, or, monnaie commune du Golfe) et de ne plus commercialiser le pétrole en dollar ! Voilà un mois, l’Iran a abandonné le billet vert dans l’indifférence générale ! La Chine et la Russie ont décidé, également, de ne plus libeller leurs échanges en dollars…
Cet après-midi les représentants du Qatar et du Koweït ont démenti formellement le contenu de l’article de Robert Fisk. Cependant, il n’y a pas de fumée sans feu…..
Le Président Barack Obama venu à Copenhague défendre la candidature de sa ville, Chicago, pour les Jeux Olympiques de 2016, a pris en pleine figure la victoire de Rio de Janeiro. Une défaite de plus ? Certainement. Son mandat est une succession d’échecs et d’hésitations. Les Américains diabolisent son projet de réforme de santé tandis que ses généraux le supplient de renforcer considérablement les effectifs militaires en AfPak. Le général Pétraeus, atteint d’un cancer de la prostate, se montre le plus nerveux et se moque publiquement du vice-président Joe Biden !
Washington fait de la résistance au sein du FMI en ne voulant pas renoncer à son droit de veto ! Lors du G7 tenu à Istanbul, les ministres ont rappelé à la nécessité d’une réforme monétaire. C’est dans ce climat particulièrement tendu et alors que la crise économico-sociale ne faiblit pas que l’article du célèbre Robert Fisk fait l’effet d’un choc.
Quels que soient les lendemains, nous savons tous que nous débutons une nouvelle période historique. Pour l’heure rien n’est fait ! Aucun acte solennel n’a été porté à la connaissance du public. Nous sommes réduits à des hypothèses. Nulle puissance n’a franchi le Rubicon !
Si d’aventure, le dollar cessait d’être la monnaie de référence, les conséquences pour la vie intérieure des Etats-Unis seraient dramatiques, une dislocation ou guerre civile ne serait pas à exclure ainsi qu’une violence politique qui atteindrait directement le Président Obama !
Le dollar est non seulement la monnaie nationale, elle est aussi celle de la puissance de la FED, société privée de banquiers. La FED se battra-t-elle ou bien déménagera-t-elle à Pékin ?
L’article de Robert Fisk traduit bien les luttes dans les coulisses et dont le public n’entraperçoit rien ou presque. Les hommes sentent, malgré tout, que la crise financière de 2008 a terminé une période glorieuse de l’empire américain commencée dans les années 1940.
Les Etats-Unis n’ont plus les moyens de monter des grandes coalitions comme en 1990/1991 (première guerre du Golfe), ni d’envahir hors les lois internationales et en mentant un pays qui serait un second Irak (2003). Par contre, en désespoir de cause, ils pourraient se livrer à des actes dangereux qui mettraient en péril la stabilité du monde. Il faudrait, pour les en empêcher, qu’ils aient face à eux uni « the rest of the world » !


Jean Vinatier

Copyright©SERIATIM 2009
Tous droits réservés

Source :

1-
http://www.independent.co.uk/news/business/news/the-demise-of-the-dollar-1798175.html


Commentaires : Si vous n’avez pas de compte Gmail, et pour éviter le noreply-comment veuillez envoyer vos commentaires à :
jv3@free.fr


Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Arabie Saoudite, Argentine, Australie, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzegovine, Brésil, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Gabon, Géorgie, Guinée, Haïti, Inde, Irak, Iran, Islande, Israël, Kenya, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Qatar, République Centrafricaine , République Dominicaine, Russie, Sénégal, Serbie, Somalie, Suisse, Thaïlande,Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM & Nouvelle-Calédonie, Polynésie), Ukraine, Uruguay, Venezuela, Vietnam, Yémen

lundi 5 octobre 2009

Rome, Paris, Athènes : les peuples reviennent –N°541-3e année

Week-end très intéressant qui faisait contre-poids à la soumission irlandaise!
Sept cent mille italiens ont manifesté à Rome pour dénoncer l’emprise de Silvio Berlusconi sur les médias. Deux millions de français ont voté dans les bureaux de poste pour réclamer un référendum sur la privatisation ou non de La poste !
Le président du conseil italien et l’UMP peuvent ironiser, botter en touche et hausser les épaules, il n’empêche que les citoyens italiens et français se sont déplacés et c’est un acte important !
N’est-il pas encourageant que des centaines de milliers d’Italiens descendent dans la rue, non derrière un parti ou un syndicat mais tout simplement pour défendre la liberté d’information contre l’emprise d’un groupe familial?
N’est-il pas heureux qu’en l’espace de quelques jours, les Français aient voté en masse pour que la réforme du statut de La Poste ne se fasse pas sans eux ?
Nicolas Sarkozy a promis, pendant la campagne présidentielle, la mise en place d’un référendum d’initiative populaire….qui passera par les élus ! Evidemment l’Elysée ne tient pas voir surgir chaque mois un référendum, le palais ne pourrait plus fournir de la « Com »
Le pouvoir peut-il s’asseoir, cependant, sur les bulletins de 2 millions de Français ? Certes, pourra-t-il souligner ici et là des défauts dans l’organisation et le déroulement de ce vote mais c’est bel et bien le chiffre de 2 millions qui compte et rien d’autre !
L’UMP ne manque de souligner –avec raison- que le parti socialiste a pratiqué la politique de l’autruche lors du bourrage des urnes pour la désignation du secrétaire général : est-ce cet argument qui disqualifie le vote ? Le parti présidentiel feint d’oublier que La Poste tient une place singulière dans le paysage français : elle n’est ni de gauche, ni de droite, elle est nationale.
Devant une situation sociale malheureuse et les dommages collatéraux des suicides de salariés et fonctionnaires de France Télécom, Nicolas Sarkozy ne court-il pas le risque en balayant d’un revers de la main l’événement de ce week-end de devenir un second Louis-Philippe? N’oublions pas que l’affaire Clearstream va affaiblir le Président de la République :
Seriatim puis Jean-François Kahn dans son bloc-notes publié dans le dernier numéro de Marianne ont fait
le rapprochement entre cette affaire et le Collier de la Reine…
Terminons par ceci : ce dimanche, la victoire des socialistes grecs aux élections législatives anticipées est la conséquence directe de la révolte des jeunes athéniens dont leur ville est Mère de la démocratie…


Jean Vinatier

Copyright©SERIATIM 2009
Tous droits réservés


In Seriatim :

Le dernier vent des peuples ?….
http://www.seriatimonline.com/2009/06/1989-de-la-baltique-la-mer-de-chine-le.html

L’Irlande :
http://www.seriatimonline.com/2009/10/irlande-oui-la-corde-au-cou-la-sebile.html


Commentaires : Si vous n’avez pas de compte Gmail, et pour éviter le noreply-comment veuillez envoyer vos commentaires à :
jv3@free.fr

Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Arabie Saoudite, Argentine, Australie, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzegovine, Brésil, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Gabon, Géorgie, Guinée, Haïti, Inde, Irak, Iran, Islande, Israël, Kenya, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Qatar, République Centrafricaine , République Dominicaine, Russie, Sénégal, Serbie, Somalie, Suisse, Thaïlande,Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM & Nouvelle-Calédonie, Polynésie), Ukraine, Uruguay, Venezuela, Vietnam, Yémen

samedi 3 octobre 2009

Irlande : oui, la corde au cou, la sébile tendue…. ? -N°540- 3e année

A 23H29, The Irish Times annonçait que le sondage à la sortie des urnes donnerait le « oui » à 60%, le « non » à 40%. Ce matin, le ministre des affaires étrangères confirmait la tendance. Même si les résultats ne sont pas officiels, avançons-nous pour entériner le résultat de ce second référendum dont l’intitulé reprend mot pour mot le premier, intervenu seize mois plus tôt.
Ce « oui » quel est-il ? L’Irlande traverse une des pires périodes de son histoire avec un gouvernement discrédité, impopulaire, une économie dévastée, un chômage en hausse. Les Irlandais n’ont donc pas voulu d’une seconde crise ; d’ailleurs Pierre Lellouche et d’autres dirigeants indiquaient à ce peuple que si sa réponse devait être une seconde fois négative, on passerait outre ! Les Irlandais bafoués comme l’ont été les peuples français et néerlandais, pouvaient-ils défier plus longtemps le continent ? D’ailleurs quels sont les ténors politiques partisans du « non » qui vinrent animer cette dernière campagne ? Le camp adverse n’a pas eu de mal à déplacer les VIP ! Que restait-il sinon de participer en moins grand nombre ? Le « Oui » irlandais est donc un « oui » de soumission.
Les Irlandais font penser aux bourgeois de Calais venant la corde au cou implorer la clémence du puissant du jour la sébile tendue en plus.
L’Allemagne a ratifié le traité de Lisbonne juste avant le vote irlandais, la Pologne et la République Tchèque seront les derniers et seul Vaclav Klaus fera de la résistance. Il y est encouragé par une lettre envoyée par le chef des conservateurs britanniques, David Cameron, rapportée par le
Daily Mail le 23 septembre. En un mot, il lui dit tenez bon jusqu’à notre victoire au printemps 2010, nous organiserons, dans la foulée, un référendum sur le traité de Lisbonne assurant un boulevard pour le « non » Bigre ! Mais, à Prague, une cabale se prépare déjà contre le Président. Elle prendrait la forme d’une procédure de destitution si jamais Vaclav Klaus ne trempait pas rapidement sa plume dans l’encrier : quelle ambiance délétère !
L’Europe une démocratie exemplaire ? On s’esclaffe de rire en Corée du Nord, en Chine, au Myanmar, en Iran, au Honduras. Pourtant nous continuerons à porter la « démocratie » partout sans complexe !!!
Les pays de l’Union européenne seront-ils tranquilles ? Pas du tout ! Même si le traité était ratifié par les 27, il ne s’appliquerait pas partout de la même manière : l’Allemagne et l’Irlande ayant droit à des « faveurs » Bref, faute d’avoir l’harmonie, nous aurons carpharnahum !
On nous rapporte, enfin, avec insistance les noms des futurs dirigeants du Conseil européen, en sus du médiocre Barroso, Tony Blair serait président avec comme ministre des affaires étrangères, le social-démocrate allemand Frank-Walter Steinmeier ! Tony Blair l’homme de tous les mensonges (« armes de destruction massive iraquiennes) et de l’inactivité au Proche-Orient !
Ce n’est pas le triomphe de l’Europe mais celui de la Byzance avachie et corrompue ou de la Rome des derniers empereurs !

Jean Vinatier

Copyright©SERIATIM 2009
Tous droits réservés


Commentaires : Si vous n’avez pas de compte Gmail, et pour éviter le noreply-comment veuillez envoyer vos commentaires à :
jv3@free.fr

Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Arabie Saoudite, Argentine, Australie, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzegovine, Brésil, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Gabon, Géorgie, Guinée, Haïti, Inde, Irak, Iran, Islande, Israël, Kenya, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Qatar, République Centrafricaine , République Dominicaine, Russie, Sénégal, Serbie, Somalie, Suisse, Thaïlande,Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM & Nouvelle-Calédonie, Polynésie), Ukraine, Uruguay, Venezuela, Vietnam, Yémen

jeudi 1 octobre 2009

Turquie: une puissance nomade -N°539-3e année

Aujourd’hui, Dominique Strauss-Khan a reçu une chaussure lors de son allocution à l'université de Bilgi à Istanbul : la Turquie un pays tranquille ?
Depuis le 29 septembre a lieu à Bakou, la première réunion de l’assemblée des parlementaires turcophones (TURKPA) Les sujets principaux sont la transmission de valeurs communes (histoire, langue, religion) et le développement économique commun.
Les 2 et 3 octobre se tiendra en Azerbaïdjan le 9e sommet des « Chefs d’Etat des pays turcophones » (outre le pays invitant et la Turquie, le Kazakhstan, le Kirghizstan, le Turkménistan, l’Ouzbékistan)¹
Pendant ce temps, la Turquie et l’Arménie renouent, par étape, les relations diplomatiques; par ailleurs, Ankara et Téhéran se réjouissent, lors de rencontres politiques de la mi-septembre, de l’augmentation du volume de leurs échanges commerciaux (11 milliards de dollars aujourd’hui, 20 milliards à court terme); notons que s’ils s’entendent pour lutter contre les Kurdes du PKK (PEJAK en Iran) ils n’abordent pas leurs différents relatifs au Caucase.
Le gouvernement turc s’est, également, interposé, avec bénéfice, dans les dernières tensions irako-syriennes.
Sans s’éloigner des Etats-Unis, la Turquie développe des partenariats stratégiques très étroits avec la Russie et a un peu pris de distance vis-à-vis de sa relation privilégiée avec l’Etat hébreu. La Chine n’est pas oubliée !
C’est dans ce dynamisme, pour l’essentiel, intercontinental que le Premier ministre Erdogan se propose d’empêcher toute prolifération nucléaire en Orient, ce qui vise autant l’Iran qu’Israël, puissance disposant de 200 têtes nucléaires ! Par quel moyen ? Par une mission de bons offices. Cette mission se ferait selon la formule « ni amis, ni ennemis » ce que ni les Européens, ni les Etats-Unis ne semblent plus capables d’accomplir.
La Turquie consacre une politique régionale indépendamment de son adhésion historique à l’OTAN. Ankara profite de l’affaiblissement américain, des dissensions et de la passivité de l’Union européenne sur ce théâtre géopolitique pour avancer ses pions.
Erdogan, depuis l’offensive de tsahal contre Gaza, ne manque jamais une occasion de montrer une liberté de ton (se rappeler l’altercation avec le Président Shimon Pérès à Davos) qui tranche singulièrement avec le silence des Européens (voir le black-out de ces derniers après la publication du rapport onusien de Richard Goldstone qui accuse tant Israël que la Palestine d'avoir commis des crimes de guerre, voire des crimes contre l'Humanité lors de l’opération « Plomb durci »)
Que peut-on attendre d’une mission de « bons offices » ? A priori, rien sauf qu’en Orient les bons offices forment la base essentielle de la relation humaine : c’est, si on veut résumer, la réunion sous la tente.
Les déplacements turcs risquent bel et bien de placer certains Européens dans une situation délicate telle la France qui joue la carte de la sévérité extrême à l’égard de l’Iran quitte à faire machine arrière comme aujourd’hui. Ils poseront également un dilemme au gouvernement israélien qui ne cesse de souffler sur les braises, de narguer à tout va, risquant de déboucher sur une impasse dommageable à son influence.
Cette diplomatie turque nomade contient bien des facteurs nouveaux dont on peut supposer qu’ils provoqueront des bouleversements. Si la Turquie, à l’instar de la Russie, de la Chine, cerne bien les enjeux autour du nucléaire iranien, tel n’est pas le cas des Européens et des Israéliens.


Jean Vinatier

Copyright©SERIATIM 2009
Tous droits réservés


Commentaires : Si vous n’avez pas de compte Gmail, et pour éviter le noreply-comment veuillez envoyer vos commentaires à :
jv3@free.fr

Source :

1-
http://www.trt.net.tr/trtinternational/fr/newsDetail.aspx?HaberKodu=88608e58-d3c4-45c5-a597-32733717d557

In Seriatim :

http://www.seriatimonline.com/2007/08/un-nouveau-turc.html

http://www.seriatimonline.com/2007/10/vers-la-fin-du-traumatisme-de-svres-en.html

http://www.seriatimonline.com/2008/02/la-turquie-stire-les-yeux-bien-ouverts.html

http://www.seriatimonline.com/2008/07/leurope-face-radovan-karadzic.html


Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Arabie Saoudite, Argentine, Australie, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzegovine, Brésil, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Gabon, Géorgie, Guinée, Haïti, Inde, Irak, Iran, Islande, Israël, Kenya, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Qatar, République Centrafricaine , République Dominicaine, Russie, Sénégal, Serbie, Somalie, Suisse, Thaïlande,Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM & Nouvelle-Calédonie, Polynésie), Ukraine, Uruguay, Venezuela, Vietnam, Yemen

mercredi 30 septembre 2009

Serge Halimi : « Notre combat » -N°538- 3e année

Après Le manifeste Internet et l’article du directeur de Dedefensa.org, Seriatim relaie, aujourd’hui, l’éditorial vigoureux de Serge Halimi directeur du Monde Diplomatique dont vous trouverez le texte ci-dessous.
Que de plaintes me direz-vous ? Encore un qui regrette que l’information ne soit plus l’apanage du seul journaliste ! Pas du tout…
Il ne s’agit pas d’une plainte mais d’une alerte générale sur le danger à laisser ou dépérir ou mourir des médias, peu importe le support, qui maintiennent nos sens en éveil, attisent nos réflexions. Face au monde uniforme que quelques groupes politico-financiers veulent nous imposer, il est important de rappeler que les libres pensées sont d’une extrême fragilité : elles ne tiennent que grâce au soutien des hommes.


« Depuis vingt ans, Le Monde diplomatique annonce la formation du cyclone économique qui, aujourd’hui, dévaste les salles de rédaction et dépeuple les kiosques. L’analyse des causes ne prémunissant pas contre les effets, notre journal éprouve lui aussi les conséquences des intempéries. Moins que d’autres titres, et d’une manière différente : ni sa survie ni son indépendance ne sont en cause, mais les moyens manquent à son développement. Pour éclairer l’avenir, prendre toute sa part à la bataille d’idées, transmettre enfin à de nouveaux lecteurs notre manière de voir et de déchiffrer le monde, nous faisons appel à vous.

Après le textile, la sidérurgie, l’automobile… la presse. Les ouvriers des pays du Nord ont payé au prix fort la délocalisation de la production vers le Sud ; avec la migration de leurs lecteurs vers Internet, c’est au tour des journalistes de voir disparaître leurs emplois. On pourrait conclure qu’un modèle économique chasse l’autre, soupirer que la roue tourne, que c’est la vie. Mais, aussitôt, il est question de démocratie. L’automobile, nous dit-on, loin de constituer un bien public irremplaçable, n’est qu’une marchandise. On peut la fabriquer ailleurs, autrement, lui substituer un mode de transport différent. Rien de très grave au fond. Tandis que la presse...

Cette dernière dispose d’un atout de poids dans le débat public. Quand elle juge son existence menacée, elle sonne le tocsin plus facilement qu’un ouvrier dont l’usine s’apprêterait à fermer. Et pour rallier chacun à son étendard, elle n’a qu’à prononcer la formule rituelle : « Un journal qui disparaît, c’est un peu de démocratie qui meurt. » L’énoncé est pourtant absurde, burlesque même. Se rendre à un kiosque suffit pour constater que des dizaines de titres pourraient cesser d’exister sans que la démocratie en pâtisse. Les forces de l’ordre idéologique perdraient même dans l’affaire quelques-uns de leurs commissariats. Cela ne rend pas illégitimes les inquiétudes des journalistes concernés. Mais des milliards de gens sur terre n’ont nul besoin pour défendre leur emploi de lui inventer d’autre vertu que celle de leur procurer un salaire.

Depuis quelques années, l’industrie de presse décline. Le journalisme, lui, souffre depuis beaucoup plus longtemps. Les contenus rédactionnels étaient-ils en effet mirobolants il y a vingt ans quand la plupart des périodiques constituaient des sacs à publicité et des machines à cash ? Et quand, aux Etats-Unis, les mastodontes New York Times Co., Washington Post Co., Gannett, Knight Ridder, Dow Jones, Times Mirror amassaient des profits vingt fois supérieurs à ceux de l’ère du Watergate, apogée du « contre-pouvoir » (
1) ? Doté de tels moyens, adossé à des marges annuelles atteignant 30 %, voire 35 %, leur journalisme se déployait-il alors avec audace, créativité, indépendance ?

Et, en France, l’information critique trônait-elle vraiment au premier plan quand, milliards en main, les groupes Lagardère et Bouygues se disputaient le contrôle de TF1 ? Ou quand, rivalisant de vulgarité, les chaînes privées se multipliaient comme les pains du Nouveau Testament, offrant des salaires de maharajas à une poignée de journalistes qui avaient déjà démontré l’efficacité de leur dressage ? En ce moment, nombre de directeurs de presse font front commun devant l’orage et implorent le secours financier de celle qu’en d’autres circonstances ils nomment avec dédain la « mamma étatique ». Le Monde diplomatique, qui leur souhaite bonne chance, n’oublie pas la part qu’ils ont prise dans leur infortune présente. Mais, pour continuer à défendre une conception du journalisme différente de la leur, c’est d’abord à ses lecteurs qu’il fait appel.

Si les tourments des médias indiffèrent une large fraction de l’opinion, c’est pour partie qu’elle a compris une chose : la mise en avant de la « liberté d’expression » sert souvent de paravent aux intérêts des propriétaires de moyens de communication. « Cela fait plusieurs décennies, estime le cofondateur du site dissident
CounterPunch.com Alexander Cockburn, que les journaux dominants ont plutôt fait obstruction ou saboté les efforts destinés à améliorer notre situation sociale et politique (2) . » Les enquêtes et reportages diligentés par la presse, de plus en plus rares, permettent surtout de préserver la fiction d’un journalisme d’investigation pendant que prolifèrent dans d’autres pages faits divers, portraits, rubriques de consommation, de météorologie, de sport, copinages littéraires. Sans oublier le simple copier-coller de dépêches d’agences par des salariés en voie de déqualification rapide.

« Imaginez, lance l’universitaire américain Robert McChesney, que le gouvernement prenne un décret exigeant une réduction brutale de la place accordée aux affaires internationales dans la presse, qu’il impose la fermeture des bureaux de correspondants locaux, ou la réduction sévère de leurs effectifs et de leurs budgets. Imaginez que le chef de l’Etat donne l’ordre aux médias de concentrer leur attention sur les célébrités et les broutilles plutôt que d’enquêter sur les scandales associés au pouvoir exécutif. Dans une telle hypothèse, les professeurs de journalisme auraient déclenché des grèves de la faim, des universités entières auraient fermé à cause des protestations. Pourtant, quand ce sont des intérêts privés en position de quasi-monopole qui décident à peu près la même chose, on n’enregistre pas de réaction notable (
3) . »

McChesney prolonge son exercice d’écologie mentale en posant la question suivante : puisque la démocratie est sans cesse invoquée, quand avons-nous au juste collectivement décidé — à quelle occasion ? lors de quel scrutin majeur ? — qu’une poignée de très grandes entreprises, financées par de la vente de publicité et prioritairement soucieuses de dégager un profit maximum, seraient les principaux artisans de notre information ?

Internet n’a pas décimé le journalisme, il agonisait déjà

En 1934, le dirigeant radical français Edouard Daladier fustigeait les « deux cents familles » qui « placent au pouvoir leurs délégués » et qui « interviennent sur l’opinion publique, car elles contrôlent la presse ». Trois quarts de siècle plus tard, moins d’une vingtaine de dynasties exercent une influence comparable, mais à l’échelle de la planète. Le pouvoir de ces nouvelles féodalités héréditaires — Murdoch, Bolloré, Bertelsmann, Lagardère, Slim, Bouygues, Berlusconi, Cisneros, Arnault (
4)… — excède souvent celui des gouvernements. Si Le Monde diplomatique avait dépendu de l’une d’entre elles, eût-il mis en cause le contrôle de l’édition par Lagardère ? Le destin qu’Arnault inflige à ses ouvrières ? Les plantations de Bolloré en Afrique ?

Revenant sur les conditions de son départ de Libération, le quotidien qu’il avait fondé, après qu’Edouard de Rothschild eut fait irruption dans le capital du journal, Serge July précise : « Edouard de Rothschild (…) acceptait de s’engager financièrement, pour autant que je m’engage à quitter non seulement mes fonctions, mais le journal. Je n’avais pas le choix, j’ai accepté tout de suite (
5) . » Il est assez piquant que son successeur, imposé par l’actionnaire, prétende aujourd’hui s’afficher en tribun de la liberté de la presse.

Tout le mal actuel, entend-on souvent, viendrait de ce pelé, de ce galeux d’Internet. Mais la Toile n’a pas décimé le journalisme ; il chancelait depuis longtemps sous le poids des restructurations, du marketing rédactionnel, du mépris des catégories populaires, de l’emprise des milliardaires et des publicitaires. Ce n’est pas Internet qui servit de caisse de résonance aux bobards des armées « alliées » pendant la guerre du Golfe (1991) ou à ceux de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) pendant le conflit du Kosovo (1999). Impossible également d’imputer à Internet l’incapacité des grands médias à annoncer l’effondrement des caisses d’épargne aux Etats-Unis (1989), puis à imaginer la déroute des pays émergents huit ans plus tard, enfin à prévenir cette bulle immobilière dont le monde continue de payer le prix. Les terribles accusations de pédophilie de l’affaire d’Outreau ou d’antisémitisme du RER D ne provenaient pas non plus de la Toile. Alors, s’il faut vraiment « sauver la presse », l’argent public gagnerait à être réservé à ceux qui accomplissent une mission d’information fiable et indépendante, pas aux colporteurs de ragots. Le service de l’actionnaire et le commerce de « cerveaux disponibles » trouveront leurs ressources ailleurs (
6).

Dans les reproches adressés à Internet, on décèle souvent autre chose qu’une inquiétude légitime devant les modes d’acquisition du savoir et de transmission de l’information : l’effroi que le magistère de quelques barons du commentaire touche à son terme. Disposant d’un privilège féodal, ceux-ci s’étaient taillé des domaines, ménagé des sinécures ; ils pouvaient « faire » ou « défaire » ministères et réputations. Un concert d’éloges unanimes accueillait avec la même fièvre chacun de leurs ouvrages bâclés et de leurs tribunes ronflantes (
7). Quelques journaux irrévérencieux faisaient çà et là figure de citadelles assiégées. Mais un jour, des sans-culottes ont débarqué avec leurs claviers...

Reconnaissons-le, le contexte d’ensemble d’une information chamboulée par une recomposition brutale (lire «
Recomposition brutale, racolages à tous les rayons ») ne nous a pas épargnés, nous non plus. Après un essor ininterrompu entre 1996 et 2003, la diffusion en kiosques du Monde diplomatique a enregistré un très fort recul jusqu’à l’année dernière ; le nombre des abonnés, lui, a continué de progresser. En termes d’exemplaires vendus, le tassement est néanmoins réel et nous ramène à nos chiffres de 1995, juste avant la filialisation du journal (voir graphique ci-dessous). Assurément, la perception générale s’améliore sensiblement si l’on ajoute à ce total les soixante-treize éditions internationales du mensuel (la première, en Italie, date de 1994), les quelque deux millions d’exemplaires qu’elles diffusent et les centaines de milliers de lecteurs en ligne de notre site.

Mais audience et revenus sont choses bien différentes. Les ventes et les abonnements représentent de très loin nos deux principaux piliers financiers (8). Les internautes contribuent à l’influence du journal, pas à son existence. Et ceux d’entre eux qui ne participent jamais à nos recettes opèrent à la manière des passagers clandestins dont l’intégralité du déplacement est payée par les voyageurs ayant acheté un billet (voir dans « Recomposition brutale, racolages à tous les rayons » la répartition de nos recettes).

Pour survivre, nombre de journaux ont choisi d’aligner davantage leur contenu sur les goûts supposés de leurs lecteurs. La destination est connue d’avance : « Ils préfèrent les articles courts et les nouvelles qui les concernent directement. Sur Internet, ils recherchent plutôt ce qui va leur faciliter la vie. Les longs textes relatifs à la politique étrangère sont d’autant moins prisés que les internautes se contentent de survoler les titres. A Zero Hora, un quotidien brésilien qui appartient au groupe RBS, le département de la diffusion interroge cent vingt lecteurs sur ce qu’ils ont pensé du journal du jour. Le directeur Marcelino Reich reçoit un rapport à 13 heures : “En général, ils réclament davantage de suppléments sur la cuisine et l’immobilier, et moins d’articles sur le Hezbollah et les tremblements de terre.” (
9) » Avouons que Le Monde diplomatique n’est probablement pas le titre qu’ils recherchent...

La désaffection qui a atteint notre journal n’est pas étrangère au découragement de ceux qui observent que, faute d’écho suffisant et de relais politiques, la mise à nu des dispositifs principaux de l’ordre social et international a eu peu d’effet sur la pérennité du système. La lassitude du « à quoi ça sert ? » a donc peu à peu remplacé l’ancien « que proposez-vous ? » qui, dans notre cas, ne se justifiait plus guère tant au fil des ans les pistes et les propositions se sont succédé dans ces pages (abolition de la dette du tiers-monde, réforme des institutions internationales, taxe Tobin, nationalisation des banques, protectionnisme européen, « guillotine fiscale » sur certains revenus du capital, développement de l’économie solidaire et de la sphère non marchande, etc.).

Un mensuel bien peu recommandable...

A l’évidence, le déclin de l’altermondialisme nous a atteints plus durement que d’autres. L’hégémonie intellectuelle du libéralisme fut remise en cause, mais très vite l’argile s’est durcie. Car si la critique ne suffit pas, la proposition non plus : l’ordre social n’est pas un texte qu’il suffirait de « déconstruire » pour qu’il se recompose tout seul ; nombre d’idées ébrèchent le monde réel sans que les murs s’écroulent. Pourtant, on attend parfois de nous que les événements se plient à nos espérances communes. Et dans le cas contraire, on nous juge un peu déprimants...

En tout cas, quand il s’agit de l’avenir de ce journal, nous fondons notre optimisme sur une certitude, celle de pouvoir compter sur votre concours. Nous ne relèverons donc pas nos tarifs pour le moment. Nous les maintiendrons plus bas dans les pays pauvres. Nous poursuivrons l’accompagnement de nouvelles éditions internationales en leur offrant de nous verser des droits limités au démarrage. Nous demeurerons à la pointe des technologies multimédias, notamment pour atteindre les jeunes générations et assurer ainsi la transmission des valeurs intellectuelles et politiques de notre journal (lire «
Transmettre »). Nous continuerons à commander davantage de grands reportages et d’enquêtes de journalistes, de chercheurs, de militants aussi, sur les conflits en cours, les crises, les alternatives, les expérimentations.

Mais la poursuite de notre développement dépend pour une large part de votre mobilisation financière à nos côtés. Achat plus régulier du journal en kiosques, abonnement, offre d’abonnement à des lecteurs potentiels, adhésion à l’association des Amis du Monde diplomatique : vos moyens d’intervention sont nombreux. Et, depuis peu, un dispositif nouveau a vu le jour. Il permet de déduire du montant de votre impôt 66 % des dons faits à notre journal. Ainsi, après avoir aidé les banques, l’argent public pourrait enfin servir à enquêter sur leurs turpitudes…

Comparées à celles d’autres titres, nos pertes peuvent paraître modestes (330 000 euros en 2007, 215 000 euros l’année dernière). Mais aucun banquier désœuvré et brûlant de jouer au mécène ne se proposera de les combler. Un journal comme le nôtre, dont l’ensemble des personnels est actionnaire, dont les lecteurs, qui détiennent eux aussi une part du capital, offrent des abonnements de solidarité aux bibliothèques et aux prisons dépourvues de ressources, dont enfin le directeur est élu, lui paraîtrait vraisemblablement assez peu recommandable.

La question qui nous est collectivement posée est simple : qui d’autre que nous va continuer à financer un journalisme d’intérêt général ouvert sur le monde, consacrer deux pages aux mineurs de Zambie, à la marine chinoise, à la société lettone ? Ce mensuel n’est pas exempt de défauts, mais il encourage les auteurs qui voyagent, enquêtent, sortent de chez eux, écoutent, observent. Les journalistes qui le conçoivent ne sont jamais conviés aux dîners du Siècle, ils ne font pas de « ménages » pour les lobbies pharmaceutiques ou les sociétés d’emballage, ils n’ont pas leur rond de serviette dans les grands médias. Ceux-ci, d’ailleurs, qui relaient chaque « nouvelle formule » d’un autre journal et qui transforment leurs « revues de presse » en auberge réservée à cinq ou six titres, toujours les mêmes, occultent avec application Le Monde diplomatique en dépit de son impact mondial sans équivalent. Au fond, c’est la rançon de notre singularité.

Mais nous comptons tant de complices ailleurs : l’association des Amis du Monde diplomatique, dont l’existence conforte l’indépendance de la rédaction et qui, chaque mois, organise des dizaines de débats autour des thèmes que nous développons ; les kiosquiers qui veillent à ce que notre journal reste bien exposé, et parfois le recommandent ; les enseignants qui le font connaître à leurs élèves ; la presse alternative qui tire profit de nos informations et dont certains animateurs musardent dans nos colonnes ; beaucoup de curieux, des journalistes francs-tireurs, quelques mauvais caractères…
Et vous tous, sans qui rien n’est possible.

Serge Halimi »¹

(
1) La révélation par le Washington Post, à partir de 1972, des conditions du cambriolage de l’immeuble du Parti démocrate (le Watergate) dans la capitale fédérale provoqua, en août 1974, la démission du président républicain Richard Nixon. Entre 1975 et 1989, The New York Times Co. vit ses profits annuels s’envoler de 13 millions de dollars à 266 millions de dollars. The Washington Post Co. passa, lui, de 12 millions de dollars à 197 millions de dollars pendant la même période. Cf. Howard Kurtz, « Stop the Presses », The Washington Post National Weekly Edition, 3 mai 1993.
(
2) Alexander Cockburn, The Nation, New York, 1er juin 2009.
(
3) Cité par Columbia Journalism Review, New York, janvier-février 2008.
(
4) En mai 2008, M. Bernard Arnault, deuxième fortune de France, président-directeur général de LVMH et propriétaire du quotidien économique Les Echos, a nommé son fils Antoine membre du « comité d’indépendance éditoriale » du groupe Les Echos. Auparavant, M. Antoine Arnault occupait le poste de directeur de la communication de Louis Vuitton...
(
5) Serge July, Jean-François Kahn et Edwy Plenel, Faut-il croire les journalistes ?, Mordicus, Paris, 2009, p. 67.
(
6) Dès octobre 1984, Claude Julien (directeur du Monde diplomatique de 1973 à 1991) proposait que les aides de l’Etat à la presse, qui représentent en France 10 % du chiffre d’affaires du secteur, soient réservées à des société à but non lucratif. Lesquelles « ne pourraient avoir pour objectif de gagner de l’argent et de distribuer des dividendes ». Leurs profits seraient « reversés à une œuvre d’utilité publique. Les journaux qui opteraient pour un tel statut n’auraient donc guère de chance d’exciter la convoitise des affairistes ».
(
7) Cf. le dossier « L’imposture Bernard-Henri Lévy ».
(
8) En 2008, les éditions internationales ont versé 350 000 euros de redevances au Monde diplomatique, soit environ 3 % de son chiffre d’affaires.
(
9) « More media, less news », The Economist, Londres, 26 août 2006.



Jean Vinatier

Copyright©SERIATIM 2009
Tous droits réservés


Lien :

1-
http://www.monde-diplomatique.fr/2009/10/HALIMI/18192

In Seriatim :

http://www.seriatimonline.com/2009/09/linguet-lamerique-une-metairie-de.html

http://www.seriatimonline.com/2009/09/dedefensaorg-jour-apres-jour-n534-3e.html

http://www.seriatimonline.com/2009/09/un-manifeste-internet-n525-3e-annee.html


Commentaires : Si vous n’avez pas de compte Gmail, et pour éviter le noreply-comment veuillez envoyer vos commentaires à :
jv3@free.fr

Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Arabie Saoudite, Argentine, Australie, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzégovine, Brésil, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Gabon, Géorgie, Guinée, Haïti, Inde, Irak, Iran, Islande, Israël, Kenya, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Qatar, République Centrafricaine , République Dominicaine, Russie, Sénégal, Serbie, Somalie, Suisse, Thaïlande, Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM & Nouvelle-Calédonie, Polynésie), Ukraine, Uruguay, Venezuela, Vietnam, Yémen

mardi 29 septembre 2009

Linguet : « l’Amérique […] une métairie de l’Europe ? –N°537- 3e année

Simon-Nicolas-Henri Linguet (1736-1794) a eu toute sa vie un sacré caractère : avocat, il se brouille avec ses collègues qui obtiennent sa radiation et le contraignent, en 1777 à l’exil londonien d’où il commencera, la publication d’un périodique intitulé, Annales politiques, civiles et littéraires du dix-huitième siècle dont le dernier numéro paraîtra en 1792, l’ensemble formant 19 tomes. Mallet du Pan, La Harpe, Marmontel et Framery en assurèrent également à différents moments la rédaction.
Rentré en France, en 1780, il va directement à la Bastille pour n’en sortir qu’en 1782 et dont il tirera la popularité avec,
Mémoire de la Bastille ! Passé par la case Londres avant de poser ses valises dans les Pays Bas autrichiens (Belgique) où il s’attirera les bonnes grâces du frère de Marie-Antoinette, Joseph II. Grâce à lui, il revint en France. Désormais, protégé par le Roi et Vergennes, il continua son travail journalistique. Ce contre-révolutionnaire ne joua pas un grand rôle pendant la Révolution hormis une dénonciation du libéralisme économique qu’il estimait dangereux pour les ouvriers et les plus démunis. Retiré en 1792 dans la ville de Marnes Saint-Cloud (La Coquette aujourd’hui), il en devint maire. Hélas pour lui, l’Armoire de fer contenait certaines de ses lettres vieilles de dix ans, cela suffit à le mener à la guillotine le 27 juin 1794.
Les auteurs du siècle des Lumières étonnent souvent par leur style et leur aisance, leur soin aussi de tout embrasser grâce à une culture générale étendue. Les
Annales de Linguet ne font naturellement pas exception et méritent d’être plus connues. Il s’exprime avec aplomb ; ainsi sur la Perse :
« La Perse livrée pendant cinquante ans à des convulsions absoluments pareilles à celles qui ont déshonoré les derniers siècles de l’Empire Romain ; mais reprenant, une seconde fois, sous un nouveau Thamas,¹ une consistance que les Dominateurs des deux Romes n’ont jamais recouvrée, après l’avoir perdue.. »²
Ou bien sur la France :

« De l’Etat actuel de la Législation en Europe

[….]
Quant à celle qui tient à l’Administration, qui fixe les droits des Peuples, & ceux des Souverains, hors l’Angleterre & le Danemark, pas une Nation n’en a la moindre idée. Ces deux-là seules sont parvenues, l’une en accordant tout à ses Rois, l’autre en leur disputant tout, à savoir du moins ce qu’est chez eux la Couronne, & comment il faut considérer l’Individu qui la porte. Parout ailleurs il n’y a rien de plus incertain.
En France, par exemple, le Monarque se dit la Nation ; les Parlements se disent la Nation ; la Noblesse se dit la Nation ; il n’y a qu’elle qui ne puisse dire ce qu’elle est, ni même si elle est. En attendant que ce point s’éclaircisse, tout reste confus ; tout sert de matière à des prétentions & à des disputes. L’autorité royale avançant ou reculant sans cesse, ne connaît ni limites qu’elle ne puisse franchir, ni bornes au-delà desquelles on ne puisse la forcer de rétrograder
. »²

Linguet dans ses Annales se livrent à de vastes analyses présentes dés les « Préliminaires » du premier volume de 1777 : ainsi, ci-dessous le texte relatif à la relation Europe/Amérique. On est à la veille de la première grande victoire des Insurgents sur le Royaume-Uni à Saratoga le 19 septembre 1777.

« En passant dans l’autre Hémisphère, nous trouvons l’Amérique réduite, depuis sa Découverte à n’être qu’une métairie de l’Europe, métairie toujours épuisée, & souvent ensanglantée par ses nouveaux Propriétaires ; soumise, dans toute son étendue, à des principes aussi extraordinaires que ses productions : divisée aujourd’hui, presqu’entière, entre deux portions dont le coup d’œil est bien différent ; gémissant, dans l’une, sous tous les fléaux qui accompagnent l’opulence & la superstition ; conduite, dans l’autre, à la guerre civile, par la Philosophie, & se réclamant à main armée une Liberté dangereuse peut-être pour elle-même, autant que pour l’Europe.
Le sort des Colonies Anglaises étant une fois soumis à celui des armes, il n’est plus question d’examiner si elles ont des droits, ou non, à l’indépendance : la victoire seule servira désormais de titre pour ou contre elles : mais a-t-on bien réflechi dans les deux Hémisphères, aux suites qu’auront leurs succès, si elles en obtiennent ?
D’abord ces succès ne seront-ils pas, dans leur propre sein, une source de divisions ? D’après la marche de l’esprit humain, l’ambition se naturalisera dans le Congrès, ou dans ses démembrements, comme dans toutes les Aristocraties, où le patriotisme est plus fastueux, & encore moins réel que dans les Monarchies. L’exemple de sept petites Provinces, qui ont conservé, auprès du Zuiderzée, l’union après la victoire, & la liberté malgré la richesse, ne tire pas à conséquence, pour des dominations presque sans limites, que la frugalité ne défend pas, comme la Hollande, de la corruption ; qui n’ont point, comme la Hollande, l’excès du malheur pour motif de leur défection ; qui ayant toutes des productions personnelles, & des intérêts directs, n’étant pas, comme la Hollande, bornée au simple courtage ; ne pourront pas, comme la Hollande, avoir une communauté de vues, de plans, & d’opérations ; mais trouveront, dès qu’elles jouiront d’une existence affermie & d’un commerce libre, mille motifs de rivalité, contre un seul d’intelligence : qui enfin, sans avoir eu besoin de Brutus, & peut-être sans en produire, rencontreront bientôt des Césars, & regretteront, sous la pesanteur d’un Despostime national, le joug d’un Gouvernement éloigné, assez fort pour les défendre, mais trop faible pour les opprimer.
Ensuite, la première opération des Américains reconnus libres, devant être nécessairement l’ouverture d’un asile pour tous les Européens qui voudront venir fertiliser ces domaines vacants, il en résultera une émigration sans bornes de l’ancien continent au nouveau. Cette foule d’esprits actifs de génies remuants, que l’espérance d’une meilleure fortune attirera sur ces bords brillants des rayons de la Liberté naissante, y multiplieront les sources de désordres ; ils y porteront leurs vices, leur avidité, leur aversion pour le repos, comme pour un travail utile, leur facilité à embrasser des projets ; ils fourniront plus de Complices à l’ambition d’un Oppresseur, que d’Associés actifs à l’Agriculture & au Commerce.
Ce n’est pas tout. Personne n’ignore combien les transplantations sont funestes à la Génération qui les éprouve. Elles le seront, surtout en Amérique, où la culture, déjà en vigeur, s’est emparée de tous les terreins favorisés par la Nature. L’expérience des anciens Colons ne laissera aux nouveaux que des sables rebelles, des montagnes escarpées, ou des marais malsains. Ceux-ci, redoutés par leur nombre, affaiblis par le changement de nourriture & de climat, persécutés par les maladies, & suspects par leurs murmures, périront sur ce rivage meurtrier, en déplorant l’erreur qui les y aura conduits : ils disparaitront sans laisser de postérité. L’Europe les aura perdus, & l’Amérique ne les aura pas gagnés : la première ainsi évacuée, ayant toujours à supporter les charges fiscales dont les régnes précédents n’auront cessé d’accabler leur postérité, sera forcée de les répartir entre les sujets restants : il faudra augmenter ici les Contributions, en raison de ce que le nombre des Contribuables diminuera ; & qui fait les catastrophes auxquelles peut donner lieu, parmi ce résidu infortuné, l’excès de la misère, joint à celui de l’oppression ?

En supposant que ces pressentiments ne fussent pas fondés, & que le Nouveau Monde put se procurer, de son propre fonds, une population qui ne coutât rien au reste de l’Univers, au moins on ne peut se dissimuler que cette moitié du Globe, une fois fécondée autant qu’elle peut l’être, ne doive parvenir en très peu de temps, à se passer de l’Europe. Son climat modifié, dans les parties les plus rudes, par le travail des hommes, & mis à profit dans les autres par une industrie active, la dispensera du commerce périlleux & fatiguant de nos parages. Ses habitants, entourés des mers les plus poissonneuses, maîtres des mines les plus riches, voisins des îles les plus favorisées de la Nature, faisant en deux mois, avec des vents toujours favorables, des voyages qui nous coûtent des années, au milieu des plus horribles tourmentes ; recevant sans peine & sans danger, d’un côté le sucre, l’indigo, & les fruits délicieux, & de l’autre, les épiceries, les pierres précieuses, & les toiles fines ; attirant ainsi à eux, par la seule volonté, les richesses & les jouissances des deux Hémisphères deviendront, avant peu, les Arbitres de notre destinée.
Alors nous dépendrons d’eux par la nécessité des choses, plus encore qu’ils ne dépendaient de nous par le délire, ou si l’on veut, la sagesse des Lois Prohibitives : ils disposeront seuls du Commerce des deux Mondes. Ce n’est plus par le Caire, ni par le Cap de Bonne-Espérance que nous viendront les trésors de l’Afrique, ou les productions parfumées de l’Asie ; c’est par les comptoirs qui s’établiront dans les Mers de l’Amérique : & avec quoi les payerons-nous, misérables regratiers³ que nous sommes, aux Propriétaires du Pérou, aux Dominateurs du Brésil ?
Ceux-ci regorgeant d’or & de diamants, auront encore, pendant quelques temps, sur notre caduque indigence, la supériorité que donne aux Etats, ainsi qu’aux hommes, la vigueur de la jeunesse, jointe au sentiment de la prospérité. Leur splendeur étant le fruit d’une révolution rapide : m’ayant point passé par les périodes successives qui aménent, pour tous les autres Peuples, le développement de leurs forces; n’ayant point ainsi usé leurs vertus, ou cette élévation de l’âme qui en tient lieu, dans les querelles, ou les humiliations que tous les Empires ont éprouvées au temps de leur accroissement, ils se trouveront tout d’un coup avoir la consistence de la maturité, avec l’énergie d’une constitution naissante ; ils n’en seront que plus terribles. ? Leurs divisions intestines seront même peut-être pour eux un principe préservateur, qui empêchent les progrés trop prompts de la corruption.
Alors, ou ils écraseront l’Europe par les arts qu’ils auront perfectionnés ; ils viendront étonner & subjuguer leur Métropole confuse, accablée de la gloire de ces enfants dépaysés ; ou s’ils l’oublient, s’ils ne daignent pas se venger des maux qu’elle a faits à leurs Prédécesseurs , c’est à sa misère qu’elle en sera redevable. Elle ne sera pas conquise par eux, parce qu’elle n’en vaudra pas la peine, & que la barbarie où elle sera déjà retombée n’inspirera que du dégoût aux Possesseurs des plus brillants Empires que la Politique ait encore formés.
Le temps de cette révolution est incertain ; mais elle est inévitable si l’Amérique devient libre & florissante : c’est aux Politiques de l’Europe à juger jusqu’à quel point la raison, la justice, & l’humanité permettent de travailler à l’accélérer, ou à la retarder ; c’est à eux à voir si la Génération présente, en y concourant, s’épargne plus de maux qu’elle n’en assure à ses Descendants ; s’il est même encore temps de s’y opposer, & si nos Ministères absorbés dans leurs petites spéculations éphèmères n’ont pas trop négligé ce grand intérêt général, le plus vif, le plus pressant, de manière ou d’autre, que le cours des choses ait encore présenté au Genre-humain, depuis sa civilisation
. »²

Jean Vinatier

Copyright©SERIATIM 2009
Tous droits réservés

Notes :

1-Thamas plus connu sous le nom de Nadir Shah (1688-1747). Entré au service du futur Shah Tahmasp II Safavide auprès duquel il prit le nom de Thamas Kouli-Kan (« esclave de Thamas »). Il le renversera en 1732 en faveur de son fils Abbas III avant de ceindre lui-même la couronne en 1736. Redoutable général qui vainc les Afghans puis l’empereur Moghol à Karnal en 1739 avant de piller Delhi dont il ramena le trône du Paon et le diamant Koh-i Nor.
Ce « Napoléon Perse » sera assassiné par ses officiers en 1747. Auparavant, il avait aveuglé son fils. Son neveu, Adil Shah qui lui succédera, n’aura que le temps de mettre à mort les fils et petit-fils de son oncle avant d’être assassiné par son frère qui fut également tué par ses soldats !
Voir CLAUSTRE (A. De) - CERCEAU (J-A. Du) : Histoire de Thamas Kouli-Kan, nouveau Roi de Perse. Ou histoire de la dernière révolution de Perse arrivée en 1732. Paris, Briasson, 1742.

3- Regratier : « Regratier trisyllabe ou Regrateur c'est celuy qui accoustre, pare et farde toutes vieilles marchandises, pour apres les vendre plus cher » d’après Nicot, Thrésor de la langue Française (1606)

Source :

2- In Annales politiques, civiles et littéraires du dix-huitième siècle, Vol 1, Londres, 1777, pp. 10, 11-16, 16-17.

Commentaires : Si vous n’avez pas de compte Gmail, et pour éviter le noreply-comment veuillez envoyer vos commentaires à :
jv3@free.fr

Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Arabie Saoudite, Argentine, Australie, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzégovine, Brésil, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Gabon, Géorgie, Guinée, Haïti, Inde, Irak, Iran, Islande, Israël, Kenya, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Qatar, République Centrafricaine , République Dominicaine, Russie, Sénégal, Serbie, Somalie, Suisse, Thaïlande, Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM & Nouvelle-Calédonie, Polynésie), Ukraine, Uruguay, Venezuela, Vietnam, Yémen

Edito : Suisse : une « bombe » appelée Polanski –N°536-3e année

Le doux pays des Helvètes sait se montrer rancunier : voilà des mois que les Etats-Unis (et la France) contrarient l’UBS et le gouvernement de Berne pour des problèmes fiscaux et bancaires. Les menaces venues de Washington ont tinté à l’oreille des suisses jusqu’à l’agacement.
Les autorités judiciaires, en arrêtant Roman Polanski, n’ont fait que se conformer au mandat d’arrêt international lancé par les Etats-Unis en 1978. Comme le fait remarquer très justement la journaliste de
La Tribune Sophie Gherardi dans son édito de ce matin, le gouvernement suisse place le Président Obama dans une situation délicate : en graciant le cinéaste tous les extrémistes américains vont se déchaîner rappelant son œuvre sulfureuse ("Le bal des vampires", "Rosemary’s baby") gommant au passage que la jeune épouse de Roman Polanski avait été assassinée par une bande de cinglés en 1969 !
Le gouvernement suisse envoie donc une belle bombe entre les pattes du Président des Etats-Unis lequel fait face aux pires déclarations à son encontre. Samedi un sondage, supprimé après l’intervention des Services, avait même été mis en ligne sur
Facebook : « Obama devrait-il être tué ? » Plusieurs hommes politiques s’alarment du danger de la violence populaire contre l’Etat fédéral !!! En Europe, les médias cachent l’extrême énervement de ce peuple autant révolté contre le projet d’un nouveau système de santé et l’ensemble « Wall Street/FED ». La misère sociale également soigneusement masquée en Europe par les sites d’information ne décroît, hélas, absolument pas.
Les Suisses font montre d’une grande méchanceté envers la Maison Blanche. Mais, les Etats-Unis sont-ils véritablement honnêtes quand ils font pression sur ce pays au nom de la morale alors qu’ils ferment les yeux sur d’autres ? Non.
S’il n’y avait pas eu ces affaires UBS et du secret bancaire Roman Polanski se baladerait tranquillement dans les rues suisses….
Les Suisses ont-ils eu raison de procéder de cette sorte ? Disons qu’ils répondent en se moquant comme d’une guigne des dommages collatéraux. Sans doute oublie-t-on que la discrétion bancaire fait presque partie des institutions et de l’identité helvète ? Le dire ne signifie pas qu’on les approuve.

Jean Vinatier

Copyright©SERIATIM 2009
Tous droits réservés

Commentaires : Si vous n’avez pas de compte Gmail, et pour éviter le noreply-comment veuillez envoyer vos commentaires à :
jv3@free.fr

Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Arabie Saoudite, Argentine, Australie, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzégovine, Brésil, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Gabon, Géorgie, Guinée, Haïti, Inde, Irak, Iran, Islande, Israël, Kenya, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Qatar, République Centrafricaine , République Dominicaine, Russie, Sénégal, Serbie, Somalie, Suisse, Thaïlande, Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM & Nouvelle-Calédonie, Polynésie), Ukraine, Uruguay, Venezuela, Vietnam, Yémen

lundi 28 septembre 2009

Après Pittsburgh : « tout va bien signé Canrobert ! » –N°535- 3e année

Le maréchal de Canrobert (1809-1895), optimiste invétéré, massacreur de républicains le 2 décembre 1851 et héros à Magenta, terminait invariablement ses dépêches par « un tout va bien » même au milieu des difficultés ! Le communiqué du G20 était de cet acabit !
La crise est finie oui mais les plans de relance sont maintenus et prolongés. Les banques seraient hors de danger mais l’Inspecteur Général chargé du contrôle de l’utilisation des fonds publics dispensés (TARP) aux banques via le plan Paulson, Neil Barkovsky déclare dans le
Huffington Post que: « le système financier est aujourd’hui beaucoup plus dangereux qu’il ne l’était avant la crise » (The U.S. financial system, now dependent on bigger and fewer banks is shakier than ever.)¹
Les régulations financières annoncées ne sont que des rustines et les attaques contre les paradis fiscaux d’aimables plaisanteries dont seul Nicolas Sarkozy tire profit dans l’indifférence de ses pairs.
La Chine est incontestablement la grande victorieuse de ce sommet à 20/27 qui remplacera définitivement le G7/8 : elle a obtenu une augmentation des droits de vote de pays émergents. Elle compte bien continuer à grandir sa force au sein des institutions internationales et se prépare
« à écraser le dollar » (Marc Fiorentino- La Tribune) avec l’approbation de différents états dont la Russie, le Venezuela, le Brésil. Combien de temps durera cette bataille ? Nul ne le sait. Nous sommes entrés dans une ère plus incertaine, plus fragile que jamais. Le problème n’est pas tant la fin du billet vert comme monnaie de réserve que l’absence d’une autre monnaie capable de prendre immédiatement le relais. La Chine peut-elle se permettre de perdre 50% de ses encours (400 milliards de dollars) ? Elle restera encore une puissance aux pieds d’argile pendant quelques années.
La fin de la suprématie du dollar est certes programmée. Il est quasi certain qu’elle engendrerait ispo facto une seconde guerre civile aux Etats-Unis : quelle force continentale monterait au créneau pour assurer un équilibre durable?
Sans doute « le monde Atlantique » devine que son hégémonie décline et que certains les plus extrémistes d’entre eux agitent les menaces guerrières contre l’Iran au nom de la sécurité d’Israël qui dispose autour de 200 têtes nucléaires !
La fin du sommet de Pittsburgh a presque eu des allures militaires avec la déclaration conjointe de Washington, de Londres et de Paris. Il a suffi de quelques mots prononcés par le Président Medvedev pour que l’on croit le régime des mollahs enfin affaibli. En fait, les paroles russes répondent à l’abandon par le Président Obama de l’installation des fameuses batteries d’anti-missiles (BMDE) en Pologne et République Tchèque : ces propos sont une pure courtoisie et avec le souci de ne pas trop mettre en évidence l’affaiblissement du Chef d’Etat américain lequel fait face à une contestation intérieure grandissante et, à l’extérieur, aux calculs très politiques de certains généraux (Petraeus, McChrystall)
Il est bien évident que ni la Russie, ni la Chine (nations qui travaillent de concert sur ce sujet) ne laisseront faire une action militaire contre Téhéran. Notons également que le gouvernement israélien se garde bien de bomber le torse : il laisse déclamer « les pays amis » et y trouve son intérêt, notamment, par la poursuite « tranquille » de la colonisation de la Palestine. N’est-ce pas son but principal ? Ni Téhéran, ni Tel-Aviv ne veulent commencer un bal des missiles….
Les puissances européennes feraient bien d’ouvrir les yeux : lors du discours du Président Ahmadinejad devant l’ONU, seules leurs délégations ont quitté la salle…et la résolution votée par cette organisation, le jeudi 24 septembre
« appelant à mettre fin à la prolifération nucléaire ne nommait pas l'Iran »²
L’incertitude du monde garde toute sa pertinence et son actualité : les pantomimes du « monde Atlantique » n’en sont que plus tragiques, désespérantes, dangereuses in fine. Face aux désastres en Mésopotamie puis en Afghanistan, nous osons dire que l’Iran nous cache une usine alors que nous ne cessons de mentir : qui a prétendu que Saddam Hussein avait des armes de destruction massive ? Le gouvernement français est-il à l’aise lorsqu’il prétend combattre en Afghanistan pour aider ce peuple alors qu’il l’expulse de « la jungle de Calais » ?
« Tout va bien signé Canrobert ? »

Jean Vinatier

Copyright©SERIATIM 2009
Tous droits réservés

Commentaires : Si vous n’avez pas de compte Gmail, et pour éviter le noreply-comment veuillez envoyer vos commentaires à :
jv3@free.fr

Sources :

1-
http://www.huffingtonpost.com/2009/09/25/neil-barofsky-tarp-inspec_n_300178.html

2-
http://www.atimes.com/atimes/Central_Asia/KI29Ag02.html


Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Arabie Saoudite, Argentine, Australie, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzégovine, Brésil, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Gabon, Géorgie, Guinée, Haïti, Inde, Irak, Iran, Islande, Israël, Kenya, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Qatar, République Centrafricaine , République Dominicaine, Russie, Sénégal, Serbie, Somalie, Suisse, Thaïlande, Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM & Nouvelle-Calédonie, Polynésie), Ukraine, Uruguay, Venezuela, Vietnam, Yémen