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mardi 10 novembre 2009

Allemagne sans mur, Europe dans le mur –N°565-3e année

L’anniversaire de la « chute » du Mur de Berlin le 9 novembre 1989 donne lieu à tous les spectacles possibles : on reconstruit ce mur un petit peu à Berlin, à Paris sans doute pour mieux répondre au désir de spectacle des gens et pour permettre une commémoration festive tandis que le mot « liberté » se répétéra à l’infini ! Si, nous pensons que cet anniversaire est mondial, nous avons grand tort, il est un événement européen avec un petit prolongement sur les rives de l’Hudson.
Bien évidemment, pour l’Allemagne, la fin de la RDA puis le départ de toutes les forces étrangères de son territoire sauf l’U.S Army¹ signifie la fin de l’après-guerre. L’Allemagne avec Berlin comme capitale, s’attèle, surtout, à garder sa puissance économique sans varier d’un iota sa relation avec les Etats-Unis, exception faite de l’année 2003. Pour le reste, l’Allemagne entend renforcer son partenariat avec la Russie, la Turquie et se place avec efficacité auprès de tous les pays émergents. Ce dynamisme, cette force uniquement concentrée sur la vie marchande se fait au détriment de l’engagement politique novateur. L’histoire n’intéresse plus l’Allemagne. Certes, les spectacles de ce jour anniversaire donneront-ils lieu à toutes les emphases mais cela restera un moment festif, ni plus, ni moins.
La chancelière Merkel veut que son pays soit une puissance tranquille et rayonnante qui n’entend être empêché ni par l’Union européenne, ni par la France.
Le mur qui tombe le 9 novembre 1989, c’est toute l’Europe de l’Est qui s’engouffre dans le marché européen avec pour point de repére le tandem bannière étoilée américaine/capitalisme sauvage ! L’arrivée simultanée de toutes ces nations est sans doute, plus que la réunification, un élèment clef de la fin du XXe siècle. Tenus en laisse par le maître soviétique pendant quarante ans, révoltés à plusieurs reprises ces pays se moquent comme d’une guigne de toute idée de construction européenne, ils veulent leur liberté : quoi de plus normal !
François Mitterrand craignait que cette chute du Mur affaiblisse l’Europe. On a dit qu’il regrettait la fin de la division allemande, et que son télégramme envoyé aux putchistes soviétiques d’août 1991 confirmait cette idée ! Mais le Président français estimait que cette soudaineté enléve aux pays de l’Ouest européen leur capacité d’action : Placés devant le fait accompli, ils subiraenit le choc bouche bée ! En réalité le Président français songeait en Européen. Il était bien le seul !
Le Président français souhaitait sans doute une Europe puissance indépendante et apte à jouer un rôle dans l’histoire mondiale.
Hélas, autant en 1989 qu’en 2009, les « élites » européennes montrent leur incapacité maladive à réfléchir par eux-mêmes, à accepter de jouer un rôle dans l’Histoire, elles pavanent et se contentent de recopier les écrits venus des think tank londoniens et des universités américaines. L’idée européenne en vingt ans n’a guère progressé et s’il n’y avait pas eu les débats et les référendums autour du traité de Lisbonne, l’Europe serait un désert. La seule chose que nous savons c’est que jamais plus les peuples ne seront consultés sauf pour les élections européennes. L’Europe se fera pratiquement sans nous mais en notre nom : Triste anniversaire pour notre modèle démocratique.
Souhaitons quand même que les festivités de l’anniversaire de la chute du Mur fassent prendre conscience de la nécessité de faire vivre cette Europe face aux autres continents.


Jean Vinatier

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Note :
1- il reste seulement un corps d’armée anglais et deux régiments français.
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vendredi 6 novembre 2009

Prochain Seriatim

Cher(e)s Internautes,
prochain Seriatim le lundi 9 novembre

cordialement,
Jean Vinatier

mercredi 4 novembre 2009

UMP, entre taïaut et curée –N°564-3e année

A l’UMP, la Saint-Hubert, c’est tous les jours ! Tout le monde tire sur tout le monde : Celui qui est gibier le matin devient chasseur l’après-midi et réciproquement ! On ne s’ennuie pas, nous sommes bien loin des lamentations éléphantesques du parti socialiste, des désespérances de Parti de gauche et des pantomimes syndicalistes qui essaient de faire croire qu’ils défendent les salariés !
Nous vîmes Nicolas Sarkozy fulminer contre Jean-Pierre Raffarin, Rama Yade snober Nadine Morano puis François Fillon, tonner contre sa jeune ministre et baffer au figuré Henri Guaino ! De son côté, le Président du Sénat, Gérard Larcher, tout juste de retour de Kaboul où il entendit siffler les balles, montait au créneau contre…l’exécutif. N’en jeter plus, tout ce beau monde s’étripe le plus joyeusement hormis les deux ministres constipés Lagarde et Woerth. Pour clore le tout, certains médias donnent les extraits du premier volume des mémoires de Jacques Chirac où il décoche les flèches contre tous les ténors de la scène politique, exception faite pour François Mitterrand auréolé !
Nous avons même une nouveauté, le club des ex-ministres ou les saules pleureurs (Mmes Albanel, Boutin, MM.Jégo, Karoutchi, Santini) dont certains éditent leurs sentiments quand tous comparent les ambassades et les missions que l’Elysée leur a proposé.
Bref, ce spectacle devenu quotidien devrait réjouir les Français : en France nous aimons les disputes, les querelles. Dommage que les duels n’existent plus, parce que nous aurions des moments assez grandioses…. Hélas, ce beau monde joue à fleuret moucheté, nul ne prend de risque et tous attendent qui la faveur, qui le fief tandis que toute la nation regarde cette chasse bruyante depuis le Mont Pagnotte¹ et qu’elle s’interroge taïaut ou curée ?


Jean Vinatier

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Note :

1-Mont Pagnotte, cette éminence située dans la forêt d’Halatte en bordure du domaine royal de Compiègne permettait de voir la chasse sans y participer. L’expression « rester sur le Mont Pagnotte » est célèbre depuis le jour de l’année 1740 où Louis XV pressé par la Cour de guerroyer contre la Maison d’Autriche répondit qu’il préférait rester sur le Mont Pagnotte. Un courtisan lui répondit que Sa Majesté y prendrait froid, ses ancêtres n’y ayant jamais fait construire ! Quelques mois plus tard, la guerre de Sucession d’Autriche débutait !

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mardi 3 novembre 2009

Michel Rocard « Je trouve ça complètement imbécile ».: N°563-3e année

Michel Rocard ancien Premier ministre et actuel co-président avec Alain Juppé de la commission en charge du grand emprunt, se montre d’une rare sévérité sur le débat « identité nationale » lancé par le Président de la République.
Dans l’entretien qu’il vient d’accorder au journaliste du
Nouvel Obs, Baptiste Legrand, il insiste sur l’Histoire qui a fait la splendide singularité de notre Nation.
Nicolas Sarkozy voudrait-il nous diviser, nous opposer, nous faire douter de nous-mêmes? Dans ce cas, le Président de la République commet sans doute une faute majeure qui pourrait avoir des conséquences étonnantes.
Verrons-nous sous un jour différent le Chef de l’Etat qui plaide depuis la campagne présidentielle de 2007 pour changer le modèle français afin d’appliquer les idées libérales en vogue dans les milieux financiers ? Les libéraux d’aujourd’hui entendent casser ou briser toute résistance, tout référent collectif, tout repère historique. On dira que Nicolas Sarkozy ne cesse de tirer de son chapeau tel ou tel fait ancien. C’est exact, mais il le sort du contexte historique d’alors pour le disposer dans un discours libéral, le changeant du tout au tout ! Il s’agit de déraciner.
Est-ce un hasard si Jean-Pierre Raffarin insiste sur les « élus enracinés » ? Est-ce un hasard si la réforme des collectivités territoriales ne veille qu’à assurer la recentralisation de la France au profit des oligarchies ? Et ces dernières abhorrent l’Histoire et la Nation.
Mettre en scène l’identité nationale est tout simplement insupportable.

« Michel Rocard¹ : - Cela ne m'inspire pas grand-chose de bon. La France est incontestablement l'un des pays occidentaux qui a la plus forte identité nationale. Des individus comme Louis XIV, Napoléon Bonaparte et Charles de Gaulle sont fortement créateurs de références identitaires. Et puis la France a cette particularité d'être différentes de tous les autres pays d'Europe sur un point majeur. Mais cela nécessite de prendre le temps de parcourir l'histoire.
Les grands empires qui sont apparus à travers le monde - en Amérique, en Afrique, comme au Moyen-Orient ou en Asie - sont presque toujours respectueux des identités linguistiques et religieuses des territoires qu'ils absorbent. Mais nous avons en Europe une autre tradition, beaucoup plus exigeante dans l'unification des territoires. C'est celle des royaumes. Nous n'avons pas d'empire qui réussit, mais huit ou neuf communautés linguistiques et religieuses - linguistiques à titre principal- qui vont créer des nations, chacune avec leurs rois ou leurs princes. Pendant un millénaire et demi, elles devront se défendre les unes des autres et construire une identité. C'est vrai du Portugal. C'est vrai aussi de l'Espagne, même s'il y a une petite difficulté linguistique avec la Catalogne et le Pays Basque. C'est vrai aussi de l'Angleterre et de la communauté néerlandophone, qui va prendre la forme des Provinces unies, les Pays-Bas. C'est vrai de la Pologne, c'est vrai aussi de la Hongrie et de la Russie.Il y a deux retards dans la constitution des nations: l'Italie et l'Allemagne. Mais tout de même l'Italie et l'Allemagne ont ces caractéristiques d'être des communautés linguistiques, qui se donnent un peu après les autres une structure d'Etat.
La France est un cas absolument unique. Une petite zone militarisée - Ile-de-France, Val de Loire - va produire une collectivité linguistique nationale. La langue française, c'est le Val de Loire, son lieu de naissance. Cette communauté va se militariser à outrance, parce qu'elle est petite et parce qu'elle est exposée dans une zone de plaine. En conséquence, le royaume de France va se développer en s'étendant militairement, bien au-delà de sa communauté linguistique. La naissance de la France se réalise par la conquête militaire d'au moins cinq cultures - j'appelle culture la coïncidence entre une langue et un art de prier. Je veux parler de la Bretagne, de l'Occitanie, de l'Alsace, d'une partie de la Flandre, de la Corse, et puis de notre petit bout du Pays basque. Vous avez le souvenir de la guerre des Albigeois ? Elle aurait fait entre 400 et 500.000 morts, avec les techniques militaires de l'époque - et la gentillesse de Simon de Montfort. C'est la conquête par le Nord de tout le Midi qui, au sud d'une ligne allant de Bordeaux à Grenoble, parlait Occitan.
C'est ça, la France. Le pouvoir central est construit militairement, ce n'est pas le produit d'une communauté. Tout cela est assez fabuleux et donne à la France une identité très spécifique qui est beaucoup moins marquée par le droit du sang. Très tôt, il y a un sentiment national étonnant, par l'échange de souvenir d'événements.
La victoire de Philippe Auguste à Bouvines [en 1214, NDLR] permet une sorte de fierté nationale. Il a un peu du David contre Goliath dans la bataille du petit royaume de France face à cette immensité qui était en train de se confédérer, le Saint Empire romain germanique. Et on a fait craquer l'empire.
Puis le moment de cristallisation nationale formidable, c'est la bataille de Valmy, sous la Révolution [en 1792, NDLR]. Dans les troupes commandées par Dumouriez, on évalue à moins de 20% ceux qui parlaient français.
Et ensuite arrive la IIIe République avec ses hussards noirs [les instituteurs, NDLR] qui imposent le français dans toutes les écoles.
Tout cela nous donne un art de vivre ensemble, parfois avec une assez grande indifférence au droit du sang, et donc une majoration de l'identité de choix de culture et de volonté d'un destin commun, largement façonné par la Révolution. Et tout cela est assez magnifique. On a même fait vivre cette identité à la Martinique, à la Guadeloupe, au Sénégal et à dans presque toutes nos colonies.
L'idée que tout cela fasse doute et qu'il faille en rediscuter me stupéfie. Cela fait une identité absolument merveilleuse, dont il est vrai qu'on la durcie quand on la prend comme Le Pen. Parce que Le Pen, au fond, nie la réalité de l'adhésion à cette nation de gens qui y sont depuis 150 ans. Ma mère était Savoyarde. Ce qui veut dire que moi-même, je dois d'être Français à un succès diplomatique de Napoléon III, tandis que pour Le Pen, je suis un Rital.
Cela ne me fait pas plaisir de rouvrir la conversation. Je trouve ça complètement imbécile. Il faut bien voir que cette logique de fabrication de la France se détruit si on la ferme. C'est une logique d'ouverture. La France se définit comme une sorte d'orgueil permanent. Moi je suis protestant. Cela veut dire que mes ancêtres sont considérés comme Français depuis ce jour mystérieux d'août 1789 où l'Assemblée constituante a fait citoyens français successivement les protestants, les juifs, les comédiens et les gens de couleur.
Dans l'idée d'arrêter ce mouvement de générosité, il y a quelque chose qui me choque. Parce qu'ouvrir le débat, c'est rechercher l'écriture d'une formalisation instantanée de la description de ce qu'est l'identité française. Or, elle a été dans l'histoire complètement évolutive. Et après tout, si on décide que c'est à la date du 3 août 1789 que s'arrête la fabrication de la France, moi je cesse d'être citoyen.

N'est-ce pas aussi la question de l'immigration qui est sous-entendue dans le débat sur l'identité française ?

- La France est depuis le milieu du XIXe une terre de dépression démographique. Il y a avait vers 1935-36 déjà 4,5 millions d'étrangers en France. Et la presse de l'époque montre que certaines couches de la population traitaient les immigrés - Italiens, Polonais, Belges…- comme des chiens. La presse d'aujourd'hui n'ose pas, s'agissant des Arabes ou des Noirs, reprendre le vocabulaire, les insultes et les présupposés que colportait la France entre les deux guerres. Tous ces hommes sont devenus citoyens français. La France est faite comme ça! Se poser le problème de l'immigration, c'est se poser la question de la date à laquelle s'arrête la bienvenue que nous avons souhaité à tous ceux qui sont devenus Français en venant d'ailleurs, et qui sont aujourd'hui un bon tiers, sinon la moitié, de notre population totale. Alors à partir de quand on crache dessus ?
Exalter la France est une chose. Je me sens Français comme pas possible. Je suis éperdument fier d'être par hasard né dans ce pays. Mais je n'ai pas envie que la chance que cela représente soit fermée à d'autres, au nom d'un sectarisme qui n'est pas dans notre histoire. Et je crains beaucoup que le fait d'ouvrir le débat ne se traduise, comme souvent en France, par une volonté de formaliser, de décrire et de mettre dans des textes, ce qui va figer. C'est idiot… C'est idiot parce que je n'ose pas caresser l'espoir que dans ce débat sur l'immigration, la victoire aille à cette définition : la France est la seule identité nationale au monde qui soit en définition évolutive et constamment en train d'agglomérer de nouvelles sensibilités et de nouvelles représentations linguistiques ou de couleurs de peau.

C'est votre définition ?

- Oui. Absolument. En 1789, les Français secouent le joug de la monarchie absolue. Les trois ordres se réunissent, ils écrivent la déclaration des Droits de l'homme et du citoyen, et il ne leur vient pas à l'idée de n'écrire que pour eux. Ils écrivent pour le monde entier. Les deux premiers mots sont "Les hommes", sans distinction géographique, linguistique ou raciale. "Les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune."
C'est un trait culturel. Et toute idée que le cadeau de la France au monde qu'est ce texte puisse être terni, par le fait qu'on donnerait plus d'importante à certains hommes qui sont rassemblés dans l'hexagone sur certains autres, c'est un attentat à la grandeur de la France.

Le débat sur l'identité nationale de la France est-il relancé à des buts électoralistes ?

- La perspective électoraliste ne peut pas être dissociée, c'est vrai. Mais dès lors qu'on ouvre le débat, la perspective électoraliste disparait. Il y a le sujet, et il y a ce qu'on va en faire. On pourrait concevoir ce débat comme un simple enrichissement culturel pour chacun, comme un inventaire des faits fondateurs. Si c'était pour reparler de Bouvines, je trouverais cela très bien. On pourrait rigoler ensemble du baptême de Clovis.
Ma crainte, c'est qu'on mette des frontières là où il n'en faut pas. C'est que parler de l'identité nationale nous convainque qu'il y a une substance de plus, quelque chose de qualitativement différent, entre ceux qui sont Français et ceux qui ne le seraient pas mais habiteraient quand même notre territoire. C'est ça le risque. Car l'enjeu, c'est une insertion décente de tous ces gens, comme nous l'avons toujours fait.
Propos de Michel Rocard recueillis par Baptiste Legrandle lundi 2 novembre 2009 - Nouvelobs.com »

Jean Vinatier

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Source :

1-http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/opinions/20091102.OBS6600/lidentite_nationale_selon_rocard__un_debat_imbecile.html


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lundi 2 novembre 2009

Matthew Hoh « j’ai cessé de comprendre et d’avoir confiance » -N°562-3e année

Le renoncement par le candidat Abudllah Abdullah, ancien ministre des Affaires Etrangères d’Amid Karzaï (2001-2006) à sa participation au second tour de l’élection présidentielle ouvre les portes toutes grandes à l’actuel Président afghan. Collusion entre les deux hommes ? Sans doute ! En tout cas, les puissances sous l’égide de l’OTAN se trouvent dans une situation plus que jamais dangereuse : elles sont sans la moindre légitimité dans ce pays !
C’est à la lumière de ce qui vient de se produire à Kaboul qu’il faut lire et relire avec attention la lettre de démission rédigée, le 10 septembre dernier par Matthew Hoh, Représentant Civil du gouvernement américain dans l’une des provinces afghanes. Publiée par le
Washington Post puis traduite par l’équipe de Contre-info¹, cette lettre est un document remarquable par le style et les arguments auxquels s’ajoutent les éléments géopolitiques. Voilà un document qui aurait pu être rédigé par les ambassadeurs d’avant 1789.
Le diplomate et ancien militaire s’exprime sans aversion, ni passion, il décrit tout simplement l’impasse devant laquelle il se trouve ainsi que son pays envers lequel il conserve une haute idée.
Matthew Hoh adresse sa démission à Nancy Powell, actuelle directrice générale du Personnel du ministère des Affaires Etrangères et auparavant, représentante de la NSA en Asie du Sud-Est, ambassadrice au Pakistan, en Ouganda et Ghana, au Népal (2007-2008)
Pour la petite histoire elle est polyglotte : français, népalais, hindi, ourdou…

« Madame l’Ambassadeur,
C’est avec grand regret et déception que je vous soumets la démission de mes fonctions aux Affaires Etrangères ainsi que du poste de Représentant Civil du gouvernement américain dans la province de Zabul. J’ai passé six de ces dix dernières années au service de notre pays à l’étranger, y compris en tant qu’officier des Marines et comme fonctionnaire civil du ministère de la Défense en Irak dans les vallées de l’Euphrate et du Tigre, en 2004-2005 et 2006-2007. Je n’ai pas accepté cette mission à la légère ou en nourrissant des attentes excessives, ni n’ai cru que ma tâche serait exempte de sacrifice ou de difficultés.
Cependant, au cours de mes cinq mois de service en Afghanistan dans les deux commandements régionaux l’Est et du Sud, j’ai cessé de comprendre et d’avoir confiance dans les objectifs stratégiques de la présence des Etats-Unis en Afghanistan. J’ai des doutes et des réserves sur notre stratégie actuelle et sur la stratégie future planifiée, mais ma démission est fondée non pas sur la façon dont nous poursuivons cette guerre, mais sur son pourquoi et ses fins.
Pour l’exprimer simplement : je ne parviens pas à saisir quel est intérêt de devoir déplorer de nombreuses victimes américaines ou de consacrer des dépenses et des ressources pour soutenir le gouvernement afghan dans ce qui est, en vérité, une guerre civile vieille de 35 ans.
Cet automne marque la huitième année des combats et des opérations de gouvernance et de développement menées par les USA en Afghanistan. L’automne prochain, l’occupation américaine aura duré autant que la présence de l’Union soviétique sur le sol afghan. Comme les Soviétiques, nous continuons de sécuriser et de renforcer un Etat en faillite, tout en encourageant une idéologie et un système de gouvernement qui n’est ni compris ni voulu par ses habitants.
Si l’histoire ou l’Afghanistan sont une pièce de théâtre, les Etats-Unis n’y jouent qu’un second rôle, parmi d’autres qui les ont précédés, dans une tragédie qui jette non seulement les tribus, les vallées, les clans, les familles et les villages les uns contre les autres, mais également - et ce au moins depuis la fin du règne du roi Zahir Shah - oppose violemment et férocement les afghans laïques, urbains, éduqués et modernes, à des ruraux religieux, illettrés et traditionnalistes.
C’est ce dernier groupe qui garnit les rangs de l’insurrection pachtoune et la soutient. Cette insurrection pachtoune, qui rassemble une multitude apparemment infinie de groupes locaux, est alimentée par ce qui est perçu par le peuple pachtoune comme une agression continuelle, durant depuis plusieurs siècles, contre la culture, les traditions et la religion des régions pachtounes, menée par des ennemis venant de l’intérieur et de l’extérieur du pays. La présence des États-Unis et de l’OTAN et les opérations menées dans les vallées et les villages pachtounes, tout comme l’armée afghane et les unités de police qui sont dirigées et composées de soldats et de policiers non pachtounes, représentent une force d’occupation contre laquelle l’insurrection est justifiée.
Dans les deux régions de l’Est et du Sud, j’ai constaté que la majeure partie de l’insurrection ne combat pas pour le drapeau blanc des talibans, mais plutôt contre la présence de soldats étrangers et contre les impôts levés par le gouvernement non représentatif de Kaboul.
La présence militaire des États-Unis en Afghanistan contribue fortement à la légitimité de l’insurrection pachtoune et au message stratégique qu’elle délivre. De la même façon, notre soutien du gouvernement afghan dans sa forme actuelle continue à accroitre la distance entre le gouvernement et le peuple. Les échecs du gouvernement afghan, tout particulièrement lorsqu’on les évalue au prix du sacrifice des vies américaines et des fonds engagés, apparaissent comme autant de métastases :
Une corruption flagrante et un enrichissement sans scrupule ;
Un président auprès duquel, parmi ses confidents et principaux conseillers, on trouve des barons de la drogue et des criminels de guerre, qui se moquent de nos propres règles de droit et des efforts menés pour lutter contre la drogue ;
Un système de dirigeants de provinces et de districts formé d’hommes forts locaux, opportunistes et affairistes, dont l’alliance avec les Etats-Unis tient uniquement - et est limitée - au montant des contrats de l’USAID et du CERP, et dont les propres intérêts politiques et économiques n’auraient rien à gagner de toute tentative de réconciliation.
Le déroulement de l’élection récente, marquée par la fraude et discréditée par la faible participation électorale, qui a créé une énorme victoire pour nos ennemis. Ils revendiquent aujourd’hui le succès d’un boycott populaire et remettront demain en question face à l’opinion internationale notre soutien militaire, économique et diplomatique en faveur d’un gouvernement afghan invalidé et illégitime.
Notre soutien à ce type de gouvernement, qui s’accompagne d’une incompréhension de la véritable nature de l’insurrection, me rappelle terriblement notre implication au Sud-Vietnam : nous y avons soutenu un gouvernement impopulaire et corrompu au détriment de notre cohésion nationale, face à une insurrection dont nous avons mésinterprété le nationalisme à cause de notre arrogance et de notre ignorance, voyant en lui un rival dans le cadre de la guerre froide.
Je crois que nous demandons à nos jeunes hommes et femmes engagés en Afghanistan de donner leur sang et de se sacrifier pour des raisons spécieuses. Menée honnêtement à son terme, la stratégie que nous revendiquons, et qui consiste à sécuriser l’Afghanistan pour empêcher la résurgence ou le regroupement d’Al-Qaïda, devrait nous contraindre également à envahir et occuper l’ouest du Pakistan, la Somalie, le Soudan, le Yémen, etc... Notre présence en Afghanistan n’a fait qu’accroître la déstabilisation et renforcer l’insurrection au Pakistan, où nous craignons à juste titre qu’un gouvernement renversé ou affaibli puisse perdre le contrôle des armes nucléaires. Cependant, là encore, si l’on suit la logique de nos objectifs déclarés, nous devrions être présents au Pakistan et non pas en Afghanistan. Plus encore, les attentats du 11 Septembre, comme ceux de Madrid et Londres, ont été conçus et organisés principalement en Europe occidentale. Ce dernier point indique que la menace n’est pas liée à des frontières géographiques ou politiques traditionnelles. Enfin, si nous sommes préoccupés par les États en déliquescence, paralysés par la corruption et la pauvreté, et subissant l’assaut des activités criminelles et des barons de la drogue, alors au delà de notre assistance militaire et financière à l’Afghanistan, nous devrions également réexaminer notre engagement et notre implication au Mexique. (...)
Nous nous sacrifions pour rien, déclarait [en substance - ndt] un commandant fort talentueux et intelligent, l’un des meilleurs des USA, à tous ses visiteurs, civils ou officiers supérieurs. Nous hypothéquons l’économie de notre nation dans une guerre qui, même au prix d’un engagement accru, restera un match nul pour les années à venir. La réussite et la victoire, quelles qu’elles soient, seront obtenues non pas après des années et après avoir dépensé des milliards supplémentaires, mais après des décennies et des générations. Les États-Unis ne disposent pas d’un trésor national suffisant pour remporter une telle victoire.
Je perçois l’émotion qui transparaît dans le ton de cette lettre et vous prie d’excuser tout ce qui peut apparaitre comme de la mauvaise humeur. J’espère que vous comprenez la nature de cette guerre et les sacrifices consentis par tant de milliers de familles séparées de leurs proches qui sont déployés pour la défense de notre nation et dont les foyers endurent les fractures, les bouleversements et les cicatrices de déploiements multiples.
Des milliers d’hommes et de femmes sont rentrés chez eux avec des blessures physiques et mentales, dont certaines ne se refermeront jamais ou ne feront que s’aggraver avec le temps. Lorsque reviennent les corps des défunts, on doit pouvoir assurer aux familles que leurs morts se sont sacrifiés à une cause digne de leur vie perdue, de l’amour disparu, et des rêves non réalisés.
Je ne crois plus en confiance que de telles assurances peuvent être données. En conséquence, je présente ma démission.
»

Jean Vinatier

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Source :

1-Contre-info
http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2864

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vendredi 30 octobre 2009

Jacques Chirac, une douche froide pour Nicolas Sarkozy….–N°561-3e année

Pour la première fois, un ancien Président de la Ve République est renvoyé devant le tribunal correctionnel et pour les motifs suivants « détournements de fonds publics» «abus de confiance» pour 21 emplois de complaisance présumés payés entre octobre 1992 et mai 1995. Jacques Chirac risque entre 3 et 10 ans de prison et 375 000 euros d’amende !
La juge d’instruction Xavière Simeoni n’a donc pas suivi les réquisitions du procureur, Jean-Claude Marin : elle estime que Jacques Chirac en qualité d’ancien maire de Paris a mis en place un « système » d’emplois fictifs qui aurait coûté 5 millions d’euros aux Parisiens.
Cette initiative du juge causera des dommages collatéraux pour la majorité présidentielle. L’UMP qui moquait énormément les disputes au sein du parti socialiste va devoir gérer les siennes. Elles sont nombreuses : Clearstream/Villepin, Pasqua, Gaston Flosse, Jean Sarkozy, le protocole d’accord avec le parti communiste chinois, l’affaire Boulin et maintenant le renvoi de Jacques Chirac ! L’UMP est un navire qui tangue sérieusement à quelques mois des élections régionales.
L’actuel Chef de l’Etat, en quête d’un rebond après les bévues de ces dernières semaines et le rapport explosif lancé par Philippe Seguin, accuse le coup ! Nicolas Sarkozy pouvait-il prévoir que la juge d’instruction, à la veille de prendre sa retraite, oserait passer outre aux réquisitions du procureur? Non pas ! La magistrate, Xavière Simenoni rappelle, ainsi, aux Français le rôle important du juge d’instruction sans lequel bien des dossiers n’arriveraient pas à terme ! Et boum, oublié le juge Burgaud…..
Que penseront les Français du renvoi de Jacques Chirac ? D’abord, ils se souviennent qu’il fut un maire de Paris dynamique qui a porté fort haut la renommée de la capitale ce qui n’est plus le cas depuis Delanoë ; ensuite, qu’il a été un Président de la République qui a su tenir tête aux Américains en 2003 et a fait le coup de poing contre le service d’ordre israélien ! Jacques Chirac reste l’ami du monde rural et la popularité de son épouse Bernadette via les opérations « pièces jaunes » ne se dément pas, David Douillet –un intime du couple- en a bénéficié directement lors de son élection.
C’est donc au firmament de sa popularité que l’ancien Président devrait rendre des comptes sur une petite partie de sa mandature parisienne si le parquet ne faisait pas appel.
Nicolas Sarkozy pourrait-il retirer un avantage des problèmes judiciaires de son prédécesseur ? Non, parce que la fonction présidentielle serait atteinte : ce serait un instant très grave dans la vie de la Ve République ! Actuellement le Chef de l’Etat est la risée du monde hier pour l’EPAD, aujourd’hui pour sa douche à 250 000 euros tandis que son épouse, Carla Bruni, est comparée à Marie-Antoinette par
Point de vue Image du monde dans sa dernière édition pour la grande joie de la presse anglo-saxonne!
A l’intérieur, les relations sociales se tendent dangereusement sur fond de montée régulière du chômage. Les suicidés à FranceTélécom, chez Thalès et maintenant l’assassinat d’un entrepreneur et de son fils par un salarié indiquent bien que quelque chose ne va plus. Les paysans, quel que soit leur secteur d’activité, sont au bord de la jacquerie : souvenons-nous que l’ancien parlement de Bretagne à Rennes a brûlé, en 1994 !!!!!
Que conclure provisoirement ? Si le parquet laisse se dérouler la procédure, la magistrature aura réussi un coup de Jarnac c’est-à-dire inattendu et habile qui ébranlera l’exécutif et accélérera la mise en lumière des failles du régime. Que Jacques Chirac aille ou non devant les juges, une seconde cassure vient de se produire. La boîte de Pandore s’ouvre….



Jean Vinatier

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Europe : Blair ou Junker ? –N°560- 3e année

Dans quelques jours les Chefs d’Etat et de gouvernements européens se réuniront pour discuter du choix du futur Président du Conseil européen et du ministre des Affaires Etrangères, l’esprit plus serein, le traité de Lisbonne n’ayant plus d’obstacle en vue.
Jean-Claude Junker et Tony Blair ont fait actes de candidature, si le premier a tous les caractères valables pour postuler, le second n’en possède aucun ! Tony Blair est un citoyen britannique dont le pays n’appartient à l’Union que par des protocoles particuliers. De plus, le Royaume-Uni n’appartient ni à la zone euro, ni à l’espace de Schengen. Tony Blair symbolise au plus haut degré l’alliance avec les néo-conservateurs américains et ses mensonges criminels devant les Britanniques et l’opinion publique mondiale pour justifier l’invasion de l’Irak en 2003. Ensuite, la possible victoire des conservateurs anglais en mars prochain risquerait de créer une situation embarrassante : Imaginerait-on un David Cameron élu à Londres face à un travailliste nommé par les Européens ? Enfin dans l’exercice de son actuelle fonction, représenter le Quartet européen en Orient, Tony Blair n’est guère présent : Lors de l’offensive israélienne sur Gaza, n’inaugurait-il pas à Londres en VIP des boutiques de mode ? Bref, ce "
Tartuffe à Bruxelles " comme l’écrit l’éditorialiste de La Tribune Sophie Gherardi n’est pas concevable. Mais n’est-il pas déjà surréaliste et désolant que le candidat Tony Blair ait pu faire campagne avec les encouragements de plusieurs puissances dont celle de la France ?
Face à lui, l’ambition de Jean-Claude Junker, l’actuel Premier ministre du Luxembourg, tient la corde à l’exception de son tempérament très autoritaire. Si avoir la nationalité d’un petit pays convient aux grandes nations comme l’Allemagne, la France, l’Espagne, l’Italie ; veulent-elles, néanmoins, choisir pour la présidence une femme ou un homme doué d’un véritable caractère, prenant au pied de la lettre l’ensemble de ces attributions ? On en doute : La preuve, Berlin et Paris n’avancent aucune personne de leur nationalité respective. N’est-ce pas le signe que l’on recherche un candidat consensuel qui ne répugnerait pas à inaugurer seulement les chrysanthèmes ?
Est-ce cela l’Europe du traité de Lisbonne ?

Jean Vinatier

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mercredi 28 octobre 2009

Sarkozy à mi-mandat : maintenir ou réformer –N°559-3e année

Le Président Sarkozy patauge-t-il à mi-mandat sur fond de montée régulière du chômage ?
Les sondages font état d’une dégradation considérable de la popularité du Chef de l’Etat avec, en prime, celle de Frédéric Mitterrand dont les semaines sont désormais comptées au ministère de la Culture.
Pendant ce temps, l’UMP se fissure !
Le protocole d’accord signé le 22 octobre à Pékin entre l’UMP et le Parti Communiste Chinois alors que trois Tibétains étaient condamnés à mort, est un nouveau pavé dans la mare de la majorité qui peine à sortir de l’affaire Jean Sarkozy. De son côté, Dominique de Villepin qui attend sereinement les attendus du tribunal en janvier 2010 est parti en campagne : il montre, ainsi, aux Français que le parti présidentiel n’est pas plus uni que le parti socialiste.
Ce n’est pas le lancement d’une campagne sur l’identité nationale par le ministre Eric Besson à quelques mois des élections régionales qui fera illusion : il s’agit comme en 2007 de conserver voir de reconquérir les voix lepénistes.

Avec l’accord de l’Elysée, la demande officielle de la levée du secret-défense pour les ventes d’armes par Charles Pasqua, condamné à la prison ferme dans le dossier Angolagate est de la même imprudence que celle qui a conduit au procès Clearstream. Toutes les représentations politiques se décrédibiliseront sur fond de règlements de comptes qui concerneront autant Jacques Chirac, qu’Edouard Balladur, Alain Juppé ou Pierre Joxe et in fine Nicolas Sarkozy.
Philippe Seguin donne sans le vouloir le coup de grace à un train de vie somptuaire en rendant publiques les fortes critiques de la Cour des Comptes sur la facture de la présidence française de l’Union européenne et la tenue du sommet de l’UPM. C’est en quelque sorte Jacques Necker publiant
le Compte-rendu au Roi en 1781 avec les détails des dépenses de la Cour…..
C’est dans ce climat singulier que Nicolas Sarkozy, droit dans ses bottes, a lancé depuis Saint-Dizier le 21 octobre son projet de réforme des collectivités territoriales. Nicolas Sarkozy dit avoir beaucoup réfléchi seul sur cette réforme. La première lecture que l’on fait du projet laisse pantois par son peu d’ambition. La réduction bienvenue des conseillers régionaux et généraux qui deviendraient conseillers territoriaux est, sans doute populaire. Cependant, on note que le scrutin retenu favoriserait, lui, beaucoup les grands partis. On relève sur le plan administratif la création de deux nouvelles strates territoriales -les métropoles et les pôles métropolitains - et la reprise en main des fonctionnaires territoriaux par l’Etat sans oublier la suppression de la taxe professionnelle.
Les cantons, enfin, seraient redécoupés sur simple ordonnance : si revoir la surface des cantons est une mesure défendable, pourquoi le faire sur simple ordonnance sans l’accord du Parlement ? Faute de décentralisation, on assisterait plutôt à une recentralisation.
L’objectif présidentiel serait de rapprocher la région et le département plutôt que d’en supprimer un ou une, la région et le département resteraient donc en l’état. Résultat, nous aurions une appellation floue appelée collectivité territoriale. Les Français n’y comprendront pas grand-chose et les économies seront les grandes absentes ! A cela s’ajoutent, dés à présent, les hostilités des élus locaux et des sénateurs ce qui amènera, sans doute, l’Elysée à faire des concessions de taille.
L’occasion était belle pour le Président Sarkozy de remonter en selle avec une réforme ambitieuse, audacieuse. En 1969, le Général de Gaulle n’avait pas craint d’oser la réforme du Sénat et, derriere elle, celle des départements, Nicolas Sarkozy ne voudrait-il pas avoir ce courage ?
La mi-mandature de Nicolas Sarkozy arrive à un moment charnière, il n’aurait plus le choix qu’entre le maintien ou la réforme des structures administratives de la Nation.

Jean Vinatier

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mardi 27 octobre 2009

Dagerman : «… la liberté commence par l’esclavage et la souveraineté par la dépendance…. »-N°558-3e année

Dans l’immédiate après-guerre, les années 50 sont néfastes aux talents !
Stig Dagerman se suicide à 31 ans en 1954 ; un an plus tard, James Dean meurt à l’âge de 25 ans puis Boris Vian en 1959.
Au lendemain d’une enfance douloureuse (abandonné par sa mère, son grand-père assassiné), il connaît le succès littéraire :
Le serpent 1945, L’île des condamnés 1946, Les jeux de la mort 1948. Il témoignera dans Automne allemand en 1946 (1947) du cynisme des alliés envers un peuple tout entier.
S’il ne fut jamais un auteur maudit, Stig Dagerman plongea dans les doutes et les interrogations existentielles que bien des intellectuels de sa génération partagèrent devant « L’angoisse de l’homme moderne face à une conception du monde qui s’écroule »¹
En 1952, Stig Dagerman écrit son dernier texte, Notre besoin de consolation est impossible à rassasier. On peut lire ces 20 pages comme une réflexion et une révolte tout comme le jeune Etienne de la Boétie (La servitude volontaire) l’était au XVIe siècle.
Dagerman et La Boétie soulignent la grande fragilité de l’homme libre et combien il est facile de tomber dans le servage. L’auteur suédois a conscience de son rôle :
« L’écrivain ne saurait se soustraire au devoir de prise de position puisque, malgré ce que bien des gens lui chuchotent à l’oreille, il n’est pas seul au monde. »²
Lisez bien les extraits ci-dessous avant d’acquérir pour 4 euros le texte en entier : Notre besoin de consolation impossible à rassasier est un recueil à garder pas trop loin de soi car il s’en dégage une immense espérance si l’homme accepte de croire en sa liberté et de se battre.

« Mais la liberté commence par l’esclavage et la souveraineté par la dépendance. Le signe le plus certain de ma servitude est ma peur de vivre. Le signe définitif de ma liberté est le fait que ma peur laisse la place à la joie tranquille de l’indépendance. On dirait que j’ai besoin de la dépendance pour pouvoir finalement connaître la consolation d’être un homme libre, et c’est certainement vrai. A la lumière de mes actes, je m’aperçois que toute ma vie semble n’avoir eu pour but que de faire mon propre malheur. Ce qui devait m’apporter la liberté m’apporte l’esclavage et des pierres en guise de pain.
[….]
Mais, venant d’une direction que je ne soupçonne pas encore, voici que s’approche le miracle de la libération. Cela peut se produire sur le rivage, et la même éternité qui tout à l’heure, suscitait mon effroi est maintenant le témoin de mon accession à la liberté. En quoi consiste donc ce miracle ? Tout simplement dans la découverte soudaine que personne, aucune puissance, aucun être humain, n’a le droit d’énoncer envers moi des exigences telles que mon désir de vivre vienne à s’étioler. Car si ce désir n’existe pas, qu’est-ce qui peut alors exister ?
Puisque je suis au bord de la mer, je peux apprendre de la mer. Personne n’a le droit d’exiger de la mer qu’elle porte tous les bateaux, ou le vent qu’il gonfle perpétuellement toutes les voiles. De même, personne l’a le droit d’exiger de moi que ma vie consiste à être prisonnier de certaines fonctions. Pour moi ce n’est pas le devoir avant tout mais : la vie avant tout. Tout comme les autres hommes, je dois avoir droit à des moments où je puisse faire un pas de côté et sentir que je puisse faire un pas de côté et sentir que je ne suis pas seulement une partie de cette masse que l’on appelle la population du globe, mais aussi une unité autonome.
Ce n’est qu’en un tel instant que je peux être libre vis-à-vis de tous les faits de la vie qui, auparavant, ont causé mon désespoir. Je peux reconnaître que la mer et le vent ne manqueront pas de me survivre et que l’éternité se soucie peu de moi. Mais qui me demande de me soucier de l’éternité ? Ma vie n’est courte que si je la place sur le billot du temps. Les possibilités de ma vie ne sont limitées que si je compte le nombre de mots ou le nombre de livres auxquels j’aurai le temps de donner le jour avant de mourir.Mais qui me demande de compter ? Le temps n’est pas l’étalon qui convient à la vie. Au fond, le temps est un instrument de mesure sans valeur car il n’atteint que les ouvrages avancés de ma vie.
[….]
Je soulève donc de mes épaules le fardeau du temps et, par la même occasion, celui des performances que l’on exige de moi. Ma vie n’est pas quelque chose que l’on doive mesurer. Ni le saut du cabri ni le lever du soleil ne sont des performances. Une vie humaine n’est pas non plus une performance, mais quelque chose qui grandit et chercher à atteindre la perfection. Et ce qui est parfait n’accomplit pas de performance : ce qui est parfait œuvre en état de repos. Il est absurde de prétendre que la mer soit faite pour porter des armadas et des dauphins. Certes, elle le fait – mais en conservant sa liberté. Il est également absurde de prétendre que l’homme soit fait pour autre chose que pour vivre. Certes, il approvisionne des machines et il écrit des livres, mais il pourrait tout aussi bien faire autre chose. L’important est qu’il fasse ce qu’il fait en toute liberté et en pleine conscience de ce que, comme tout autre détail de la création, il est une fin en soi. Il repose en lui-même comme une pierre sur le sable.
[….]
Le moment arrivera où je devrai me retourner vers la terre et faire face aux organisateurs de l’oppression dont je suis victime. Ce que je serai alors contraint de reconnaître, c’est que l’homme a donné à sa vie des formes qui, au moins en apparence, sont plus fortes que lui. Même avec ma liberté toute récente je ne puis les briser, je ne puis que soupirer sous leur poids. Par contre, parmi les exigences qui pèsent sur l’homme, je peux voir lesquelles sont absurdes et lesquelles sont inéluctables. Selon moi, une sorte de liberté est perdue pour toujours ou pour longtemps. C’est la liberté qui vient de la capacité de posséder son propre élément. Le poisson possède le sien, de même que l’oiseau et que l’animal terrestre. Thoreau [voir note] avait encore la forêt de Walden – mais où est maintenant la forêt où l’être humain puisse prouver qu’il est possible de vivre en liberté en dehors des formes figées de la société ?
Je suis obligé de répondre : nulle part. Si je veux vivre libre, il faut pour l’instant que je le fasse de l’intérieur de ces formes. Le monde est donc plus fort que moi. A son pouvoir je n’ai rien à opposer que moi-même – mais d’un autre côté, c’est considérable. Car, tant que je ne me laisse pas écraser par le nombre, je suis moi aussi une puissance. Et mon pouvoir est redoutable tant que je puis opposer la force de mes mots à celle du monde, car celui qui construit des prisons s’exprime moins bien que celui qui bâtit la liberté. Mais ma puissance ne connaîtra plus de bornes le jour où je n’aurai plus que mon silence pour défendre mon inviolabilité, car aucune hache ne peut avoir de prise sur le silence du vivant.
Telle est ma seule consolation. Je sais que les rechutes dans le désespoir seront nombreuses et profondes, mais le souvenir du miracle de la libération me porte comme une aile vers un but qui me donne le vertige : une consolation qui soit plus qu’une consolation et plus grande qu’une philosophie, c’est-à-dire une raison de vivre.
Stig Dagerman 1952 »³


Jean Vinatier

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Note :

Henry David Thoreau (1817-1862) célèbre essayiste et poète américain. Il est l’auteur d’ouvrages fameux, La désobéissance civile (1849) et Walden ou la vie dans les bois (1854) traduit en français par Louis Fabulet via André Gide en 1922.
Dans cet ouvrage Thoreau fait l’apologie du retour à la nature, de la solitude, de la révolte solitaire et se livre à une critique sévère de la société. L’étang de Walden situé dans le Massachusetts est devenu un site touristique…ô ironie !
Sources :

1-Esprits nomades :
http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/dagerman.html

2-http://remue.net/spip.php?article300

3-Stig Dagerman : Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, trad. Philippe Bouquet, Arles, Actes Sud, 2008, pp. 16, 17, 18, 19, 20, 21,

Le matricule des anges :
http://www.lmda.net/din/tit_lmda.php?Id=4456

Association Sitg Dagerman (en suédois)
http://www.dagerman.se/

In Seriatim :

La Boétie :
http://www.seriatimonline.com/2008/02/etienne-de-la-botie-la-servitude.html
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vendredi 23 octobre 2009

Le Rafale dans le Mirage arabique ?-N°557-3e année

Après le Brésil, le Koweït dirait oui à l’achat de l’avion militaire Dassault, le Rafale. Les Emirats Arabes Unis seraient également sur le point d’en acquérir quelques dizaines. Après des années d’échecs répétés, le Rafale ne serait donc plus un mirage !
L’avion de Dassault doit-il son succès à ses qualités techniques ou bien à des choix politiques ? D’abord, ces émirats cherchent par tous les moyens à réduire l’ombre que leur fait l’Arabie Saoudite ; ensuite, les années Bush ont laissé un goût amer qui conduisent, aujourd’hui, les émirs à chercher une puissance d’appui supplémentaire.
L’inauguration d’une base aéronavale à Abu-Dhabi/Zayed en mai 2009 a confirmé le retour de la France dans la péninsule arabique initié à la fin du second septennat de François Mitterrand. Située à peu de distance des principaux points chauds de la planète comme la Mésopotamie, l’Iran et l’Afghanistan et à quelques jours de mer de la principale zone de piraterie au large de la Somalie cette base est donc dans une aire régionale très sensible.
Ces contrats militaires viennent-ils compléter une stratégie française dans cette région ? Toutes proportions gardées, Paris rééditerait-il avec les émirats, une politique dite de la Petite Entente comme il le fit entre 1925 et 1938 avec la République tchécoslovaque et les royaumes roumain et yougoslave pour les protéger de l’Italie et de l’URSS, deux puissances « ogresses » de l’époque ? Pour mémoire, c’est l’Allemagne nazie qui eut raison de cette diplomatie.
Pour l’instant, il serait aventureux de dire aujourd’hui que la France entreprendrait d’offrir sa garantie militaire à des Etats arabiques tant le caractère du Président de la République ne le prédispose pas à une pensée sur le long terme mais à
opérer des « coups » quitte à les réussir. Pourtant, il serait logique que la France ne se contente pas de la seule signature de contrats militaires et qu’elle sache exactement ce que veulent ces émirats.
Si les différents émirats ne sont pas obsédés comme Paris par le pouvoir iranien, il faut bien reconnaître qu’à l’instar du Président Lula les dirigeants arabes en optant pour le
Rafale donnent la priorité au geste politique et qu’ils veulent ainsi se singulariser. Mais leur action obéit à une prudence. Le ministre de la Défense, Hervé Morin a rappelé que notre retour dans l’OTAN ne nous empêchait pas d’avoir une vision différente de celle des Etats-Unis. Ce rappel otanien tranquillise les Etats de la péninsule arabique : ils redoutent de s’écarter du parapluie américain et dans le même temps ils choisissent un allié de Washington qui peut, en raison de son histoire, faire entendre sa voix !
En réalité, les Emirats Arabes Unis, le Koweït, le Qatar jouent sur les tensions entre les puissances du « monde Atlantique » pour prévenir des changements politiques soudains. Ils ont aussi les yeux tournés à l’est en direction de la Chine - après tout les Arabes n’avaient-ils pas conquis Canton au Xe siècle ?- et ils envisagent les lendemains avec une réelle ambition.
Les contrats favorables au
Rafale signés par certains chefs d’Etat de la péninsule arabique s’inscrivent dans une logique à long terme et l’arrivée de la France sur les terres arabes nous impose sans aucun doute de nous placer sur une même longueur d’onde. Si nous ne le faisions pas, nous n’aurions connu qu’un succès commercial banal, si nous le faisons, nous nous heurterons ipso facto à des hostilités américaines, rendant notre présence dans l’OTAN encore plus insolite et incompréhensible.

Jean Vinatier

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In Seriatim :
http://www.seriatimonline.com/2009/09/bresil-samba-pour-le-rafale-n521-3e.html

http://www.seriatimonline.com/2009/10/kazakhstan-le-vol-paris-paris-fait_07.html

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jeudi 22 octobre 2009

Jean Sarkozy : échec temporaire à Nicolas Sarkozy -N°556-3e année

Jean Sarkozy renonce à briguer la présidence de l’EPAD le 4 décembre prochain mais fera acte de candidature, demain, au conseil d’administration de cet établissement public.
Les citoyens ont marqué un point au terme de deux semaines d’une intense campagne en opposition à l’ambition du fils cadet du Président de la République.
A moins de nouveaux coups de théâtre, ne nous faisons aucune illusion, le futur président de l’EPAD, un UMP, abandonnera le fauteuil dans un an ou deux. Rappelons-nous la maxime de Confucius « Ne crains pas de perdre une bataille si cela te conduit à gagner la guerre »…..
Les dégâts politiques sont pour l’instant considérables. D’abord sur le plan international où la France a été ridiculisée, la presse étrangère a été irrévérencieuse à souhait ! Ensuite, sur le plan national : tout le gouvernement, Premier ministre en tête, et tous les ténors de l’UMP, ont battu la chamade dans tous les médias pour glorifier les actions de Jean Sarkozy et dire ô combien que cette place lui revenait comme de juste. La victoire de David Douillet dimanche dernier est un soleil de janvier : il a été élu mais avec le score le plus bas dans cette circonscription traditionnelle de droite et avec une participation médiocre.
Pour éviter une fronde à l’intérieur du parti présidentiel à quelques mois des régionales, le Président de la République a dit à son fils de battre en retraite. Les orages s’annonçaient forts l’affaire Clearstream et la «
Mauvaise vie » de Frédéric Mitterrand ayant perturbé et interrogent encore l’ensemble de la droite. Nicolas Sarkozy n’a pas voulu tenter le diable bien qu’il lui en coûte : son humeur doit être épouvantable !
Le pouvoir sarkozien a buté sur la colère populaire et la moue des familles les plus favorisées du pays. C’est cette rencontre furtive de tous les rangs de la société française qui a décidé pour la première fois Nicolas Sarkozy à faire un pas en arrière et avec lui les époux Balkany et le vieux Pasqua.
Un fait est avéré ce soir : Nicolas Sarkozy peut être contraint….

Jean Vinatier

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mercredi 21 octobre 2009

Edito : Karzai impair et passe ? –N°555- 3e année

Deux mois après le scrutin et sous la pression des pays de la coalition présents en Afghanistan, le Président Amin Karzai accepte un second tour. Le correspondant du Monde en Asie croit qu’il s’agit d’un événement capital, très attendu par la population. Malheureusement et quelle que soit l’issue de ce second scrutin, Amin Karzai vainqueur ou non, les talibans soutenus par la population continueront à mener la vie dure aux soldats étrangers dont le moral est en dessous de zéro.
L’Australie a confirmé, ce jour, le retrait de ces 2500 soldats, les Canadiens et les Néerlandais partiront, eux, en 2011. Une mauvaise nouvelle pour le général Stanley MacChrystal qui exige 80 000 hommes en renfort alors que selon le Pentagone les réserves américaines n’excéderaient pas 30 000 hommes !
Les otaniens pensent-ils donner un sens, une logique à cette guerre en mettant au point une élection « propre » ? Si tel est leur objet, il est utopique, tout juste retardera-t-elle l’aveu d’impuissance ! On chercherait en vain et ce sont les militaires sur place qui le disent, une logique dans les guerres qu’on les contraint à enclencher. Depuis Paris, Londres et Washington, les guerriers talibans croustillent, sans doute, les cocktails alors que les hommes politiques de l’Ouest du monde s’affaiblissent, se décrédibilisent face aux nouvelles puissances en gestation. Nous allons payer chèrement notre servilité otanienne infiniment plus certainement que les Etats-Unis.
La sortie du livre du Général Rick J. Hillier (né en 1955)
, A soldier First : Bullets, Bureaucrats and the Foreign Politics of war, promet d’aimables conversations. L’ancien commandant en chef de l’armée canadienne et en Afghanistan de l’ISAF en 2004 est tout simplement cinglant:
« L'Afghanistan a révélé que l'OTAN a atteint un point où il constitue un corps qui se décompose, et quelqu'un devra lui redonner vie, comme Frankenstein, en lui insufflant de l'air dans ces lèvres pourries jusqu'à ces poumons en voie de putréfaction, à défaut de quoi, l'alliance va mourir »¹

Jean Vinatier

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Source :

1-
http://qc.news.yahoo.com/s/20102009/3/national-afghanistan-rick-hillier-regle-ses-comptes.html


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mardi 20 octobre 2009

Edito : Edvige accouche de deux jumeaux à Poitiers –N°554-3e année

Les événements survenus dans la bonne ville de Poitiers le 10 octobre dernier ont permis à Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur, de créer d’un coup de patte, deux fichiers policiers supplémentaires ceux-là mêmes ou peu s’en faut qui avaient stoppé net Edvige en 2008 ! Ainsi les mineurs de 13 ans pourront être fichés ce qui contrevient aux conventions internationales ; et petit détail, le mot ethnique a été remplacé par origine géographique, rusé le Brice !
Le débarquement de 300 jeunes dans la capitale du Poitou a donc été l’aubaine pour l’Elysée. Prenant de vitesse tout le monde, huit jours plus tard, les décrets sur ces deux fichiers étaient signés avec l’adoubement de la Licra et quelques protestations de SOS Racisme et murmures de la gauche.
La Justice n’a pas flanché pour punir trois auteurs de cette virée poitevine et notamment un homme âgé de 51 ans, handicapé à 65% et quasiment SDF. Il a été condamné à 1 an de prison pour avoir jeté un projectile sur un policier qui n’a pas été atteint. Et le policier ? Le brave magistrat lui a accordé 400€ au titre du préjudice moral…. Conclusion, heureusement que le bagne de Cayenne n’existe plus, sinon le pauvre homme serait en route, chaînes aux pieds !
Tout va donc bien en France de retour en plein XIXe siècle ! L’ordre moral est en pleine forme, les fichiers prospérent, les Français en redemande.

Jean Vinatier

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lundi 19 octobre 2009

Kissinger : Chine et Japon s’émancipent -N°553-3e année

Henry Kissinger, Prix Nobel de la Paix et ancien secrétaire d’Etat aux Affaires Etrangères sous les Présidents Nixon et Ford entre 1973 et 1977 a accordé, le 17 octobre, un entretien au Figaro après son déplacement en Chine.¹
Sagesse du vieil homme ou regard las depuis les années d’abord passées dans les coulisses de la Maison Blanche avant de devenir une véritable vedette voilà plus de trente ans ? Henry Kissinger se fait philosophe en regardant un monde multipolaire émerger lentement et dont il sait que sa poursuite n’ira pas sans heurts violents. Mais passionné comme il l’est depuis ses études par les équilibres entre les puissances (voir sa thèse sur l’Europe au sortir des guerres napoléoniennes, 1812-1822)² sans doute échafaude-t-il quelques combinaisons qu’il développerait, peut-être, dans des écrits à venir.
Ce monde à plusieurs acteurs n’est donc pas pour lui déplaire sauf que les femmes et les hommes doués et capables pour y naviguer manqueront certainement dans un premier temps. Quoiqu’on pense d’Henry Kissinger, il ne faut jamais oublier sa connaissance européenne de l’histoire où il fait l’éloge du cardinal de Richelieu, des traités, de Westphalie et d’Osnabrück et de Vienne
(Diplomacy)³. Kissinger a-t-il échoué d’exporter aux Etats-Unis les outils diplomatiques de l’Europe ? Les deux mandatures de Georges Bush en ont été la preuve la plus évidente !
Ses commentaires lors de cette rencontre sont posés parce que l’homme sait qu’il ne redeviendra pas un ministre même si une mission de bons offices ne lui déplairait pas.
Henry Kissinger avoue que l’Asie (Chine, Japon) toute entière s’émancipe de toute révérence envers les Etats-Unis.
Pour l’empire du Soleil Levant, Henry Kissinger se contente d’une observation politique qui lui coûte beaucoup car il en soupèse bien les conséquences :
« Les dernières élections au Japon ont vu la défaite cuisante du Parti libéral démocrate, lequel a gouverné le pays pratiquement sans interruption depuis la guerre de Corée. C'est un changement majeur. Aussi prudentes et courtoises qu'elles soient dans la forme, les premières décisions et déclarations du nouveau gouvernement japonais (retrait de l'aide militaire japonaise pour la guerre en Afghanistan, remise en cause du statut des bases américaines à Okinawa) indiquent une tendance lourde, qu'on aurait tort de sous-estimer. La période de l'alignement systématique du Japon derrière l'Amérique me semble bel et bien révolue. »
En ce qui concerne l’Empire du Milieu, l’ancien diplomate américain note que le contrat économique a été rompu par l’un des partenaires, en l’occurrence, les Etats-Unis :
« Les Chinois ne font pas confiance à l'Amérique pour bien mener les grandes affaires politiques de la planète. Ils trouvent que l'idéologie a une part trop grande dans la manière dont les Américains conçoivent les relations internationales. En revanche, les Chinois, avant cette crise financière, nous considéraient comme des gens sérieux et fiables dans le domaine de la finance et de l'économie. Ils faisaient confiance à notre modèle et souhaitaient même l'imiter. La violence de la crise, l'irresponsabilité montrée par les grandes institutions de Wall Street ont beaucoup surpris et choqué les Chinois. Nous les avons profondément déçus.
[…]
Il est clair que les Chinois ne veulent plus de la domination du dollar sur l'économie mondiale. Ils n'ont pas encore vraiment la solution, ils savent que ça ne dépend pas seulement d'eux, mais ce sont des gens patients, qui sont habitués à relever des défis de longue haleine. Comme toujours, ils ne vont agir que très graduellement. »
On note, cependant, que Kissinger donne la primeur à l’économie ou au mercantile indépendamment de toute autre valeur à moins qu’il ne veuille souligner une faiblesse chronique américaine : croire que seul l’élément économique qualifie une relation entre deux Etats. Philippe Grasset en commentant cet entretien écrit justement:
« Si la Chine devient un très grand acteur de la scène du monde, cela ne sera pas essentiellement à cause de sa puissance économique mais à cause de sa conscience historique et de la vision et des conceptions qui vont avec. »(4)

L’Asie n’est-elle pas une grande partie du monde-racine ? C’est bien l’histoire qui revient en force. L’hommage qu’Henry Kissinger rend à la singularité française n’est pas innocent même s’il nous a malmené !


Jean Vinatier

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Sources :

1-
http://www.lefigaro.fr/editos/2009/10/17/01031-20091017ARTFIG00235-kissinger-les-chinois-ne-veulent-plus-de-la-domination-du-dollar-sur-l-economie-.php

2-Henry Kissinger: A World restored, Gloucester, Mass. : Peter Smith, 1973 ou Le Chemin de la paix essai traduit de l'américain par Henri Drevet, Paris : Denoël, 1972

3-Henry Kissinger : Diplomacy, New York-London: Simon & Schuster, 1994 ou Diplomatie trad. de l'anglais par Marie-France de Paloméra, Paris: Fayard, 1996

4-
http://www.dedefensa.org/article-le_g2_n_aura_pas_lieu_19_10_2009.html

In Seriatim :

Japon:
http://www.seriatimonline.com/2009/08/japon-fluctuat-nec-mergitur-n514-3e.html

Chine/Etats-Unis
http://www.seriatimonline.com/2009/07/chineetats-unis-deux-anses-pour-un-vase.html

Sibérie
http://www.seriatimonline.com/2009/10/siberie-sino-russe-et-asiatiquen551-3e.html


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vendredi 16 octobre 2009

Indécence –N°552-3e année

Les visages hilares des boursiers new-yorkais sont semblables à ceux de leurs collègues du monde entier : ils exultent de voir les banques « too big to fail » renouer avec les profits les plus inouïs, de savoir que les bonus accordés aux traders seront supérieurs à ceux de l’année d’avant l’effondrement. Pas un mot, évidemment sur la crise économique et sociale qui n’est pas prête de se terminer en dépit des effets de com’ des gouvernements et des hommes politiques : la pauvreté, la précarité, le chômage progressent. Les entrepreneurs se battent avec des riens pour remplir les carnets de commandes. Les hommes de la vraie vie peinent et suent tandis qu’à quelques pas d’eux quelques milliers de gens se gobergent, s’empiffrent et escomptent des profits plus vastes grâce à des combinaisons mathématiques plus sophistiquées qu’avant 2008. Pas une banque ne songe à faciliter le crédit aux individus, aux artisans et chefs d’entreprises faute d’un retour sur prêt suffisamment attractif. Pourquoi se retiendraient-elles ?Les contribuables sont là ainsi que les Etats, et les banques centrales pour fournir le carburant à foison : ne sont-ils pas les commis d’office ?
Cette indécence est insupportable aujourd’hui, elle le sera davantage demain si la reprise effective n’est pas au rendez-vous. On nous répète chaque jour que les oracles financiers voient des signes mais chaque jour nous apprenons des chiffres mauvais. Indécence parce que devinons que cette apothéose de l’Argent est la conséquence d’un monopole des établissements bancaires sur les places boursières. C’est un peu le système Law à l’échelle planétaire !
Indécence de tout cet argent quand nous voyons des pays vendre ou louer, au total, des millions d’hectares à des compagnies, à des petits Etats sans que les paysans locaux n’en tirent un profit. En effet, les sociétés acheteuses ou loueuses emmènent leurs natifs et recrutent des gardes indigènes pour décourager toute colère humaine ! A cet égard, les Indiens valent les Chinois autant que les Qatari. C’est le monde selon Ricardo qui se met en place.
Indécence aussi lorsque la 8e puissance économique mondiale, la Californie, ruinée est prête à légaliser la culture et la vente de cannabis afin de le taxer et, ainsi, survivre ! Et dans le même temps, les forces de la coalition en Afghanistan détruisent les champs de pavot. L’Argent rendrait-il fou ?
Les hommes épuisés peuvent-ils quelque chose contre de telles forces ? Quand le peuple proteste contre cette nouvelle servitude, la police réprime sans sourciller.
Avec cette apothéose de l’Argent, de nouveaux féodaux surgissent et plus particulièrement dans le « monde Atlantique », Europe et Etats-Unis. Ne voit-on pas se profiler une société divisée en deux : d’un côté les gens du château (lieu protégé), de l’autre la jungle avec pêle-mêle la plèbe, les vagabonds, les méritants, entre les deux les prétoriens ? A ceux d’en bas, l’effort, la fatigue, le travail laborieux qui peut engendrer les suicides ; à ceux d’en haut, festins, ors, jouissances, sexualités sans tabous, mignons de couchettes et nubiles selon l’envie. Les nations ne seront-elles pas défaites, les sociétés politiques et les référents collectifs placés au rebus?
Ces indécences continueront-elles ? Le « monde Atlantique » est en roue libre, saisi par une sorte d’ivresse dramatique, d’une envie frénétique de jouir avec brutalité et même sauvagerie jusqu’à ce que d’autres puissances ne le submergent. Mais nous ne savons pas combien de temps durera cette ère de l’indécence, illustration du nouveau moyen-âge !


Jean Vinatier

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jeudi 15 octobre 2009

Sibérie : sino-russe et asiatique–N°551-3e année

"Le développement de l'Extrême-Orient russe et de la Sibérie sont du seul ressort de la Russie", a souligné dernièrement le porte-parole du ministère des affaires étrangères chinois, Jiang Yu. Cette mise au point venait après que la presse russe s’était fait l’écho de l’éventuelle location d’une partie du port de Vladivostok au gouvernement chinois et ce, juste avant la visite de Vladimir Poutine à Pékin les 12 et 13octobre. La presse internationale ainsi que les experts chinois soulignèrent la grande difficulté pour Moscou d’établir un dialogue d’égal à égal avec Pékin en prenant pour exemple son peu d’empressement d’acquérir du gaz naturel russe ! ¹
Il faut bien voir que les tractations entre les deux gouvernements portent sur un espace géographique aux potentiels économiques et stratégiques de première importance, la Sibérie.


« Sa superficie de 12,8 millions de kilomètres carrés, s’étend sur 8 000 kilomètres de l’Oural au Pacifique, et sur 3000 kilomètres de l’Arctique à la Chine. Sa population compte, à peine, 30 millions d’habitants (2,3 habitants par kilomètre carré) alors que les ressources en énergies identifiées (l’inventaire n¹est pas encore achevé) représentent 59 % des réserves mondiales de charbon, 38 % des réserves de gaz naturel, 14 % de celles du pétrole. Les potentialités d¹aménagement hydroélectriques sont considérables. Il en va de même pour la plupart des matières premières : fer, bauxite, cuivre, manganèse, potasse, métaux rares, platine, or, diamant. La Sibérie est, enfin, la plus grande réserve forestière de la planète. À cela, ajoutons le potentiel en hydrocarbures de l’Arctique, et l’abondance du phytoplancton en mer d¹Okhotsk qui donne un atout biologique non négligeable. »²

Cette région de l’Asie orientale conquise lentement par la Russie entre le XVIIe et le XIXe siècle n’a fait l’objet, ensuite, que d’un développement économique tardif : la construction du Transsibérien date de 1891 et l’installation de 3 millions de paysans russes se fit dans la foulée jusqu’en 1914.
Pour la Chine, la Sibérie, qui jouxte à son extrémité est la Mandchourie, est liée au premier traité signé avec la Russie au sujet de la frontière le long du fleuve Amour, à Nerchinsk en 1689 prélude aux deux autres, ceux d’Aigun (1858) et de Pékin en 1860 ; les trois sont considérés par le pouvoir chinois comme des traités inégaux.
Au-delà de ces considérations historiques importantes, «
rappelons les points communs sino-russes ainsi que leur évolution.
1-Un espace géographiquement continu entre la mer Baltique et la mer de Chine (26,6 millions de km2) peuplé de près de 1,5 milliards d’hommes,
2-Russes et Chinois se sont affirmés au détriment des Mongols,
3-une zone périphérique, peu peuplée, sous exploitée : Sibérie et Extrême Orient pour la Russie, le Xinjiang et le Tibet pour la Chine,
4-ce sont deux anciens empires continentaux dont ils ont gardé, en partie, les possessions coloniales,
5-ils affrontent le séparatisme : Tchétchénie pour Moscou, Xinjiang et Tibet pour Pékin,
6-ils ont une frontière avec le monde islamique et abritent une population musulmane en expansion : Xinjiang pour la Chine, nord Caucase, Volga et Oural pour la Russie. »²

Les observations vont bon train pour toutes les négociations le long de la nouvelle
Route de la Soie ou Route des huiles alors qu’une chape de plomb pèse sur la Sibérie, sans doute parce que cette région est d’abord vécue par le quatuor de puissances asiatiques (Russie, Japon, Inde, Chine) comme une aire sinon privée du moins « interne » ce qui ne veut pas dire l’absence de dissensions et de concurrences : « la normalisation, le rapprochement, le partenariat et l’alliance [ne sont–ils pas] les quatre étapes à franchir pour chacun de ces pays » ?
La Russie , parce qu’elle a un problème démographique sérieux court-elle le risque de ne pas pouvoir empêcher une migration chinoise risquant, à terme, de poser la question de l’autonomie élargie de la Sibérie ? D’après l’officier général russe Alexandre Golbakh, les agences chinoises prépareraient les visas et les cartes de séjour de leurs concitoyens pour les régions de Khabarovsk, de l’Amour et pour toute la côte longeant la mer d’Okhotsk. Le développement de la Sibérie demandant des travailleurs en grand nombre la Chine seule pourrait les fournir. Doit-on forcément valider une quelconque annexion ? Viatcheslav Avioutski, du Centre d'Analyses et de Recherches Géopolitiques de Paris VIII préfère mettre l’accent sur l’émergence d’un condominium sino-russe préalable de la formation d’un « espace monde »
C’était déjà l’avis, en 1992, du professeur Marceau Felden³ : l¹immigration chinoise, la redoutable efficacité des entrepreneurs japonais, la volonté du Kremlin de redevenir un acteur majeur par son implication dans les réseaux économiques internationaux forment, peut-être, " une situation favorable à la constitution d¹un nouveau réseau, et, fait exceptionnel d’un réseau de dimension planétaire. "
Il est certain que les stratèges américains et européens pro-étatsuniens misent sur les scenarii les plus avantageux pour leurs gouvernements et leurs oligarchies sans doute parce qu’ils pressentent que l’émergence d’un « espace monde » sibérien serait un atout majeur pour le contrôle de l’Arctique. Du fait du réchauffement planétaire, l’océan Arctique est présent stratégiquement dans tous les états-majors, français inclus.'(4)
Aucun des membres du quatuor asiatique n’a intérêt à favoriser les points de désaccord sauf à entériner les plans unipolaires américains. Que des points soulevés lors de visites officielles ne doivent absolument pas cacher des stratégies communes qui parce qu’elles sont d’une taille inédite ne peuvent s’établir d’un claquement de doigt !

« Sibérie-russe, Sibérie chinoise » s’interrogeait, en 2006, en titre de son article(5) Julia Snegur, aujourd’hui, on répondrait tout simplement Sibérie asiatique !


Jean Vinatier

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Cartes :
http://www.cosmovisions.com/qSiberie1920.htm
http://www.davidrumsey.com/luna/servlet/detail/RUMSEY~8~1~28701~1120938:Carte-de-la-Siberie-ou-Russie-d-Asi

Sources :

1-
http://www.lemonde.fr/archives/article/2009/10/13/vladimir-poutine-a-pekin-pour-signer-des-accords-energetiques-majeurs_1253306_0.html

2-Jean Vinatier, « La Russie, la terre et la mer » La Lettre de Léosthène,1er septembre 2004, n° 52/2004, pp.4, 7-8

3- In « La Confrontation océanique : Arctique contre Pacifique », La Revue Maritime, 1992, p.56.

4-Capitaine de frégate, Martin de Clausonne, « L’Arctique comme zone stratégique, les évolutions géopolitiques et les enjeux », Bulletin d’étude de la marine, n°36, janvier2007, pp. 77-98.

5-In Outre-mer, n°15, 2006/2, pp. 279-286.


In Seriatim :

http://www.seriatimonline.com/2009/10/kazakhstan-le-vol-paris-paris-fait_07.html


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Meister : « Quelques réflexions qui ne sont pas du moment » –septembre 1789-N°550- 3e année

Depuis 1773, le Suisse Jacques-Henri Meister (1744-1826) est le dernier rédacteur du fameux périodique des élites européennes, la « Correspondance littéraire, philosophique et politique », fondée par l’abbé Raynal sous le premier nom de « Nouvelles littéraires » en 1747 et à partir de 1753 par le baron Grim qui lui donne son nom, puis en association avec Diderot (1759)
Septembre 1789, la Bastille est tombée en juillet et le Roi ainsi que les députés sont encore pour quelques semaines à Versailles. Meister, ami de Jacques Necker et de sa fille Germaine de Staël, se livre entre deux critiques littéraires et musicales à l’exercice de la réflexion politique. On appréciera sa plume, son exposé et ses vives inquiétudes à propos de cette révolution qu’il essaie de cerner.
Il ne comprend pas qu’un peuple qui entre en révolution agit sous le coup d’une rupture psychologique profonde, brutale et irrémédiable.
En tout cas , l’usage de notre langue sous sa plume est un plaisir véritable !

« Il est possible qu’il se soit fait quelque temps une grande révolution dans le monde moral, et que cette révolution merveilleuse en ait bouleversé tout-à-coup l’ordre et les principes. Mais avant cette époque mémorable, si l’on pouvait prendre un peu de confiance dans les résultats qu’offrent le plus évidemment l’histoire et l’expérience du cœur humain, n’aurait-on pas reconnu sans peine que ce qui agit le plus fortement sur la volonté de l’homme, c’est l’empire des choses et des circonstances ; que ce pouvoir suprême n’est balancé que par celui des passions, et ne l’est encore qu’un certain temps ; que les passions ont plus de force que les habitudes, les habitudes plus que les préjugés, les préjugés plus que les intérêts ordinaires de la vie, ces intérêts individuels plus que de simples idées de justice ou de convenances, qu’enfin de tous les ressorts qui déterminent nos actions et notre conduite, le plus faible sans doute est celui du raisonnement, quelque admirable qu’en soit la logique ?
Si l’influence secrète d’une puissance surnaturelle n’avait pas changé tous ces rapports, penserait-on de bonne foi qu’il ne fait pas opposer d’autres barrières au mouvement inconstant des volontés et des passions humaines que les limites d’une idée métaphysique tracées plus ou moins heureusement ? Est-ce dans ces limites imaginaires qu’on croirait pouvoir circonscrire le mouvement impétueux d’une assemblée, d’une foule, d’une cohue de volontés ?
Serait-il encore permis de douter si le seul gouvernement qui n’a jamais existé nulle part est infailliblement le plus parfait comme le plus admirable ? S’il n’est aucun inconvénient attaché à l’unité du corps représentatif ? Si, pour être fort nombreux, tout corps politique est nécessaire ami de l’ordre et de la liberté ? S’il n’est aucun danger de rassembler dans un corps unique, quelle qu’en soit la dénomination, toutes les sources du pouvoir, à lui laisser une force illimitée pour enchaîner ou briser toutes les autres ? S’il est enfin quelque règlement au monde qui, tenant de ce même corps toute l’autorité dont il est revêtu, paraisse suffisant pour contenir le despotisme de son inconstance ou de son ambition ?
En morale comme en physique on n’a guère vu, ce me semble, des forces très-actives s’arrêter d’elle-même ; ce qui modère leur action, c’est toujours une force étrangère qui leur est supérieure ou du moins égale. D’après ce principe, on était disposé à croire qu’en politique la division et le balancement des pouvoirs étaient également le moyen le plus simple d’en prévenir les abus et de les tenir tous dans des limites respectives. La France paraît disposer à tenter une grande et sublime expérience pour nous prouver le contraire. Si le succès trompait malheureusement son attente, ne risquerait-elle pas de la payer fort cher.
On a cru longtemps que le corps dépositaire de la Puissance Législative de laquelle émanent tous les autres pouvoirs, et qui, par conséquent, tient de sa nature même le principe d’une force immense, avait besoin d’être contenu, non par de faibles liens qu’il s’imposerait lui-même et qu’il pourrait changer à son gré, mais par l’effet constant, invariable d’un partage d’intérêts et de pouvoirs qui, se balançant mutuellement, en modéreraient le mouvement et préviendraient ainsi les suites funestes qu’entraîne toujours une action trop violente ou trop précipitée. Il me paraît évident qu’on est loin de le penser encore, car je n’imaginerai jamais qu’on ait cru sérieusement que la seule condition du consentement royal, telle qu’on a daigné l’admettre, serait une barrière suffisante contre les usurpations que voudrait tenter le Corps Législatif. Quelle est la résistance que lui pourrait opposer le Monarque isolé de tout ordre particulièrement attaché aux prérogatives du Trône, sans noblesse, sans armée, assis sur les débris du Pouvoir Exécutif, comme Marius sur les ruines de Carthage ?
Combien l’on s’est éclairé depuis peu de mois ! On avait cru longtemps que la Puissance Législative, une fois bien constituée, l’espèce de force qu’il convenait de lui laisser était plutôt une force d’inertie et de résistance, qu’une force de mouvement et d’activité. On a calculé profondément que le contraire serait bien plus neuf, bien plus hardi ; en conséquence, on a prescrit tantôt avec mépris, tantôt avec fureur, toute division du Corps représentatif qui aurait pu servir à fixer l’incertitude de ses vues, la mobilité de ses projets ; et plus on a senti combien il importait à la puissance du Corps représentatif de demeurer indivisible, plus on a cherché tous les moyens imaginables de diviser et de subdiviser à l’infini le Pouvoir Exécutif. On est parvenu à la réduire à des fractions si minimes, qu’il peut paraître aujourd’hui fort douteux s’il reste assez d’énergie au Pouvoir Exécutif, non pas pur se défendre lui-même, ce qui menacerait la Liberté, mais pour empêcher seulement que l’inviolabilité des Représentants de la Nation ne soit plus qu’une qualité métaphysique peu respectée de la classe la plus imposante de Messieurs leurs commettants.
Des hommes légèrement initiés dans les secrets de nos Lycurgues¹ modernes ont osé dire qu’ils avaient fait précisément pour la Puissance Législative ce qu’il convenait de faire pour le Pouvoir Exécutif, et pour le Pouvoir Exécutif ce qu’il convenait de faire pour la Puissance Législative.
Ils ont osé dire encore que si la Liberté l’avait emporté sur le Despotisme, et que l’autorité que l’on appelle aujourd’hui le Despotisme n’avait guère employé que celles de la justice et de la bonne foi ; que les avantages qui appartiennent communément au petit nombre, l’accord et les secrets, par une fatalité singulière dans la circonstance actuelle, semblaient avoir été le partage du plus grand nombre, …etc.
J’ai le plus profond respect pour les révolutions de brochures et de philosophie, surtout lorsqu’elles sont appuyées par une coalition aussi terrible que celle de la populace et de l’armée, mais quelques décisifs qu’en soient les effets, je crains toujours un peu le retour de cet empire qu’il ne faut jamais oublier, celui des choses et des circonstances.
Tant de longues habitudes contrariées en même temps, tant d’abus imaginaires ou réels réformés sans égards et sans mesure, tant de pouvoirs, tant de droits, tant de prétentions de tout genre qu’on a vu sacrifier avec une si grande violence, ont amoncelé à mes yeux une masse de mécontentements et de vengeance qui m’afflige et m’épouvante.
Si la classe la plus nombreuse des habitants de ce vaste Empire paraît animée dans ce moment de la même pensée, du même vœu, les fera-t-elle encore lorsqu’elle verra tromper, je ne dis les espérances que son imagination s’exagère, mais celles même qui ne seraient que justes, si les suites de la révolution qui l’enivre aujourd’hui de joie ne risquaient pas d’entendre l’accomplissement plus difficile ?
Le grand nombre ne sera-t-il pas toujours le grand nombre ? Pourra-t-il acquérir les mêmes lumières, jouir des mêmes avantages que le petit nombre des privilégiés de la nature et du sort ? Ceux que la Loi proscrits, les autres n’en existeront pas moins, n’en abuseront pas moins, n’en seront pas moins exposés à l’envie et à toutes les passions quelle inspire.
Séduit, acheté par un parti, ce grand nombre ne peut-il pas l’être demain par un autre ? Ne fût-ce pas là dans tous les temps son patrimoine et sa destinée ?
Dans la réunion des circonstances les plus favorables, ne pouvait-on concevoir une manière de réformer les abus, de rétablir l’ordre qui eût épargné à la Nation des mouvements si convulsifs, des dangers si menaçants, des scènes d’horreur si atroces ? Pour régénérer l’Empire fallait-il en croire des conseils perfides, imiter les fausses promesses d’un Génie plus cruel que Médée déchirer la Patrie, comme elles déchirèrent l’auteur infortuné de leurs jours, dans le fol espoir de lui rendre ainsi la vie et la jeunesse ?
Une constitution sage et raisonnable ne peut manquer d’influer sur le caractère d’une Nation, en assurer le bonheur, la puissance et la liberté ; sous ce point de vue elle intéresse sans doute toutes les classes, toutes les conditions, tous les individus ; mais que de rapports politiques plus ou moins habilement combinés dont la détermination sera toujours indifférente au grand nombre ! et c’est aujourd’hui pour de semblables discussions qu’on agite la Nation entière, qu’on cherche à la soulever contre elle-même.
Nos sublimes Législateurs ont-ils calculé tous les dangers qu’il y avait à faire passer subitement une population immense de la servitude de l’autorité, d’une autorité respectée depuis tant de siècles, à la servitude de la loi, d’une loi établie d’hier, dont les dix-neuf vingtièmes de la Nation ne peuvent avoir une juste idée, et qui blesse sensiblement la classe jusqu’ici la plus intéressée à maintenir l’ordre public ? Est-ce impunément qu’ils ont cru pouvoir appeler au milieu des vices et des habitudes d’une Nation corrompue tous les transports, toutes les agitations, tout le délire de la Liberté naissante ? Est-ce sans frémir enfin qu’ils ont pu voir les plus grands intérêts, les passions les plus violentes s’avancer jusqu’au bord du précipice, et lutter là dans les ténèbres pour décider à qui resterait l’Empire ?
Les périls et les malheurs attachés aux grandes révolutions politiques m’affectent d’autant plus vivement que j’y vois toujours la certitude d’un grand mal, et que l’espèce de bien qui peut en résulter me paraît toujours dépendre beaucoup plus du sort aveugle des événements, que des lumières et de la volonté de ceux qui les dirigent ou croient les diriger.
Etudiez l’histoire, parcourez les annales de tous les peuples, vous verrez que les vraies sources du bonheur des individus et de la prospérité nationale, dépendantes du sol, duc caractère, des mœurs, des lumières, de l’industrie d’une Nation, tiennent encore plus aux principes d’une bonne administration qu’à ceux d’une constitution plus ou moins parfaite.
Avec une bonne armée bien disciplinée on a de la force ; avec un commerce florissant, des richesses ; avec des talents, des lumières, des arts, de l’industrie, toutes les jouissances du riche, toutes les ressources du pauvre. Ces biens, les seuls peut-être qui ne soient pas imaginaires, ont existé sous toutes les formes de gouvernement, et il n’en est aucune qui puise les garantir sans une administration sage, vigilante, éclairée. La constitution qui en serait la moins susceptible est celle qui, par sa nature même, trop faible, trop incertaine, trop mobile, aurait une tendance habituelle vers le désordre et l’anarchie.
Voyez à la tête d’un pays libre des Séjan¹, des Verres¹, des Catalina ; ce pays sera tout aussi malheureux que s’il était soumis à un despote. Placez sur le Trône le plus absolu des Phocion¹, des Aristide¹, des Marc-Aurèle, quelle est la République dont une pareille Monarchie put envier le bonheur ? »²


Jean Vinatier

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Notes :

Lucius-Aelius Sejan (-20 à 31 APJC) : ambitieux homme de confiance de l’empereur Tibère qui fit assassiner son fils Drasus en 23 APJC. Condamné à mort par le Sénat, son corps sera jeté dans le Tibre.
Caius Licinus Verres (-120 à –43 AVJC) : homme politique romain corrompu qui pilla la Sicile sous son gouvernement. Les Siciliens portèrent plainte en prenant Cicéron comme avocat qui plubliera sa plaidoirie sous le nom de Verrines. Verres sera exécuté tout comme Cicéron sur l’ordre de Marc-Antoine.
Phocion (402 à 318 AVJC), stratége grec qui tenta de refreiner la haine des Athéniens après la mort d’alexandre le Grand. Il fut condamné à s’empoisonner.
Aristide: contemporain et opposant à Thémistocle. Surnommé le Juste. Exilé puis rappelé par les Athéniens comme Stratége, il assistera à la bataille de Platée.
Lycurgue( vers IX/VIIIe siècle AVJC) : premier législateur mythique de Sparte.


Source:

2-In Correspondance littéraire, philosphique et politique , Tome V, partie 3, Longchamp & Buisson Libraires, Paris, 1813, pp. 255-264

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Sources
:

Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Arabie Saoudite, Argentine, Australie, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzegovine, Brésil, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Gabon, Géorgie, Guinée, Haïti, Honduras, Inde, Irak, Iran, Islande, Israël, Kenya, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Qatar, République Centrafricaine , République Dominicaine, Russie, Sénégal, Serbie, Singapour, Somalie, Suisse, Thaïlande,Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM & Nouvelle-Calédonie, Polynésie), Ukraine, Uruguay, Venezuela, Vietnam, Yémen